> Joëlle Dufeuilly (Traducteur)

ISBN : 2916589546
Éditeur : Cambourakis (2010)


Note moyenne : 4.43/5 (sur 7 notes) Ajouter à mes livres
C'est au cours de la dernière décennie de la période Tokugawa qu'il lut pour la première fois le célèbre livre illustré Cent beaux jardins, l'ouvrage était tombé par hasard entre ses mains, il l'avait feuilleté et fut immédiatement captivé, et si les quatre-vingt-neuf p... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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    • Livres 4.00/5
    Par nadejda, le 16 avril 2011

    nadejda
    «Le pont prit fin en décrivant un arc au-dessus de la vallée mais ne marqua aucune rupture, le mur continuait toujours, inchangé,....il ne s'agissait pas d'une clôture, mais de la mesure intrinsèque de quelque chose dont l'évocation à travers ce mur cherchait à prévenir le nouvel arrivant que celui-ci aurait bientôt besoin d'autres unités de mesure que celles auxquelles il était habitué, d'autres échelles de valeurs pour s'orienter, que celles qui avaient jusqu'ici encadré sa vie.» p13
    Effectivement en lisant ce livre on doit abandonné l'envie de comprendre, de suivre une histoire. C'est un livre étrange et beau, d'une très grande poésie qui déroute le lecteur. On tente de trouver un chemin mais il bifurque aussitôt ou s'évanouit. Il n'y pas de point d'appui, ou dès que l'on croit en avoir trouvé un, il se dérobe. Les angles de vue changent constamment.
    «La beauté, dans sa simplicité ultime, avait été rêvée pour qu'il y ait tout, et rien à la fois»p41 Ce récit ou ce conte est ainsi bâti, à l'image des jardins des temples zen japonais, entre le tout et le rien dans un équilibre très fragile, difficile à maintenir, entre le vide et le plein. La forme du livre respecte cet aspect en laissant absent le premier chapitre et en ménageant de grandes marges.
    Le petit-fils du Genji, personnage principal, dont nous est conté la progression à travers le temple jusqu'au centre où se trouve les livres qui contiennent les sutras, qui poursuit sa quête d'un sublime jardin caché, le centième inoubliable, entrevu dans un livre illustré «Les cent beaux jardins», est irréel, hors du temps. Personne ne le voit arriver ni repartir même si on nous dit qu'il prend le train. Ceux qui le recherchent, l'oublient et finissent par abandonner la recherche pour rentrer à Kyoto.
    Le temple, dont la construction nous est détaillée minutieusement, comme les éléments de la nature et le bouddha lui-même, ne procurent pas la sérénité :
«Il n'avait pas bougé et n'avait pas changé, cela faisait exactement mille ans qu'il se tenait à la même place, au même endroit, au centre précis de la boîte en bois doré, d'une sûreté inviolable, et il se tenait impassible... et rien dans son célèbre et beau regard n'avait changé au cours de ces mille années : il y avait dans sa tristesse une délicatesse poignante, une grandeur inexprimable, alors qu'il détournait ostensiblement son visage du monde.
    Puis ....
    «La réalité était radicalement différente, et il suffisait de le voir une seule fois pour savoir : s'il avait détourné son beau regard, c'était pour ne pas être obligé de voir, ne pas être obligé de regarder, ne pas être obligé de remarquer, s'étendant devant lui dans trois directions : ce monde pourri.» p50
    Il y a des aspects inquiétants, troubles qui parcourent le récit comme ce chien qui vient mourir après avoir été roué de coups et parvient à atteindre le gingko doré qui l'accueille au pied de son tronc. Et les hommes sont absents, le temple est vide, les moines l'ont fuit. Plus aucun regard pour contempler la beauté sauf peut-être le lecteur du livre....
    L'épigraphe nous dit que «Personne ne l'a vu deux fois». Serait-ce qu'on ne peut voir la beauté de ce jardin caché qu'une seule fois comme le petit fils du Genji, en feuilletant le livre ?
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    • Livres 4.00/5
    Par Glacha, le 07 mai 2012

    Glacha
    Roman "Ovni", sorte de conte philosophique, poétique et esthétique. Court texte où tout est et reste mystérieux. Véritable plongée dans la culture traditionnelle japonaise. Style magnifique de l'auteur, longue phrases très rythmées et envoutantes.
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  • Par JAsensio, le 25 mai 2011

    JAsensio
    Le thème de la tristesse, évoqué par l'écrivain lors du premier discours du conférencier de Thésée universel, fait aussi songer à la tristesse, «insurpassable, d'une délicatesse qui vous étreignait le cœur», du Bouddha évoqué dans Au nord par une montagne... (p. 54) et dont la présence énigmatique, signifiée par une statue minuscule et frêle ayant la tête tournée, comme si, tel l'Ange de l'Histoire de Paul Klee (commenté, on s'en souvient, par Walter Benjamin) quelque chose le retenait en arrière, n'est peut-être pas l'unique thématique, ni même la plus riche, de cet étrange ouvrage.

