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ISBN : 2070324303
Éditeur : Gallimard (1987)


Note moyenne : 4.09/5 (sur 170 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
C'est d'abord à une radicale remise en question de la vérité que procède Nietzsche (1844-1900) dans Par-delà le bien et le mal (1886). Ce texte dune écriture étincelante, férocement critique, met en effet au jour, comme un problème majeur jusque-là occulté, inaperçu, ce... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par colimasson, le 28 juin 2013

    colimasson
    Si le Zarathoustra de Nietzsche vous parut être un homme admirable, vous découvrirez Par-delà le bien et le mal comme la source théorique de l'application de sa ligne de conduite.

    Zarathoustra, on s'en souvient, vivait loin des hommes, retiré dans la montagne, au milieu d'une nature indocile et souvent peu confortable mais qui savait par ailleurs procurer l'extase de la puissance et qui permettait à la force vitale du presque-surhomme de se délier avec panache. Cette vie solitaire (qui n'est pas solitude) aura permis à Zarathoustra de prendre du recul sur les jugements émis par les hommes depuis des millénaires, et qui continuent encore à circuler aujourd'hui alors que la réflexion devrait conduire à cette évidence absolue : ils ne contribuent pas à élever l'homme et lui font perdre l'équilibre lorsqu'il s'essaie à avancer sur la « corde tendue entre l'animal et le Surhomme », la « corde tendue au-dessus d'un abîme ». Encore un bouquin de misanthrope ? Pas vraiment puisque Nietzsche mena une vie très mondaine, au moins jusqu'à ses quarante ans, fréquentant les meilleurs salons de Bâle. La philosophie de Nietzsche n'est donc pas une pure œuvre spéculative. Elle résulte d'une expérience réelle de la vie sociale, dans ce qu'elle a de pire et de meilleur, nourrie ensuite d'une solitude brusque et forcée qui, dans le contraste, permit certainement à Nietzsche d'élaborer les réflexions qu'on lui connaît.

    L'affrontement des forces majeures du Bien et du Mal n'existe pas de manière absolue, et c'est peut-être bien leur avantage. Elles se dispersent sournoisement et il s'agit de les traquer avec attention, ce que fait Nietzsche en s'aventurant dans les domaines des valeurs, des vérités et du pouvoir. Ici, on les appelle péché ou vertu, honte ou pudeur, crime ou charité ; ailleurs on les appelle ignorance ou savoir ; là on les appelle obéissance ou autorité. Mais qui a défini ces normes ? Quelles ont été les motivations de ceux qui les ont choisies ? Avant de cheminer Par-delà le bien et le mal, Nietzsche remonte à leurs sources et voit la dualité émerger avant même la naissance du christianisme, lorsque la morale des esclaves exigeait des conditions de vie plus douces, ralentissant ainsi le développement des hommes puissants –ce qu'on appellerait aujourd'hui « nivellement par le bas » ? Plus de pitié, plus de compassion ; Nietzsche avait pourtant essayé d'en faire preuve après avoir lu les exhortations encourageantes du Monde comme volonté et comme représentation de Schopenhauer, et il avait misé sur l'aptitude de l' « art total » pour y parvenir –mais cette volonté se solda par un échec retentissant lors du Festival de Bayreuth. Nietzsche y perdit toute sa confiance, beaucoup de force, et le goût de vivre lui vint presque à disparaître. Est-il vraiment audacieux de détruire la force vitale des derniers hommes puissants (mais toutefois pas assez pour résister à la contagion néfaste des autres), de les sacrifier dans la tentative de sauver des hommes faibles que rien ne semble pouvoir élever ?

