ISBN : 2020239264
Éditeur : Editions du Seuil (1995)

Existe en édition audio



Note moyenne : 3.87/5 (sur 134 notes) Ajouter à mes livres
Dans la Grande Ville qu’occupent les Armées étrangères, la disette menace. Une mère conduit donc ses enfants à la campagne, chez leur grand-mère. Analphabète, avare, méchante et même meurtrière, celle-ci mène la vie dure aux jumeaux. Loin de se laisser abattre, ceux-ci ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par lehane-fan, le 27 février 2012

    lehane-fan
    Et le prix de la couverture la plus trompeuse est attribué à...roulement d'accordéon...non , pas The Artist , faut en laisser un peu pour les autres... mais Le grand cahier ! Oh , si c'est pas mignon ça , deux ch'tis garnements faisant mumuse avec un p'tit baton dans l'eau ! Ça fleurait bon l'attendrissant récit sur l'enfance dans une nature à la Giono ! Sauf qu'en refermant le bouquin , l'on se dit : ce livre est vraiment au programme de Troisieme ? Sans déconner ? Ils sont peut-etre un peu jeunes les gamins pour gouter aux doux plaisirs de l'ondinisme , du masochisme , de la pédophilie et de la zoophilie...Enfin je dis ça...Certains parents furent si choqués qu'ils firent appel au Procureur de la République ( cf affaire d'Abbeville en 2000 ) . Ami bourgeois réactionnaire , bonsoir ! Pour le gentil conte enfantin , on oublie . Pour l'enfance perdue , laminée par la guerre , pervertie par l'homme , c'est par ici...
    Claus et Lucas , jumeaux fusionnels , fuient avec leur mere la Grande Ville ravagée par la guerre . Destination : la Petite Ville et leur grand-mere supposée maricide qu'ils n'ont jamais vu ! La mere partie , le courant passe immédiatement ( comme un p'tit air d'Heidiiiii) . Ils répondent désormais au doux sobriquet de Fils de Chienne , pudeur des sentiments oblige , courant alternatif de mise...La faim , le froid , les insultes deviennent alors le tres enviable quotidien de ces deux oisillons tombés du nid . C'est dans un tel contexte saturé d'amour qu'ils vont se construire à leur façon , développer un systeme de valeurs qui leur est propre et s'échiner à retranscrire scrupuleusement dans un grand cahier ( d'ou le titre , c'est bien foutu quand meme ; ) ce que sera désormais leur quotidien et leur procédé d'appréhension . Galerie de personnages surréaliste . Véritable catalogue de déviances sexuelles...L'on saute ( et le terme est plutot bien choisi je trouve...) allegrement du curé à tendance pédophile a l'officier masochiste en passant par la servante urophile et la gamine zoophile . Quelqu'un a vu mon fouet ?
    La palme en revenant à leur si délicieuse voisine . Jouons un peu avec Juuuulieeeen Lepeeeers : j'ai un Bec-de-Lievre , je peux jouer au flipper tout en regardant la balle et le compteur , j'ai de la morve au nez , des pustules sur les bras et les jambes , je suis , je suis...Bec-de-Lievre ! Oui ! Oui ! Aaah que j'aaaaime ce jeuuuu ! Bec-de-Lievre n'est pas avare de sa jeune personne et ce n'est ni le curé , ni le quidam de passage , ni le chien du coin qui diront le contraire . Il se dégage chez cette gamine une aussi furieuse que malsaine envie d'etre aimée...
    Les chapitres sont courts et excedent rarement les 3 - 4 pages . Ils égrenent crument , vertement et sans complaisance aucune la nouvelle vie de cette seule et unique entité ( nous systématique ) que représentent ces deux etres déshumanisés , témoins privilégiés d'une sale guerre au contact d'énergumenes qui ne le sont pas moins . Un tel environnement ne pouvant qu'engendrer un tel chaos personnel .
    La lecture est pour le moins surprenante . Les protagonistes pas vraiment attachants mais bizarrement , l'on se surprend à vouloir en savoir toujours plus , avide de récits que n'auraient pas renier ce bon Marquis de Sade . le propos peut choquer , nos deux héros étant encore à un age empreint d'innocence et de naiveté . Et donc pas vraiment aguerris au chantage , à la délation , à la cruauté et la perversité...Deux gamins monstrueux , froids comme l'hiver que la guerre et les hommes amoraux façonneront à leur image . L'abject enfante l'abject . L'auteure sort l'artillerie lourde . Quoi de plus normal en période de conflit...
    L'écriture est minimaliste et traite parfois humoristiquement ( tendance noire ) , souvent sechement et cyniquement de la désastreuse auto-éducation de marmots livrés à eux-memes dans un contexte aussi totalitaire qu'éradicateur...
    Tu es le maillon faible ? Tu ne sors pas , tu creves...
    Le grand cahier , premier d'une trilogie , et son étonnant final font que j'y reviendrais ! Ouaip ! Petit calepin grands carreaux à spirale , j'arrive !!
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    Critique de qualité ? (25 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par Couperine, le 31 mars 2012

