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ISBN : 2246003539
Éditeur : Grasset (1977)


Note moyenne : 4.08/5 (sur 36 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :

Du Delta tonkinois aux fjords de Norvège, des Maldives à Saint-Pierre et Miquelon, le roman de Pierre Schoendoerffer est un voyage au long cours à la rencontre du destin. Ancien d'Indochine, le narrateur est un médecin de marine qui a rem... > voir plus
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Critiques, analyses et avis (4)

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    • Livres 5.00/5
    Par araucaria, le 08 février 2014

    araucaria
    Magnifique! Un grand livre, un très grand livre. J'avais adoré le film que je pourrais voir et revoir avec toujours autant de passion. J'attendais beaucoup du roman, je suis plus que satisfaite de cette superbe rencontre avec l'écriture de Pierre Schoendoerffer. C'est un immense moment d'émotion. Un coup de coeur. Un livre sur le courage, l'honneur, le devoir, la marine, la mer, le dur métier d'homme de mer. Un roman d'aventure que je recommande. Oui, "Le Crabe-tambour" est un monument!

    Lien : http://araucaria20six.fr/
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    • Livres 5.00/5
    Par herveGAUTIER, le 22 février 2014

    herveGAUTIER

    N°562 – Mars 2012
    Le Crabe-tambour – Un film de Pierre Shœndœrffer [1977]
    Le 14 mars 2012, Pierre Shœndœrffer nous quittait à l'âge de 83 ans. La République et l'armée ont rendu un hommage solennel aux Invalides, en présence du Premier ministre et du ministre de la culture à celui qui s'était engagé dans le service cinématographique des armées en Indochine jusqu'à la défaite de Diên Biên Phu. Il avait continué sa vie en tant que photographe de presse, cinéaste et romancier, se situant dans la lignée prestigieuse des écrivains de marine.
    C'est l'occasion d'évoquer non pas son œuvre toute entière, d'autres le feront mieux que moi, mais un film en particulier, considéré comme son chef-d'œuvre. J'en avais gardé, lors de sa sortie, un souvenir précis non seulement parce qu'il était servi par des acteurs prestigieux (Jean Rochefort – César 1978 du meilleur acteur, Jacques Dufilho – César 1978 du meilleur second rôle) mais aussi à cause des somptueuses prises de vue en mer (César 1978 de la meilleure photographie), le vieux navire qui geint de toutes ses membrures, les vagues qui se brisent sur la coque, l'étrave qui fend la tempête dans le brouillard et la haute mer...
    L'histoire tout d'abord. Elle est suggérée par un roman éponyme de Shœndœrffer paru chez Grasset (Grand prix du roman De l'Académie Française), inspiré par la vie du lieutenant de vaisseau Pierre Guillaume. Il retrace la dernière mission d'un capitaine de vaisseau, homme austère, dévoré par un cancer, (Jean Rochefort dit « le vieux ») qui reprend un commandement à la mer sur l'escorteur d'escadre « Jauréguiberry » dont c'est le dernier voyage avant sa réforme définitive. Il s'agit d'assurer une mission de surveillance et d'assistance aux chalutiers français pêchant sur les bancs de Terre-Neuve.
    Pourtant c'est un peu plus que cela, c'est un retour dans le passé puisque « le vieux » veut revoir une dernière fois son ami et compagnon d'armes, l'ancien lieutenant de vaisseau Willsdorff, dit « Le Crabe-tambour » (Jacques Perrin) devenu capitaine de chalutier dans ce Grand Nord désolé, fuyant ainsi l'espère humaine avec, comme toujours, un chat noir sur l'épaule. C'est Pierre (Claude Rich), le médecin du bord, qui en a parlé le premier sur la passerelle « Vous connaissez Willsdorff ?». Lui était son ami en Indochine et souhaite le revoir une dernière fois. C'est la vraie raison de son rengagement et de sa présence à bord. Après la défaite française, il est resté là-bas pour soigner ses anciens ennemis. Il a pourtant été expulsé du Viet-Nam. le commandant, habile manœuvrier, confie au médecin son corps meurtri par la maladie mais aussi son âme tourmentée d'homme « déjà mort » en l'invitant chaque jour à sa table. Il est évidemment question de Willsdorff, ce mythique soldat perdu qu'ils ont connu séparément. Pourtant, cette rencontre n'aura lieu qu'en filigrane, avec une grande économie de mots, comme si, malgré son ultime démarche, le commandant ne pouvait plus parler à cet ami, comme si c'était trop tard, comme s'il n'avait plus rien de commun avec lui, comme s'ils n'étaient plus l'un pour l'autre que deux fantômes. Cette idée est suggérée dans la scène du transfert du courrier où les deux bâtiments se côtoient, une trace sur l'écran radar, la radio qui grésille, rien que quelques mots convenus trop lourds de passé, un salut de sirène, une page qui se tourne, définitivement ! « Adieu » ne cesse de répéter Willsdorff, « Aperçu » fait simplement répondre le commandant par le timonier. Seul Pierre échangera quelques mots amicaux et complices avec Willsdorff et le chalutier s'éloignera.
