Reconstruction, renaissance, convalescence ? Il s'agit bien de tout cela à la fois dans
La maison du retour, un retour au pays mais aussi à la vie. Dans le cas de
Jean-Paul Kauffmann, cela va se faire lentement, par étape, comme autant de paliers de décompression nécessaires pour passer progressivement de la captivité à la liberté retrouvée. Cette maison est pour lui comme un nouveau départ.
Citadin dans l'âme, je ne conçois la campagne qu'à doses homéopathiques. Les maisons de campagnes ne sont définitivement pas pour moi. Et pourtant, je me suis senti bien aux Tilleuls où règnent plénitude et apaisement, une bulle en dehors du temps où les seules nouvelles du monde extérieur (fatwa lancée contre
Salman Rushdie, nouveaux bombardements au Liban, mort de Khomeiny) sont diffusées par la radio des ouvriers, replongeant l'ex-otage dans un passé récent, encore douloureux.
Outre ces ouvriers pour le moins discrets, ils sont rares les visiteurs aux Tilleuls : l'agent immobilier, l'impayable Lapouyade, Urbain, l'ami architecte, des voisins un peu excentriques, puis, quand les travaux sont terminés, Joëlle, sa femme accompagnée de ses enfants.
Sentir, observer, toucher, goûter… Kauffmann laisse libre court à ses cinq sens. Il y a ainsi dans
La maison du retour de beaux passages sur l'éveil des sens attisés par la nature environnante : odeur de la pinède, bruits de la vieille demeure, vol des oiseaux, dégustation d'une bonne bouteille de vin… comme si l'auteur redécouvrait tout ce dont l'avait privé ses geôliers libanais pendant trois années. Grand lecteur, il va également découvrir que les livres ont perdu pour lui leur attrait, remplacés en cela par Dame nature.
La maison du retour est un livre (j'ai failli écrire roman) optimiste, plein d'énergie positive, jamais mièvre ni pleurnichard, où Kauffmann, en sage ermite, nous fait partager tous les petits bonheurs simples du quotidien.
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