    Couperine
    "Le grand cahier" est le premier tome de "La Trilogie des jumeaux". Je conseille à ceux et celles qui veulent se lancer dans cette lecture de n'acheter, au départ, que le premier tome afin de se faire une idée. Pourquoi dis-je ça, moi qui aime toujours avoir les séries complètes sans même les avoir lues ? Tout simplement parce que ce livre est dur, violent, et ne laisse pas le lecteur indifférent. Impossible de ne pas réagir face à cette avalanche de cruautés, de monstruosités en tout genre. Nous sommes à des milliards d'années-lumière de la Comtesse de Ségur et des bêtises de tous ses personnages.On lui avait reproché un certain sadisme d'ailleurs. Mais ce n'est rien à côté de ce que vous allez lire ici. Quant à ceux qui ne supportent pas le style de Jean Teulé, le considérant comme trop cru dans ses propos, inutile d'ouvrir ce roman. Car Teulé à côté, c'est gentillet !

    Alors vous allez me dire que ce n'est pas la première fois que vous lirez quelque chose de choquant. Certes. Mais là, ce qui fascine et révulse à la fois, c'est que toute cette violence touche des enfants et lorsqu'on en arrive aux pires instincts, sexuels ou mortifères, on ne peut pas rester de marbre.

    Je crois qu'il faut voir là à quel point l'être humain, qu'il soit adulte ou enfant, peut devenir le plus abject possible dans certaines situations. Ici, le décor est la guerre. Mais il ne sert que de prétexte pour mettre en relief les différents tableaux de la déshumanisation.

    La narration sert le récit : elle se veut objective, faite par les enfants. C'est également ce qui marque ici.

    Personnellement, j'ai apprécié la force de ce roman et je vais acheter les deux autres tomes car bien loin de m'arrêter à quelques scènes terribles, je veux savoir jusqu'où pourront aller ces deux enfants devenus des monstres. Ce livre invite le lecteur à réfléchir et je crois que par les temps qui courent, ce n'est peut-être pas plus mal.


    Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-des-xxe-et-xxie-si..
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    Critique de qualité ? (31 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 20 octobre 2011

