> Claude Seban (Traducteur)

ISBN : 2848761490
Éditeur : Philippe Rey (2009)


Note moyenne : 3.25/5 (sur 59 notes) Ajouter à mes livres
Elles se sont rencontrées au cœur des années soixante-dix, étudiantes et camarades de chambre dans un collège prestigieux où elles entreprenaient leur cursus universitaire. Genna, descendante du fondateur du collège, est la fille d’un couple très « radical chic », riche... > voir plus
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Critiques et avis

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  • Par InColdBlog, le 08 septembre 2010

    InColdBlog
    États-Unis, automne 1974. C'est la rentrée à la Schuyler School, college pour filles huppées.
    Le hasard a décidé des attributions des chambres. A Haven Hall, les camarades de chambrée font connaissance. Parmi elles, dEux étudiantes : une noire, une blanche.
    La première, Minette Swift, est l'une des rares afro-américaines du campus.
    D'origine modeste, Minette est la fille d'un pasteur charismatique, à la tête d'une des plus influentes églises évangélistes de Washington.
    Son entrée à la Schuyler School, elle la doit à l'attribution d'une bourse d'étude qui lui permet d'être la première de sa famille à faire des études supérieures.
    La seconde, Genna Meade, arrière petite-fille du fondateur de la Schuyler School, est issue d'une famille aisée.
    Son père Max Meade est un célèbre avocat, fervent défenseur des droits civiques, dont les prises de position parfois radicales (contre la guerre du Vietnam ou l'administration Nixon) lui doivent d'être placé sous surveillance par le FBI.
    Elle a grandi dans la demeure familiale, manoir décrépi, refuge pour marginaux et hippies de toutes sortes.

    Il n'y a pas que la couleur de peau et le milieu social qui séparent Minette et Genna.
    Du point de vue de leurs personnalités, elles sont le jour et la nuit. Autant la première est corpulente et disgracieuse que la seconde est élancée et chaleureuse. Alors que Genna est avenante, altruiste et soucieuse de bien faire, Minette se montre distante, hautaine, sans gêne et indifférente à ce que les autres peuvent penser d'elle.
    Malgré tout ce qui les oppose, ou justement à cause de toutes ces différences, Genna va se montrer déterminée à devenir l'amie de Minette, en dépit de toutes les rebuffades de celle-ci. Jusqu'à l'aveuglement.
    Elle refusera de voir que Minette, exaspérée par son comportement, au miEux l'ignore, au pire l'envoie promener, et qu'à aucun moment elle ne lui sera reconnaissante de lui témoigner amitié et sollicitude.
    De peur de froisser son “amie”, victime d'actes racistes (dans les années 1970, les tensions raciales sont toujours vives), craignant de lui déplaire, Genna se révélera incapable de sauver Minette de sa fin tragique.
    Quinze ans après les faits, dans ce qu'elle a baptisé son « texte sans titre », Genna revient sur son amitié avec Minette Swift.
    Alors que l'on sait dès les premières pages que cette rencontre connaîtra une issue tragique, l'atmosphère de Fille Noire, Fille Blanche est digne de celle d'un polar : tendue, douloureuse, oppressante. En un mot : inconfortable.
    Comme dans un épisode de Columbo, tout l'intérêt de l‘“enquête” de Genna repose dans la révélation progressive du Comment ? et du Pourquoi ?
    Mais là où Joyce Carol Oates surpasse les scénaristes de la série télé, c'est que jusqu'à la fin, on doutera du Qui ? tant les personnages sont complexes et ambivalents. En outre, aucun d'entre Eux n'est réellement sympathique.
    Pas même Genna, l'altruiste, dévorée par la culpabilité d'être née blanche dans une famille nantie.
    Rejetant vigoureusement tout ce qui peut ressembler à un privilège, la jeune fille a préféré intégrer la Schuyler School, réputée pour son libéralisme et son ouverture, plutôt qu'un des établissements élitistes de la Ivy League.
    Une des rares étudiantes ayant accepté de partager sa chambre avec une personne « d'une autre culture », elle s'efforce du miEux qu'elle peut à cacher à ses camarades qu'elle appartient à la famille du fondateur de leur college, et que l'illustre Max Meade est son père. Ce père absent, tout occupé à ses “combats”, qu'elle vénère pourtant comme un dieu.
    D'ailleurs, Genna peine à s'épanouir dans l'ombre d'une figure paternelle aussi écrasante. L'ombre de Mad Max Meade n'est pas loin quand elle s'évertue à prouver à la face du monde qu'elle n'est pas raciste, qu'elle est proche des noirs et qu'elle les comprend.
    Vraisemblablement, Genna envie à Minette l'image qu'elle lui renvoie d'une vie de famille “conventionnelle”, un cocon familial rassurant avec des parents protecteurs et aimants qui tranche avec le modèle familial qui est le sien. Mais si elle veut à tout prix devenir amie avec Minette Swift, c'est inconsciemment pour satisfaire son père, lui prouver qu'elle est digne d'être aimée par lui.