    « Plus un homme représente un type d'espèce supérieur, plus ses chances de réussite deviennent minimes : le hasard, la loi du non-sens dans l'économie humaine, apparaît le plus terrible dans les ravages qu'il exerce sur les hommes supérieurs, dont les conditions vitales subtiles et multiples sont difficiles à évaluer. »

    Peut-être, en réalité, Nietzsche n'est-il pas si puissant qu'il veut bien le faire croire, et sans doute porte-t-il à bout des réflexions pour tenter malgré tout de s'en convaincre. Pour ma part, peu m'importe que Nietzche soit ou non le prototype le plus avancé du Surhomme. Il s'est peut-être laissé abattre par sa déception, mais il a su la surmonter seul, il a su la magnifier par ses réflexions, sans ne jamais perdre la sensibilité qui fut pourtant cause de son malheur. Et c'est parce que son œuvre reste toujours sensible, profondément personnelle et authentique, qu'elle charme d'emblée. Pourtant, Nietzsche ne veut embobiner aucun lecteur, qui précise, avec son humour caractéristique : « Mais il ne faut pas avoir trop raison, si l'on veut avoir les rieurs de son côté ; un petit soupçon de tort peut être un indice de bon goût ». Ainsi, à mi-chemin entre le système et l'aphorisme, Nietzsche sépare son livre en chapitres distincts, composé de réflexions plus ou moins longues qui pourront former dans un cas des chapitres, dans l'autre des maximes, passant par le spectre de toutes les formes intermédiaires et s'essayant même à la poésie.

    Par-delà le bien et le mal est un livre gai et chantant qui ressemble à un hymne pour la liberté. L'immoralisme de Nietzsche n'est pas une absence de règles ni de lois, comme ce serait le cas dans un système anarchique –c'est un moralisme personnel, fondé sur la certitude que, les cieux étant désormais vides de tout Dieu, il faut les repeupler par soi-même. Nietzsche dépasse son inspirateur Schopenhauer, ce pessimiste qui ne proposait aucune solution, en exhortant l'homme à rechercher en lui ses propres valeurs et ses sincères aspirations. Il rejoint parfois Spinoza en faisant de la recherche un moteur essentiel du développement de l'humanité et un réconfort contre les bassesses de l'existence, mais il se montre moins extrême et plus sceptique lorsqu'il prévient déjà l'orgueil de ceux qui croiront avoir trouvé LA vérité alors qu'il ne s'agirait en fait que de LEUR vérité, ajoutant à L'ethique spinoziste la souplesse qui lui manquait peut-être. Enfin, Nietzsche se fait précurseur de l'existentialisme sartrien lorsqu'il dénonce et moque l'hypocrisie des bonnes manières qui, non contentes de berner les autres, aliènent également celui qui en fait preuve par pure convention :

    « Sa complaisance habituelle envers toute chose, tout évènement, l'hospitalité sereine et impartiale qu'il met à accueillir tout ce qui l'attaque, sa bienveillante indifférence, sa dangereuse insouciance du oui et du non, hélas ! toutes ces vertus, il a souvent à s'en repentir et, comme homme surtout, il devient trop aisément le caput mortuum de ces vertus. Réclame-t-on de lui de l'amour et de la haine –j'entends de l'amour et de la haine comme les comprennent Dieu, la femme et la bête-, il fera ce qui est dans son pouvoir et donnera ce qu'il peut. Mais on ne s'étonnera pas si ce n'est pas grand-chose, -s'il se montre justement ici faux, fragile, mou et incertain. »

    Parce que la philosophie de Nietzsche semble plus légère, sensible et émotive que celle de la plupart des autres « philosophes », on lui a souvent reproché de n'avoir qu'un charme captieux. Ce serait là n'avoir pas réussi à surmonter cette certaine forme de moralité qui oppose la raison à l'émotion car –à bien y réfléchir- quel mal (ou quel bien) y a-t-il à se laisser persuader plutôt qu'à se laisser convaincre ?