    Cette quête est alimentée en flash-back par des évocations de gens qui l'ont également connu, le commandant puis Pierre, le narrateur de ce récit, mais aussi le chef mécanicien, dit « le chef », alcoolique et catholique pratiquant (Jacques Dufilho) et ses histoires loufoques du pays bigouden, chacun apportant témoignages et souvenirs de cet homme hors du commun ayant combattu en Indochine. Ils évoquent, chacun à leur manière et avec des anecdotes, le parcours militaire de cet officier fidèle à son engagement et à lui-même, à son sens de l'honneur, qui est exclu de l'armée, jugé pour désobéissance et rébellion. (« une histoire de mer et de discipline poussée jusqu'à l'absurde ») Cela sonne comme un hommage, comme un remerciement à quelqu'un qui a refusé la compromission face à un choix.
    Dans ce film il y aussi un questionnement chrétien et même profondément humain qui m'interpelle, même s'il passe quelque peu au second plan. C'est celui qui est évoqué par « La parabole des talents », texte de l'Évangile qui invite chaque homme à s'interroger sur le sens de son passage sur terre et sur l'usage qu'il a fait des facultés qu'il a reçues à sa naissance, sur la fidélité aussi. « Qu'as-tu fait de ton talent ? », « Celui qui ne fait pas fructifier ce qu'il a reçu du Seigneur sera jeté dans les ténèbres extérieurs », rappelle « le chef ». C'est aussi l'occasion pour l'auteur d'asséner des aphorismes : « Qui êtes-vous pour le juger ? » de rappeler que le choix de l'homme «  n'est pas forcément entre le bien et le mal, mais entre un bien et un autre bien ».
    Le nom même de Pierre Shœndœrffer évoque des films devenus mythiques qu'il a réalisés « La 317° section » (1964), « L'honneur d'un capitaine » (1982) qui s'interrogent tous sur les guerres coloniales françaises, sur les militaires eux-mêmes Plus que « Ramutcho »(1958) et « Pêcheurs d'Islande »(1959) qui sont des adaptations des Romans de Pierre Loti et qui ne rencontrèrent guère le succès, Pierre Shœndœrffer s'attacha toujours à évoquer l'aventure humaine, témoin « La passe du diable » (1956) qui est une adaptation du roman de son ami Joseph Kessel mais aussi la dure réalité de la guerre, sur les questions qu'elles posent, les personnalités qu'elles révèlent [ « Diên Biên Phu »(1992)]. C'est que les personnages de ces films s'inspirent tous d'hommes ayant réellement existé, témoignent de leur parcours personnel, de leurs questionnements intimes sur leur mission, sur leur vie. Chacun à sa manière, ils ont nourri l'œuvre de Shœndœrffer.
    C'est pour moi un film émouvant. Il ne s' agit pas ici de polémiquer sur la guerre mais de porter un regard, mais pas un jugement, sur les hommes de tout grade qui l'ont faite, de l'engagement de ces soldats perdus, de leur courage, de leur abnégation, de leur obligation d'obéir aux ordres face à leur conscience, valeurs aujourd'hui contestées, et même regardées comme désuètes dans une société sans boussole. L'auteur porte témoignage de ces conflits décriés, volontairement oubliés et parfois même injustement rejetés par la communauté nationale, de ces soldats oubliés.
    © Hervé GAUTIER - Mars 2012.
    http://hervegautier.e-monsite.com 

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    • Livres 4.00/5
    Par Drych, le 21 février 2014

    Drych
    Un grand roman de marine, celle de la guerre d'Indochine et celle des pêcheurs du grand nord. Des vies de marins faites de courage, d'honneur, de sens du respect, de l'amitié et du devoir. On découvre tout au long du roman un monde rude mais attachant, que l'on sent en même temps disparaitre pour un plus moderne moins coloré. J'ai beaucoup aimé les personnages et l'ambiance du récit, et attends avec impatience l'occasion de voir le film qui en a été tiré.
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    • Livres 5.00/5
    Par Pachy, le 13 mai 2011

