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> Patrick Wotling (Éditeur scientifique)

ISBN : 2253067407
Éditeur : Le Livre de Poche (2000)


Note moyenne : 4.08/5 (sur 148 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Nietzsche, enquêtant sur l'origine des valeurs fondatrices de la morale chrétienne, paraît emprunter sa méthode à Sherlock Holmes. À qui profite le crime ? Comment la modération, l'humilité, l'abnégation ont pu être... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (5)

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    • Livres 4.00/5
    Par zohar, le 13 avril 2011

    zohar
    Dans la Généalogie, Nietzsche réévalue les valeurs morales en soulevant, pas seulement, leurs origines (qui se trouvent dans les sentiments et les actions issus du judéo-christianisme), mais aussi en les critiquant, par la reconstitution de la genèse historique, psychologique et anthropologique de ces valeurs et attitudes pour mieux les démasquer, à savoir les faire apparaître comme autant d'illusions et de mensonges.
    Il distingue dans ce livre, la morale des maîtres et celle des esclaves. Il y a donc d'un côté, la catégorie des dominants et de l'autre, celle des dominés. Mais les premiers se divisent, eux-mêmes, en guerriers et prêtres.
    Et Nietzsche dénonce avec vigueur le peuple juif, de caractère sacerdotal, qui a opéré la distinction entre l'esprit et le corps, en mobilisant les faibles, à son profit, contre les guerriers.
    C'est une telle analyse qui a amené à accuser le philosophe d'être un précurseur de Hitler, un raciste avant la lettre.
    Cependant, c'est une appréciation sujette à caution : car sa vie prouve qu'il n'était nullement antisémite, loin de là !
    De même, et par extension, il convient de ne pas schématiser la notion de « volonté de puissance ». Plus que d'une volonté de domination, il s'agit tout simplement de la manifestation des forces actives.
    « …Nous avons besoin d'une critique des valeurs morales, et la valeur de ces valeurs doit tout d'abord être mise en question… ». L'établissement de leurs origines permet donc de faire leur diagnostic, et c'est par cet acte, cette voie que « l'évaluation et la réévaluation » est, en somme, possible.
    Si les valeurs morales peuvent être, psychologiquement, expliquées (c'est là d'ailleurs, une des thèses principales du livre).
    Et si, ces mêmes valeurs, qui reposent sur la négation de soi et la haine de soi, empêchent l'humanité de s'affirmer.
    Alors, il convient de soutenir comme Nietzsche, l'idée selon laquelle la critique de la morale est nécessaire parce qu'elle permet de libérer l'homme de son nihilisme. Car la morale est toujours la nôtre !
    Ce qui est intéressant chez ce philosophe, c'est son style (ce livre se présente comme une longue dissertation argumentée par des figures rhétoriques qui font de Nietzsche un grand styliste, également) et son expression qui est marquée par les contrastes, (donc loin d'être monolithique).
    Il est tout à la fois un grand polémiste (La généalogie de la morale est, en soi, une œuvre polémique !) supérieurement brillant et un analyste pénétrant qui sait échapper à l'aridité de toute spéculation.
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    • Livres 5.00/5
    Par enkidu_, le 18 avril 2015

