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Critiques sur Désolations (49)


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    • Livres 3.00/5
    Par zabeth55 le 07/04/2012


    Sur un lac glaciaire, Irène et Gary construisent une cabane sur une île, pour y passer leur hiver. C'est le rêve de Gary . Mais tout en la construisant, chacun fait intérieurement le bilan de sa vie
    Parallèlement, leur fille Rhoda, s'apprête à se marier tout en se posant elle-aussi bien des questions.
    La construction de cette cabane est à l'image de leur vie, du poids de leur passé, de leurs erreurs, de leurs incompréhensions, de l'échec de leur couple, de leurs solitudes

    Des destins sous l'emprise destructrice de l'enfance, qui se transmettent d'une génération à la suivante. Des êtres emprisonnés dans un monde glacé au dehors comme au dedans (ça se passe en Alaska) menés par une prédestinée tragique à laquelle, aveugles, ils se plient
    Un livre assez noir sur ce qui motive les choix acceptés et destructeurs, pour tenter d'échapper ou de remédier à ces malédictions qui pèsent sur nous et que nous faisons peser sur notre entourage.
    Bref un livre qui dérange et fait réfléchir

    critique de qualité ? (16 votes positifs)



    • Livres 1.00/5
    Par yv1 le 28/10/2011


    Vais-je oser ? Me mettrais-je à dos la quantité de lecteurs de David Vann depuis son formidable succès de Sukkwan island ? Bon, je me lance : je n'ai pas aimé ! C'est lent, c'est long, c'est prévisible ! Ouf ! Voilà, c'est dit. Maintenant je pars en courant (je suis un grand sportif) de peur de recevoir des cailloux. .................................................................................................................................

    Voilà, c'est bon ? Je peux revenir ? Vous avez bien vidé vos mains et jeté les projectiles qu'il vous restait ? Sûr ? pas un qui traîne encore ici ou là ?

    J'argumente : j'ai eu beaucoup de mal à entrer dans ce livre et pourtant j'avais un a priori très positif eu égard au roman précédent de l'auteur, qui malgré des longueurs, là aussi m'avait emballé. Las, je retrouve ici, en encore plus fort ce que je n'avais pas aimé dans l'autre. L'intrigue de départ est peu ou prou la même et le déroulement pareil. le paysage est ressemblant : j'aime bien lorsque les auteurs se renouvellent, mais là ce n'est pas le cas.

    J'ai été vraiment agacé par les les questionnements des personnages : toujours les mêmes tout au long des 300 pages ; ils n'évoluent quasiment pas, sauf dans les toutes dernières pages ; c'est redondant et longuet. Il a fallu des décennies à Irene pour comprendre, moi, en 100 pages j'avais compris qu'on tournait en rond. Pareil pour Rhoda et Jim qui se tournent l'un autour de l'autre : nous marions-nous ? Pourrais-je être infidèle ?

    J'aime bien la lenteur et les paysages dans mes lectures, mais il faut que le style de l'auteur m'accroche, que j'aie du plaisir à lire ses phrases, l'enchaînement de ses mots. J'ai toujours du mal à parler style littéraire avec des ouvrages traduits, ce qui est de l'auteur, ce qui est de la traductrice (Laura Derajinski) et d'autant plus pour David Vann que son écriture n'a rien d'extraordinaire. Pas désagréable, certes non, mais point exceptionnelle non plus, avec même ça et là des phrases bizarres comme celle ci que j'ai repérée, celle du milieu : "Elle était la plus belle femme qu'il fréquenterait jamais. Elle était certain (sic). Il n'y aurait jamais rien de mieux et il avait pourtant encore la moitié de son existence devant lui." (p.167)

    Je suis un peu dur, sûrement, mais ma déception est la mesure de ce que j'attendais de ce livre. Je l'ai fini en diagonale, vite fait pour tenter de ne rien rater, mais pour ce qui est du raté, je pense que c'est David Vann qui a commencé !


