> Fanny William Laparra (Traducteur)
> Edmond Jaloux (Préfacier, etc.)

ISBN : 2253098329
Éditeur : LGF - Livre de Poche (1997)


Note moyenne : 4.08/5 (sur 48 notes) Ajouter à mes livres
Tout en exerçant son métier de maçon, Jude Fawley rêve d’une vie meilleure et s’acharne à acquérir le savoir et la culture. La passion qui naît en lui pour sa cousine Sue, mariée à un maître d’école, va lui faire entrevoir d’autres horizons de bonheur et les conduire to... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Sycorax, le 25 juin 2010

    Sycorax
    Attaqué sur un coup de tête, parce que j'avais envie de me plonger dans de la littérature dite abusivement "classique" et de voyager un peu dans le temps, à la fois d'une histoire en décalage avec mon époque, mais aussi pour raviver les souvenirs nostalgiques de mes jeunes années de scolarité.
    Je ne m'étais plus frotté à ce genre de littérature depuis mes études. Mais cette fois-ci, ce serait uniquement pour mon plaisir : libéré de toute coercition, pas d'examens à terme et SURTOUT, pas de vivisection scolaire du texte (vous savez, ce décorticage institutionnalisé qui tue dans l'oeuf l'éventuelle étincelle d'intérêt que toute jeune personne scolarisée pourrait porter à la littérature et ses bienfaits sur l'âme ?...).
    Mon premier et dernier contact indirect avec Thomas Hardy remonte à la vision du beau film que Polanski avait tiré de "Tess D'urberville".
    J'avais été à la fois sous le charme de l'interprète principale (l'evanescente Nastassja Kinski) et de la mise en scène académico-venimeuse de Polanski.
    Roman initiatique, description d'illusions perdues et d'amours déçues, on suit le récit à la troisième personne de Jude Fawley, orphelin d'extraction modeste et rurale dans l'Angleterre du milieu du XIXe siècle.
    De son plus jeune âge jusqu'à l'âge adulte, c'est une description très émouvante de la vie d'un homme plein de bonne volonté mais très naïf, qui tente de s'extraire de sa condition par l'étude, puis par la religion mais qui se retrouve le bec dans l'eau à chaque tentative jusqu'au déchirant final.
    L'auteur ne s'attarde jamais pesamment ni sur les descriptions psychologiques, et encore moins sur des détails de l'environnement social ou physique des personnages.
    L'univers dans lequel évoluent les personnages de Thomas Hardy semble aller de soi, la lecture n'est pas entravée par une expression ampoulée, mais au contraire rendue fluide et agréable par un style qui donne l'impression... qu'il n'y en a pas.
    Ce qui ne veut pas dire que le roman adopte un point de vue clinique et distant, sans chaleur humaine : on n'est pas dans une approche sarcastique du milieu et des personnages qui y évoluent.
    Lire ce roman est un bonheur, en tourner les pages un ravissement (impressions qui ont moins à voir avec le contenu en lui-même - somme toute férocement fataliste, qu'avec mon propre étonnement éprouvé à en être scotché) : la langue est classieuse mais très abordable.
    Il y a très longtemps que je n'avais pas été emporté de la sorte par un roman dont le sujet n'invite a priori pas un lecteur comme moi à se délecter, dégoûté que je fus par les lectures imposées de mes années lycée (telles que "Le rouge et le noir" ou "L'éducation sentimentale", traumatisants souvenirs ceux-là !...).
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Titine75, le 01 février 2011

