A la faveur d'une approche anthropologique des comportements en vigueur dans les camps nazis, Primo Levi reprend, en les élargissant, les thèmes déjà abordés dans l'essentiel de ses écrits. Il insiste notamment sur la différence entre l'œuvre du témoin et celle de l'écr... > voir plus
Au cours de cette rencontre, Primo Levi revient sur son expérience concentrationnaire à Monowitz, annexe d'Auschwitz. Ce qui l'a frappé était la dyarchie existant dans cette partie du camp. Les déportés dépendaient à la fois de l'administration d'Auschwitz (les SS) et de l'industrie allemande (IG Farben pour ce qui le concernait), installée à demeure. Il est évident que les intérêts des uns étaient inversement proportionnels à ceux des autres. Primo Levi est resté persuadé de devoir sa survie à sa formation de chimiste. Mais le travail n'est pas tout dans cet univers inhumain. La résistance a bel et bien existé dans cette partie du camp. Elle se trouvait aux mains des communistes - les plus anciens internés - qui avaient droit de vie ou de mort sur cette population en ayant accès au registre d'état civil. Ils leur étaient facile de changer un nom sur une liste et de sauver ou de faire disparaître un déporté. Là encore, une certaine forme de sélection se faisait parmi les internés.
Il faut songer que dans les conditions où il était plongé, le déporté ne possédait pas notre sensibilité et notre émotivité. Il était hébété, et cette hébétude assurait son salut, car elle lui permettait de tenir jusqu'à la fin de la journée en ne se préoccupant que des réalités immédiates et quotidiennes, et en refoulant le reste.
Le survivant doit être fidèle, jusque dans le moindre détail, à son propre rôle ; il doit être témoin au plein sens du terme [...], il ne doit donc parler que de ce qu'il a vu ou vécu, sans concession aucune pour ce qu'il a entendu ou appris de ses camarades. Témoin direct.