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ISBN : 2283023483
Éditeur : Buchet-Chastel (2009)


Note moyenne : 3.54/5 (sur 166 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
Paul a quarante-six ans. Paysan, à Fridières, Cantal.

Cinquante trois hectares, en pays perdu, au bout de rien.

Il n’a pas tout à fait choisi d’être là, mais sa vie s’est faite comme ça. Paul n’a qu’une rage : il ne veut pas finir seul, san... > voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par MachaLoubrun, le 04 septembre 2013

    MachaLoubrun
    Les coups durs, les coups, ils connaissent Paul et Annette, ils sont du même pays des enfances douloureuses et des vies rudes même si des centaines de kilomètres les séparent. Bailleul dans le Nord, c'est loin de la ferme où Paul vit à Fridiers dans le Cantal. Alors c'est au café de la gare à Nevers qu'ils ont décidés de vivre ensemble. Ça fait moins de frais pour se rencontrer suite à « L'annonce » et Eric le fils d'Annette grandira loin de son père alcoolique et brutal, désormais en prison pour plusieurs années.
    Elle a trente sept ans et lui quarante six ans. Ce sont deux timides, des taiseux qui veulent vivre encore une belle tranche de vie avec quelqu'un, mettre obstinément un peu de baume au cœur sur leurs bleus à l'âme. Mais Paul ne vit pas seul à la ferme de ses deux oncles âgés, il y aussi Nicole, sa sœur. Elle règne sur la maison, il règne sur l'étable depuis que leurs parents les ont placés à la ferme à l'adolescence. Ils ont gagnés de haute lutte ce statut et l'arrivée d'Annette et de son fils risque de mettre en péril ce fragile équilibre.
    Les frontières invisibles, les territoires affectifs, les sentiments enfouis, c'est la vie à la ferme de Salers que Marie-Hélène Lafon décrit en profondeur à travers de longues phrases qui vont jusqu'au bout des choses sans pour autant rentrer dans d'inutiles fioritures littéraires. Elle ne juge pas, elle raconte comment ces êtres ont charpentés, cloisonnés leurs vies, et en tire un infini pouvoir.
    Paul a aménagé un charmant nid douillet sous les combles avec une cuisine américaine qui fera débat entre les oncles et Nicole qui ironise. Et quand « La Montagne » arrive chaque jour à la ferme chacun se l'approprie, annonce des décès pour les uns, actualité locale pour les autres et mots croisés pour Annette avant d'être brulé.
    Ce sont comme d'étranges petits ballets qui se jouent dans ce beau roman d'amour qui fut pour moi un joli coup de cœur.
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    • Livres 3.00/5
    Par Malaura, le 05 septembre 2011

    Malaura
    Parce qu'il refuse de finir sa vie tout seul, Paul, 46 ans, exploitant agricole dans une ferme du Cantal, passe une petite annonce dans un journal.
    C'est Anne, qui y répond.
    Cette femme de 37 ans vit dans le Nord avec son fils de 11 ans.
    Elle aussi est seule depuis qu'elle a tourné le dos aux années de violence passées auprès d'un homme alcoolique.
    Quelques coups de téléphone, deux-trois rencontres et Anne accepte de venir vivre à la ferme.
    Mais la cohabitation avec les oncles et la soeur de Paul s'avère difficile...
    Les mots de Marie-Hélène Lafon s'égrennent posément, sûrement, chacun d'eux justement calibré, mûri, poli comme un caillou roulant en bouche.
    Se déroulant en longues phrases amples, ils disent le monde rural, les difficultés de s'implanter en milieu paysan, les silences "gras" des taiseux, les efforts, les petitesses...
    Ils racontent surtout, dans une langue riche et stylisée, l'histoire d'amour d'êtres ordinaires, qui s'unissent en un compagnonnage pratique et raisonnable pour s'arracher à la solitude qui les guette.
    Un beau roman.
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    • Livres 4.00/5
    Par zabeth55, le 06 juin 2014