    C'est en cela que Genna, malgré sa compassion, m'est apparue antipathique, car elle ne voit pas en Minette un individu, encore moins une “âme sœur”, mais l'incarnation, le symbole des engagements paternels. A l'instar d'un bobo français des années 90, ses engagements à elle (et à Max aussi, dans une certaine mesure) ne reposent que sur les bonnes intentions d'une jeune fille qui essaie de noyer sa culpabilité de blanche dans des platitudes et des poncifs sans effet.
    Bien qu'étant le bouc émissaire des turpitudes racistes infligées par les autres étudiantes, Minette n'est pas plus sympathique. Loin de là.
    Profondément religieuse, Minette est convaincue que son Sauveur pourvoira à sa rédemption, et n'a que faire d'être aimable avec les autres. Son attitude hautaine, méprisante même, tant à l'égard des blancs que des autres (rares) filles noires de la Schuyler School, ne joue certainement pas en sa faveur.
    Elle a beau peiner à la tâche, s'échiner sur ses livres et ses cahiers, on est incapable de compatir quand ses laboriEux efforts sont péniblement récompensés par des notes médiocres.
    Ses difficultés à se maintenir à niveau, son angoisse d'être loin de sa famille, Minette les compense par des accès de boulimie, grignotant sans cesse les gâteaux que sa mère lui envoie régulièrement. En quelques mois, la jeune fille se lestera de plusieurs kilos qui la boudineront dans ses vêtements et rendront son physique encore plus ingrat.
    A de rares occasions pourtant, Minette semble percer sa cuirasse et s'ouvrir à Genna. Mais c'est pour miEux se dérober ensuite, glaciale et sarcastique.
    Alors, Minette malheureuse victime ou habile manipulatrice ? Est-elle totalement étrangère aux attaques dont elle se dit la cible ? le doute est permis, et ne sera pas réellement dissipé par sa mort tragique, la veille de son dix-neuvième anniversaire.
    Dans un style dénué de toute trace d'émotion, Genna tentera dans son texte sans titre de comprendre qui était vraiment Minette Swift. Mais ce retour dans le passé est avant tout une exploration d'elle-même, une tentative d'évacuer la culpabilité qui la ronge : être née dans une famille privilégiée, ne pas voir pu sauver Minette et avoir trahi son père.
    Quinze ans plus tard, peut-être Genna a-t-elle pris conscience de la vacuité des idéaux de ses parents ? Peut-être a-t-elle compris que la seule chose qui les rapprochait, Minette et elle, était un même dégoût d'elles-mêmes ?
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par Kely, le 09 octobre 2011

    Kely
    Quatrième de couverture:
    Genna et Minette partagent une chambre sur le campus. Et c'est tout ce qu'elles ont en commun. Minette est aussi noire, indomptable et solitaire que Genna est blanche, timide et généreuse. Fascinée, Genna fait son possible pour fendre la cuirasse de Minette et devenir son amie. Observant la menace des violences racistes croissantes, elle est sa seule alliée ; pourra-t-elle la sauver ?
    L'Auteur:
    Née en 1938, Joyce Carol Oates, professeur de littérature à l'université, est une nouvelliste et romancière prolifique. Eux, Les Chutes (prix Femina étranger 2005) et la fille du fossoyeur sont notamment disponibles en Points.