    Lien : http://www.lyvres.over-blog.com

    critique de qualité ? (11 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par canel le 21/12/2011


    Lorsqu'on lit un second livre d'un auteur après un coup de coeur, on espère y retrouver ce qu'on a tant aimé la première fois, non ? de Sukkwan Island, vous reconnaîtrez les dialogues sans guillemets, le "nature-writing" - avec île isolée, climat hostile, bricolage - la finesse d'analyse des personnages, la tension croissante, et, comme le titre et la couverture le laissent présager, une atmosphère sombre, violente. le noir s'affiche, percutant, dès les premières lignes et le pessimisme s'exprime ensuite via des portraits de couples en crise latente ou semi-ouverte, des cruautés qu'on reçoit comme des gifles.

    David Vann nous immerge ainsi dans les désillusions, l'usure et les bassesses conjugales (choix du partenaire par dépit, par défaut, par confort, adultère, rancoeurs, mesquineries), jusqu'à l'étouffement. Il est également question du vieillissement, des regrets personnels sur la vie passée, a fortiori lorsque les envies et rêves des deux partenaires divergent, ce hiatus pouvant s'accroître avec la retraite lorsque l'activité professionnelle n'offre plus d'échappatoire.

    Bref, ce n'est pas rose, loin s'en faut, c'est même de plus en plus terrible au fil du récit, l'auteur est égal à lui-même. C'est toujours aussi bien écrit, aussi subtilement observé, décrit, analysé, aussi intense et dur. J'aurais volontiers sabré les passages sur la pêche et la construction de la cabane, mais cela a (forcément !) accru mon empathie pour Irene.

    La plume et le propos de cet ouvrage, l'habileté à décortiquer le couple et la famille, me font beaucoup penser à la sensibilité d'Alison Lurie et à l'acuité d'analyse de Kate O'Riordan.

    critique de qualité ? (10 votes positifs)



    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette le 10/09/2011


    L'Alaska est une terre des confins, là où les hommes s'échouent ou se relancent. Pour Gary, c'est la terre des échecs. Son mariage avec Irene est en péril, mais jamais le courage ne lui est suffisant pour partir. Son envie d'ailleurs s'incarne dans un rêve vieux de trente ans : une cabane, celle qui aurait dû construire depuis des années. « L'idée était de bâtir une cabane à l'ancienne. Sans assise en ciment, sans permis de construire. La cabane devenue simple reflet d'un homme, à l'image de son propre esprit. » (p. 73) C'est avec des rondins inégaux qu'il décide de bâtir son rêve sur Caribou Island, une île au milieu du Skilak. Il espère apaiser les regrets de toute une vie et surtout oublier l'échec de son couple. « Un réconfort élémentaire, eux deux, le besoin qu'ils avaient l'un de l'autre. Pourquoi n'était-ce pas suffisant ? » (p. 56) Irene ne croit pas à cette folie de bâtisseur. Motivée par une culpabilité mêlée de reproche, et bien que terrassée par d'incessantes et inexplicables migraines, elle choisit d'aider son époux dans son entreprise.
    Le couple monte un bivouac sur l'île et s'emploie à construire la cabane, se coupant peu à peu du reste du monde. « Presque un chariot de pionniers d'un nouveau genre, en route vers une nouvelle terre et la création d'un nouveau foyer. » (p. 17) Mais l'hiver est précoce et avec lui se précipitent les doutes froids et les haines pétrifiées. « Quand le lac commencerait à geler, il y aurait une longue période où aucun bateau ne pourrait effectuer la traversée, et la glace ne serait pas assez solide pour leur permettre de traverser à pied. Ils seraient isolés, sans aucun moyen de communication en cas de problème. » (p. 241) La cabane ne sera finalement qu'une tour de Babel : Gary échoue à renouer avec lui-même et tout n'est qu'inachèvement et incapacité. La fin de cette épopée nordique est dramatique, forcément, et éternellement figée dans des neiges mauvaises.
    Pendant ce temps Rhoda, la fille de Gary et Irene, court à perdre haleine après un idéal de vie de couple et de mariage. Mais son compagnon Jim, de dix ans son aîné, prend conscience que sa vie ne peut pas se limiter à une seule femme. Son accomplissement passera par la possession et l'expression d'une sexualité sans complexe. Et Rhoda s'engage dans une voie qui pourrait être sans issue, sinon fatale.
    L'intertextualité à l'œuvre dans ce texte est magique. Elle ressuscite les légendes et les épopées scandinaves tout en convoquant les accords parfaits de chansons inoubliables, qu'il s'agisse de «'Suzanne' de Leonard Cohen ou des harmonies des Beatles.
    Les éditions Gallmeister publient des œuvres qui s'inscrivent dans le courant du Nature Writing. Désolations est une magnifique expression de ce courant littéraire. Ici l'Alaska se livre entre immensités glaciales et territoires hostiles. Chacun des personnages part en quête d'une terre meilleure. Mais l'Alaska n'est pas l'El Dorado. Alors se pose une lourde question : peut-on vivre de rêves en Alaska ? La fin de l'été marque le crépuscule de certaines choses et l'on ne sait si ce qui suivra sera une hibernation avant un beau réveil ou une mort sans retour.
    Je n'ai pas lu le premier roman de David Vann, Sukkwan Island, prix Médicis en 2010. Pour autant, impossible de passer à côté de tout ce qu'on en a dit. D'aucuns se demandent si le second roman sera à la hauteur du premier. Après lecture du magistral Désolations, je me demande plutôt de quel chef-d'œuvre je me suis privée en ne lisant pas Sukkwan Island. David Vann a un talent certain pour dépeindre les tourments des âmes livrées aux éléments. L'Alaska ne semble plus si hostile quand on a jeté un regard dans le cœur de Gary ou d'Irene. À se demander comment une telle terre n'a pas pu apaiser tant de haines et de rancœurs réciproques. Mais la réponse n'est pas là et il n'est pas certain qu'elle existe. Désolations n'est pas une œuvre à clés : c'est une vue d'hiver à travers une vitre froide. de l'autre côté s'accomplissent des choses grandioses et auxquelles rien ne s'oppose.
    J'ai lu ce roman presque d'une traite. La plume de David Vann est hypnotique et elle trace dans les consciences des voies insoupçonnées, qu'on ne peut qu'emprunter au risque de s'y perdre.

