J'étais passée complètement à côté de cet ouvrage lorsqu'il est paru la première fois, et à force d'entendre tout et n'importe quoi quelqu'un qui avait la flemme de le lire me l'a fourni contre lecture et avis.
Cet ouvrage, qui a d'ailleurs une suite dédiée aux paillettes cannoises, relate certains épisodes de la vie de Frédéric Mitterand, que ce dernier raconte aux fur et à mesure qu'ils viennent, par clichés, tantôt tendres et nostalgiques, tantôt révélateurs d'une misère humaine et d'une quête impossible. Un mal-être latent baigne le récit, le regard bruisse sur un lit de regrets, de non dits, de silences coupables et de larmes rageuses. Une enfance pleine de charme mais générant déjà son lot de tristesse et d'actes manqués. Une adolescence frémissant sous la séduction des interdits qui sont là, cerbères silencieux d'une société et d'un milieux alors terriblement conventionnels. L'âge adulte, ces élans sentimentaux maladroits et plein de ferveur, touchant de sincérité et de naïveté, ces épisodes glauques et misérables des bars gays de Bangkok et des bordels de Jakarta.
Mais jamais le lecteur ne finit vautré dans le stupre où la fange car une pudeur sensible, une retenue touchante de l'auteur maintiennent une certaine distance.
J'aurais voulu être un autre, vivre une autre vie.
Concernant l'écriture, j'ai personnellement bien aimé le flot plein d'images parfois oniriques qui parcourait ces pages, ça reste fluide en dépit de quelques lourdeurs occasionnelles, et on a de vrais moments d'émotions. Quelques mots crus mais assez peu. Bien sûr, il ne faut pas s'aventurer dans un tel récit si le principe même de l'exorcisme par l'écriture vous rebute, ou si les autobiographies vous agacent. Cet ouvrage m'a offert de beaux instants, mais je ne pense pas oursuivre l'aventure avec la suite.
François Xavier du littéraire.com est très décu et estime que « ce n'est pas sur la place publique que l'on règle ses problèmes », mais « avec sa conscience et, accessoirement, l'aide d'un praticien » (Pourtant le quart de couverture est très explicite sur ce point… ) A titre personnel j'estime que cette maxime quelque peu fermée tendrait à verser au rebus tout un pan de la littérature, celle qui analyse et exorcise son auteur.
Les critiques libres sont au mieux dubitatives, au pire assommées par le livre.
Mais il y a (aussi de bons échos). Ainsi le Nouvel obs salue « le mélange de courage dans l'aveu et de retenue dans l'expression. Aucun déballage obscène. Tout est dans l'allusion, dans le non-dit, dans ce frémissement fiévreux et timide », Olympia parle de style plein de grâce et d'aisance
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