> Emmanuelle Genevois-Joly (Traducteur)

ISBN : 2253154385
Éditeur : Le Livre de Poche (2003)


Note moyenne : 3.93/5 (sur 45 notes) Ajouter à mes livres
A la fin de la Seconde Guerre mondiale, un groupe de prisonniers italiens libérés par les Russes entame une longue marche de plusieurs mois pour rejoindre leur terre natale. " Accompagnés " par l'Armée rouge dans une réjouissante pagaille, se retrouvent pêle-mêle héros ... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par Gast, le 08 février 2011

    Gast
    Manuscrit traitant du retour à la vie de Primo Levi après l'expérience ô combien anormale et inhumaine d'Auschwitz, ce témoignage démarre là où s'arrête "SI C'Est UN Homme". Ainsi, lire les deux coup-sur-coup c'est vivre la descente aux enfers des camps et le retour progressif au sein des vivants après la déportation.
    En un sens, ce texte et son prédécesseur sont utiles à mettre en parallèle avec le témoignage de Jorge Semprun, déporté politique à Buchenwald et qui fit de même dans "Le Grand Voyage" et "L'écriture ou la vie". On y discerne de grands points communs sur la barbarie nazie, sur le processus de déshumanisation, et aussi sur la manière dont la libération de l'esprit fut à ce point plus progressive et faite de petit détail, que celle du corps, immédiate et quelque peu teintée d'incrédulité. Mais d'un autre côté, ces deux témoignages montrent de manière évidente qu'il y eut un degré dans l'horreur vécu que l'on soit juif ou seulement un opposant politique ; deux horreurs, certes, mais celle de Primo Levi va un cran plus loin dans l'inhumain, dans l'abjection.
    Néanmoins, et malgré un incipit terrifiant, plus infernal que l'année et demi à Auschwitz décrite dans "SI C'Est UN Homme", ce texte devient vite joyeux, illustrant par là le rebond de la force vitale de ceux que les nazis voulurent effacer de la Terre, et la joyeuse pagaille d'une trêve dans les affaires du monde pour une époque savourant sa victoire sur la barbarie moderne.
    Mais à l'instar de Semprun, un texte qui malgré l'esprit festif qu'il décrit, démontre bien que l'accablement lié à la tragédie du lager perdure, et perdurera, tout au long de la vie de l'auteur, victime de cette haine contre nature.
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  • Par keisha, le 10 janvier 2010

    keisha
    ce document qui commence là où Si c'est un homme s'arrêtait, à la libération du camp de Buna-Monowitz (tout près d'Auschwitz) par l'armée russe en février 1945.
    La libération des camps de concentration n'était hélas pas la fin des épreuves, la mort était encore présente, la guerre continuait ailleurs...
    Les survivants de l'infirmerie sont pris en charge bien sûr, mais ballottés de lieu en lieu. Primo Levi est malade, affamé, frigorifié.
    "Nous avions espéré un voyage bref et sûr, vers un camp équipé pour nous recevoir, vers un succédané acceptable de nos foyers; et cet espoir faisait partie d'un espoir bien plus grand, l'espoir en un monde droit et juste, miraculeusement rétabli sur des fondements naturels après une éternité de bouleversements, d'erreurs et de massacres, après le temps de notre longue patience. C'était un espoir naïf, comme tous ceux qui reposent sur une distinction trop nette entre le bien et le mal, entre le passé et l'avenir : mais nous, nous en tirions la force de vivre. " (...)
    " La liberté, l'improbable, l'impossible liberté, si éloignée d'Auschwitz que nous ne la voyions qu'en rêve, était arrivée : mais elle ne nous avait pas menés à la Terre Promise. Elle était autour de nous, mais sous la forme d'une plaine inexorable et déserte. De nouvelles épreuves nous attendaient, de nouvelles peines, de nouvelles faims, de nouveaux froids, de nouvelles peurs."
    Primo Levi raconte aussi au moyen de nombreuses anecdotes très vivantes les menus détails quotidiens de leur vie dans de nouveaux camps, les contacts avec les polonais, les russes.
    Et arrive (enfin!) la fin de la guerre. l'espoir d'être rapatriés en Italie augment, un convoi démarre vers Odessa... Mais il repart vers le nord et l'attente continue pour des centaines d'hommes, femmes et enfants (mais tous ne venaient pas de camps de concentration)
    "Mais les Russes, à la différence des Allemands, ne possédaient que dans une faible mesure le goût des distinctions et des classifications. Quelques jours plus tard, nous étions tous en route vers le nord, vers un but imprécis, de toute façon vers un nouvel exil. Italiens-Roumains et Italiens-italiens, tous dans les mêmes wagons de marchandises, tous le coeur serré, tous livrés à l'indéchiffrable bureaucratie soviétique, puissante, obscure et gigantesque, non point malveillante envers nous, mais soupçonneuse, négligente, ignorante, contradictoire et, dans les faits, aveugle comme une force de la nature."
    "L'administration russe s'occupait si peu du camp qu'on aurait douté de son existence : mais elle devait bien exister puisqu'on mangeait tous les jours. En d'autres termes, c'était une bonne administration."
    Et c'est seulement à l'automne qu'un convoi les emmène vers l'Italie, via la Roumanie, la Hongrie, l'Autriche, l'Allemagne ...
    "En errant dans les rues de Munich pleines de ruines, (...) j'avais l'impression de me promener au milieu de débiteurs insolvables, comme si chacun me devait quelque chose et refusait de me payer. (...) Il me semblait que chacun d'eux aurait dû nous interroger, déchiffrer notre identité sur notre visage et écouter humblement notre récit. Mais personne ne nous regardait dans les yeux, personne n'acceptait le débat; ils étaient sourds, aveugles, muets, retranchés dans leurs ruines comme dans une forteresse d'oubli volontaire..."
    Et finalement c'est l'Italie!
    "Nous étions partis six cent cinquante, nous revenions trois. Que n'avions-nous perdu pendant ces vingt mois? Qu'allions-nous retrouver chez nous? Quelle partie de nous mêmes avait été usée, consumée? Retournions-nous plus riches ou plus pauvres, plus forts ou plus vains? Nous n'en savions rien (...). Nous sentions couler dans nos veines, mêlé à notre sang exténué, le poison d'Auschwitz. (...) Nous nous sentions vieux de plusieurs siècles (...) Les mois que nous venions de passer à vagabonder aux confins de la civilisation nous apparaissaient maintenant, en dépit de leur rudesse, comme une trêve, une parenthèse de disponibilité infinie."