    Pachy
    1976 - Celui-là, comme je l'aime. Je l'aime autant que le film.
    Un officier de marine atteint d'un cancer avancé prend pour la dernière fois le commandement de l'escorteur d'escadre ' Jaureguiberry ' . A ses côtés Pierre, le médecin ; le lieutenant de navire ; le chef-mécanicien (le chef) en route vers les bancs de pêches en mer d'Islande.
    Mais est-ce bien là la véritable mission du commandant. Non.
    C'est là toute la force de cette histoire - Ses dernières forces, ' le vieux ' les préservent jusqu'au moment qu'il attend depuis toutes ces années : se dresser une dernière fois face au lieutenant de vaisseau Willsdorff, (le crabe tambour) aujourd'hui patron de ces pêches sur les bancs de Terre-Neuve..... Toutes ces années après qu'il l'aient trahi ce vieux crabe tambour......
    Chaque personnage dégage une force, une histoire.... Chacun vit ses démons qui les rongent depuis le Tonkin, depuis le putch des généraux.
    Encore un exemple d'un film à la hauteur du livre avec, entre autres 4 des plus grands talents du cinéma français : Jean Rochefort, Jacques Dufilho, Jacques Perrin, Claude Rich

    Il sera placé à côté du ' crime d'antoine ' sur mon île si un jour je m'y retrouve seul
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Citations et extraits

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  • Par araucaria, le 04 février 2014

    "Willsdorf avait un chat, tout noir avec une cravate blanche - un petit triangle de poils blancs sous le cou -, Monsieur Dégouzzi! Quand la flottille rentrait le soir, les équipages - des Bretons, des Cambodgiens, des Vietnamiens et un Angevin - chantaient sur un air de comptine :

    Dégouzzi a une quéquette
    Pas plus grosse qu'une allumette
    Il s'en sert pour faire pipi
    Vive la quéquette à Dégouzzi!

    "Sale bête! Sans Dieu ni maître - toujours à dormir le jour, à vadrouiller la nuit - et il vous engueulait! il vous miaulait des insultes quand vous lui marchiez dessus dans l'ombre - vous pensez : tout noir!
    "Monsieur Dégouzzi était vautré sur les genoux de Willsdorf, qui lui-même était assis tout droit dans son fauteuil - un fauteuil de mandarin, austère, en bois noir, au dossier de marbre gris veiné de blanc, avec des idéogrammes gravés en rouge et un cachet de collectionneur. Je ne sais pas où il l'avait déniché mais il l'avait fait boulonner sur le toit de tôle de son rafiot - une pièce de musée!..."
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  • Par araucaria, le 08 février 2014

    Une voiture de l'Amirauté vient se ranger le long du bord.
    Le commandant s'en va. C'est un spectre, mais il se tient très droit. Un peu de sang coule d'une coupure sur sa joue, dilué de pluie. La garde présente les armes. Tous les officiers sont là. Tout l'équipage, les permissionnaires et les autres en tenue de travail. Tous, immobiles, figés. Je ne savais pas que nous l'aimions tant - que nous le respections tant; un respect qui se reconnaît à la pâleur de ceux qui le regardent, aux larmes refoulées quand il nous regarde.
    Il ne dira pas un mot. Et c'est très bien ainsi.
    Il passe lentement, raide. Il salue la garde. Sa pince noire et luisante tremble un peu.
    Sifflet du maître d'équipage.
    Le commandant monte sur la coupée et s'arrête, tourné vers la poupe, vers le pavillon. De nouveau il salue d'un geste lent. Longtemps. Mince et droit.
    Il franchit la coupée et monte dans la voiture - la portière claque. Il ne s'est pas retourné. Il n'a pas dit un mot.
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  • Par araucaria, le 05 février 2014

    De retour à bord j'ai été mis aux arrêts de rigueur pour être descendu à terre sans autorisation et avoir retardé l'appareillage du bateau - les trois légionnaires roux étaient aux fers, en fond de cale - mais ça m'était égal, j'avais senti l'odeur des nuits de Colombo, des nuits d'Asie, pleines de promesses, de menaces, de démence; j'avais été enivré. Je ne pourrais plus jamais l'oublier.
    L'Asie!
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  • Par araucaria, le 03 février 2014

    Toujours le même vent mais la nuit a changé : c'est un diamant noir étincelant. Rien ne donne le sentiment d'épouvante devant l'horreur et la splendeur de l'univers comme une tempête sous la minérale clarté du grand Nord.
    L'aurore boréale palpite. Le bateau roule, roule et roule encore sous les formidables coups, accablé de glace, renâclant à s'enlever sur les lames. On se sent engourdi d'un insidieux désir de silence, de repos, de néant.
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  • Par araucaria, le 08 février 2014

    De petits nuages blancs dans le ciel pâle. Les falaises grises de Douvres. La mer couleur de jade. A dix-huit noeuds l'Eole remonte une longue file de cargos en route pour l'Atlantique, pour l'océan Indien, le Pacifique... Dans une semaine certains verront monter la Croix du Sud du fond de l'horizon. Ils partent et nous rentrons.
    Chacun de nous a sa peur particulière, sa peur invincible, insurmontable - pour les uns c'est la peur de la mort ou de la souffrance, pour d'autres celle de la misère, de la faim - moi j'ai peur de rentrer.
    Nous rentrons.
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