    zabeth55
    «L'annonce », c'est en fait une petite annonce que passe Paul. Et Annette y répond.
    Paul, 46 ans, est agriculteur dans le Cantal où il exploite une ferme avec sa sœur plutôt acariâtre et ses deux oncles.
    Annette, 37 ans, un fils de 11 ans, est une fille du Nord qui a vécu une vie de galère avec un compagnon alcoolique.
    Après quelques coups de téléphone, deux rencontres, Annette s'installe à la ferme et ces deux là vont s'apprivoiser.
    C'est superbement écrit. le ton, les descriptions, les états d'âme, l'ambiance….
    Un style qui m'a fait penser à Sylvie Germain.
    Une seule déception, la fin, qui n'en est pas une. En tournant une page, plus rien, c'était la dernière et l'histoire n'et pas finie. Dommage !
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    • Livres 3.00/5
    Par herveGAUTIER, le 09 mars 2014

    herveGAUTIER

    N°674– Août 2013.
    L'annonce - Marie-Hélène LAFON – Éditions Buchet-Chastel.
    Ce roman raconte une histoire d'amour entre Paul, un paysan du Cantal de quarante-six ans et Annette, la mère de trente-sept ans du petit Éric, onze ans, qui elle vit dans le Nord. Cette rencontre a été provoquée par une petite annonce de Paul à qui la solitude du célibat pesait. Annette y a répondu après avoir quitté son mari, Didier, alcoolique et souvent pensionnaire de la maison d'arrêt, le père de son enfant, parce que la vie avec lui était devenue impossible. Elle n'a aucun métier en dehors de l'usine et de la caisse des grandes surfaces et voit là une opportunité de tout recommencer, loin de chez elle, de ses racines. Ils se sont rencontrés à Nevers, au buffet de la gare parce que c'était à mi-chemin. Pour eux, c'était toute une expédition, nécessaire cependant pour un premier contact après les photos et les communications téléphoniques. Leur vie antérieure a été d'une grande banalité, à la ferme comme à la ville et chacun souhaite que cette « union » soit bénéfique pour tous. Ils sont venus à ce rendez-vous avec leurs vieilles plaies, sans les montrer cependant, pour ne pas apeurer l'autre. Ils ont en commun des cicatrices mal refermées et des espoirs un peu fous pour cet avenir encore un peu incertain à cause de la crainte de l'inconnu. Cette rencontre sera suivie d'une autre où on fera plus ample connaissance, on s'apprivoisera et on apprendra à mieux se connaître, à s'accepter... Paul, cet homme rude l'a prenait elle et son fils et parlait d' emménagements dans la ferme pour mieux accueillir sa nouvelle famille .
    Un telle situation est toujours une remise en question profonde des gens qui la vivent. Éric qui sans doute ne peut qu'en être bénéficiaire, se tait, observe, cherche à s'adapter, en silence. On a déjà prévu sa scolarisation au collège, son intégration dans le voisinage des autres fermes. Paul qui ne souhaite pas avoir un enfant avec Annette pense peut-être accueillir ce garçon, en faire peut-être son héritier si cela est possible. La mère d'Annette vient lui faire une visite ponctuelle ne serait-ce que pour se rendre compte des conséquences du choix de sa fille. Il y a aussi la parentèle de Paul, ses oncles, propriétaires fonciers restés célibataires, sa sœur, Nicole, plus jeune de dix-huit mois, elle aussi célibataire et sans enfant. Ils voient d'un mauvais œil que Paul qui a été malheureux en amour et souhaite forcer un peu le destin ait introduit dans leur clan et sans leur demander leur avis cette femme qui ne sera toujours qu'une intruse. Annette est évidemment attendue au tournant, se sait observée, passe chaque jour son examen sous le regard amusé, critique et parfois méchant des autres de qui, elle le sait, elle ne recevra aucune aide ni aucun conseil. Paul de son côté fait tout pour lui faciliter la vie, notamment dans le domaine ménager puisque avant, dans le Nord, elle avait le confort. C'est vrai que ces nouveaux arrivants apportent du sang neuf dans cette fratrie engoncée dans des traditions et des habitudes, un peu de jeunesse aussi qui serait capable, l'air de rien de creuser son sillon, de bousculer un peu les choses, sans les brusquer cependant. Annette et Éric surent se faire accepter même si ce ne fut pas sans peine, l'enfant, malgré son nom polonais, par sa discrétion, son application scolaire, l'amour qu'il portait aux bêtes, les vaches et surtout la chienne Lola, la mère par son travail, son sens de l'économie, sa présence.
    Le roman reste un peu en suspens. On ne sait pas si cette union se terminera par un mariage entre Paul et Annette mais peu importe mais il ne coûte rien au lecteur d'imaginer une fin heureuse à cette tentative.
    Au-delà de l'histoire, je retiens aussi une galerie de portraits bien campés tel celui de Mimi Caté, par exemple, cette maîtresse-femme qui ne laissait personne indifférent, mais aussi des scènes de la vie à la campagne auvergnate, la longue évocation des gens et des corps spécialement celui de Paul, de ses mains de travailleur en particulier.
    Dans un précédent numéro (La Feuille Volante n°671), j'ai dit combien le style haché et minimaliste de l'auteure me déplaisait. Je ne l'ai pas retrouvé ici et, bien au contraire, j'ai apprécié sa fluidité, la poésie qui coule des mots et aussi l'humour parfois acerbe mais bien senti et subtil qui accompagne l'évocation d'un personnage ou d'une situation. J'ai aussi aimé un grand réalisme dans l'analyse des circonstances, celle de cette femme qui a tout quitté pour suivre un inconnu simplement parce qu'il est agriculteur et qu'elle pense que c 'est un vrai métier, celle de cet homme qui veut tout faire pour que cette tentative leur soit favorable, même s'il doit pour cela bousculer un peu sa propre famille. J'ai aimé les subtiles nuances dans les descriptions, dans les évocations en demi-teinte. Cela témoigne d'un réel amour des mots auquel le lecteur attentif et de plus en plus passionné ne peut être indifférent.
    Cela a été pour moi un plaisir de lire ce roman, une histoire certes simple et même banale mais qui, sous la plume de Marie-Hélène Lafon a été réellement captivante jusqu'à la fin.
    Hervé GAUTIER - Août 2013 - http://hervegautier.e-monsite.com

































