ISBN : 2020239264
Éditeur : Editions du Seuil (1995)


Note moyenne : 3.89/5 (sur 110 notes) Ajouter à mes livres
Dans la Grande Ville qu’occupent les Armées étrangères, la disette menace. Une mère conduit donc ses enfants à la campagne, chez leur grand-mère. Analphabète, avare, méchante et même meurtrière, celle-ci mène la vie dure aux jumeaux. Loin de se laisser abattre, ceux-ci ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 20 octobre 2011

    vincentf
    Impression rare de lire quelque chose qui ne ressemble à rien de déjà lu. D'abord, tout est raconté par un nous, deux jumeaux qui ne se distinguent jamais l'un de l'autre, comme s'ils ne formaient qu'une seule personne, qu'une seule voix, double et une. Puis, tout est décrit sans le moindre écart émotif, sans le moindre effet pathétique, sans le moindre sentiment exprimé. Cela pourrait être froid. Cela ne l'est pas. L'humanité de ces deux sauvages d'enfants recueillis par une grand-mère, sorcière qui perd petit à petit, sans crier gare, son hostilité et sa rudesse, nait au fil des pages, sans que leur cruauté et leur cynisme ne disparaissent, revenant même dans toute leur splendeur à la toute fin du bouquin. le climat ignoble de la guerre et de la terreur totalitaire (on devine qu'on se trouve à la fin de la Deuxième Guerre mondiale quelque part dans un pays de l'Est) est rendu, naïvement mais d'une naïveté fausse, dans sa plus crue expression. Rien n'est épargné au lecteur, ni les obus, ni les perversions, ni la violence (celle des mots d'abord), ni la pauvreté crasse. Les deux narrateurs, qui se blindent contre toute faiblesse, évitent l'apitoiement dû aux enfants. Ils ne sont pas des victimes, ou plutôt ne se reconnaissent pas comme tels. Ils embobinent tout le monde, jusqu'au lecteur, qui, finalement, ne sait pas quoi penser d'eux (tiens, j'avais écris "deux"...), car, hors de toute morale, ils sont pourtant attachants, renforcés et détruits par la guerre, mystérieux.
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 05 octobre 2011

    JeanLouisBOIS
    C'est toujours un plaisir de se replonger dans un livre d'Agota Kristof! On ne voit pas le temps passer et pourtant sa petite voix, sa petite musique est minimaliste. Jamais d'emphase, de faux-brillants ou de faux-semblants. Elle semble appliquer pour elle-même la consigne que les jumeaux se donnent dans Le grand cahier (à moins que ce soit l'inverse!): : "Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues il vaut mieux éviter leur emploi et s'en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c'est-à-dire à la description fidèle des faits. (p. 34). ". Il n'y a pas à s'y tromper : Agota Kristof , c'est d'abord un style.
    Et pourtant ce livre, constitué de nombreux petits chapitres, raconte des horreurs qui ne "passent" que parce que les mots mettent une distance suffisante entre ce qui a lieu et notre conscience, on frôle souvent la ligne rouge (pédophilie, zoophilie, indifférence face à la mort, ...) sans jamais, me semble-t-il, la dépasser. Toutes ces attitudes servent l'histoire sans la dénaturer.
    On retrouve dans ce roman, d'abord et avant tout, le déchirement provoqué par l'exil subi plus qu'accepté : les deux jumeaux portant des prénoms qui sont pratiquement l'anagramme l'un de l'autre et qui racontent l'histoire en utilisant le "nous" si bien qu'on ne sait jamais lequel fait l'action décrite, et bien sûr lors la séparation finale où on ne sait pas lequel part et lequel reste.
    La deuxième force du roman repose sur la narration qui allie la pudeur, la concision et le manque total et apparent de valeurs de civilisation. C'est certainement une façon de montrer que les guerres et les systèmes totalitaires font régresser l'humanité vers un état de bestialité qui semble toujours prêt à se manifester si on lui en laisse la moindre occasion.
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    Critique de qualité ? (4 votes positifs)
    • Livres 2.00/5
    Par BoulieBouffeTout, le 02 février 2011

    BoulieBouffeTout
    Alors je dois dire que je n'avais entendu que du bien de ce livre et je suis assez déroutée.
    Ce livre résume grossièrement au travers d'un 'grand cahier' tenu par deux jumeaux pendant la guerre les vices et les sévices du monde au rayon 'horreur'.
    C'est une suite de chapitres très courts, qui sans être jamais trop vulgaires (heureusement et merci !), liste chaque travers de l'homme...
    En passant de la pédophilie à la zoophilie, sans oublier le sado masochisme et le viol, l'homosexualité ou la torture : tout y passe.
    Mais également (et heureusement) les travers moraux de l'homme, l'avarice, la cupidité, la jalousie etc.
    Je ressors de ce livre avec l'impression qu'il ne m'a rien apporté qu'un triste constat des dérives de la vie quand elle vous joue un très sale tour !
    Franchement pas convaincue.
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    • Livres 5.00/5
    Par ZetaZeta, le 29 mars 2010

