Le premier chapitre de cet avant dernier tome de "
La Recherche du temps perdu" fut difficile à lire. Après la fuite puis la mort d'Albertine, maîtresse du narrateur, ce dernier se lance dans un interminable ressassement du deuil et du chagrin, dans un long et parfois pénible monologue intérieur. Mais ce retour sur le temps des amours heureuses ou malheureuses nourrit la
Jalousie maladive du narrateur qui doute de tout, d'Albertine, de ses amis comme de lui-même. On en vient alors à douter de la mort de
La Fugitive.
Puis la tonalité du roman change dans sa deuxième partie. le deuil passé, le chagrin s'estompe, l'amour aussi, révélant l'implacable puissance de l'oubli.
Ce sixième tome permet de percevoir vraiment cette matérialité du temps chère à
Proust grâce à la densité de l'œuvre. Elle s'y exprime par le vieillissement des personnages (ceci n'a rien d'original) et surtout dans sa transcription des changements de perception des personnages (narrateur compris). le moi d'aujourd'hui n'est plus le moi d'hier, il ne voit plus comme lui, il n'aime plus comme lui, il ne pense plus comme lui.
Ce roman est enfin une sorte de cérémonial d'enterrement d'Albertine permettant au narrateur de s'acheminer vers un temps retrouvé…