    critique de qualité ? (10 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par oops le 16/11/2011


    Comme dans le précédent roman de David Vann, l'histoire se passe dans les grands espaces de l'Alaska. Irène et Gary sont deux jeunes retraités, mariés depuis trente ans, ils ont deux enfants. Leur fille Rhoda est vétérinaire, elle vit avec Jim un dentiste qui a dix ans de plus qu'elle, ils sont sur le point de se marier. Mark est pêcheur, il habite avec Karen qui tient un Coffee Bus. Les deux enfants vivent sur le continent tandis que leurs parents se construisent une cabane sur un îlot, loin de toute civilisation. C'est un rêve de toujours pour Gary, de vivre en pleine nature avec le strict minimum. Au fur et à mesure de l'avancement du projet, Irène réalise qu'elle ne se fera pas à cette vie d'ermite, sans compter le froid et des migraines insupportables qui la rendent impotente. Comme dans Sukkwan island on sent dès les premières pages qu'un drame familial se prépare. L'auteur décortique la vie des différents couples, révélant la naïveté de la jeunesse pour les uns et le désenchantement chez les autres. Dans ce roman tout ce qui ronge la vie de couple est mis au jour sans états d'âmes, les manques, les déceptions, le manque communication, le passé…Face à une nature froide et impitoyable, la solidité des couples est mise à rude épreuve, le couple peut être un éden mais aussi une prison. Un roman glaçant à tout point de vue qui analyse fort bien ce que peut-être la crainte de la solitude dans une vie de couple à long terme.


    Lien : http://ma-bouquinerie.blogspot.com

    critique de qualité ? (9 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par ChezLo le 14/10/2011


    Gary entraîne sa femme Irene dans une aventure aussi périlleuse qu'égoïste : vivre isolés dans un coin d'Alaska, en se construisant une cabane si possible avant l'hiver. Une retraite "nature" pour un couple au bord de la rupture. Gary ne témoigne plus d'aucune attention envers sa femme, qui se met, elle, à souffrir d'atroces migraines fulgurantes que rien ne calme. Leur fille Rhoda suit de près leur installation, s'inquiète pour sa mère plus que pour elle-même et son couple, qu'elle forme avec Jim. Jim, homme qu'elle aime et pour lequel elle rêve de mariage alors qu'il la trompe déjà allègrement.