    vincentf
    Impression rare de lire quelque chose qui ne ressemble à rien de déjà lu. D'abord, tout est raconté par un nous, deux jumeaux qui ne se distinguent jamais l'un de l'autre, comme s'ils ne formaient qu'une seule personne, qu'une seule voix, double et une. Puis, tout est décrit sans le moindre écart émotif, sans le moindre effet pathétique, sans le moindre sentiment exprimé. Cela pourrait être froid. Cela ne l'est pas. L'humanité de ces deux sauvages d'enfants recueillis par une grand-mère, sorcière qui perd petit à petit, sans crier gare, son hostilité et sa rudesse, nait au fil des pages, sans que leur cruauté et leur cynisme ne disparaissent, revenant même dans toute leur splendeur à la toute fin du bouquin. le climat ignoble de la guerre et de la terreur totalitaire (on devine qu'on se trouve à la fin de la Deuxième Guerre mondiale quelque part dans un pays de l'Est) est rendu, naïvement mais d'une naïveté fausse, dans sa plus crue expression. Rien n'est épargné au lecteur, ni les obus, ni les perversions, ni la violence (celle des mots d'abord), ni la pauvreté crasse. Les deux narrateurs, qui se blindent contre toute faiblesse, évitent l'apitoiement dû aux enfants. Ils ne sont pas des victimes, ou plutôt ne se reconnaissent pas comme tels. Ils embobinent tout le monde, jusqu'au lecteur, qui, finalement, ne sait pas quoi penser d'eux (tiens, j'avais écris "deux"...), car, hors de toute morale, ils sont pourtant attachants, renforcés et détruits par la guerre, mystérieux.
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    Critique de qualité ? (16 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 05 octobre 2011

    JeanLouisBOIS
    C'est toujours un plaisir de se replonger dans un livre d'Agota Kristof! On ne voit pas le temps passer et pourtant sa petite voix, sa petite musique est minimaliste. Jamais d'emphase, de faux-brillants ou de faux-semblants. Elle semble appliquer pour elle-même la consigne que les jumeaux se donnent dans Le grand cahier (à moins que ce soit l'inverse!): : "Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues il vaut mieux éviter leur emploi et s'en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c'est-à-dire à la description fidèle des faits. (p. 34). ". Il n'y a pas à s'y tromper : Agota Kristof , c'est d'abord un style.
    Et pourtant ce livre, constitué de nombreux petits chapitres, raconte des horreurs qui ne "passent" que parce que les mots mettent une distance suffisante entre ce qui a lieu et notre conscience, on frôle souvent la ligne rouge (pédophilie, zoophilie, indifférence face à la mort, ...) sans jamais, me semble-t-il, la dépasser. Toutes ces attitudes servent l'histoire sans la dénaturer.
    On retrouve dans ce roman, d'abord et avant tout, le déchirement provoqué par l'exil subi plus qu'accepté : les deux jumeaux portant des prénoms qui sont pratiquement l'anagramme l'un de l'autre et qui racontent l'histoire en utilisant le "nous" si bien qu'on ne sait jamais lequel fait l'action décrite, et bien sûr lors la séparation finale où on ne sait pas lequel part et lequel reste.
    La deuxième force du roman repose sur la narration qui allie la pudeur, la concision et le manque total et apparent de valeurs de civilisation. C'est certainement une façon de montrer que les guerres et les systèmes totalitaires font régresser l'humanité vers un état de bestialité qui semble toujours prêt à se manifester si on lui en laisse la moindre occasion.
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    • Livres 4.00/5
    Par DamienR, le 05 mai 2012

    DamienR
    Il est difficile d'en dire plus à propos de cette œuvre déjà grandement commentée. Je fais partie de ceux qui ont pris beaucoup d'intérêt à cette lecture.
    Du plaisir souvent, mais pas tout le temps, car effectivement le texte est parfois très dur.
    Je regrette aussi d'avoir lu la trilogie en continu car les trois tomes ont tout de même quelques différences en terme de scénario. Il ne faut pas s'attendre à des suites parfaites. Certains événements de l'histoire ne se déroulent pas de la même manière d'un tome à l'autre.
    Le cadre évolue aussi : unité de lieu pour le premier tome, la ville dans le deuxième, le pays dans le troisième. La narration change elle aussi : linéaire tout d'abord, beaucoup plus labyrinthique dans le dernier (flashback, longues ellipses) La tonalité est d'abord marquée par une forme de légèreté tragico-comique avec de la cruauté, puis elle évolue vers une gravité et une émotion plus humaines, plus "lisibles".
    Si le thème de la gémellité paraît être le fil rouge des trois tomes, il ne faut pas s'imaginer qu'on en reste là. La concision de l'écriture masque la complexité des rapports humains, le questionnement autour de la décrépitude d'une société doublement agressée (guerre, puis dictature), les drames humains au cœur de la grande histoire.
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Citations et extraits