    Primo Levi garde le style sobre de Si c'est un homme pour nous narrer ses aventures tragiques et parfois comiques, il a le don de décrire ces hommes qu'il a rencontrés ou suivis. Il rend bien aussi l'impression d'un immense déplacement de population et de destruction dans les parties de l'Europe qu'il parcourt. C'est bourré d'énergie, d'envie de vivre, de se débrouiller, de s'en tirer. Il faut vraiment découvrir tous les épisodes parfois incroyables de cette véritable odyssée.
    Mais on sent aussi que cette expérience pèsera toujours sur lui. Même dès cette époque il ressent déjà quelle sera sans doute la difficulté de la partager.
    Est-il nécessaire de préciser que ce livre, lui aussi, doit absolument être lu?
    Lire la suite: http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-primo-levi-la-treve-39395309.html#ixzz0cCkjddYu


    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-primo-levi-la-tr..
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    Critique de qualité ? (3 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par chartel, le 15 janvier 2009

    chartel
    Pour approcher l'œuvre de Primo Levi, peut-être aurait-il fallu débuter par le très populaire "Si c'est un homme", mais il était dit que je ne le pouvais pas. Chose surprenante, alors que je m'étais décidé à acheter ce récit autobiographique de l'expérience concentrationnaire dans le camp d'Auschwitz, je fus contraint de me rabattre sur une autre œuvre de Primo Levi parce que "Si c'est un homme" ne figurait pas dans les rayons de la librairie. Mon choix se porta alors sur "La Trêve" , récit également autobiographique, mais traitant de la période qui suit, celle de la libération et du retour en Italie. Période de l'entrée progressive dans la vie et d'une reconstruction personnelle.
    Primo Levi aime peindre les divers personnages rencontrés au cours de son périple, des hommes et des femmes qui, souvent, ne font que croiser la route du rescapé d'Auschwitz, mais ces rencontres tissent la trame de ce roman, elles participent à la vie itinérante, aux déplacements réguliers d'un camp d'accueil à un autre, dans une Europe en ruine et une Russie libératrice qui, tant bien que mal, acheminera ces êtres ressuscités jusqu'à leur terre natale, après plusieurs mois d'incertitudes, de doutes, et d'incompréhensions. Cette trêve, temps de la convalescence, présente aussi des hommes qui, ayant frôlés la mort et le néant, veulent vivre pleinement leur existence, sans peur, honte ni fatalité.
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    Critique de qualité ? (5 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par JeanLouisBOIS, le 27 août 2011