    Lien : http://stalker.hautetfort.com/archive/2011/04/28/thesee-universel-th..
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    • Livres 5.00/5
    Par Culturopoing, le 03 juillet 2011

    Culturopoing
    Troisième roman a être traduit en France de Lázló Krasznahorkai, après le Tango de Satan (adapté par Belá Tarr au cinéma) et La mélancolie de la résistance, Au nord par une montagne, au sud par un lac, à l'ouest par des chemins, à l'est par un cours d'eau évoque déjà beaucoup par son titre : l'idée d'un centre circonscrit dans les quatres directions de l'horizon ; une teinte de philosophie initiatique par la présence de ces mêmes points cardinaux et de ce centre non nommé, indéfini, inatteignable peut-être ; stylistiquement un rythme particulier accordé aux mots, quelque chose de fluide, d'étiré.
    Retrouvez cette chronique sur Culturopoing !

    Lien : http://www.culturopoing.com/Livres/Lazlo+Krasznahorkai-4140
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Citations et extraits

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  • Par Hammerklavier, le 27 janvier 2011

    La porte ne se trouvait pas là où il l’avait imaginée, à peine eut-il le temps de s’en rendre compte qu’il se trouvait à l’intérieur, il était impossible de saisir comment on pénétrait, on y était, voilà tout, et devant, face à soi, la colossale porte nommée Nandaimon se dressait brusquement à l’intérieur de l’enceinte, au milieu de la cour, quatre paires d’épaisses colonnes en bois d’hinoki poli, sur un haut socle en pierre, soutenaient une double toiture légèrement incurvée en son sommet, deux toits, l’un au-dessus de l’autre, c’était comme si deux immenses feuilles d’automne, aux bords déjà légèrement racornis, étaient tombées l’une après l’autre, l’une au début, l’autre à la fin d’un même instant, et que seule la première était arrivée à destination, et tandis que la première était arrivée et se reposait déjà sur l’édifice de poutres des colonnes, l’autre semblait poursuivre sa descente dans les airs, dans une parfaite symétrie, comme si une force d’attraction magnétique, aussi infime qu’efficiente, l’empêchait d’achever son mouvement, et de venir se poser sur sa consoeur, elles se tenaient ainsi en hauteur, la toiture inférieure reposant sur la colonnade, l’autre au-dessus d’elle, deux toits superposés en totale harmonie sur un jeu complexe de consoles, reposant sur quatre paires de colonnes gigantesques, parfaitement lisses, et l’ensemble se tenait là sans justification [...]
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  • Par nadejda, le 17 avril 2011

    A l'intérieur de l'enceinte du Kyôzo, au centre précis du sanctuaire, se trouvait une reproduction à échelle réduite du Kyôzo lui-même..... tout avait été prévu pour que dans ce petit sanctuaire miniature à l'intérieur du grand sanctuaire, au centre duquel se trouvait une table basse assez large, une seule personne puisse s'asseoir, une seule personne puisse, une petite lampe à la main, feuilleter un livre qu'elle aurait précédemment choisi sur les étagères du mur est ou du mur ouest, un livre qu'elle ouvrirait ou déroulerait, car en fait il n'y avait pas de place pour plusieurs personnes, cet espace avait été conçu et bâti pour n'accueillir qu'une seule personne à la fois
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  • Par nadejda, le 17 avril 2011

    Au cours des mille dernières années écoulées, de nombreux types de vents y avaient circulé.
    Il y avait eu des vents diurnes, des vents nocturnes, des vents du petit jour, ..... mais, en réalité, la seule chose qui arrivait à ces vents -- impossible à dénombrer et à énumérer -- est qu'ils étaient présents, même par calme plat, sans l'être vraiment, car lorsqu'ils venaient il ne se passait rien, et lorsqu'ils repartaient il ne restait aucune trace de leur passage, même par calme plat, invisibles à leur arrivée et tout aussi invisibles à leur départ, ils n'avaient jamais osé rompre avec cette fatale invisibilité, ils étaient là sans y être...
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  • Par nadejda, le 17 avril 2011

    Une hirondelle passa au-dessus de la terrasse, et c'est peut-être sous l'effet de cette douce caresse, de ce léger souffle d'air tempétueux et silencieux, le temps de deux légers battement d'ailes, l'un pour descendre, l'autre pour remonter, que le petit-fils du prince Genji reprit connaissance.
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  • Par nadejda, le 17 avril 2011

    .... car l'infini ne pourrait exister que dans un seul cas, s'il existait deux choses, deux éléments, deux particules, s'il existait deux dieux, deux oiseaux, deux pétales de fleurs, s'il existait deux soupirs, deux tirs de fusil, deux caresses, sans rien, sans aucune distance entre eux, tel est le seul et unique cas où nous pourrions parler d'infini, si cette distance n'existait pas. Mais cette distance existe...
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