    enkidu_
    Même si il reprend les thèses développées antérieurement, c'est le premier ouvrage "systématique" qu'il nous propose sur un problème fondamental : celui de la morale.
    Composé dans une prose enflammée qui lui est caractéristique, et après avoir critiqué les psychologues anglais qui réduisent le bon à l'utilitaire, il montre qu'il a existé deux attitudes dans le domaine éthique, celui aristocrate, qui affirme l'existence et sont bons par leur domination sur les autres (Friedrich Nietzsche, philologue de formation, invoque alors l'étymologie), et la "morale des esclaves" ou du ressentiment, qui fait du "bon" aristocrate non pas un "mauvais", mais un "mal" ; c'est la morale des faibles, celle qui ne recherche pas la vengeance dans l'agir, mais dans un "arrière-monde" religieux - contrairement au noble qui se "désaffecte" de l'acte dans la vie et ne "calcule" même pas l'homme "mauvais", l'homme du ressentiment est dans la réaction, dans le cause-effet qui, selon notre auteur, est une fiction purement grammaticale - quand un animal plus fort chasse sa proie pour la nutrition, il le fait par impératif biologique et par sa puissance, il n'est pas de "bien ou de mal", contrairement à ce que propose "la morale de l'esclave", qui, dans ce même fétichisme de la causalité, finit par faire la dissociation corps-âme, et nourrissant du mépris pour le premier.
    Dans ce transfert d'une morale de l'aristocrate vers une idéologie du ressentiment, il pointe du doigt la compétition entre le prêtre et le guerrier, le premier étant, par son conditionnement, un homme du contemplatif, de l'ascétisme, par définition secrète le ressentiment ; et c'est là qu'interviennent les juifs qui sont - dans l'Ancien Testament même, d'ailleurs - le peuple-prêtre.
    Nietzsche ne critique pas tellement "le juif" en en faisant une essence - dans le second traité il dit de l'antisémite (et de l'anarchiste) qu'il est un homme du ressentiment - mais en tant qu'il a, comme fonction générale, le rôle du peuple sacerdotal ; en Occident, ces idées seront infiltrées par le christianisme dans l'empire romain (d'où la "révolte des esclaves"), perdront de la vitesse à la Renaissance (qui se voulait un retour à l'hellénique), mais reprendront de la vigueur à sa fin, pour connaître leur apex à la Révolution française de 1789, "...c'est alors que la dernière noblesse politique qui subsistait encore en Europe, celle des dix-septième et dix-huitième siècles français, s'effondra sous le coup des instincts populaires du ressentiment, — ce fut une allégresse immense, un enthousiasme tapageur comme jamais on n'en avait vu sur la terre !" (p. 79)
    Dans la deuxième dissertation, le philosophe va sur la "modalité" de l'éthique, la responsabilité, "mauvaise conscience", ... il dit que ce qui fait, à terme, le proto-individu, c'est l'oubli, qui est une faculté pour que l'homme ne reste pas englué dans le passé et permette la mémoire, pour l'avenir : en bon étudiant de la langue, faisant le rapport entre culpabilité (Schuld) et dette (Schulden), Nietzsche nous montre que la "culpabilité", au sens premier, n'avait pas un sens "moral", mais pratique ; pour l'individu "pré-moral", le rapport n'était pas bien-mal, mais créancier-débiteur, et le "coupable" n'était pas un accusé moral, mais celui qui - justement - en brisant une promesse, permettait à l'individu de se situer dans le temps (d'où l'importance de la mémoire-oubli.) La punition qui lui était infligée par la communauté était donc la "souffrance", qui n'était elle-même pas "morale" (l'auteur parle de "festival".)
    Cette "mauvaise conscience", donc de l'ordre de la moralité, n'est venue qu'avec la transition de la pré-histoire des chasseurs-cueilleurs vers un type sociétal néolithique, sédentaire, loin de "l'instinct sauvage" - alors, cette "violence" (chasse, ...) qu'on exerçait vers l'extérieur, nous devons la mobiliser en nous - d'où le ressentiment. Et plus une communauté devenait puissante et s'éloignait de son ancêtre, plus sa "dette" (culpabilité) s'accroissait, pour donner naissance, dans sa plus grande intensité, au "Dieu qui se sacrifie" : Jésus-Christ. C'est là que le ressentiment est "hypertrophié".
    Dans la dernière partie, Nietzsche commente un de ses aphorismes ("l'interprétation" apportée au "texte"), et nous montre que l'ascétisme, dans sa nature - non pas définition, qui diverge - est une modalité pour asseoir ledit ressentiment, pour que "l'esclave" colorie ses chaînes.
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    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 30 mars 2010

