Hotaru (lucioles en japonais) est malheureusement le dernier tome de la pentalogie "Le poids des secrets", tout aussi beau et émouvant que les autres. L'écriture reste merveilleusement poétique, le style toujours minimaliste.
Il me semblait difficile de parler séparément de ces cinq romans (voir Wasurenagusa, tome 4). J'ai donc relu les quatre précédents, avec autant de plaisir, pour vous donner un avis d'ensemble.
Avec "Le poids des secrets",
Aki Shimazaki nous livre l'histoire intime de deux familles japonaises. Cette histoire comprend 5 petits tomes d'une centaine de pages chacun qui sont un vrai délice.
Lorsqu'on ouvre l'un de ces romans, on est immédiatement séduit par le style d'
Aki Shimazaki, par ses descriptions épurées caractérisées par des phrases courtes, très condensées, proches de l'art du haïku. Il faut savoir qu'elle écrit directement en français et non dans sa langue maternelle.
Un fil romanesque, qui se tisse autour du thème des origines, de l'identité et de la lignée, court tout au long des volumes et prend pour décor des périodes particulièrement traumatisantes de l'histoire du Japon : tremblement de terre dévastateur de 1923 et massacre d'immigrés coréens, lancement des bombes atomiques en 1945, déportation des Japonais de Mandchourie en Sibérie. C'est dans ces contextes difficiles que vont se jouer les destinées des familles Horibe et Takahashi.
Les cinq récits kaléidoscopiques qui s'enchâssent et se font écho composent un bouquet naturaliste d'une grande force symbolique. Chemin faisant, comme des petits cailloux, l'auteure sème tout en douceur ses collectes florales -
Tsubaki (camélia), Wasurenagusa (myosotis) - ou animales -
Hamaguri (palourde),
Tsubame (hirondelle),
Hotaru (luciole) - et livre les clés de compréhension de l'histoire de plusieurs générations de la famille Takahashi.
Chaque roman est axé sur un personnage différent, et est écrit de manière subjective, ce qui permet de prendre connaissance de secrets qui pourront très bien ne jamais être dévoilés aux autres protagonistes. Tout l'art de
Aki Shimazaki réside dans ces changements de perspectives.
Infidélité, mensonges, parricide, poids des origines, les secrets pèsent lourds. le destin frappe à la porte de Youkiko, Yukio, Mariko, Kenji et de
Tsubaki ; le sens caché des actes se révèle à la vue d'un camélia ou d'une hirondelle ; les personnages disparues se manifestent au-delà de la mort…
Le canevas des récits, sous une apparente simplicité, révèle un maillage complexe qui pousse à lire ces cinq tomes sous toutes les coutures et de toutes les manières possibles, par le début ou par la fin, d'une traite ou à petits pas.
Aki Shimazaki pose avec ce cycle romanesque incontournable les fondations d'une œuvre passionnante à la force tranquille.
La collection en format poche semble épuisée mais
Actes Sud (dans sa collection Babel) vient de sortir un coffret les réunissant, avec toujours d'aussi belles couvertures. Une heureuse initiative pour découvrir ou relire cette fabuleuse saga japonaise !
C'est grâce à Mia que j'ai découvert cette pentalogie. Un grand merci donc pour cette belle découverte littéraire !