Un roman qui a suscité bien des éloges et des critiques à sa sortie, prendre du recul pour le lire me semblait nécessaire afin de me forger mon propre sentiment ; l'occasion de cette lecture commune fut pour moi, le prétexte à me plonger dedans.
Je m'étais refusée à lire en détail tous les résumés, j'ai horreur de connaitre toute l'histoire du roman avant ma lecture, et je tente moi-même quand je présente un livre de rester assez flou et je me refuse de faire des résumés et surtout pas un résumé total et détaillé, car le futur lecteur ne peut plus pénétrer dans le roman sans avoir une certaine appréhension ou une idée bien précise, je trouve cela désolant de connaitre toute l'intrigue et toutes les ficelles du récit. Quel intérêt ensuite de lire le livre ?
Pour ma part, je me contenterai comme souvent de donner mon avis de lectrice et je ne vais pas me risquer à faire une analyse de ce bouquin, je laisse ce travail de chirurgien aux spécialistes et professionnels. Cette opération chirurgicale d'un roman me gêne vis à vis de l'auteur, comme si on le dépouillait de son travail ardu, comme si un étranger pouvait savoir mieux que lui ce qu' il a écrit, mais qui, malgré tout, a la prétention de savoir mieux que l'auteur son propre sentiment, et sa profonde pensée pour le dévoiler à nu et JUGER !
Dans un premier temps, j'ai aimé l'histoire de Renée, personnage touchant, cet hérisson qui sort ses piquants mais qui au fond n'est que douceur. Avant la lecture, le titre m'interpelait puis la réponse vint aussi en son temps et je dois dire que l'auteur a eu elle aussi l'élégance et la finesse de nous offrir un personnage à la hauteur de sa définition :
page 153 ( édition Gallimard 2006):”Mme Michel, elle a
l'élégance du hérisson : à l'extérieur, elle est bardée de piquants, une vrai forteresse, mais j'ai l'intuition qu'à l'intérieur, elle est aussi simplement raffinée que les hérissons, qui sont des petites bêtes faussement indolentes, farouchement solitaires et terriblement élégantes.”
Ces petites bêtes sont adorables, d'une beauté incontestable, si on sait les regarder de tout près, les piquants ne sont pas piquants du tout ! Comment, vous doutez ! Et encore des idées bien figées, de toute personne qui se contente de suivre le troupeau de mouton, de toute personne qui ne prend jamais la peine d'aller au-delà ! Prenez un hérisson dans vos mains, et caressez-le dans le sens du poil, et vous serez agréablement surpris que ces piquants si rebutants, ne sont que douceur et souplesse !
Et bien, Madame Michel, et tout à l'image du hérisson, qui se pare d'une carapace pour endosser son rôle de concierge d'un immeuble de personnes qui sous le seul prétexte qu'elles ont des comptes en banque rondouillets, se croient l'élite de la société, et personne pour les égaler ! Se parquant dans des stéréotypes qui ne ressemblent qu' à leur propre image, l'auteur nous régale sans doute un peu trop d'anecdotes de ce monde sous le regard aiguisé de Renée et de Paloma.
Le style est à mon goût un peu trop forcé pour un rendu certes à l'image de l'histoire cepandant pour notre plus grand bonheur, on peut déceler par moments le relâchement de l'auteur par des passages plus poétiques et dont je me suis régalée, je peux sans révéler l'intrigue vous mettre la fin du livre qui m'a laissée dans une parenthèse moi aussi : “En pensant à ça, ce soir, le cœur et l'estomac en marmelade, je me dis que finalement, c'est peut-être ça la vie : beaucoup de désespoir mais aussi quelques moments de beauté où le temps n'est plus le même. C'est comme si les notes de musique faisaient un genre de parenthèses dans le temps, de suspension, un ailleurs ici même, un toujours dans le jamais. oui, c'est ça, un toujours dans le jamais. […] car pour vous, je traquerai désormais les toujours dans le jamais. La beauté dans ce monde. “
Dans un deuxième temps, j'ai ressenti un peu de lassitude à lire les passages de Paloma, j'en ai même survolé certains qui pour ma part ne donnaient que peu de poids au livre. Toutefois son personnage est intéressant, au cœur de cette élite, elle donne sa version, à contrario de Renée qui n'en fait pas partie mais la subit, on ressent une autre version bien qu'elles soient parallèles et finissent malgré tout le rationalisme mathématique, par se rejoindre.