    Lien : http://hervegautier.e-monsite.com
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    • Livres 5.00/5
    Par wartenkaplan, le 31 mars 2014

    wartenkaplan
    Dans les campagnes parfois, Les paysans solitaires recherchent l'âme soeur par annonce dans "Le Chasseur Français ", leur magazine préféré. Egalement, des foires aux célibataires sont organisées chaque années dans certaines vallées de montagne. Des autobus de femmes arrivent le jour prévu sur la place du village enguirlandée. Avec orchestre et bal. Mais l'histoire ne dit pas si les cars repartent à vide. Existent-ils des villages de femmes attendant des autobus d'hommes ? Je ne sais pas.
    "L'annonce" est une histoire d'amour !
    Dès les premières pages, on plonge directement dans l'atmosphère du livre. On connait très vite Paul, gros travailleur, qui décide vite, Nicole, jalouse qui entend tout régenter, les oncles, des taiseux méthodiques et organisés. Ils vivent tous ensemble dans la même maison. Il y a les vaches, la traite deux fois par jour, les foins entre deux orages. Pas si tranquille la vie de paysan, mais bien rythmée !
    Paul est vide d'amour. L'annonce. Annette répond et accepte. Elle arrive à la ferme avec un fils, Eric. Elle vient de ce monde du nord, de la révolution industrielle, gris et brutal.
    Alors commence la construction de cet amour dans ce huit-clos de personnes laborieuses, méfiantes, silencieuses.
    Formant un couple aux civilisations différentes, l'insertion d'Annette dans ce nouvel univers sera difficile.
    Avec ce livre, MHL est au sommet de son art. " L'annonce " est une oeuvre supérieure à " Les pays ". L'écriture est maîtrisée. Pas d'hésitation. La narration coule fluide et nerveuse. MHL applique toujours cette précision et cette rigueur qui caractérise son talent pour décrire des scènes rugueuses et âpres, ne laissant aucune place aux fioritures. Elle pratique la description entomologique pour relater évènements, attitudes et sentiments. le temps et l'espace sont gérés sur un mode concret et efficace.
    Ce qui est merveilleux chez MLH, c'est cette écriture hors des sentiers battus. Elle s'aventure dans son mode d'écrire en prenant des risques car on sent qu'elle ne veut écrire que ce qu'elle porte profondément en elle. MLH apparait sincère ne cherchant pas forcément à plaire. Elle a du souffle et des tripes. Simplement écrivain, c'est ce qu'elle semble vouloir être.
    Elle n'est pas ancienne élève d'une quelconque école d'écriture qui recopie une bonne recette. Exit les auteurs commerciaux et leur littérature suave et marketée sortie d'un logiciel informatique d'écriture analysant les goûts et les couleurs du consommateur lambda pour lui servir un fade brouet littéraire pour tête de gondole de supermarché. Je ne les cite pas ici. Vous trouverez facilement leur nom vous-même.
    Avec ce livre, on est proche d' "Ouest" de Vallejo ou bien "Des Ames Grises" de Philippe Claudel.
    Mais elle est diamétralement opposé au réalisme satirique d'un Marcel Aymé qui campe des personnages rusés et cyniques.
    Il y a du Kerangal chez elle dans ses phrases qui courent jusqu'à atteindre l'expression parfaite d'une situation ou d'un paysage.
    MHL dérange car elle a su créer une nouvelle littérature qui contrarie le rythme frénétique et vain de notre époque .
    Elle a su inventer un moment suspendu tendre et douloureux.
    Bravo l'artiste !
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Critiques du Magazine Littéraire