    Titine75
    Jude Fawley, le héros du chef-d'œuvre de Thomas Hardy « Jude l'obscur », ne connaît qu'une vie d'erreurs, de renoncements et de malheurs. Enfant, il devient rapidement orphelin et doit déménager à Marygreen où une tante acariâtre se voit dans l'obligation de l'héberger. le jeune Jude se doit de travailler pour aider sa tante, mais le garçon a déjà de plus hautes idées en tête. Un maître d'école lui a donné le goût des livres et du savoir. Jude souhaite intégrer un collège à Christminster, élever son esprit afin de changer sa vie. Il se donne beaucoup de mal, étudie sans relâche le latin et le grec, tout en apprenant le métier de tailleur de pierres. Sa volonté qui semblait sans faille se heurte vite à la réalité, à la nature profonde de l'homme. Jude est incapable de résister aux attraits de la belle Arabella et le mariage scelle son destin. le rêve de savoir s'efface devant les besoins matériels. le mariage ne dure pas, mais marque définitivement la vie de Jude. le bonheur lui échappe sans cesse, même lorsqu'il croit l'avoir trouvé avec sa cousine Sue ; le sort ne fait que s'acharner contre lui.
    Thomas Hardy traite de sujets modernes et ses deux personnages principaux, Jude et Sue, ont des aspirations trop en avance pour leur époque. Jude ne pense qu'à étudier, il a soif de savoir et espère ainsi sortir de sa condition. Son envie de s'élever, de sortir de la pauvreté par l'école est une évidence pour nous aujourd'hui. Ce n'est bien entendu pas le cas à l'époque victorienne. Les ouvriers regardent Jude comme un illuminé et se moquent de ses aspirations. Vouloir sortir de leur monde est pris comme une lubie et ils méprisent Jude qui se pense plus intelligent. Les collèges de Christminster le rejettent également à sa demande d'admission ; il reçoit cette réponse : « Monsieur. J'ai lu votre lettre avec intérêt, et jugeant d'après votre propre description que vous êtes un ouvrier, je me permets de penser que vous aurez bien plus grande chance de réussir dans la vie en demeurant dans votre sphère et en restant fidèle à votre métier plutôt qu'en adoptant une nouvelle voie. C'est donc ce que je vous conseille. » Chacun doit rester à sa place dans cette société très hiérarchisée ; vouloir changer de milieu est impensable.
    Sue est également en avance sur son temps, ses idées sur le couple sont à contre-courant. Elle refuse d'épouser Jude alors qu'ils vivent ensemble et ont des enfants. Elle revendique la liberté dans le couple et considère le mariage comme une prison. Sue ne veut appartenir à personne ; le mariage pour elle n'a rien à voir avec les sentiments. La tante de Sue et Jude l'explique bien : « Les Fawley ne sont pas faits pour le mariage : cela ne tourne jamais bien pour nous. Il y a quelque chose dans notre sang qui n'accepte pas d'être contraints à faire ce que nous subirions volontiers librement. » Mais, Sue aussi doit revenir sur ses idéaux.
    Car Thomas Hardy était un grand pessimiste ; la fatalité frappe toujours ses personnages. Jude renonce à ses idéaux car il est impossible de s'extraire de sa classe, mais également à cause des femmes. Jude est un être très charnel, très sensuel qui ne peut résister à leur attrait. Avant d'arriver à Christminster, son rêve de collège est réduit à néant par son mariage avec Arabella. Il se voit ensuite devenir prêtre, mais l'amour de Sue est plus fort : « Il aurait beau jeûner et prier dans l'intervalle, l'humain était plus puissant en lui que le divin. » Jude devra d'ailleurs payer bien cher pour ses faiblesses trop humaines. La société victorienne ne peut supporter les aspirations du jeune couple. le fait qu'ils ne soient pas mariés est rapidement connu et l'opprobre s'abat sur eux. Ils sont alors dans l'obligation de changer souvent de villes jusqu'au terrible et implacable drame.
    Je le redis, « Jude l'obscur » est un chef-d'œuvre de la littérature anglaise. J'étais totalement en empathie avec Jude et Sue, si modernes, si humains. le drame de Jude Fawley fait penser aux tragédies antiques. Son destin semble tout tracé ; la fatalité ne l'épargne pas. le lecteur souffre avec lui de ce déterminisme terrible de l'ère victorienne. Ce livre montrant les déchirements de l'âme humaine est tout simplement magistral.

    Lien : http://plaisirsacultiver.unblog.fr
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    Critique de qualité ? (6 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par canel, le 28 mai 2011

    canel
    Jude a été élevé par une grand-tante boulangère, qui a su lui répéter qu'il aurait mieux fait de disparaître avec ses parents. Voyant l'instituteur de son village partir étudier dans la "grande" ville universitaire de Christminster, le jeune Jude rêve de suivre son exemple et s'y prépare en autodidacte tout en exerçant son métier de tailleur de pierre. Mais la chair est faible...
    S'il existe un livre imprévisible, c'est bien celui-ci ! On a beau s'attendre à une histoire sombre, on ne cesse d'être surpris par les tristes rebondissements dans l'existence de Jude. Il semblerait que l'homme soit maudit - ou tout simplement faible et peu avisé sur ses choix ? Quoi qu'il en soit, rien ne lui réussit. Ses rêves précoces de carrière universitaire et/ou cléricale sont vite déçus, ses amours s'avèrent malheureuses, complexes, torturées, sa destinée est cruelle et digne d'une tragédie antique…
    A travers ce personnage, Thomas Hardy dresse le portrait d'une société de la fin du XIXème siècle où les classes sont figées, où le libre-arbitre est bien restreint, et où les "pulsions" humaines (passion amoureuse, alcool) entravent encore davantage l'individu. L'auteur semble tenir le mariage en piètre estime, considérant que le pacte officiel signe la fin certaine des sentiments entre époux. L'image des femmes est tout aussi négative : manipulatrices, fourbes, capricieuses, elles sont dotées de défauts propices à nuire aux hommes, à courir à leur perte, même lorsqu'elles sont amoureuses. Mais il suffit de penser à "Tess d'Urberville" - où c'est une femme qui est victime - pour se garder de taxer l'auteur de misogynie.
    Peu de choses à ajouter pour ne pas dévoiler l'intrigue. Une lecture extrêmement plaisante sur la première moitié, puis lassante, voire agaçante, en raison des atermoiements de certains protagonistes, de l'inertie de Jude, de sa patience inébranlable. Impossible de ressentir la moindre empathie pour Sue - question d'époque et de moeurs, bien sûr, mais surtout de manque d'habitude de ce genre littéraire... La plume très agréable me donne cependant envie de continuer à découvrir l'auteur avec "Le Maire de Casterbridge".
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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par zembla, le 22 avril 2011

