> Marthe Robert (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253029823
Éditeur : Le Livre de Poche (2002)


Note moyenne : 4.1/5 (sur 39 notes) Ajouter à mes livres
Nous avons des yeux pour voir Pour connaître Dieu nous avons notre existence. Voici le témoignage le plus poignant de toute l'histoire de la littérature. Que devient un homme quand le verbe pénètre en lui, décide de sa vie et lui fait espérer un mystérieux salut ? " Nou... > voir plus
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Critiques et avis(1)

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    • Livres 5.00/5
    Par Petitebijou, le 10 novembre 2011

    Petitebijou
    On ne sort pas indemne du voyage au pays de Franz Kafka. Qu'on se laisse embarquer ou qu'on saute du train en marche, quelque chose en nous est remué du plus profond. Accompagner Franz sur le chemin de sa vie, d'accord, mais sur la pointe des pieds, tout en délicatesse, pour ne pas effaroucher l'extrême sensibilité de cet être humain si particulier, ne pas interrompre ses longs monologues parfois tortueux et parfois d'une simplicité enfantine. C'est aussi assister à l'éclosion de l'écriture comme tentative de survie, survie à la famille assassine, aux conventions sociales meurtrières, aux amours contrariées et impossibles, à l'amitié insuffisante. Entendre la plainte d'un homme en souffrance, en proie à ses cauchemars. En lutte avec le sommeil, antichambre de la mort. Et pourtant... Franz était drôle, faisait rire sa soeur par ses lectures théatrales, ses dessins, sa vision aiguë des choses et des êtres qui l'entouraient. On pourrait penser que, pour citer Georges Perec, Franz Kafka était un être pour lequel "vivre c'est passer d'un espace à un autre, en essayant le plus possible de ne pas se cogner". L'âme et le corps de Franz étaient remplis d'ecchymoses.
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Citations et extraits

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  • Par cequejelis, le 10 octobre 2011

    5 février 1912 : Hier, à l'usine. Les jeunes filles dans leurs vêtements défaits et sales d'une saleté en soit insupportable, avec leurs cheveux emmêlés comme si elles venaient de se réveiller, leur expression figée sur le visage par le bruit incessant des transmissions et celui, isolé, des machines qui marchent certes automatiquement, mais s'arrêtent quand on ne le prévoit pas, ces jeunes filles ne sont pas des êtres humains ; on ne les salue pas, on ne s'excuse pas quand on les bouscule, si on leur donne un petit travail à faire, elles l'exécutent, mais se hâtent de revenir à leur machine, on leur montre d'un signe de tête l'endroit où elles doivent engrener, elles sont là, en jupon, livrées à la plus dérisoire des puissances, et n'ont même pas assez de sens rassis pour reconnaître cette puissance et se la concilier par des regards et des courbettes. Mais qu'il soit six heures, qu'elles se crient, qu'elles ôtent le mouchoir qui couvre leur cou et leur cheveux, qu'elles se débarrassent de la poussière avec une brosse qui fait le tour de la salle et est réclamée par les impatientes, qu'elles arrivent tant bien que mal à se nettoyer les mains, - et ce sont tout de même des femmes, elles peuvent rire en dépit de leur pâleur et de leurs mauvaises dents, elles secouent leur corps engourdi, on ne peut plus les bousculer, les dévisager ou ne plus les voir, on se presse contre les caisses graisseuses pour leur laisser le chemin libre, on garde le chapeau à la main quand elles vous disent bonsoir et si l'une d'elle vous aide à mettre votre pardessus, on ne sait pas comment il faut prendre son geste.

    Le Livre de Poche Biblio 3001 p. 219
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  • Par Petitebijou, le 20 juillet 2011

    3 octobre 1911

    Même nuit, sauf que j'ai encore eu plus de peine à m'endormir. Au moment de m'endormir, une douleur me traverse verticalement la tête en passant par la racine du nez, comme si elle venait d'un pli de mon front comprimé avec trop de violence. Afin d'être aussi lourd que possible, ce que je tiens pour favorable au sommeil, j'avais croisé les bras et posé les mains sur mes épaules, de sorte que j'étais étendu comme un soldat tout équipé. C'est encore la puissance de mes rêves qui m'a empêché de dormir, car ils brillent déjà dans l'état de veille qui précède le sommeil. Le soir et le matin, ma conscience de mes facultés de créatrices est immense. Je me sens labouré jusqu'au tréfonds de mon être et je puis tirer de moi ce que je veux. Cette manière d'arriver au-dehors des forces qu'on laisse ensuite improductives me rappelle mes relations avec B. Il y a, là aussi, des effusions qui ne sont pas libérées, mais contraintes de s'anéantir elles-mêmes dans le choc du recul, à cette différence près qu'il s'agit ici de forces plus mystérieuses et de mon but ultime.
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  • Par cequejelis, le 19 février 2012

    16 décembre 1910 : Je ne quitterai plus ce journal. C'est là qu'il me faut être tenace, car je ne puis l'être que là. Comme j'aimerais expliquer le sentiment de bonheur qui m'habite de temps à autre, maintenant par exemple. C'est véritablement quelque chose de mousseaux qui me remplit entièrement de tressaillements légers et agréables, et me persuade que je suis doué de capacités dont je peux à tout instant, et même maintenant, me convaincre en toute certitude qu'elles n'existent pas.

    p. 18
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  • Par cequejelis, le 16 octobre 2011

    29 septembre 1911 : Journal de Goethe. Une personne qui ne tient pas de journal est dans une position fausse à l'égard du journal d'un autre. S'il lit, dans le Journal de Goethe par exemple : " 11.1.1797. - Passé toute la journée chez moi à prendre diverses dispositions", il lui semble qu'il ne lui est encore jamais arrivé de faire aussi peu de choses dans une journée.

    Réflexions de Goethe sur ses voyages, différents des nôtres parce qu'elles peuvent se développer plus simplement selon les lentes modifications du terrain et être plus aisément poursuivies, même par quelqu'un qui ne connaît pas la contrée. Cela donne naissance à un mode de pensée serein, positivement panoramique. De plus, comme le pays s'offre à l'occupant de la voiture avec son caractère primitif intact et qu'il est coupé de façon beaucoup plus naturelle par les routes que par les chemins de fer - qui
    sont entre eux dans un rapport analogue à celui des fleuves et des canaux, - il ne fait pas violence au spectateur qui peut, sans grand peine, voir les choses systématiquement. C'est pourquoi il y a peu d'observations instantanées dans ces notes, elles sont généralement limitées aux intérieurs où, aussitôt, des personnages déterminés entrent dans une effervescence infinie sous nos yeux, ce qui est le cas des officiers autrichiens à Heidelberg, par exemple ; en revanche, le passage qui décrit l'homme de Wiesenheim est plus proche du paysage : " Ils portent des habits bleus et des gilets blancs ornés de fleurs ouvrées" (cité de mémoire). Beaucoup de notes sur les chutes du Rhin à Schaffhouse, au beau milieu, en lettres plus grandes, "idées éveillées".

    Le Livre de Poche n° 3001, p. 57
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  • Par Petitebijou, le 20 juillet 2011

    Rien qu'un mot. Rien qu'une prière. Rien qu'un mouvement de l'air. Rien qu'une preuve que tu vis encore et attends. Non pas une prière, rien qu'un souffle, pas un souffle, rien que de la bonne volonté, pas de bonne volonté, rien qu'une pensée, pas une pensée, rien qu'un sommeil paisible.
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