> Anne Chevalier (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070382338
Éditeur : Gallimard (1990)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.6/5 (sur 50 notes) Ajouter à mes livres
Albertine disparue est le dernier volume revu et remanié par Proust avant sa mort. Prévu d'abord sous le titre La Fugitive, comme le pendant de La Prisonnière, il présente la fin de l'épisode d'Albertine : sa fuite, sa mort, le chagrin, puis l'oubli. Le huis-clos de La ... > voir plus
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Critiques et avis(4)

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  • Par keisha, le 14 août 2011

    keisha
    Ce roman posthume, suite de La Prisonnière, pâtit à mon avis du découpage de l'éditeur en deux volumes. D'ailleurs pour son oeuvre entière Proust ne les désirait pas et le lecteur ne devrait pas en tenir compte. Non qu'il faille tout lire d'affilée, mais en sachant garder la main sur le contenu.

    Alors? Eh bien c'était fatal, à force de dire à Albertine que c'est fini, qu'il vaut mieux se séparer, "Mademoiselle Albertine est partie!" annonce un matin Françoise au narrateur. Lequel, il fallait le craindre (!), se lance dans de longues analyses de ses sentiments douloureux qu' il cherche à tromper ou atténuer en agissant, bon, agissant à sa méthode habituelle : il envoie Saint Loup enquêter discrètement sur Albertine réfugiée chez sa tante, il hésite à écrire, puis à répondre à Albertine, lui dit de ne pas revenir en espérant qu'elle comprendra le contraire.
    Coup de tonnerre : il apprend la mort d'Albertine dans un accident. Et là, je dois l'avouer, les belles pages ponctuées du leitmotiv "Albertine est morte" m'ont paru extrêmement poignantes, la douleur du narrateur passe bien (alors qu'auparavant il m'était assez indifférent)

    Maintenant il lui semble possible de connaître la vérité sur les goûts d'Albertine, il envoie Aimé se renseigner, il interroge Andrée, pour n'obtenir que des faits flous, contradictoires, dont la crédibilité, il le sait, dépend de lui-même.
    Il sait aussi qu'un jour il n'aura qu'indifférence à l'égard d'Albertine comme cela est arrivé avec Gilberte et détaille les étapes de son retour à l'indifférence: retrouver Gilberte Swan, devenue Gilberte de Forcheville par adoption, des conversations avec Andrée, amie d'Albertine, et séjour à Venise avec sa mère.

    Proust à Venise, bien sûr que j'attendais ces pages...
    Juste un passage au sujet des anges (Tableau : La déploration du Christ, Giotto, 1304-1306)http://www.repro-tableaux.com/kunst/akg/pics/giottobeweinungchristipadua_hi.jpg
    "Ce sont de petits êtres qui ne manquent pas de voltiger devant les saints quand ceux-ci se promènent; il y en a toujours quelques-uns de lâchés au-dessus d'eux, et comme ce sont des créatures réelles et effectivement volantes, on les voit s'élevant, décrivant des courbes, mettant la plus grande aisance à exécuter des loopings, fondant vers le sol la tête en bas à grand renfort d'ailes qui leur permettent de se maintenir dans des positions contraires aux lois de la pesanteur, et ils font beaucoup plus penser à une variété disparue d'oiseaux ou à de jeunes élèves de Garros s'exerçant au vol plané, qu'aux anges de l'art de la Renaissance et des époques suivantes, dont les ailes ne sont plus que des emblèmes et dont le maintient est habituellement le même que celui de personnages célestes qui ne seraient pas ailés."

    Albertine lui est indifférente, il est apaisé, et c'est l'amour pour sa mère qui l'éblouit. Lors de leur retour en train, les sentiments de la mère pour la grand mère du narrateur sont à nouveau dépeints, puis par le biais d'un mariage inattendu les deux côtés de Méséglise/Swann et Guermantes sont réunis, la boucle est bouclée, le narrateur réside à Tansonville chez Gilberte, et s'ouvre enfin Le temps retrouvé.