Au-delà de cette peinture de cette bourgeoisie engoncée dans son carcan, l'auteur nous offre aussi de bien belles pages d'amitié sincère, pure et véritable entre Renée et Manuela :
Page 347 : Te souvient-il de ces tasses de thé dans la soie de l'amitié ? dix ans de thé et de vouvoiement et, au bout du compte, une chaleur dans ma poitrine et cette reconnaissance éperdue envers je ne sais qui ou quoi, la vie, peut-être , d'avoir eu la grâce d'être ton amie. Sais-tu que c'est auprès de toi que j'ai eu mes plus belles pensées , Faut-il que je meure pour en avoir enfin conscience …Toutes ces heures de thé, ces longues plages de raffinement, cette grande dame nue, sans parures ni palais, sans lesquelles, Manuela, je n'aurais été qu'une concierge, tandis que par contagion, parce que l'aristocratie du cœur est une affection contagieuse, tu as fait de moi une femme capable d'amitié… Aurais-je pu si aisément transformer ma soif d'indigente en plaisir de l'Art et m'éprendre de porcelaine bleue, de frondaisons bruissantes, de camélias alanguis et de tous ces joyaux éternels dans le siècle, de toutes ces perles précieuses dans le mouvement incessant du fleuve, si tu n'avais, semaine après semaine, sacrifié avec moi, en m'offrant ton cœur, au rituel sacré du thé ?
Des vérités qui ne sont plus à prouver, une amie véritable est chose rare et précieuse, l'auteur a su nous en apporter la preuve par de beaux passages.
Bien plus que l'amitié, quoique : l'amour… et c'est en la compagnie de Kakuro qu'il s'invite au seuil de la conciergerie avec tout le charme du Japon pour ne pas dire la grâce de cet homme qui démasque René en citant un passage de
Tolstoï d'“
Anna Karénine”, il faut dire que le chat de Renée se nomme Léon en honneur de cet auteur qu'elle affectionne. Ce prénom a-t-il mis la puce à l'oreille à Kakuro ? (voir la vidéo en bas)
Et je peux vous souffler que
l'élégance du hérisson s'est avant tout, l'éloge de la littérature et des arts. Des moments de lecture loin du quotidien, Renée les apprécient grandement, et doit ruser pour ne pas révéler à cette aristocratie qu'elle est autant pour ne pas dire plus, cultivée que ces prétentieux. Et la question se pose : la culture était-elle réservée uniquement à une tranche de la société ? N'était-elle abordable si et seulement si, on est né une cuillère d'argent dans la bouche ?
Vous l'aurez bien compris, ce livre regorge de pensées, de moments succulents et truculents, bref je ne vais pas vous en faire encore une rallonge : malgré certaines redondances et lassitudes par les tableaux brossés de cette aristocratie, j'ai apprécié cette lecture pour le charme du hérisson et les très beaux passages que l'auteur a su nous offrir entre deux épisodes un peu trop bridés par son style, voulu je l'ai bien compris mais quand même irritant.
Je retiens pour mon plus grand plaisir de lectrice toutes ces réflexions sur l'humain, à vous de les découvrir, d'apprécier votre propre cheminement au sein de cette lecture. Un livre qui semble aux premiers abords “prétentieux” à l'image de cette aristocratie mais qui finalement se révèle philosophique et poétique.
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