    Lien : http://colimasson.over-blog.com/article-par-dela-le-bien-et-le-mal-1..
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    • Livres 5.00/5
    Par Moosbrugger, le 08 mai 2013

    Moosbrugger
    (Traduction de Patrick Wotling). Lu pour la première fois il y a 2 ans.
    Ce livre est avant tout infiniment riche et exigeant.
    Le dernier ouvrage de la série Le gai savoir - Ainsi parlait zarathoustra - Par-delà le bien et le mal, est, de l'avis même de son auteur, un commentaire de Zarathoustra, qui choisi de dire ici le « non » là ou le précédent livre disait le « oui », et qui dresse un premier bilan de la recherche à laquelle il s'était jusqu' alors appliqué dans ses premières œuvres.
    Aph. 185 « Il ne m'est pas sympathique. » – Pourquoi ? –« Je ne suis pas à sa hauteur. » Un homme a-t-il jamais fait cette réponse ?
    Nietzsche adopte ici un ton radical et explicite sa philosophie sous une forme extrêmement claire, qui contraste avec la prose fantaisiste de Zarathoustra. Les grands thèmes de sa philosophie y sont exposés : le refus d'une hiérarchie simpliste entre bien et mal, de la vérité philosophique vide de sens, auxquelles il tentera de substituer des valeurs nouvelles, adoptant comme présupposé que toute chose doit être considérée en fonction de la « volonté », c'est à dire en fonction de l'intention dissimulée de celui qui agit, qu'il ne désire pas s'avouer à lui-même en toute mauvaise foi.
    On insistera donc ici plutôt sur la valeur de l'erreur (pour autant que celle-ci procède du moi profond) que sur la recherche de la vérité, sur l'étude de l'histoire naturelle de la morale plutôt que sur la recherche de ses fondements. La philosophie, la religion, la compassion et la pitié, l'égalité (et par là, la démocratie et le socialisme), l'utilitarisme, le nationalisme, une certaine catégorie d'art…autant de cibles pour Nietzsche qui ne manquera pas de rappeler pour chacune d'elles le manque de probité de ceux qui en sont les partisans, la mauvaise foi et la superficialité caractéristiques qui hantent les idéaux de tous bords. Face à cela, il appellera de ses vœux l'émergence de « sur-hommes », une aristocratie refusant l'hypocrisie de la morale, cultivant la probité et la distance avec les autres hommes dans des conflits permanents.
    On trouvera également les indissociables rengaines sur les « castes » humaines, l' « élevage » de différents grands types d'esprits humains, le désir d'esclavage, les femmes considérées comme des bêtes sauvages et dissimulatrices… points de vue que l'on ne pourra pas séparer de sa philosophie, et qui encourent toujours le risque d'être soumis soit à de mauvaises interprétations, soit à des utilisations douteuses.
    Aph. 40 « […] Tout esprit profond a besoin d'un masque : plus encore, un masque pousse continuellement autour de tout esprit profond, du fait de l'interprétation constamment fausse, à savoir plate de toute parole, de tout pas, de tout signe de vie émanant de lui.»
    Dans la profondeur de sa pensée, nous retrouverons, ravis, le « masque », indispensable à tout esprit noble, les puits profonds, l'opposition de la règle et de l'exception, toute une théorie de la dissimulation dans le commerce des hommes qui fait le charme particulier de cette philosophie.
    Il faut une fois de plus souligner la qualité de l'écriture, qui est très agréable comme dans Le gai savoir, et la clarté des aphorismes. N'hésitez pas à vous lancer dans la lecture de ce philosophe, Il n'y a pas de difficulté majeure à entrer dans sa pensée, et vous pourrez constater qu'il ne fait pas vraiment partie de ceux qui usent de gants et manient la langue de bois pour fustiger l'hypocrisie des intellectuels, les institutions vides de sens, le laisser-aller et les démagogies de tous horizons… ! Attention toutefois : il ne faudra pas entamer sa découverte par cet ouvrage, mais débuter bien plutôt par Le gai savoir ou une de ses premières œuvres, plus introductives. de plus, il faudra être patient, c'est évidement toujours le cas lorsque l'on aborde un auteur nouveau, mais cela est encore plus vrai pour Nietzsche, pour se glisser dans cette étrange philosophie, d'autant plus que nous avons affaire à un auteur facétieux qui aime parfois à se faire comprendre à demi-mot, et il sera de plus véritablement nécessaire d'effectuer un lent travail sur soi pour véritablement comprendre cette pensée. C'est peut être finalement dans cet effort nécessaire que réside l'intérêt profond de cette lecture, qui permet de faire un pas sur le chemin de la probité intellectuelle.
    Par ailleurs, cette obligation pour le lecteur de devoir s'impliquer personnellement dans cette philosophie pour pouvoir la comprendre fait de Zarathoustra un socle indispensable à la lecture de ce livre, alors que celui-ci apparaît dans le même temps comme un commentaire du premier dans le sens où il explique pleinement à quoi s'oppose la philosophie du prophète.
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    • Livres 4.00/5
    Par mickbu, le 12 avril 2013