    Mon ressenti sur cette lecture
    Une histoire d'amitié à sens unique sur fond de chronique politique, sociale et raciale.

    L'histoire principale se déroule dans les années 74/75 aux USA, donc au lendemain du scandale du Watergate et de la démission de Richard Nixon.
    Generva, surnommée Genna, jeune femme étudiante, blanche, est la fille d'un Avocat, Maximillian Meade, notablement connu pour son « activisme » en faveur des objecteurs de conscience, farouchement opposé à la guerre du Vietnam et à la politique anti-communiste de Nixon, et plutôt de tendance maoïste.
    Maximillian Meade est lui-même le descendant d'une riche famille de Quarkers, dont son grand-père Elias Meade (fondateur du Schuyler Collège) et de Generva, sa seconde épouse, féministe militante et toute dévouée à la cause « des gens de couleur ».
    La mère de Genna, Veronica Hewett, a épousé sans aucune retenue le mouvement hippie, et n'en est jamais véritablement ressorti… Elle a continué drogues, alcool et sexe et sa stabilité psychique est plutôt fluctuante.
    Genna va partager sa chambre d'étudiante avec Minette Swift, jeune femme noire, et fille d'un Pasteur de grande renommée.
    Peu à peu, le lecteur va découvrir la quête permanente d'une amitié sans retour à travers le regard de Genna. En effet, Genna mettra tout en œuvre pour craqueler la carapace de sa supposée « amie » Minette, mais en vain… Minette toujours trop… trop polie, trop méprisante, trop dédaigneuse, trop orgueilleuse, trop indifférente… tient à son isolement et provoque volontairement son ostracisme de la part de l'ensemble des étudiantes du Schuyler College, y compris de la part des autres jeunes femmes « de couleur », laissant sciemment planer le doute sur d'éventuels actes racistes à son encontre. le seul refuge que Minette accepte est celui de la religion, de manière excessive.
    Genna va également nous dévoiler ses doutes sur les activités réelles de son père, qu'elle surnomme parfois Mad Max, ses craintes sur la véracité des faits telle que décrite par sa mère « chancelante », ses questionnements sur son enfance et les évènements tragiques dont elle a été le témoin.
    Le livre sans titre qu'elle a rédigé lui permettra d'obtenir une certainement forme de « rédemption » vis-à-vis d'elle-même, sans toutefois avoir la réponse sur certaines zones d'ombre. A ce propos, je pense que l'auteure a volontairement instauré l'ambigüité quant à certaines situations et certains propos.
    J'ai trouvé cette lecture particulièrement intéressante par ce qu'elle contient en toile de fond sur les années pré et post Richard Nixon dans un contexte politique et social marquant ainsi que les lentes avancées en terme de politique raciale, notamment sur le délicat problème de l'intégration de la communauté noire dans divers Etats des USA.
    Cette lecture a suscité chez moi, l'envie d'en connaître davantage sur l'histoire des Quarkers, leur mode de vie, leurs revendications, et l'importance de leur engagement en faveur "des gens de couleur ". J'ai ainsi découvert, entre autres, qu'il s'agit d'un surnom qui signifie « Trembleurs » donné aux membres de la Société Religieuse des Amis, prônant la paix, l'intégrité, l'égalité et la simplicité, donc des valeurs profondément universalistes et égalitaristes.
    En revanche, j'ai été gênée par le style indirect omniprésent utilisée par Joyce Carol Oates, laissant trop peu de place à des échanges directs entre les principaux protagonistes sous forme de dialogues. Ce choix a, me semble t'il, l'inconvénient d'appesantir la lecture et d'entrainer le lecteur dans une attitude passive et détachée… Dommage, car j'aurais aimé être plus proche de Genna que je ne l'ai été…
    Je remercie le forum Partage et Lecture ainsi que les Editions Points pour m'avoir permis de découvrir l'auteure Joyce Carol Oates.
    Note : 8/10
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    • Livres 3.00/5
    Par Leiloona, le 03 avril 2012