    chartel
    Dans "La généalogie de la morale", Friedrich Nietzsche poursuit sa remise en cause des valeurs fondatrices de nos sociétés, plus particulièrement les notions de juste et d'injuste, de bon et de mauvais. Il nous renseigne sur les sources de ces valeurs et de ce qui les a fondées, afin de prouver qu'elles ne sont en rien naturelles, mais bien l'œuvre patiente et acharnée des hommes au cours de notre histoire. L'amour du prochain, par exemple, est pour le philosophe une belle supercherie. L'altruisme cache toujours un intérêt purement égoïste servant à satisfaire sa fameuse volonté de puissance.
    Enfin, de manière indirecte, Nietzsche explique, dans la première partie de cet essai, les causes des persécutions des juifs en Europe, aboutissant (si l'on considère que le problème des rapports chrétiens/juifs est aujourd'hui dépassé et réglé) au drame de la Shoah. (Attention, il ne s'agit aucunement d'un sujet sur lequel s'attarde le philosophe, mais il m'a tant éclairé que je me dois d'y faire référence.) Les angoisses et les peurs des non-juifs envers les sémites proviendraient de l'archaïsme qu'ils représentent. Ces derniers seraient les contradicteurs de la société du progrès, du libéralisme et de l'avènement de la raison. Ceci expliquerait l'antisémitisme de Voltaire, qui ne cessa de se battre pour que les Lumières s'imposent, altérant ainsi les tristes ténèbres des esprits cabalistes et mystiques.
    Étonnant non?
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    • Livres 3.00/5
    Par fx131, le 06 juillet 2014

    fx131
    Voila le livre qui à possiblement conduit les nazis à récupérer la pensée de Nietzche . En effet , ce qui marque ici principalement c'est sa méfiance , sa critique du peuple juif . Il va assez loin dans cette "thématique " à tel point que l'on ne peut s'empécher de vérifier dans sa biographie si il n'ëtait pas antisémite . Au delà de cet aspect problèmatique , l'on doit reconnaitre que ce texte contient nombre de passages de qualité , ce qui accentue encore davantage le trouble ressenti devant ces sorties et "théses" pour le moins ambigues .
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    • Livres 4.00/5
    Par GuillaumeTM, le 29 mars 2013

    GuillaumeTM
    Nietzsche, essaie, ici, en trois dissertations, de remonter aux origines de la morale chrétienne. Il met de côté pour le coup le style allégorique et son amour des aphorismes qui firent son succès. L'avantage de la philosophie nietzschéenne est qu'elle suit une continuité logique abordée dès "La naissance de la tragédie" jusqu'à "L'Antéchrist".
    Nietzsche s'efforce de montrer à quel point la morale chrétienne ou idéal ascétique est fondée sur une pente glissante car bâtie sur ce qu'il appelle la faute ou l'équivalent d'une dette que l'on devrait payer toute sa vie, pour être plus clair : "la négation de soi" et de la vie.
    C'est un livre brillant, un de ceux qu'il faut lire si on s'intéresse un tant soit peu à la philosophie.
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Citations et extraits

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  • Par Marlow, le 28 mars 2010

    Nous sommes pour nous des inconnus, nous en personne pour nous en personne: il y a à cela une bonne raison. Nous ne sommes jamais partis à la recherche de nous-mêmes, – comment pourrait-il se faire qu’un beau jour nous nous trouvions? C’est à juste titre que l’on a dit: « Là où se trouve votre trésor, se trouve aussi votre coeur »; notre coeur se trouve là où sont les ruches de notre connaissance. Nous sommes toujours en route vers elles, nous qui sommes nés ailés et collecteurs de miel de l’esprit, nous n’avons vraiment qu’une seule et unique chose à coeur – rapporter quelque chose « chez nous ». Quant à la vie, pour le reste, aux soi-disant « expériences vécues », – qui d’entre nous a seulement assez de sérieux pour cela? Ou assez de temps? Pour ce qui est de ces sujets, nous n’avons, je le crains, jamais été vraiment « captivés par le sujet »: notre coeur n’y est justement pas – et même pas notre oreille! Tout au contraire, tel un être en proie à une distraction divine et immergé en lui-même, à l’oreille de qui la cloche vient de sonner ses douze coups de midi à toute volée, qui se réveille en sursaut et se demande: « Qu’est-ce qui vient de sonner au juste? », nous aussi, il nous arrive de nous frotter les oreilles après coup et de nous demander, totalement stupéfaits, totalement déconcertés: « Qu’avons-nous vécu là au juste? », plus encore: « Qui sommes-nous au juste? » (...). Nous demeurons justement étrangers à nous-mêmes, de toute nécessité, nous ne nous comprenons pas, il faut que nous nous méprenions sur notre compte, le principe: « Chacun est pour lui-même le plus lointain » s’applique à nous à tout jamais, – à notre égard, nous ne sommes pas des « hommes de connaissance »…
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  • Par peloignon, le 23 février 2013

