> Jean-Paul Gratias (Traducteur)

ISBN : 2743621257
Éditeur : Payot et Rivages (2010)


Note moyenne : 3.78/5 (sur 9 notes) Ajouter à mes livres
Par une nuit d'hiver, un écrivain court à perdre haleine dans les rues de Tokyo. Une ville peuplée de survivants et de fantômes, dévastée par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale. Une ville où le crime a frappé.

Le 26 janvier 1948, un homme se... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Eskalion, le 03 octobre 2010

    Eskalion
    Ce roman est le second d'une trilogie entamée avec « Tokyo, année zéro ». le troisième opus devrait donc, en toute logique, paraître l'année prochaine.
    Tokyo, 1948. Dans une ville encore sonnée par la gifle magistrale que lui a infligée l'Histoire, un homme se présente dans une banque. Il s'annonce médecin du ministère de la santé et vient pour vacciner l'ensemble des salariés contre une épidémie de dysenterie qui vient de se déclarer dans le quartier. Quelques minutes après avoir bu le vaccin, 10 morts s'étalent sur le sol, quelques rares survivants bougent encore, deux mourront un peu plus tard. C'est le début d'une histoire retentissante qui a véritablement marqué la capitale japonaise au sortir de la guerre.
    En mettant en place une structure narrative complexe mais magnifiquement maîtrisée, c'est d'abord à un incroyable exercice de style parfaitement réussi auquel s'est livré David PEACE. Les mots s'entrechoquent portés par des rythmes variants qui les font rentrer en résonance pour nous délivrer un récit d'une grande musicalité .Car « TOKYO, ville occupée » c'est un roman qui se lit à voix haute. Il porte en lui, malgré la tragédie qu'il évoque, une certaine poésie qui est livrée au lecteur au fil des pages.
    C'est à travers douze voix, douze témoignages, douze chandelles (celle des morts, d'un policier, d'une survivante,...etc...) qui s'éteignent au fur et à mesure qu'elles ont éclairé leur pan de vérité, que nous sont rapportés les évènements, de près ou de loin, du côté des morts ou de celui des vivants. Et ce, comme autant de pièces d'un puzzle qui ne demande qu'à être reconstruit.
    Sauf que les pièces ne se rassemblent pas, que le puzzle ne se reconstruit pas. La vérité est un faux semblant dans ce Tokyo vaincu .
    Tokyo est une ville occupée, possédée. Par l'occupant, mais aussi par son passé venimeux. Car Tokyo est une ville empoisonnée par son histoire récente. Les chandelles éclairent une réalité terrible qui s'esquisse dans les ombres qu'elles projettent et qui renvoient à des unités spéciales qui ont œuvré en Chine, et à des pratiques expérimentales funestes sur l'être humain. Car Tokyo est une ville évanescente et occulte, où rôdent les fantômes d'un passé qui ne veut pas mourir et qui viennent maudire les vivants.
    Tokyo a fermé les yeux, a brisé les miroirs. La ville refuse de voir, de reconnaître et de faire sienne une page d'histoire dont elle n'est pas sortie glorieuse et qui entache son passé millénaire. Alors la ville ignore, et se ment. A travers ces pages lyriques et poétiques souvent incantatoires et qui relatent ce crime odieux commis dans une banque, c'est finalement un parallèle qui est fait avec la mécanique mise en œuvre par ce pays et ce peuple vaincu, pour se construire une autre histoire que l'on devine.
    Comme l'explique parfaitement David PEACE dans l'interview qu'il a accordé à France Culture dans l'émission Mauvais Genre c'est parce que les japonais ignorent encore aujourd'hui dans leur grande majorité les exactions commises par l'armée impériale, qu'ils ont pu se construire une image de victime de la guerre (avec Hiroshima et Nagasaki) réfutant de fait celle de l'agresseur. Dès lors les japonais pouvaient entreprendre une reconstruction effrénée de la ville et du Pays pour se lancer à corps perdu dans le développement économique à tout crins.
    Mais le passé est un fantôme lui aussi qui parfois peut remonter à la surface et troubler les consciences.
    C'est donc , un très grand roman qu'a enfanté David PEACE. Il devient incontestablement un auteur majeur du roman noir. Il maîtrise aujourd'hui à la perfection sa technique d'écriture, chaque fois réinventée.
    cette critique a été faite dans le cadre de l'opération " Masse critique" organisée par Babelio et les Éditions Rivages que je remercie.
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par nymeria, le 29 septembre 2010