    Leiloona
    Deux portraits de deux jeunes femmes s'opposent dans le nouveau roman de Joyce Carol Oates. L'une, Genna Meade, est issue d'une famille blanche aisée. Fille d'un avocat, fervent défenseur des droits civiques et d'une femme déjà ruinée psychologiquement par des drogues diverses, et descendante du fondateur d'un collège prestigieux dans lequel elle s'apprête à entrer en première année. C'est une jeune femme frêle aux multiples taches de rousseur. L'autre, Minette Swift, noire, fille de pasteur et animée d'une foi sans failles. Boursière et de corpulence bien plus ronde que Genna.
    Le hasard place Genna et Minette dans une même chambre. Deux femmes que tout oppose et qui ne partent pas sur un terrain d 'égalité.
    Nous sommes alors dans les années 70 encore marquées par un racisme ambiant, et il n'est pas rare que Minette soit l'objet d'attaques, qu'elles soient fantasmées ou réelles.
    Malgré cette opposition flagrante, ce sont avant tout deux femmes dont l'esprit est entaché par le poids des générations précédentes.
    Ainsi, Genna tentera de combler les moindres désirs de sa camarade : puisqu'elle descend d'un homme illustre, elle se doit pour lui et pour son père de compenser tous les outrages subis par Minette. Genna est en effet animée par la volonté de reconnaissance d'un père omniprésent par son absence. Un père qu'elle vénère, même s'il possède des côtés obscurs, comme le montre un diminutif dont elle l'affuble de temps en temps : Mad Max.
    Comment trouver sa place entre un père brillant et reconnu et une mère lentement gagnée par l'hystérie ?
    Protéger Minette est sa bouée de sauvetage : avec elle, elle a l'impression de servir à quelque chose.
    De son côté, Minette n'a rien d'une camarade sympathique. Son dédain pour Genna, malgré tout ce que celle-ci fait pour elle, ne diminue pas au fil des pages.
    On pourrait facilement s'apitoyer sur Genna, puisque celle qui ne possède pas grand chose si ce n'est un nom, de l'argent et sa peau blanche, on pourrait aussi rejeter Minette et son caractère bien trempé. Mais il ne s'agit pas ici de savoir à quel personnage le lecteur doit s'identifier.
    Il s'agit plutôt dans ce récit de faire le portrait d'une Amérique post-nixonienne à travers le portrait de ces deux jeunes femmes.
    Finalement, dans ces années 70, quelle place peut-il y avoir pour deux individus ? Comment une amitié aurait-elle pu réunir ces deux étudiantes alors marquées par le poids de leur famille et une certaine culpabilité ?
    En ouvrant le livre, le lecteur sait déjà comment se terminera cette histoire, puisque le narrateur place son récit sous le signe d'une enquête. C'est avant tout un récit cathartique écrit dans le but de soulager une conscience, celle de Genna :
    Minette n'a pas eu une mort naturelle, elle n'a pas eu une mort facile. Chaque jour de ma vie, depuis sa mort, j'ai pensé à Minette et au supplice de ses dernières minutes, car j'étais celle qui aurait pu la sauver, et je ne l'ai pas fait. Et personne ne l'a jamais su.
    Quinze ans après les faits, Genna reprend donc son stylo pour écrire un texte sans titre. Un texte qu'elle n'arrive pas à nommer, un peu comme sa vie en somme.
    Le lecteur est alors amené à comprendre comment Minette a pu trouver la mort avant la fin de sa première année scolaire. Malgré tout, le roman n'en devient pas policier pour autant. Hormis une tension palpable, le récit s'oriente davantage vers une peinture de l'Amérique des années 70 à travers le portrait de deux étudiantes de 19 ans, que tout oppose au premier abord.
    Les personnages sont intéressants à suivre du fait de leur complexité. Au début, on pourrait se dire que Genna est antipathique parce qu'elle n'agit que par procuration, afin d'être bien vue par ce père absent. Une pauvre petite fille riche remplie de compassion pour les opprimés en somme. Et Minette peut l'être tout autant. Elle, la jeune femme noire si hautaine, qui est-elle pour mépriser tout le monde ?
    Mais quand on gratte un peu plus, ce roman dépasse la simple opposition entre Genna et Minette. C'est beaucoup plus complexe que ça, tout comme la fragile amitié qui les unit.
    Et puis, en lisant la fin, le lecteur s'apercevra que la problématique ethnique est reléguée derrière celle qu'on se pose tous : quelle est ma part de responsabilité dans ce que je vis ? N'y a-t-il pas une part de fatalité ? Et surtout, jusqu'où pouvons-nous aller pour nous émanciper de nos attaches ?
    Un roman complexe, à plusieurs niveaux de lecture.
    Quand le lecteur tourne les pages, c'est un peu comme lorsqu'il va voir une tragédie sur scène. Ce n'est pas la fin qui est importante, mais tous les évènements qui conduisent à cette fin. Au début du livre, le ressort est bandé, cela roule tout seul. C'est minutieux, bien huilé depuis toujours. La mort, la trahison, le désespoir sont là, tout prêts, et les éclats, et les orages, et les silences, tous les silences : le silence quand le bras du bourreau se lève à la fin (...) Antigone, Anouilh.

