En plus d'être bien écrit, même si parfois les tournures de phrases alambiquées m'ont obligée à relire 2 ou 3 fois les mêmes lignes, ce roman est une découverte intéressante.
D'abord par son thème : le narrateur vit (difficilement) avec sa mère impotente et prête à mourir dont il s'occupe… et en arrive à la haïr par moments
Ensuite par sa façon d'aborder le sujet et de le présenter : tout le roman s'adresse à
Descartes et démonte à coups de réalités quotidiennes les propos du
Discours de la méthode (entre autres)
Enfin par l'extrême délicatesse avec laquelle le narrateur conte son histoire d'amour salvatrice, ses murmures, ses chuchotements, ses entrechats…sans jamais tomber dans l'attendu, le banal
Le roman se divise en trois parties : dans la première le narrateur raconte sa « vie » avec sa mère, jusqu'au seuil de saturation, jusqu'à la haine, jusqu'au désespoir, à la colère, devant l'obligation, la culpabilité
La deuxième partie retrace sa rencontre avec Mila, femme étrange puisqu'accoutrée et affublée plus qu'habillée ou maquillée, voyante de surcroit, ayant la réputation de coucher avec les hommes influents ou non de la commune… femme qui dès la première « consultation » l'obsèdera par ses récits imaginaires et fantastiques, et qu'il ne cessera de revenir voir, jusqu'à ce qu'ils deviennent amis. Elle lui ouvrira le cœur en le faisant voyager dans ses fables, en le faisant s'inventer une vie, ou plutôt une ascendance, une histoire, des ancêtres, lui ouvrira l'esprit sur le monde et les gens en prenant la cause des Roms qui doivent s'installer sur la commune, puis lui fendra le cœur…
La troisième partie préfigure la renaissance du narrateur, puisqu'à la suite du viol de Perline, la fille de Mila, il l'entourera beaucoup, tombera peu à peu amoureux d'elle, et elle de lui… il pourra revivre des moments de tendre complicité avec sa mère, cette trève d'avant la mort obligatoire pour la paix du survivant… et il pourra s'abandonner sans crainte à l'amour, à l'opposé de la méthode préconisée par
Descartes…