    mickbu
    Pour Nietzsche, du point de vue subjectif ou psychologique, la vraie réalité est celle du moi, des volontés, des désirs des pulsions. La décadence c'est le simple fait de souffrir de la réalité. La morale se donne comme une religion, comme l'invention d'une transcendance. La morale est une théologie qui prétend garantir dans l'être ce qui n'est que néant, apparence, illusion, mensonge, tricherie, erreur. Au prolongement de sa « Généalogie de la morale », Nietzsche s'intéresse dans « Par-delà bien et mal » aux détails de la question avant d'émettre une hypothèse. Et tous les détails constituent l'unité d'ensemble qui montre que les valeurs morales et idéales qui gouvernent la conduite des individus, des clivages sociaux, n'ont aucun fondement métaphysique, seulement l'expression d'une réalité sociale qu'on peut expliquer par la psychologie des pulsions.
    Nietzsche interroge la provenance de nos préjugés moraux, de quel mal s'agit-il, quel est cet arbitrage du Bien et du Mal rendu au nom de la Morale. C'est le psychologue avec un grand P, il mène une croisade, et pointe du doigt les travestissements honteux des soupçons moraux, ni plus ni moins qu'une désorganisation du jeu pulsionnel : « Bref les morales ne sont aussi qu'un langage figuré des affects ». Par-delà bien et mal.
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    • Livres 4.00/5
    Par chartel, le 21 juillet 2009

    chartel
    Dans "Par-delà bien et mal", Nietzsche n'y va pas avec des pincettes. Sa critique du principe démocratique d'égalité l'amène à prendre des positions très radicales qui pourraient heurter certains esprits humanistes. Cette critique serait (il s'agit de mon interprétation) une suite logique des principes chrétiens de pitié et de charité. En effet, pour se préserver du dégoût de la vie et ne pas sombrer dans un pessimisme incurable, les hommes se cachent de la vérité à travers ces principes définis comme bons. On comprend ainsi pourquoi les hommes sont faux et inconstants. L'égalité n'est qu'une illusion, le cache-misère d'un monde qui avance par ce que Nietzsche appelle La volonté de puissance. Il y a des êtres, qu'il appelle « aristocratiques », cherchant à s'épanouir par une oppression sur d'autres êtres, de loin les plus nombreux, cherchant eux à se soumettre à de grands chefs, à des maîtres tout puissants. Joli tableau n'est-il pas ?
    Mais ses aphorismes les plus stimulants sont ceux traitant d'une sorte de relativisme : toute théorie n'étant qu'interprétation, même les lois scientifiques, il n'y a alors aucune vérité durable et immuable. Et comme, de surcroît, nos sens sont trompeurs, ils ne peuvent nous donner les clés d'une vérité souveraine. Et il n'hésite pas aussi à nous mettre en garde sur les vérités qu'il nous enseigne : ce sont ses vérités du moment, elles ne le seront plus une fois couchées sur le papier.
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    • Livres 3.00/5
    Par Zebra, le 25 août 2012

    Zebra
    Dans ses "Textes sur les Représentations sociales", Nietzsche écrivait : "Pour élever la lecture à la hauteur d'un art, il faut posséder avant tout une faculté qu'on a précisément le mieux oubliée aujourd'hui et c'est pourquoi il s'écoulera encore du temps avant que mes écrits soient "lisibles" -, une faculté qui exigerait presque que l'on ait la nature d'une vache et non point, en tous les cas celle d'un "homme moderne" ; j'entends la faculté de ruminer ...". Je crains que ce soit un processus encore à utiliser si on veut tirer tout le sel de cet ouvrage !
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Citations et extraits