    Un homme entêté qui entraîne plus faible que lui sur une île gelée, ça ne peut que rappeler Sukkwan island. Encore la même histoire donc ? Pas tout à fait. Désolations diffère grandement par le fait que le nombre de personnages y est plus étoffé, et par conséquent les histoires secondaires aussi. La structure familiale semble moins fantomatique que dans Sukkwan island. Au moins entre enfants (surtout Rhoda, très attachée à sa mère) et parents subsiste une relation, des dialogues, des visites. Et les relations multiples tissent le roman, et non plus seulement les rapports entre un père et son garçon. Relation de couple, couple fané, couple en devenir et peut-être mort dans l'oeuf, couple de l'adultère... Ici la relation filiale semble l'unique lien durable, solide, honnête. Mais la condition humaine pousse les hommes et surtout les femmes à chercher dans la relation à l'autre, dans l'amour, une sécurité, un bonheur qui s'avère évanescent. Les erreurs et les drames se reproduisent de génération en génération sans être évités.

    Roman bien écrit, j'ai aimé lire Désolations sans pour autant m'extasier pour ce roman mélancolique. Une lecture qui vaut par les ambiances et les atmosphères froides, inquiétantes, que David Vann peut créer en introduisant un personnage fétiche : la Nature et ses éléments tourmentés ou apaisés.
    Un roman sombre, une tranche de vie familiale ou les femmes sont confrontées à l'enlisement conjugal et les hommes écoutent, sourds aux autres, leurs pulsions et leurs chimères...


    Lien : http://chezlorraine.blogspot.com/2011/10/desolations.html

    critique de qualité ? (9 votes positifs)



    • Livres 4.00/5
    Par Litterature_et_Chocolat le 22/10/2011


    Laissez-vous emporter dans l‘univers sombre et hostile de cet écrivain hors du commun. Dans une ambiance froide, brutale et terrifiante, on assiste, impuissant, au naufrage de relations amoureuses dont on devine avec horreur l'issue tragique et inéluctable.

    Le froid polaire semble avoir glacé les habitants d'Alaska. Enfermés dans leur morosité, prisonniers de leurs échecs, leurs pitoyables gesticulations sont autant de vaines tentatives pour forcer le destin, telles des abeilles engluées dans le miel. Prisonniers consentants de relations amoureuses désolantes, mari et femme finissent par se retourner l'un contre l'autre et se détruire mutuellement.

    Désolations, c'est aussi une réflexion sur la notion de responsabilité face à son destin, sa vie, son bonheur. Jusqu'où puis-je entrainer l'autre dans mes errances? Qui accabler pour l'échec de ma vie? Torturer mon conjoint et mes enfants permet-il d'évacuer l'agressivité que nourrissent l'amertume et le désespoir? Mari, femme, enfants, personne n'échappe à la vindicte de ces personnages noyés dans leur mal-être.

    Quant aux talents de l'écrivain, ils sont indéniables. Quel auteur peut encore se targuer de maîtriser suffisamment les codes narratifs et littéraires pour créer son propre style? Dans ce roman, les dialogues se fondent dans la narration, aucun des échanges n'est mis en exergue, comme pour mieux marquer la dissolution des personnages dans leur environnement et leur impossible maîtrise des évènements. Porté par l'intrigue, l'auteur est phagocyté par ses personnages, le dénouement lui échappe, et on sombre avec lui dans un tourbillon infernal.