    JeanLouisBOIS
    Pour apprécier ce récit de Primo Levi, il me semble indispensable d'avoir lu Si c'est un homme qui est le récit autobiographique le précédant chronologiquement et qui donne à La Trêve tout son poids et toute sa profondeur. Par sa pudeur et sa distanciation, l'auteur donne toujours l'impression de nous raconter une histoire qu'il a vécu de l'intérieur et en même temps de l'extérieur.Cependant, pour que les mots prennent tout leur sens, il faut garder à l'esprit que Primo Levi vient de vivre une expérience inhumaine et déshumanisante en ayant pleinement conscience de l'épreuve qu'il vient de subir et qu'aucun texte ne pourra traduire de façon satisfaisante ou même ne pourra approcher. C'est vrai qu'on voit dans ce récit le retour à une vie libre et dégagée des contraintes physiques et morales du Camp, mais on y voit aussi poindre surtout vers la fin la certitude que l'auteur restera marqué de façon indélébile par le Camp et qu'il ne pourra jamais s'en libérer mentalement. Cette servitude absolue, au-delà du temps et de l'espace, est probablement une des causes du suicide de Primo Levi en 1987.
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    • Livres 5.00/5
    Par DanielGauthier, le 15 mars 2010

    DanielGauthier
    Le livre raconte la quasi-année que passa Primo Levi à rejoindre son Italie natale après sa libération d'Auschwitz en janvier 1945 : il recouvre peu à peu la santé, la faim le tenaille toujours, il rencontre un tas de personnages pittoresques, quelques jeunes femmes le troublent, il reprend goût à la vie...
    Ecrit sur le mode des "tribulations d'un Juif en Europe centrale", l'écriture est fluide, élégante, jamais maniérée, et le livre recèle de nombreux moments franchement comiques, ce qui le rend encore plus agréable à lire.
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Citations et extraits

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  • Par Nanne, le 06 janvier 2010

    C'est pourquoi, pour nous aussi, l'heure de la liberté eut une résonance sérieuse et grave et emplit nos âmes à la fois de joie et d'un douloureux sentiment de pudeur grâce auquel nous aurions voulu laver nos consciences de la laideur qui y régnait ; et de peine, car nous sentions que rien ne pouvait arriver d'assez bon et d'assez pur pour effacer notre passé, que les marques de l'offense resteraient en nous pour toujours, dans le souvenir de ceux qui y avaient assisté, dans les lieux où cela s'était produit et dans les récits que nous en ferions. Car, et c'est là le terrible privilège de notre génération et de mon peuple, personne n'a jamais pu, mieux que nous, saisir le caractère indélébile de l'offense qui s'étend comme une épidémie. Il est absurde de penser que la justice humaine l'efface. C'est une source de mal inépuisable : elle brise l'âme et le corps de ses victimes, les anéantit et les rends abjects [...].
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  • Par chartel, le 15 janvier 2009

    En aucun autre pays d’Europe, je crois, il ne peut arriver de marcher pendant dix heures et de se trouver toujours à la même place, comme dans un cauchemar ; d’avoir toujours devant soi la route toute droite jusqu’à l’horizon, à ses côtés la steppe et la forêt, et derrière soi la route jusqu’à l’horizon opposé, comme le sillage d’un navire ; et pas un village, pas une maison, pas une fumée, pas une borne pour signaler qu’on a tout de même gagné un peu de terrain, pas âme qui vive si ce n’est quelques corneilles ou quelques faucons dérivant paresseusement dans le vent.
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  • Par Outis, le 15 janvier 2009

    Tous les codes moraux sont rigides par définition : ils n’admettent ni nuances, ni compromissions, ni contaminations réciproques. Ils sont acceptés ou rejetés en bloc. C’est là une des principales raisons pour laquelle l’homme est grégaire et recherche plus ou moins consciemment à se rapprocher non pas de son prochain en général mais seulement de ceux qui partagent ses convictions profondes… Chacun sait combien il est malaisé d’avoir des rapports d’affaires, bien plus, de cohabiter avec un adversaire idéologique.
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  • Par Outis, le 15 janvier 2009

    Parmi les choses que j’avais apprises à Auschwitz, une des plus importante était qu’il fallait toujours éviter de paraître « n’importe qui ». Tous les chemins sont fermés à qui semble inutile, tous sont ouverts à qui exerce une activité, voire la plus insignifiante.
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  • Par Mondamoi, le 18 janvier 2012

    pendant des années nous nous sommes montrés objectifs, mais l'objectivité est inoffensive, elle n'a jamais servie à changer le monde. Il nous manque la passion, une passion que l'on pourrait crier ou penser ou écrire. Il faut hurler à l'oreille des gens parce que leur pseudo-surdité est une espèce d'autodéfense lâche et malsaine,
    L'auteur parle des Uruguayens son pays .. mais pas que..

    Elle me donnait la main et je n'avais besoin de rien d'autre.Cela me suffisait pour sentir que j'étais bien accueilli. Plus que l'embrasser, plus que la posséder, plus que toute autre chose, elle me donnait la main et c'était l'amour.
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Vidéo de Primo Levi

Un siècle d'écrivains, une collection dirigée par Bernard Rapp, France 3, 1997. Un film de William Karel : "Primo Levi, écrivain italien". 1/8











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