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  • Par iarsenea, le 11 janvier 2010

    Pour décider si c'est «Bien» ou «Pas bien», nous avons une règle très simple: la composition doit être vraie. Nous devons décrire ce qui est, ce que nous voyons, ce que nous entendons, ce que nous faisons.
    Par exemple, il est interdit d'écrire: «Grand-Mère ressemble à une sorcière»; mais il est permis d'écrire: «Les gens appellent Grand-Mère la Sorcière.»
    Il est interdit d'écrire: «La Petite Ville est belle», car la Petite Ville peut être belle pour nous et laide pour quelqu'un d'autre.
    De même, si nous écrivons: «L'ordonnance est gentil», cela n'est pas une vérité, parce que l'ordonnance est peut-être capable de méchancetés que nous ignorons. Nous écrirons simplement «L'ordonnance nous donne des couvertures».
    Nous écrivons: «Nous mangeons beaucoup de noix», et non pas: «Nous aimons les noix», car le mot «aimer» n'est pas un mot sûr, il manque de précision et d'objectivité. «Aimer les noix» et «aimer notre Mère», cela ne peut pas vouloir dire la même chose. La première formule désigne un goût agréable dans la bouche, et la deuxième un sentiment.
    Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues; il vaut mieux éviter leur emploi et s'en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c'est-à-dire la description fidèle des faits.
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  • Par Couperine, le 31 mars 2012

    Nous demandons :
    - Vous désirez vraiment mourir ?
    - Qu'est-ce que je pourrais désirer d'autre ? Si vous voulez faire quelque chose pour moi, mettez donc le feu à la maison. Je ne veux pas qu'on nous trouve comme ça.
    Nous disons :
    - Mais vous allez atrocement souffrir.
    - Ne vous occupez pas de ça. Mettez le feu, c'est tout, si vous en êtes capables.
    - Oui, madame, nous en sommes capables. Vous pouvez compter sur nous.
    Nous lui tranchons la gorge d'un coup de rasoir, puis nous allons pomper l'essence d'un véhicule de l'armée. Nous arrosons d'essence les deux corps et les murs de la masure.. Nous y mettons le feu et nous rentrons.
    Le matin, Grand-Mère nous dit :
    - La maison de la voisine a brûlé. Elles y sont restées, sa fille et elle. La fille a dû oublier quelque chose sur le feu, folle qu'elle est.
    Nous y retournons pour prendre les poules et les lapins, mais d'autres voisins les ont déjà pris pendant la nuit. (P145)
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    Citation de qualité ? (12 votes positifs)
  • Par JeanLouisBOIS, le 04 octobre 2011

    Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues il vaut mieux éviter leur emploi et s'en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c'est-à-dire à la description fidèle des faits. (p. 34).
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  • Par JeanLouisBOIS, le 04 octobre 2011

    On a tout le travail, tout le souci: les enfants à nourrir, les blessés à soigner. Vous, une fois la guerre finie, vous êtes tous des héros. Mort: héros. Survivant: héros. Mutilé: héros. C'est pour ça que vous avez inventé la guerre, vous, les hommes. C'est votre guerre. (p. 105)
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)
  • Par lecassin, le 06 novembre 2011

    Nous mangeons beaucoup de noix » et non pas: « Nous aimons les
    noix », car le mot « aimer » n’est pas un mot sûr. Il manque de
    précision et d’objectivité. « Aimer les noix » et « aimer notre Mère »,
    cela ne peut pas vouloir dire la même chose.
    Citation de qualité ? (4 votes positifs)






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