    nymeria
    le premier mot qui me vient à l'esprit pour décrire ce thriller, c'est ingénieux. Je m'explique :
    A partir du concept d'un jeu japonais qui consiste à se faire peur en se racontant des histoires de fantômes, l'auteur construit une narration à plusieurs voix tout à fait originale et angoissante.
    le principe est le suivant : dans une pièce parfaitement sombre que seule éclaire la lueur de bougies, chaque personne présente doit raconter une histoire de fantôme puis éteindre, à tour de rôle, une chandelle. A la fin de la soirée, et après extinction de toutes les bougies, le noir complet se fait. Goules et autres fantômes peuvent alors faire leur apparition…
    David Peace qui prend comme point de départ une affaire criminelle véridique (cf. résumé), a eu l'idée de découper son récit en 12 "chandelles", soit 12 points de vue différents qui apportent chacun un élément nouveau à l'enquête. Ainsi chaque chandelle éteinte nous rapproche un peu plus de la véritable identité de l'assassin de la Banque Impériale. Mais pourquoi ce chiffre 12 ? Et bien, 12 comme le nombre de victimes décédés lors de cette tragédie. 12 comme les 12 coups de minuit annonciateurs des ignominies tapies au cœur de la nuit.
    Car vous l'aurez compris Tokyo ville occupée est un polar sombre, effroyable même, étant donné la multitude de détails dont nous inonde l'auteur sur cette période du Japon d'après-guerre. Et grâce à la virtuosité de David Peace, la frontière entre imagination et fait véridique s' efface complètement pour nous laisser un goût d'amertume dans la bouche. J'avoue avoir été scotchée par le dénouement de ce thriller unique qui se démarque de la production actuelle.
    Alors, oui, David Peace s'est inspiré d'un concept déjà utilisé par Ryûnosuke Akutagawa dans Rashômon et autres contes (il l'avoue lui-même) et oui, le rendu n'est pas toujours des plus fluide (faire parler les morts à ses inconvénients !). Néanmoins saluons l'audace de l'auteur comme il se doit : Tokyo ville occupée a une place dans chaque bibliothèque de fans de thriller différent et complexe !
    En conclusion :
    Tokyo ville occupée est donc un polar très sombre, incroyablement bien construit qui jouit d'une écriture très originale et étrangement poétique. Malgré quelques inconvénients de fluidité, c'est définitivement un thriller à posséder, ne serait-ce que pour son contexte historique véridique.
    Les + :
    - une narration originale;
    - une écriture poétique;
    - le contexte historique (Japon d'après guerre)
    - une affaire criminelle véridique (ça fait froid dans le dos!)
    - le suspense distillé au compte-gouttes;
    - la fin effroyable !
    Les - :
    - un peu trop confus parfois (l'état d‘esprit des morts l‘explique en partie);
    - la 9ème chandelle qui atteint des sommets de complexité ! (et en plus, elle est longue !).
    Un grand merci à Babelio et aux Éditions Rivages pour m'avoir offert ce livre et m'avoir permis de connaître cet auteur qui m'a beaucoup plu !
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    Critique de qualité ? (2 votes positifs)
  • Par bibliomanu, le 13 octobre 2010