    Lien : http://litteratureetchocolat.wordpress.com/2011/10/22/desolations-de..

    critique de qualité ? (8 votes positifs)



    • Livres 3.00/5
    Par jalibert le 07/03/2012


    Même décor pour "Désolations" que pour" Sukkwan island", son précédent roman, une île sauvage d'Alaska ou vent et pluies en font une terre hostile. Même personnage principal ne supportant plus la succession de ses échecs, Jim est devenu Gary et ce n'est plus son fils qu'il entraîne dans sa dernière utopie, construire une cabane et y vivre dans des conditions extrêmes mais sa femme, Irène.
    L'intérêt de ce roman, aussi bien écrit que le premier et où l'angoisse y est poignante, est la psychonévrose d'Irène.

    critique de qualité ? (7 votes positifs)



  • Par raton-liseur le 31/10/2011


    Un livre froid, froid à l'extérieur, froid à l'intérieur, j'ai eu froid de façon physique pendant toute ma lecture. David Vann l'avait dit lors de la parution de son précédent roman, Sukkwan island, il n'avait pas fait le tour de la question. Et encore une fois, il est question de vie ratée, d'espérances déçues et de pensées suicidaires, cela dans les mêmes paysages que le précédent roman.
    Les thèmes sont les mêmes donc, les ressorts dramatiques sont similaires, en particulier l'environnement et la façon dont les conditions climatiques extrêmes poussent les véritables sentiments à se révéler. Mais ce n'est pas le même livre. Celui-ci me paraît beaucoup plus dur, car il n'est pas question d'un homme, d'un cas isolé, mais d'un couple, d'une famille, d'une vie banale, trop banale, à laquelle beaucoup d'entre nous peuvent s'identifier. Il est question de la difficulté à accepter une vie médiocre lorsque l'on espérait plus.
    Si ce livre n'est pas aussi réussi que le précédent, s'il y a quelques maladresses et des passages qui semblent manquer de travail (ce ne semble pas être la traduction puisque les deux traductions sont l'œuvre de la même personne), il fait tout de même assez froid dans le dos pour que l'on veuille être plus intransigeant avec nos choix de vie, afin de ne pas éprouver à l'heure des bilans ces regrets qui battent aux tempes comme une migraine persistante.

    critique de qualité ? (7 votes positifs)



  • Par chocobogirl le 25/10/2011


    Irène et Gary, mariés depuis 30 ans, vivent en Alaska, au bord du lac Skilak. Un choix de vie qui s'est fait il y a 10 ans, pour se rapprocher d'un idéal de communion avec la nature. Pourtant, c'est une autre vie que le couple s'est construit. Gary s'est perdu dans bon nombre de projets inaboutis. Irène lui a donné 2 enfants, désormais adultes : Rhoda et Mark. Aujourd'hui, à l'heure de la retraite, Gary est pourtant décidé à mener la vie qu'il a toujours rêvé. Ils vont désormais vivre dans une cabane en bois sur une île isolée, au coeur de la nature. Il entraîne dès lors sa femme dans la construction de leur future habitation et s'acharne sur ce projet quelque peu utopique, de manière un peu égoïste et sans être vraiment préparé. Irène, dont le mal-être ne cesse de grandir, voit surtout dans cette entreprise une tentative de Gary de se séparer d'elle et se prête bien malgré elle au projet pour sauver son mariage.