  • Critique de Chloé Brendlé pour le Magazine Littéraire

    On croirait presque à une histoire d'amour à la Giono, avec Annette, la femme qui « vient de la ville », du nord de la France, et Paul, l'agriculteur du Cantal (Fridières) aux mains calleuses. La première a... > lire la suite

    Critique de qualité ? (4 l'ont appréciée)

Critiques presse (1)


  • Lexpress , le 20 juillet 2011
    Marie-Hélène Lafon traite cette histoire d'amour toute simple avec une sensibilité éloignée de toute niaiserie et une écriture digne du meilleur Pierre Michon. Emouvant et juste.
    Lire la critique sur le site : Lexpress

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Citations et extraits

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  • Par litolff, le 15 novembre 2010

    La nuit de Fridières ne tombait pas, elle montait à l’assaut, elle prenait les maisons les bêtes et les gens, elle suintait de partout à la fois, s’insinuait, noyait d’encre les contours des choses, des corps, avalait les arbres, les pierres, effaçait les chemins, gommait, broyait. Les phares des voitures et le réverbère de la commune la trouaient à peine, l’effleuraient seulement, en vain. Elle était grasse de présences aveugles qui se signalaient par force craquements, crissements, feulements, la n nuit avait des mains et un souffle, elle faisait battre le volent disjoint et la porte mal fermée, elle avait un regard sans fond qui vous prenait dans son étau par les fenêtres, et ne vous lâchait pas, vous les humains réfugiés blottis dans les pièces éclairées des maisons dérisoires.
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  • Par InColdBlog, le 08 septembre 2010