    Lien : http://www.bricabook.com/archives/2009/11/14/15794382.html
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    • Livres 4.00/5
    Par kathel, le 12 septembre 2010

    kathel
    1974, c'est la première année d'université pour Genna Hewett-Meade, jeune fille de bonne famille, dont les parents, bourgeois engagés et vaguement hippies, sont liés aux fondateurs du Schuyler College où elle va commencer ses études. Genna est ravie de partager sa chambre avec une étudiante noire, fille de pasteur boursière. Voilà qui va lui permettre d'appliquer les grands principes humanitaires de son père et de briller aux yeux de celui-ci.
    Mais dès les premiers jours, Minette Swift, sa camarade de chambre, se montre hautaine et indifférente à tout, en particulier aux tentatives d'amitié de Genna. Elle ne met d'ailleurs pas plus d'enthousiasme à sympathiser avec quiconque, devient le centre de l'attention par son attitude désagréable puis, par la suite, par les incidents dont elle est victime.
    Un véritable plaisir de lecture ! Troisième livre de Joyce Carol Oates que je lis, après Les Chutes et délicieuses pourritures, j'ai retrouvé l'atmosphère des universités américaines de ce dernier roman, mais le thème en est plus intéressant dans Fille Noire, Fille Blanche. Ou plutôt les thèmes, car sous celui assez évident du racisme, apparaissent celui du poids de la famille et du poids de l'histoire. Genna fait des études d'histoire, et ce n'est pas par hasard. le thème de la culpabilité aussi marque tout le récit de Genna, raconté à la première personne, une quinzaine d'années après les faits. Dès le début, on sait que Minette meurt dans des circonstances dramatiques et que tous les évènements vont converger vers celui-là. Mais c'est compter sans l'art de JC Oates, qui a le don de vous forcer à tourner les pages pour y trouver soudain quelque incident inattendu, quelque révélation sulfureuse, quelque remarque vraiment déroutante… L'histoire est déjà passionnante en elle-même, on ne les attend donc pas spécialement, mais elle arrive toujours à surprendre.
    Car tout n'est pas donné dès le début, les personnages se dévoilent progressivement. Genna est blanche, de Corps et d'esprit, voire même un peu transparente, mais dans son éducation, son père est terriblement présent. Max Meade, dit Mad Max, avocat des causes difficiles comme la défense des protestataires contre la guerre au Vietnam, celui à qui elle veut plaire à tout prix, celui qui lui a transmis la honte d'être blanche. Il faudra donc bien qu'au fil des pages, la vraie Genna apparaisse enfin.
    Minette est noire « Cette fille si noire que sa noirceur se répand sur ceux qui l'accompagnent. » et malgré son éducation religieuse, qu‘elle doit à son père pasteur, elle ne fait aucun effort pour montrer aux autres un aspect un tant soit peu agréable d'elle-même : mal habillée, pas très soignée, revêche, sarcastique avec tout le monde, elle devient victime d'actes aussitôt qualifiés de racistes… Tout s'enchaîne alors.
    Il faudrait aussi parler des couleurs, enfin du blanc et du noir, omniprésents, de la lumière, d'un carreau qui la laisse passer et par lequel tout commence lorsqu'il est brisé, mais sans en dire plus, j'espère avoir tout simplement donné quelque envie de lire Joyce Carol Oates.