    Au fur et à mesure qu’une communauté s’accroît, elle accorde moins d’importance aux fautes de l’individu, parce que celles-ci ne peuvent plus lui apparaître subversives et dangereuses pour le maintien de l’ensemble dans la même mesure qu’auparavant : le malfaiteur n’est plus « privé de paix » et proscrit, la colère générale ne peut plus dorénavant se déchaîner contre lui avec autant d’acharnement, - au contraire le malfaiteur est maintenant scrupuleusement défendu par l’ensemble social et sous sa protection contre cette colère, en particulier contre celle de sa victime immédiate. .... La justice, qui a commencé par poser : « tout peut se régler, tout doit se régler », finit par fermer les yeux et par laisser courir l’individu insolvable, - elle finit comme toutes les bonnes choses sur cette terre : elle s’abolit.
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  • Par adilosa, le 08 septembre 2013

    "Non ! qu’on ne me vienne pas avec la science, quand je cherche l’antagoniste naturel de l’idéal ascétique, quand je demande : « Où est la volonté adverse en qui s’exprime un idéal adverse ? » Pour un tel rôle la science est loin d’être assez autonome, elle a besoin elle-même, en tout état de cause, d’une valeur idéale, d’une puissance créatrice de valeurs qu’elle puisse servir et qui lui donne la foi en elle-même — car, par elle-même, elle ne crée aucune valeur. Ses rapports avec l’idéal ascétique n’ont pas le caractère de l’antagonisme ; on serait plutôt tenté de la considérer comme la force de progrès qui régit l’évolution intérieure de cet idéal. Si elle lui résiste et le combat, cette opposition, à tout bien considérer, ne s’attaque pas à l’idéal même, mais à ses ouvrages avancés, à sa façon de montrer et de masquer son jeu, à sa rigidité, sa dureté, son allure dogmatique, — elle affranchit le principe de vie qui est en son idéal, en niant tout son côté extérieur. Tous deux, la science et l’idéal ascétique, se tiennent sur le même terrain — je l’ai déjà donné à entendre : — ils se rencontrent dans une commune exagération de la valeur de la vérité (plus exactement : dans une croyance commune que la vérité estinestimable, incritiquable), et c’est ce qui fait d’eux nécessairement des alliés, — de sorte que, à supposer qu’on les combatte, c’est ensemble seulement qu’on peut les combattre et les mettre en question."
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  • Par peloignon, le 22 janvier 2013

    Telle est bien la fatalité de l’Europe – cessant de craindre l’homme, nous avons aussi perdu notre amour pour lui, notre vénération pour lui, l’espoir en lui et même la volonté qu’il advienne. La vision de l’homme n’est plus que fatigue – qu’est aujourd’hui le nihilisme, sinon cela?... Nous sommes fatigués de l’homme....

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  • Par chartel, le 28 mars 2010

    Voir souffrir fait du bien, faire souffrir plus de bien encore – c’est une dure vérité, mais une vieille, puissante, capitale vérité humaine – trop humaine.

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L'autre Nietzsche - 2/3 - Conférence le Monde en partenariat avec la Fnac
A l'occasion de la sortie du hors-série du Monde consacré à Friedrich Nietzsche, le Monde, en partenariat avec la Fnac, a organisé une rencontre autour du philosophe, philologue et poète allemand, le temps d'un échange privilégié avec les invités. En présence de Philippe Sollers, écrivain, Clément Rosset, philosophe et Dorian Astor, auteur d'une biographie sur Nietzsche. Rencontre animée par Frédéric Joignot, journaliste au Monde. Enregistré le 27 juin 2011 à l'Auditorium le Monde.











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