Laura et Julio mènent une vie (très) tranquille et sans surprise dans leur petit appartement madrilène. Ils sont jeunes encore, mariés depuis une dizaine d'années, sans enfant, et leur vie est déjà engluée dans une routine qu'ils ne semblent pas vouloir bousculer.
L'équilibre précaire de leur couple bascule le jour où Manuel, leur voisin, tombe dans un coma profond après avoir été renversé par une voiture. Manuel, un personnage un peu fantasque, ne travaillait pas, se définissant comme un "écrivain sans œuvre", était devenu un ami proche du couple, chez qui il était très souvent invité. En fait, Julio et Laura l'avaient si bien intégré dans leur vie quotidienne que son absence soudaine les déstabilise complètement.
Le soir du réveillon, Laura annonce par texto à Julio qu'elle ne veut plus vivre avec lui et exige qu'il quitte immédiatement leur appartement. Désemparé et abasourdi, Julio se réfugie dans l'appartement de Manuel, contigu au leur, réplique exacte et symétrique de l'appartement qu'il vient de quitter.
Julio passe de l'autre côté du miroir.
Tel un fantôme, il s'installe secrètement dans l'appartement de Manuel, d'où il s'aperçoit qu'il peut épier chaque mouvement de sa femme, dort dans le lit de Manuel, puis s'approprie ses vêtements et finit par s'introduire dans son ordinateur, où il découvre les mails échangés entre Laura et Manuel.
Parallèlement à l'histoire un peu désespérée de Laura et de Julio, ce récit parfaitement agencé, comme les décors de cinéma conçus par Julio, aborde les thèmes du double, de l'usurpation d'identité (et pas seulement celle de Manuel. Il y a une étrangeté dans ces personnages solitaires qui semblent vivre à côté de leur vie, qui les rend attachants et vulnérables. Julio, après s'être perdu dans les faux-semblants et de nombreuses illusions, réussit finalement à influencer le cours de la vie qui fut la sienne.
Juan José Millás réussit à créer un univers très particulier, un peu fantastique, un peu troublant, qui va bien au-delà des apparences.
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