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  • Par colimasson, le 27 janvier 2014

    Sa complaisance habituelle envers toute chose, tout événement, l’hospitalité sereine et impartiale qu’il met à accueillir tout ce qui l’attaque, sa bienveillante indifférence, sa dangereuse insouciance du oui et du non, hélas ! toutes ces vertus, il a souvent à s’en repentir et, comme homme surtout, il devient trop aisément le caput mortuum de ces vertus. Réclame-t-on de lui de l’amour et de la haine –j’entends de l’amour et de la haine comme les comprennent Dieu, la femme et la bête-, il fera ce qui est dans son pouvoir et donnera ce qu’il peut. Mais on ne s’étonnera pas si ce n’est pas grand-chose, -s’il se montre justement ici faux, fragile, mou et incertain.
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  • Par colimasson, le 08 mars 2014

    Un homme qui aspire à de grandes choses considère tous ceux qu’il rencontre sur sa route soit comme moyen, soit comme cause de retard et comme obstacle –soit encore comme des haltes momentanées. La bonté de haute marque envers les autres hommes, qui est le propre de cet homme, ne devient possible que quand il est arrivé à sa propre hauteur et qu’il commence à dominer. Une certaine impatience et la conscience d’avoir été toujours condamné à la comédie –car la guerre même n’est qu’une comédie et une cachette, car tous les moyens ne servent qu’à cacher le but- lui gâchent toutes ses relations : ce genre d’homme connaît la solitude et ce qu’elle a de plus empoisonné.
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  • Par colimasson, le 02 mars 2014

    La façon dont le respect de la Bible a généralement été maintenu jusqu’à présent en Europe est peut-être le meilleur élément de discipline et de raffinement des mœurs dont l’Europe soit redevable au christianisme. […] On a fait un grand pas en avant lorsqu’on a fini par inculquer aux grandes masses (aux esprits plats qui ont la digestion rapide) ce sentiment qu’il est défendu de toucher à tout, qu’il y a des événements sacrés où elles n’ont accès qu’en ôtant leurs souliers et auxquels il ne leur est pas permis de toucher avec des mains impures, -c’est peut-être le point le plus élevé d’humanité qu’ils peuvent atteindre. 
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  • Par colimasson, le 28 février 2014

    D’un seul coup se brisent les liens de la contrainte de l’ancienne discipline : elle n’est plus considérée comme nécessaire, elle n’est plus condition d’existence, si elle voulait subsister elle ne le pourrait que comme une forme de luxe, comme goût archaïque. La variation, soit sous forme de déviation (vers quelque chose de plus haut, de plus fin, de plus rare), soit sous forme de dégénérescence et de monstruosité, paraît aussitôt en scène dans toute sa plénitude et sa splendeur, l’individu ose être unique et se détacher du reste. A ce point critique de l’histoire, on voit se juxtaposer et souvent s’enchevêtrer, s’emmêler, une croissance et une élévation superbes, aussi diversifiées que dans une forêt primitive, une sorte d’allure tropicale dans la rivalité de croissance et une prodigieuse course à la chute et à l’abîme, grâce aux égoïsmes tournés les uns contre les autres comme s’ils explosaient ; en lutte les uns contre les autres pour « le soleil et la lumière », ils ne connaissent plus les limites, les freins et la modération de la morale qui régnait jusque-là. 
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  • Par adilosa, le 03 septembre 2013

    "Pour ce qui en est de la superstition des logiciens, je veux souligner encore, sans me laisser décourager, un petit fait que ces esprits superstitieux n’avouent qu’à contre-coeur. C’est, à savoir, qu’une pensée ne vient que quand elle veut, et non pas lorsque c’est moi qui veux ; de sorte que c’est une altération des faits de prétendre que le sujet moi est la condition de l’attribut « je pense ». Quelque chose pense, mais croire que ce quelque chose est l’antique et fameux moi, c’est une pure supposition, une affirmation peut-être, mais ce n’est certainement pas une « certitude immédiate »."
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