    zembla
    Dans l'Angleterre du 19 ième siècle, Jude Fawley jeune maçon d'origine modeste rêve d'une vie meilleure et pour cela il se lance dans les études en apprenant seul pour entrer a l'université de Christminster. Mais la chair est faible et Jude voit son projet s'éloigner quand il se marie avec une jeune paysanne Arabella, mariage se terminant rapidement par la fuite de celle ci pour L'Australie. Jude s'éprend alors de sa "quasi cousine" Sue et entre eux se noue une relation fusionnelle a défaut d'être charnelle. le bonheur leur semble promis mais c'est sans compter sur le destin.
    Il y a des livres que l'on lit et qui nous marque de façon indélébile, "Jude l'obscur" en fait partie. Ce livre je l'ai lu il y a une vingtaine d'année ( J'étais très jeune , 10 -11 ans ) et j'ai profité de l'offre de Canel pour me replonger dans ce livre et pour voir si après tout ce temps, la magie (noire) de ce livre opère toujours. Dans ce cas pas l'ombre d'un doute, le charme opère toujours et pour plusieurs raisons. La première étant le style de cet auteur qui a passé brillamment les époques et dont la modernité m'étonne. Modernité aussi dans les thèmes car ce qui est sous-jacent dans ce livre c'est la critique appuyée et mordante du mariage car pour Hardy le bonheur est impossible dans l'institution du mariage. C'est aussi la critique de la religion présentée comme étant une chose obscurcissant l'esprit des Hommes et qui pousse ceux qui veulent vivre en dehors de ses préceptes a être montrer du doigt et a être honni. Il ne faut pas oublié que ce livre a été écrit a l'époque victorienne, une époque où il n'était pas de bon ton de critiquer ces deux institutions.
    Ce livre créa un scandale énorme, il fut brûlé en public par certains membre religieux et cela eu pour conséquence que "Jude l'obscur" fut le dernier roman de Thomas Hardy qui n'écrivit plus que de la poésie.
    Les personnages de Jude et Sue sont passionnant car ce sont des êtres qui vont se faire broyer par la société bien pensante car ils veulent vivre différemment, l'un en voulant sortir de sa modeste condition en accédant au savoir et l'une pour pouvoir vivre son amour sans passer par la case mariage. Sue est le personnage le plus complexe car elle a des idées modernes mais elle est enchaîné par son éducation et elel n'arrive pas a s'affranchir du jugement des gens. Elle n'a pas l'envergure pour résister a cette pression sociale qui va finir par les vaincre.
    Ce livre est d'un pessimisme totale (comme l'oeuvre entière de Thomas Hardy) et c'est le plus sombre mais il n'empêche que j'ai pris un grand plaisir a la relecture de ce qui est pour moi un chef d'oeuvre. Un livre qui ne s'oublie pas et qui me donne rendez vous dans vingt ans.
    Merci a Canel pour cette lecture commune et pour sa patience.

    Lien : http://desgoutsetdeslivres.over-blog.com/
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par SALOMONI-Fabrice, le 16 décembre 2011

    SALOMONI-Fabrice
    Cette histoire m'a profondément troublée.
    Arabella Donn est vraiment infecte.
    Jude pense qu'en recommandant Sue à Richard Phillotson, cela lui évitera de s'en éloigner. Mais c'est l'effet inverse qui se produit.
    L'obstination de Jude pour Christminster, le conduira à sa perte.
    Triste et émouvante histoire. A lire tout de même.
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Citations et extraits

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  • Par Meduzantic, le 19 juin 2011

    Les sillons encore frais ressemblaient aux lignes d'une pièce de velours côtelé toute neuve et donnaient à cette vaste étendue un aspect mesquinement utilitaire. Tous les accidents de terrain avaient disparu ; plus la moindre trace d'histoire : ne restait que celle des quelques derniers mois. Et pourtant à chaque motte de terre, à chaque pierre, s'attachaient des souvenirs innombrables - échos des chansons entendues lors des moissons passées, paroles échangées, faits et gestes audacieux. Sur chaque pouce de terrain, combien n'y avait-il pas eu de manifestations d'énergie et de gaieté, de jeux brutaux, de querelles ? Sur chaque mètre carré, des groupes de glaneurs s'étaient courbés au soleil. Les mariages d'amour qui avaient peuplé le hameau voisin s'étaient noués ici, après le dernier coup de faux et avant la rentrée des blés. Sous la haie qui bordait le champ, des filles s'étaient données à des amoureux qui n'avaient même plus tourné la tête pour leur accorder un regard à la moisson suivante ; dans les blés, plus d'un homme avait fait des serments d'amour à une femme : après le mariage, au temps des semailles le printemps suivant, la voix de cette même femme l'avait fait tressaillir par son ton aigre et autoritaire. Mais de tout cela, ni Jude, ni les corbeaux qui l'entouraient, n'avaient cure : ils ne voyaient là qu'un terrain dénudé, bon champ de travail pour l'un, bon grenier de provisions pour les autres.
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