    Lien : http://lettres-expres.over-blog.com/article-joyce-carol-oates-fille-..
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    • Livres 3.00/5
    Par valeriane, le 08 février 2012

    valeriane
    Lecture de novembre dans le cadre du partenariat blog-o-book/Philippe Rey (merci!!).Etats-Unis, 1974.Genna Meade, 18 ans, va rentrer dans l'université de filles de Schuyler College.Minette Swift, 18 ans, fait également son entrée à Schuyler.La première est la descendante du fondateur du collège, mais ne le fait pas savoir. Elle est également la fille d'un célèbre avocat (Mad Max Meade) réputé pour son opposition à la guerre du Viet-Nam, militant de gauche, hippy à ses heures. Sa mère, qu'elle appelle Véronica depuis son adolescence, est plus absorbée par les substances illicites que par son rôle de mère.La seconde, fille d'un pasteur noir charismatique, est boursière et mue par une piété sans faille.Pendant cette première année d'étude, elles vont partager la même chambre d'étudiante, pour le plus grand "bonheur" de Genna...Depuis qu'elle l'a rencontrée, lors de la visite de l'école, Genna s'est braquée sur Minette. Elle la veut pour meilleure amie, confidente, soeur. Minette, si différente de Genna.Dès le début, on apprend que Minette a finit l'année de manière tragique.Ce roman est le "texte sans titre" que Genna écrit 15 ans après cette année scolaire. On la sent rongée par la culpabilité de ne pas avoir pu être pour Minette ce qu'elle avait espéré, de ne pas avoir pu la protéger des attaques racistes dont elle était victime. Sans doute un mission inconsciente liée aux engagements de son père.Alors que Genna se dévoue Corps et âme envers Minette. Celle-ci se montre froide, hautaine et distante, n'accordant que peu de moment de "complicité" à sa camarade de chambre.Par la voix de Genna, Oates donne à lire un texte froid, sombre, qui passe de la vie familiale de Genna plutôt obscure à sa vie pour Minette.Dès les première page, le personnage de Minette m'a un peu exaspéré. La manière de se mettre à part, de prendre de haut les autres jeunes filles, d'ignorer l'amitié que Genna lui porte.D'un autre côté, ne serait-ce pas Genna l'encombrante, à vouloir se racheter d'être une blanche issue d'un milieu aisé.Je pense que je ne suis pas totalement entrée dans le fond de l'histoire. Bien sûr, j'ai adhéré à l'intrigue du roman. En commençant par annoncer la mort d'une des héroïnes, Oates a capté mon attention. J'ai douté des deux filles, je me suis posée des questions sur ces "certaines vérités qui sont des mensonges", essayant de lire entre le lignes.Je me suis laissée emporter par la psychologie des personnages.Son style d'écriture est agréable, même s'il a sans doute contribué au fait que j'ai l'impression d'être passée à côté de quelque chose. Une bonne lecture tout de même.J'ai eu également le même sentiment lors de ma lecture de Sexy.Le sujet est sombre, grave, intéressant. Il donne envie de réagir.Ma note : 3 étoiles
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Citations et extraits

