« -Oh mon Dieu, comment allons-nous infiltrer cette place forte ? demanda Ron.
-Je sais, dit Hermione, utilisons la potion polyjuice pour nous déguiser, rentrons dans le bâtiment, et pour nous échapper, nous transplannerons in extremis vers un endroit sûr ! » Hermione était ravie de son plan, d'autant plus que Ron bavait de bonheur devant elle en caressant sa baguette magique.
« -Au pire, on pourra faire du trekking en forêt. » lâcha Harry, seul au bord de la tente et des larmes. Il pensait à Dumbledore qui lui avait menti, à sa chouette morte, à ses parents qu'il n'avait jamais connu, à la quête dénuée de sens qu'il devait accomplir, à l'augmentation du prix de l'essence, au massacre des baleines et à sa cicatrice qui le brûlait toutes les trois minutes pour lui donner un indice sur les agissements de Voldemort et ainsi lui permettre d'avoir une chance de comprendre ce que pouvait bien être les « reliques de la mort » du titre. Bizarrement, il faisait la gueule.
Voilà, je viens de résumer facilement les trois quarts de ce livre de plusieurs centaines de pages. Hormis une introduction pétaradante (déjà à base de potion Polyjuice, mais une fois n'est pas coutume utilisée avec originalité), et un final aussi dantesque qu'incompréhensiblement compliqué, le livre se résume à l'errance sans véritable but du trio de sorciers le plus célèbre depuis les sœurs Halliwell, entrecoupé de scènes répétitives consistant à utiliser sempiternellement les mêmes subterfuges pour parvenir à acquérir une foultitude d'objets qui permettront on ne sait trop comment à tuer Voldemort (pendant ce temps-là, lui s'occupe à rétablir le nazisme). le véritable problème ne réside d'ailleurs pas vraiment dans cette construction narrative héritée d'un jeu vidéo, mais plutôt dans l'étonnante capacité de l'auteur à ne jamais se renouveler*.
Pire encore, lorsqu'elle quitte ce schéma rébarbatif (et qui confine au ridicule, aussi connu sous le nom de « Gringrotts »), c'est pour en adopter d'autres hallucinants de nullité : ainsi, lorsque l'(en)quête piétine, la cicatrice d'Harry se met à le brûler (la phrase « sa cicatrice le brûlait » revient approximativement un million deux cent mille fois au cours du roman) pour le mettre en liaison satellite directe sur TéléVoldemort, ce qui lui fournit des informations capitales pour la suite. Et même cela ne suffit pas ! Il faut encore, comme dans les pires scénarios hollywoodiens (ex : l'arme fatale 4), alors que les héros ne savent vraiment plus quoi faire, que les méchants viennent les enlever et au passage leur refourguer de nouveaux indices pour faire avancer le schimilimili… le truc.
Pourtant, il serait erroné d'affirmer que la déception du lecteur est totale. La trame principale est foireuse, alors il se reporte sur les moments faibles. Et là, par contre, c'est plutôt réussi. Quelques scènes d'expositions sont capables de poser une véritable atmosphère (chez les nazis surtout), tandis que le côté sitcom des relations entre les adolescents est souvent amusant ; à vrai dire, c'est certainement ce que l'auteur maîtrise le mieux. Enfin, nombre de personnages secondaires et de sous-intrigues les concernant parviennent à renouveler un minimum l'intérêt.
Toutefois, deuxième effet kisscool de cette construction bien merdique, les quatre cinquièmes du livre empilent globalement les complications, les demi-révélations et les mystères à résoudre, si bien qu'arrivé au dernier acte on nage encore dans le brouillard. Par conséquent, en plus de devoir mettre un point final à son histoire, l'auteur se retrouve contrainte de dénouer un paquet de fils entremêlés et d'expliquer des relations complexes entre des personnages ambigus alors que le temps est clairement venu de se foutre sur la gueule et de tout faire péter. Résultat, on n'a que de brefs aperçus du carnage final, entrecoupés de chapitres explicatifs, pas intrinsèquement mauvais, mais qui n'ont juste rien à foutre là. (« vous voulez voir la bataille finale du Bien contre le Mal ? Je vais plutôt vous conter l'histoire de la frustration sexuelle de Rogue. »)
De même, l'explication du pourquoi du comment des Reliques de la Mort, du sort qui protège Harry, du rôle de l'amour, des baguettes magiques, etc, est simplement beaucoup trop technique et tiré par les cheveux pour permettre de se sentir impliqué dans l'ultime duel. C'est prenant comme une finale de la Coupe du Monde gagnée sur tapis vert, avec des avocats qui pinaillent sur d'obscurs points de règlements alors qu'on aurait voulu une distribution de coups de boule. A trop vouloir faire reposer le dénouement sur une mystique véhiculant un sens profond, Rowling rate à peu près complètement le coche de l'émotion. Et là encore, il faut se reporter vers les personnages secondaires pour trouver satisfaction.
Faute de pouvoir réutiliser la construction classique des précédents volets,
JK Rowling peine à faire démarrer son intrigue, à la développer et à la conclure. On imagine bien l'auteur au milieu de la rédaction à peu près aussi perdue et désespérée que ses personnages, dépassée par l'ampleur de la tâche et finalement contrainte d'utiliser de misérables artifices pour parvenir à ses fins. Ceci dit, magie du fanatisme, les lecteurs scotchés depuis des années aux aventures du sorcier resteront aveugles à ces failles évidentes, apprécieront de retrouver toutes les petites choses qui leur ont fait adhérer à cet univers, et seront diablement secoués par la moindre blessure infligée à un personnage de douzième rang. D'un autre côté il aurait été difficile de les décevoir.
* d'ailleurs, à propos de manque d'inventivité : à quoi ça sert de se taper sept années d'apprentissage vu que les sorciers (mêmes les plus doués) se servent tout le temps des quatre mêmes sorts ?
Lien : http://www.ciao.fr/Harry_Potter_et_les_Reliques_de_la_Mort_J_K_Rowli..