    Un pas vers l'écriture?
    Enfin un article du narrateur paraît dans le Figaro. Ses réflexions s'engagent sur un terrain où sans doute Proust se révèle.
    "Mais pour d'autres amis, je me disais que, si l'état de ma santé continuait à s'aggraver et si je ne pouvais plus les voir, il serait agréable de continuer à écrire, pour avoir par là accès auprès d'eux, pour leur parler entre le lignes, les faire penser à mon gré, leur plaire, être reçu dans leur coeur. Je me disais cela, parce que les relations mondaines ayant tenu jusqu'ici une place dans ma vie quotidienne, un avenir où elles ne figureraient plus m'effrayait, et que cet expédient qui me permettrait de retenir sur moi l'attention de mes amis, peut-être d'exciter l'admiration, jusqu'au jour où je serais assez bien pour recommencer à les voir, me consolait; je me disais cela, mais je sentais bien que ce n'était pas vrai, que si j'aimais à me figurer leur attention comme l'objet de mon plaisir, ce plaisir était un plaisir intérieur, spirituel, volontaire, qu'eux ne pouvaient me donner et que je pouvais trouver non en causant avec eux, mais en écrivant loin d'eux; et que, si je commençais à écrire pour les voir indirectement, pour qu'ils eussent une meilleure idée de moi, pour me préparer une meilleure situation dans le monde, peut-être écrire m'ôterait l'envie de les voir, et la situation que la littérature m'aurait peut-être faite dans le monde, je n'aurais plus envie d'en jouir, car mon plaisir ne serait plus dans le monde, mais dans la littérature."

    Que retenir?
    Une analyse fine et subtile de la douleur de la rupture et du deuil, de l'oubli par intermittences puis s'installant, la douceur du souvenir, l'impossibilité de vraiment connaître une vérité, les témoins mentant ou cachant pour tant de raisons.
    Un indispensable chaînon de A la recherche du temps perdu, qu'il ne convient sans doute pas d'attaquer par ce titre, au risque d'abandonner.
    La porte d'entrée vers le magnifique Temps retrouvé, que j'ai commencé dans la foulée et tient ses promesses, miam!


    Lien : http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-la-fugitive-7526..
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    • Livres 4.00/5
    Par chartel, le 23 octobre 2011

    chartel
    Le premier chapitre de cet avant dernier tome de "La Recherche du temps perdu" fut difficile à lire. Après la fuite puis la mort d'Albertine, maîtresse du narrateur, ce dernier se lance dans un interminable ressassement du deuil et du chagrin, dans un long et parfois pénible monologue intérieur. Mais ce retour sur le temps des amours heureuses ou malheureuses nourrit la Jalousie maladive du narrateur qui doute de tout, d'Albertine, de ses amis comme de lui-même. On en vient alors à douter de la mort de La Fugitive.
    Puis la tonalité du roman change dans sa deuxième partie. le deuil passé, le chagrin s'estompe, l'amour aussi, révélant l'implacable puissance de l'oubli.
    Ce sixième tome permet de percevoir vraiment cette matérialité du temps chère à Proust grâce à la densité de l'œuvre. Elle s'y exprime par le vieillissement des personnages (ceci n'a rien d'original) et surtout dans sa transcription des changements de perception des personnages (narrateur compris). le moi d'aujourd'hui n'est plus le moi d'hier, il ne voit plus comme lui, il n'aime plus comme lui, il ne pense plus comme lui.
    Ce roman est enfin une sorte de cérémonial d'enterrement d'Albertine permettant au narrateur de s'acheminer vers un temps retrouvé…
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    • Livres 5.00/5
    Par kikobaus, le 22 juin 2011

    kikobaus
    Il s'agit là d'un livre essentiel dans La recherche : il s'y élabore l'essentiel du discours de Proust sur la mémoire et l'oubli, le travail du temps sur nos attachements.
    La Jalousie, carburant de ce travail, et le manque, son thermomètre, ne sont finalement que des prétextes, même si Proust les analyse avec sa finesse habituelle. le vrai sujet me parait plutôt être la représentation que nous avons du réel : la seule Albertine du narrateur n'est pas celle désormais en Touraine, mais une Albertine intériorisée, avec laquelle la relation est tantôt le manque, tantôt l'indifférence... Les tentatives de la ramener à lui échouent, non pas tant parce qu'Albertine ne le voudrait pas, mais parce que sa présence physique est inutile au narrateur pour assurer l'existence de son ancienne prisonnière, et nuirait même à sa sublimation dans la mémoire.
    Il n'est qu'à voir Saint Loup, Andrée, Gilberte, Morel : tous demeurent aux côtés du narrateur, et tous le surprennent ou le déçoivent. Ils se révèlent être presque le contraire de l'idée qu'on s'en faisait, et s'en trouvent ternis dans le regard de Proust.
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    • Livres 5.00/5
    Par valetudinaire, le 29 mars 2011

    valetudinaire
    La mort d'Albertine m'a frappé comme le coup de fouet qu'est la vie. La force l'œuvre de Proust, c'est de faire de cette fiction une vraie vie, pas une vie romancée justement. Choquante, fuyant et insoupçonnée, la mort d'Albertine fait le même effet que celle d'un proche qui part trop tôt. C'est en ça qu'elle est belle.
    L'ouvrage est plongé dans les remords, les regrets, l'attitude critique et obscure vis-à-vis de tout ce qui entoure le narrateur. Une vraie réflexion sur l'amour, la mort, sur l'oublie surtout. Sur le temps qui passe et qui avale dans sa déferlante inhumaine les souvenirs des hommes, les laisse sur le carreau, les abandonne.
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Citations et extraits

