L'annonce, de
Marie-Hélène Lafon, c'est l'histoire de deux solitudes qui, en dépit des circonstances, veulent encore croire à la possibilité d'un avenir.
Deux adultes, plus très jeunes mais pas encore vieux, qui veulent repartir de zéro et tirer un trait sur leur vie “d'avant” : pour Annette, un mariage avec un mari alcoolique et violent qui enchaînait les séjours en cure de désintoxication et en prison ; pour Paul, une première relation avortée, quelques années auparavant, pour cause d'incompatibilité avec les autres occupants de la ferme.
La vie à la ferme est rude. Physiquement, on imagine bien comment le travail de la terre peut être harassant, combien les bêtes peuvent exiger d'attention, ne tolérant pas la moindre inflexion dans le déroulement de leur journée.
Dans le hameau de Fridières, il en va des bêtes comme des humains, sclérosés dans un monde d'habitudes et de traditions, où l'imprévu et la nouveauté n'ont pas leur place. La vie à la ferme, l'organisation des journées de travail, la réalisation même des tâches, c'est comme si tout avait été décrété une fois pour toute, des années auparavant, sans que personne n'imagine aujourd'hui revenir dessus. Tout est décidé à l'avance, la vie comme un train électrique pour enfant, suit immuablement les mêmes rails, sans jamais en dévier. le rituel de la lecture de La Montagne à la ferme en est l'exemple frappant.
Contrairement à sa sœur Nicole, Paul ne peut se contenter de cet avenir tout tracé, qui l'étouffe. Au fil du temps, il a réussi à faire évoluer un peu les choses, lentement, soucieux de ne braquer personne.
Annette devra elle aussi composer avec les autres membres de la famille, essayer de se faire accepter et de trouver sa place dans cet environnement austère et hostile, où même si chacun garde ses sentiments pour soi, tous lui font comprendre qu'elle est une étrangère, qu'elle n'est pas ici sa place.
Malgré tout, la cohabitation s'organise entre, le rez-de-chaussée où les oncles et Nicole continuent à habiter et l'étage où se sont installés Paul, Annette et Eric (surnommés les Américains, à cause de la cuisine de la même nationalité que Paul leur a aménagée). Devenus inséparables, l'enfant et la chienne de la ferme, Lola, vont faire faire office de zone neutre entre les deux camps.
En à peine plus de 200 pages, dans un style ciselé et précieux,
Marie-Hélène Lafon explore deux années d'une histoire d'amour, fragile, tout en devenir, âpre mais non dénuée de sensualité, où le silence et la pudeur des sentiments prennent toute la place. Une histoire entre deux êtres décidés à devenir maîtres de leur destin, qui devront apprendre à se connaître, et lutter contre le poids des usages et des préjugés campagnards. Une histoire qui, comme Nevers, à mi-parcours entre Bailleul et Fridières, se situe dans une zone intermédiaire, quelque part entre passion et habitude.
"« Annette se tenait debout devant la vue, suivant, comme du doigt, les nervures des ombres couchées en bêtes dociles au flanc des arbres dont elle ne savait pas le nom. Elle ne demanderait pas à Paul, elle n'était pas une écolière, elle n'était pas en voyage d'agrément ni en séjour chez de lointains cousins, elle ne donnerait pas dans le tourisme éclairé, elle n'avait pas loué un gîte pour les vacances, n'explorait pas méthodiquement l'exotique contrée, faune flore et autochtones inclus. Il s'agissait de faire sa vie là, de commencer de recommencer là. Elle attendrait que Paul dise, l'air de rien, comme en passant, ce qu'il y avait à savoir, sans donner de leçon. »"
C'est une très belle découverte que celle que je viens de faire avec ce roman de
Marie-Hélène Lafon. Ce fut également pour moi un voyage nostalgique dans le passé, auprès des membres de la branche paysanne de ma famille (comme une preuve ultime de l'immuabilité de la mentalité des campagnes ?).
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