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  • Par kathel, le 12 septembre 2010

    La première fois que je vis Minette Swift, je ne connaissais pas encore son nom. Je ne savais pas encore que nous partagerions la même chambre. La cloche de la chapelle Schuyler sonnait de toute son âme au-dessus de nous.

    Je regardais Minette sans en avoir pleinement conscience. Un visage noir, impassible, une fille noire de mon âge. Elle sortait de la chapelle du Schuyler College avec ses parents et une sœur plus jeune.Je voulais croire que je leur trouvais un air de famille, mais cela tenait sans doute au fait qu’ils étaient noirs dans une foule majoritairement blanche et intensément sensible à l’effet que cela pouvait, que cela devait, faire de se sentir aussi visible à cause de sa peau dans ce lieu public.

    Au milieu de tout ce blanc. Un blanc éblouissant comme l’intérieur de l’ancienne chapelle quaker avec ses murs blancs spartiates, son plancher et ses bancs ordinaires, ses hautes fenêtres étroites dont le verre ancien émettait une étrange lumière indécise, comme sous-marine. La cloche était si tonitruante que mon cœur se mit à battre au rythme accéléré de ses balancements.
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  • Par Nadael, le 13 juillet 2010

    ...quelque chose d'étrange et de merveilleux dans la famille. Quelque chose de monstrueux dans la famille. La famille est une créature à plusieurs têtes comme l'hydre. La famille est le lieu des obsessions. La famille, c'est posséder et être possédé. La famille, c'est le transfert de gènes d'une génération à la suivante. La famille est pur égo. La famille, c'est la vie privée, et la vie privée n'a pas de valeur. Aucune vie n'a de valeur que la vie du Peuple. La vie de la Révolution. Dans une période de Révolution comme la nôtre, la vie privée cesse d'exister comme elle cesse d'exister en temps de guerre.
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  • Par Nadael, le 13 juillet 2010

    Le désir de connaître totalement quelqu'un est une façon de se l'approprier, de l'exploiter. C'est un souhait honteux auquel il faut renoncer.
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  • Par latina, le 18 janvier 2012

    Max, qui détestait le christianisme, tenait pour une "farce tragique" que, par un accident cruel de l'histoire, les Noirs africains, capturés et emmenés en Amérique comme du bétail, "convertis" de force à la pseudo-religion hypocrite des négriers blancs, n'aient pas répudié cette religion quand ils avaient été affranchis. C'était totalement déconcertant, incompréhensible ! Une damnée énigme !
    L'une des ironies du christianisme était, naturellement, que dans sa première période, la plus vigoureuse, elle avait été une religion d'esclaves, une religion "révolutionnaire", mais elle était vite devenue la religion de maâtres blancs rapaces, dépourvus de toute charité chrétienne, notamment envers ceux qui avaient la peau plus sombre que la leur.
    Max était particulièrement contrarié par l'empressement enfantin que mettaient tant de Noirs américains à s'aligner sur une religion qui prêchait le pacifisme (tout en faisant la guerre), le paradis après la mort (tout en s'appropriant et en exploitant les ressources mondiales), les feux de l'enfer pour les damnés (tout en imaginant ses fidèles "sauvés") : l'opium du peuple.
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  • Par JeanLouisBOIS, le 27 novembre 2010

    Mes parents démocrates moins radicaux "croyaient" aux Nations Unies, à la façon vague dont la plupart des Américains "croient" aux Nations Unies, sans en savoir ou sans vouloir en savoir davantage. (p.125)
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