    bibliomanu
    26 janvier 1948. Tokyo vit sous l'occupation américaine. Dans un établissement bancaire de la ville, un homme fait son entrée, un brassard du ministère de la santé au bras. Prétextant une possible épidémie de dysenterie, l'homme enjoint aux membres du personnel d'ingérer le contenu de flacons qu'il a en sa possession. Les seize employés présents le croient et s'exécutent. Douze d'entre eux décèdent. Les quatre autres seront évacués et hospitalisés.
    Pour le deuxième ouvrage de sa trilogie consacrée à Tokyo, David Peace a une nouvelle fois tissé la toile de son récit autour d'un fait divers ancré dans l'histoire du Japon. Il aurait très bien pu le faire de manière tout à fait linéaire, rapporter les faits les uns après les autres en les nourrissant de son souffle romanesque. Tokyo ville occupée n'aurait pas été la première ni sûrement la dernière transposition d'une affaire criminelle à être traitée de la sorte. La recette a déjà fait ses preuves. Les exemples ne manquent pas.
    Mais David Peace a tenu quant à lui à rendre état de la complexité de ce massacre jusque dans la forme du roman, jusque dans le style. Tokyo ville occupée s'articule en effet autour de douze voix : celle des victimes, des policiers, d'une rescapée, d'un journaliste, d'un scientifique américain... toutes étant liées de près ou de loin à l'affaire. Et quand je parle de voix, c'est pour aller au plus simple car il s'agit en fait de pensées, d'articles, de carnets ou de lettres. Et c'est là tout le noeud du problème en ce qui me concerne. Non pas que je ne reconnaisse pas la prouesse stylistique de David Peace - c'est diablement écrit - ni l'envergure qu'elle apporte à Tokyo ville occupée. Seulement la dimension réelle du bouquin n'est à mon avis pas accessible si on ne se laisse pas prendre par le ryhtme, par la virevolte des mots ou des groupes de phrase parfois répétés, scandés, rabâchés et qui sont déversés sur les pages, dans la tête.
    Je ne me suis pas laissé prendre par la mélopée.
    Au regard de toutes les éloges que j'ai lues sur ce livre, de toutes les pistes de lecture qu'il induit, j'ai plutôt l'impression d'avoir été abandonné sur le bord d'une route... pas très fréquentée. De n'avoir jamais non plus été en mesure de déceler toutes les subtilités qu'il porte en lui. Je suis allé au bout parce que je sais que certains bouquins révèlent leur essence quelque temps après les avoir refermés. Cela n'a pas été le cas. Il a bien fallu me résoudre.
    Tokyo ville occupée est un roman exigeant, qui demande des efforts. Ceux-là même que je n'ai pas été capable de fournir. David Peace a placé la barre très haut. Trop haut pour moi en tout cas qui, je le rappelle, suis un super-héros qui ne sait pas voler. Sinon...
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    Critique de qualité ? (1 votes positifs)
    • Livres 4.00/5
    Par PierreF, le 13 mars 2011

    PierreF
    David Peace est connu pour prendre des affaires véridiques et recréer un monde son monde autour, avec un style et une construction toujours originaux. Parfois, cela est déroutant, éprouvant, difficile à lire et à suivre. Ici, ce n'est pas le cas. Autant, Tokyo Année Zéro m'avait désarçonné, autant celui là m'a passionné. le livre est construit autour de douze chandelles pour les douze personnes décédées, racontant l'affaire par un des protagonistes. Cela va d'une survivante à des inspecteurs, en passant par un enquêteur de l'armée américaine ou un journaliste. Et, comme d'habitude, son style fait à base de phrases courtes, de répétitions, de morceaux de poésie pure, nous fait plonger dans la psychologie des personnages.
    Mais son ambition est aussi de montrer le traumatisme d'une nation, désarçonnée, déboussolée, déracinée, assommée par la défaite. C'est une nation qui se reconstruit à partir de rien, et qui découvre les horreurs que leurs congénères ont fait pendant la guerre, à savoir les recherches sur des poisons bactériologiques à des fins militaires avec des essais sur des cobayes humains que furent les prisonniers de guerre. Et personne n'est épargné avec le rôle trouble des Etats-Unis qui veulent récupérer les résultats de ces recherches.
    Ce roman s'avère plus abordable que le précédent (un des chapitres est dur à suivre, mais ne gêne pas la compréhension), mais tout aussi brillant. Sa construction très originale et son sujet parfaitement bien maîtrisé confirment tout le talent de cet auteur décidément à part dans le monde du roman noir. Si le suspense est très bien entretenu, n'en attendez pas un roman d'action, mais plutôt un roman qui fouille les âmes, dans toute leur complexité. Tokyo ville occupée se révèle un très bon roman de David Peace, et si vous ne connaissez pas cet auteur, c'est le moment de vous y mettre.

    Lien : http://black-novel.over-blog.com/article-tokyo-ville-occupee-de-davi..
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    • Livres 4.00/5
    Par aur4li4, le 20 décembre 2010

    aur4li4
    En multipliant les effets de style, David Peace offre ici un roman difficile à appréhender car les nombreuses répétitions hâchent le texte et les jeux de ponctuation déstabilisent parfois. La lecture devient une litanie qu'on ne dois pas interrompre sans quoi le livre perdrait toute sa substance. Les différents procédés d'écriture distillent les éléments de l'énigme qui se rejoignent ensuite, éclairant petit à petit le lecteur. Plus que l'identité d'un assassin, il s'agit ici de révéler les ombres du passé du Japon et la connivence de l'Amérique. Ce roman est aussi celui des morts auxquels les intérêts des états volent la vérité. Glacial.
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Aexis Brocas pour le Magazine Littéraire

    Un lieu commun bien français oppose expérimentation formelle et narration. Le Britannique David Peace écrit comme s'il n'en avait jamais entendu parler. Son polar, Tokyo ville occupée - deuxième tome de sa... > lire la suite

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