    ZetaZeta
    J'avais très vaguement entendu parler de ce livre (premier tome de La Trilogie des jumeaux), mais suffisamment pour attiser ma curiosité. L'écriture d'Agota Kirstof m'a surprise, avec des phrases très brèves, directes, pas de figures de styles encombrantes et une manière de raconter l'horreur comme on le ferait pour décrire une journée à la plage. C'est justement ce ton sec qui fait la force du livre, et j'ai parfois relu la même phrase une dizaine de fois juste pour ressentir le même choc qu'à la première lecture. Cette façon de prendre du recul par rapport au sentiment rend l'intrigue encore plus percutante et douloureuse. J'ai trouvé ce livre très beau avec tout ce qu'il a de malsain, de révoltant. La Trilogie des jumeaux dans son ensemble est d'ailleurs géniale et complètement déroutante.
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    • Livres 1.00/5
    Par bibliophage, le 30 décembre 2008

    bibliophage
    "Klaus et Lucas sont jumeaux. La ville est en guerre, et ils sont envoyés à la campagne, chez leur grand-mère. Une grand-mère affreuse, sale et méchante, qui leur ménera la vie dure. Pour surmonter cette atrocité, Klaus et Lucas vont entreprendre seuls une étrange éducation. Dans un style enfantin et cruel, chaque évènement de leur existence sera consigné dans un "grand cahier"."
    1er de la trilogie. Retrace l'enfance des jumeaux chez leur grand-mère. Suite de chapitres assez courts, chaque chapitre relatant une anecdote (l'arrivée chez grand-mère, les travaux d'endurcissement, le curé, l'ami de l'officier...). Style neutre, cruel.
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Citations et extraits

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  • Par iarsenea, le 11 janvier 2010

    Pour décider si c'est «Bien» ou «Pas bien», nous avons une règle très simple: la composition doit être vraie. Nous devons décrire ce qui est, ce que nous voyons, ce que nous entendons, ce que nous faisons.
    Par exemple, il est interdit d'écrire: «Grand-Mère ressemble à une sorcière»; mais il est permis d'écrire: «Les gens appellent Grand-Mère la Sorcière.»
    Il est interdit d'écrire: «La Petite Ville est belle», car la Petite Ville peut être belle pour nous et laide pour quelqu'un d'autre.
    De même, si nous écrivons: «L'ordonnance est gentil», cela n'est pas une vérité, parce que l'ordonnance est peut-être capable de méchancetés que nous ignorons. Nous écrirons simplement «L'ordonnance nous donne des couvertures».
    Nous écrivons: «Nous mangeons beaucoup de noix», et non pas: «Nous aimons les noix», car le mot «aimer» n'est pas un mot sûr, il manque de précision et d'objectivité. «Aimer les noix» et «aimer notre Mère», cela ne peut pas vouloir dire la même chose. La première formule désigne un goût agréable dans la bouche, et la deuxième un sentiment.
    Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues; il vaut mieux éviter leur emploi et s'en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c'est-à-dire la description fidèle des faits.
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    Citation de qualité ? (7 votes positifs)
  • Par JeanLouisBOIS, le 04 octobre 2011

    Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues il vaut mieux éviter leur emploi et s'en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c'est-à-dire à la description fidèle des faits. (p. 34).
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  • Par JeanLouisBOIS, le 04 octobre 2011

    On a tout le travail, tout le souci: les enfants à nourrir, les blessés à soigner. Vous, une fois la guerre finie, vous êtes tous des héros. Mort: héros. Survivant: héros. Mutilé: héros. C'est pour ça que vous avez inventé la guerre, vous, les hommes. C'est votre guerre. (p. 105)
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par lecassin, le 06 novembre 2011

    Nous mangeons beaucoup de noix » et non pas: « Nous aimons les
    noix », car le mot « aimer » n’est pas un mot sûr. Il manque de
    précision et d’objectivité. « Aimer les noix » et « aimer notre Mère »,
    cela ne peut pas vouloir dire la même chose.
    Citation de qualité ? (3 votes positifs)
  • Par litolff, le 14 novembre 2010

    Ces mots, nous devons les oublier, parce que, à présent, personne ne
    nous dit des mots semblables et parce que le souvenir de nous en avons
    est une charge trop lourde à porter.
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)






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