    Elle n’avait rien connu d’autre et comprit à Nevers, en novembre et plus encore en janvier, qu’avec Paul il faudrait tout inventer. Les corps aussi ; les corps surtout. Pas réapprendre, pas recommencer ; inventer. Dans le train du retour, en novembre, elle avait pensé aux mains de Paul dont l’image, très nette, flottait dans son demi-sommeil. Des mains larges et vives qui accompagnaient les paroles, des mains récurées, durcies par des travaux qu’elle ne connaissait pas. Ces mains seraient sur elle, posées, chaudes, appuyées ; ces mains avaient manqué, s’étaient ouvertes sur le vide, avaient attendu, et savaient vouloir. Après la première nuit en janvier à Nevers, dans la chambre minuscule et surchauffée, Annette avait eu un moment de découragement. Faire semblant, avoir l’air de redouter, s’acquitter de, ravaler sa peine, et sentir celle de l’autre rangée enkystée enfouie. Sentir aussi que c’était mieux que rien, sans doute. Annette secouait la tête dans le train du retour. C’était le prix, il y avait un prix, cet inconfort cette gêne moite. On n’avait pas seize ans, ni vingt ; on n’était pas des enfants, des jeunes premiers, des mariés du jour, des éblouis, des nantis de la vie. Il faudrait s’arranger. On s’accommoderait. Elle s’arrangerait de cet homme calme et décidé qui la prenait, elle avec l’enfant le fils, et lui faisait une place pour durer, peut-être. En juillet à Fridières, Annette avait connu le vrai corps de Paul, un corps en état d’urgence, aiguisé par les travaux immuables et les fenaisons pressantes, un corps d’homme qui court, qui lutte, entre les prés et l’étable, les bras le torse le dos le ventre les cuisses rompus à d’autres étreintes, aux bêtes rétives, aux outils, aux rouleaux de ficelle dure, aux écrous qui résistent dans les rouages chauds des machines. Elle avait senti au long d’elle le soir dans le lit sourdre de Paul cette tension nourrie des mille obstacles de chaque jour qu’il déposait comme il l’eût fait d’un vêtement usé. Par cet abandon, tandis que la fenêtre restait ouverte sur les fragrances têtues des nuits de juillet, sur leur ardeur crépitante de bêtes sonores, Annette avait été apprivoisée.
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  • Par litolff, le 23 juin 2010

    A Nevers, le lundi 19 novembre, Annette avait vu sans le voir le corps de Paul. Toute son attention avait été happée, dévorée par les mots de Paul. Et par ses mains. Qui parlaient avec lui, soutenaient sa parole, la relançaient ou reposaient à plat sur la table, dans les creux de silence, et frémissaient comme mues de l’intérieur par de sourds tressaillements qui disaient ou tentaient de dire ce que Paul taisait, ce qu’il gardait tapi sous le flot des choses audibles. Ni Annette ni Paul n’iraient extirper ce qui restait, s’incrustait, dessous. On ne gratterait pas les vieilles plaies de solitude et de peur, on n’était pas armé pour ça, pas équipé ; on s’arrangerait autrement.
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  • Par genou, le 15 mai 2013

    Annette regardait la nuit. Elle comprenait que, avant de venir vivre à Fridières, elle ne l'avait pas connue. La nuit de Fridières ne tombait pas, elle montait à l'assaut, elle prenait les maisons, les bêtes et les gens, elle suintait de partout à la fois, s'insinuait, noyait d'encre les contours des choses, des corps, avalait les arbres, les pierres, effaçait les chemins, gommait, broyait. Les phares des voitures et le réverbère de la commune la trouaient à peine, l'effleuraient seulement, en vain. Elle était grasse de présences aveugles qui se signalaient par force craquements, crissements, feulements, la nuit avait des mains et un souffle, elle faisait battre le volet disjoint et la porte mal fermée, elle avait un regard sans fond qui vous prenait dans son étau par les fenêtres, et ne vous lâchait pas, vous les humains réfugiés blottis dans les pièces éclairées des maisons dérisoires
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  • Par oops, le 17 septembre 2011

    En juin, le pays était un bouquet, une folie. Les deux tilleuls dans la cour, l'érable au coin du jardin, le lilas sur le mur, tout bruissait, frémissait, ondulait ; c'était gonflé de lumière verte, luisant, vernissé, presque noir dans les coins d'ombre, une gloire inouïe, qui les jours de vent léger, vous saisissait, vous coupait les mots, les engorgeait dans le ventre où ils restaient tapis, insuffisants, inaudibles. Sans les mots on se tenait éberlué dans cette rutilance somptueuse.
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Rencontre litterature / Jerome Meizoz avec Marie-Helene Lafon et Pierre Bergounioux / 04.06.2013
Jérôme Meizoz est un écrivain suisse né en 1967, enseignant à l'Université de Lausanne et, cette année, à l'Ecole Normale Supérieure de Paris. Egalement crit...








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