    Après le formidable Sukkwan island, voici le génial Désolations ! Si ce dernier prend place lui aussi dans les paysages tourmentés de l'Alaska, David Vann fait preuve de renouvellement tout en y replaçant avec succès ses propres obsessions.
    On y retrouve une famille dont l'auteur prend plaisir à décortiquer les sentiments, les peurs, les espoirs, la folie même.
    Gary construit sa cabane envers et contre tout. Malgré le temps. Malgré sa femme. Malgré les problèmes qui ne manquent pas de se présenter faute de préparation suffisante. Son obstination est peu compréhensible, il donne l'impression de fuir quelque chose, de se prouver quelque chose, qu'il est capable d'aller au bout de sa volonté. Seul compte ce but qu'il s'est fixé, alternative à tous ses autres projets précédents qui n'aboutirent jamais.
    Irène est hantée par le suicide de sa mère, dont elle a découvert le corps pendu lorsqu'elle était enfant. Elle semble être une femme résignée qui s'accroche désespérément à son mari, qui ne le contredit pas par peur de le perdre. Depuis qu'elle s'est lancé dans la construction de la cabane, des migraines atroces viennent l'assaillir et aucun médicament ne semble faire effet.
    A leurs côtés, il y a pourtant leur fille Rhoda qui leur rend visite régulièrement, qui s'inquiète de leur absence, qui voit la détérioration de leur relation. Rhoda vit avec Jim, un dentiste fortuné qui lui offre tout le confort nécessaire. Mais sa relation avec lui ne la satisfait pas complètement. Jim semble de pas s'impliquer totalement. le mariage dont il parle reste un projet lointain. Son frère Mark vit avec Karen et continue de mener une vie insouciante : kart avec les copains, fumette entre amis. le sort de sa famille lui importe peu et il reste en retrait de tout ce qui la concerne.
    Dès le début, la tension est palpable. le couple Gary / Irène communique avec violence, s'envoie des piques régulières et réagit avec susceptibilité. Même le silence entre eux semble synonyme de reproches. Les maux de tête d'Irène ne font qu'accentuer la pression et Gary semble y prêter peu d'attention. Alors que Rhoda s'interroge de plus en plus sur sa vie avec Jim, ce dernier se laisse séduire par Monique, une amie de Mark venue passer quelques jours chez eux en compagnie de son petit ami Carl. La jeune femme est peu farouche et prête à utiliser ses charmes pour obtenir quelques faveurs sans débourser un centime.
    Vous l'aurez compris, cette famille, ces différents couples sont tous au bord de la rupture, de la faille. La tension que l'on ressent dès l'entrée en matière du roman ne fera que s'accentuer. Et le drame ne peut être bien loin avec David Vann.

    David Vann nous offre ici un roman encore plus abouti que son précédent. C'est à un véritable drame psychologique auquel nous allons assister. Les personnages sont tous extrêmement détaillés, leur propre individualité, leur propre peur ou espoir. Leur propre voix aussi : l'auteur utilise 7 narrateurs différents et le procédé nous permet de pénétrer leur inconscient encore plus profondément. Pourtant le trait commun de tous, c'est une certaine peur de la solitude. Gary semble fuir les hommes, Irène craint l'abandon de son mari à l'image de celui de sa mère, Rhoda semble se satisfaire d'une relation bancale pour éviter un célibat peu enviable, Mark s'enferme dans son insouciance pour mieux se protéger des autres, Carl très amoureux refuse de voir la trahison de Monique. La solitude semble être la situation ultime à éviter à tout prix. Quitte à faire des compromissions, à trahir ses proches ou même trahir ses propres aspirations.
    Le mariage ou le couple est vu, non pas comme une alliance amoureuse, mais plutôt comme un rempart à la solitude. Et c'est un constat très amer qui ressort du mariage à l'issu du roman.

    Désolations est un livre véritablement désenchanté qui s'attache à montrer le côté sombre en chacun de nous.
    La terre d'Alaska, synonyme de pureté originelle, de retour à un état de nature simple et harmonieux, s'avère ici le miroir réfléchissant de leur propre lâcheté. Vu sous un jour menaçant, elle n'est pas l'antre hospitalière que l'on veut bien nous faire croire. Elle ne fait qu'accentuer ou souligner nos propres sentiments, bons ou mauvais.
    Il sera aussi ici question d'héritage et de transmission. POur Irène, l'histoire se répète inlassablement, de générations en générations. Elle tente de mettre en garde sa fille contre l'illusion confortable du mariage, elle veut briser le cycle des déceptions. Mais pour Rhoda, ce n'est que l'expression désespérée d'une femme malheureuse dans son propre couple.

    Désolations se révèle véritablement un roman puissant et déchirant qui vous emmène au coeur de l'âme humaine et vous retourne par un final extrêmement fort qui, s'il ne m'a pas étonné, m'a complètement pris au dépourvu.On y retrouve les thèmes de l'auteur : la famille, le manque de communication entre ses membres, la solitude, la folie, le suicide et la mort. Des obsessions que David Vann réussit à transcender ici avec brio pour donner un roman universel sur la désillusion des hommes.

    Un roman indispensable !


    Lien : http://legrenierdechoco.over-blog.com/article-desolations-david-vann..

    critique de qualité ? (7 votes positifs)






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