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  • Par coquecigrue, le 28 mai 2012

    À partir d’un certain âge nos souvenirs sont tellement entre-croisés les uns avec les autres que la chose à laquelle on pense, le livre qu’on lit n’a presque plus d’importance. On a mis de soi-même partout, tout est fécond, tout est dangereux, et on peut faire d’aussi précieuses découvertes que dans les Pensées de Pascal dans une réclame pour un savon.
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  • Par coquecigrue, le 23 mai 2012

    Je pouvais presque croire que la personnalité sensuelle et volontaire de Gilberte avait émigré dans le corps d’Albertine, un peu différent, il est vrai, mais présentant, maintenant que j’y réfléchissais après coup, des analogies profondes. Un homme a presque toujours la même manière de s’enrhumer, de tomber malade, c’est-à-dire qu’il lui faut pour cela un certain concours de circonstances ; il est naturel que quand il devient amoureux ce soit à propos d’un certain genre de femmes, genre d’ailleurs très étendu.
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  • Par coquecigrue, le 23 mai 2012

    Ai-je pu vraiment le croire ? croire que la mort ne fait que biffer ce qui existe et laisser le reste en état ; qu’elle enlève la douleur dans le cœur de celui pour qui l’existence de l’autre n’est plus qu’une cause de douleurs ; qu’elle enlève la douleur et n’y met rien à la place ? La suppression de la douleur !
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  • Par Storm, le 29 juillet 2009

    Notre tort est de croire que les choses se présentent habituellement telles qu’elles sont en réalité, les noms tels qu’ils sont écrits, les gens tels que la photographie et la psychologie donnent d’eux une notion immobile. En fait ce n’est pas du tout cela que nous percevons d’habitude. Nous voyons, nous entendons, nous concevons le monde tout de travers. Nous répétons un nom tel que nous l’avons entendu jusqu’à ce que l’expérience ait rectifié notre erreur, ce qui n’arrive pas toujours. (...)Cette perpétuelle erreur, qui est précisément la « vie », ne donne pas ses mille formes seulement à l’univers visible et à l’univers audible, mais à l’univers social, à l’univers sentimental, à l’univers historique, etc. La princesse de Luxembourg n’a qu’une situation de cocotte pour la femme du Premier Président, ce qui, du reste, est de peu de conséquence; ce qui en a un peu plus, Odette est une femme difficile pour Swann, d’où il bâtit tout un roman qui ne devient que plus douloureux quand il comprend son erreur; ce qui en a encore davantage, les Français ne rêvent que la revanche aux yeux des Allemands. Nous n’avons de l’univers que des visions informes, fragmentées et que nous complétons par des associations d’idées arbitraires, créatrice de dangereuses suggestions.
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  • Par Storm, le 29 juillet 2009

    quelle que soit l’image, depuis la truite à manger au coucher du soleil qui décide un homme sédentaire à prendre le train, jusqu’au désir de pouvoir étonner un soir une orgueilleuse caissière en s’arrêtant devant elle en somptueux équipage, qui décide un homme sans scrupules à commettre un assassinat ou à souhaiter la mort et l’héritage des siens, selon qu’il est plus brave ou plus paresseux, qu’il va plus loin dans la suite de ses idées ou reste à en caresser le premier chaînon, l’acte qui est destiné à nous permettre d’atteindre l’image, que cet acte soit le voyage, le mariage, le crime, ... cet acte nous modifie assez profondément pour que nous n’attachions plus d’importance à la raison qui nous a fait l’accomplir. Il se peut même que ne vienne plus une seule fois à son esprit l’image que se formait celui qui n’était pas encore un voyageur, ou un mari, ou un criminel, ou un isolé (qui s’est mis au travail pour la gloire et s’est du même coup détaché du désir de la gloire). D’ailleurs, missions-nous de l’obstination à ne pas avoir voulu agir en vain, il est probable que l’effet de soleil ne se retrouverait pas; qu’ayant froid à ce moment-là, nous souhaiterions un potage au coin du feu et non une truite en plein air; que notre équipage laisserait indifférente la caissière qui peut-être avait, pour des raisons tout autres, une grande considération pour nous et dont cette brusque richesse exciterait la méfiance.
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