> Marguerite Pozzoli (Traducteur)

ISBN : 2742756558
Éditeur : Actes Sud (2005)


Note moyenne : 3/5 (sur 5 notes) Ajouter à mes livres
Elona-Ornela-Eva, triple et pourtant unique héroïne de cette fable de la dictature, est née dans le pays qu'Enver Hoxha assujettit sous sa bonne étoile. Sur le jeu de l'oie où la voici lancée, il y a quelques cases à éviter soigneusement, notamment la prison (son père e... > voir plus
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Critiques et avis(5)

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    • Livres 3.00/5
    Par Woland, le 17 avril 2012

    Woland
    Il Paese Dove Non Si Muore Mai
    Traduction : Marguerite Pozzoli en collaboration avec l'auteur

    Plus qu'un roman véritable, ce petit livre de cent-cinquante pages est une suite de scènes et de portraits ayant pour toile de fond l'Albanie communiste dans laquelle naquit l'auteur. Celui-ci appartenant au sexe féminin, le point de vue diffère sensiblement et met l'accent sur l'extraordinaire machisme qui caractérise la population mâle du pays, si policés que s'attachent à paraître ses membres les plus cultivés.
    Ce machisme, certes, on le voyait déjà poindre son nez écoeurant ici et là, tant dans "Le Général de l'armée morte" de Kadare, dont l'essentiel de l'intrigue se déroule, il est vrai, dans l'Albanie rurale, que dans les romans de Fatos Kongoli, romans plus urbains certes mais dans lesquels le statut de la femme est loin d'être toujours facile. Vorpsi, elle, évoque le phénomène avec une franchise totale : son héroïne, Elona-Ornela-Eva, se voit tout de suite suspectée de "putinerie" dès lors qu'elle passe de l'enfance à l'adolescence.
    Ce qui exaspère encore plus la lectrice, c'est que, comme d'habitude dans ce genre de sociétés, les femmes sont les premières à vouer la féminité au Diable et au péché. La mère de l'héroïne la menace de faire vérifier sa virginité par le médecin alors que la pauvre petite vient à peine d'atteindre ses treize ans et est par ailleurs si surveillée, tant à droite qu'à gauche, qu'elle aurait bien du mal à s'en aller courir une précoce prétentaine. En outre, comme le dit le proverbe albanais : "Un homme se lave avec un bout de savon et redevient comme neuf mais une fille, même la mer ne la lave pas."
    Raisonnement pour le moins absurde, en particulier à mes yeux de Bretonne qui a tous les jours sous les yeux les millions de litres d'eau, bien froide et bien verte, de l'Atlantique. Raisonnement d'homme, ajouterai-je, et d'homme injuste et sournois, raisonnement sans doute repris et ressassé par la bonne vieille église chrétienne - Vorpsi est orthodoxe - et, de manière générale, par toutes les religions patriarcales dont nul n'ignore la haine profonde qu'elles vouent à la Femme.
    Alors, bien sûr, on ne parle pas toujours sexe et virginité des filles dans "Le pays où l'on ne meurt jamais". Certaines scènes sont plus légères et font sourire ou alors, comme tout ce qui touche à l'indifférence du père de l'héroïne, indignent et/ou attendrissent. Mais, en dépit de tous mes efforts, c'est avec un malaise certain et la volonté bien arrêtée de ne jamais visiter l'Albanie que j'ai refermé ce livre qu'il faut lire car si déjà les écrivains albanais mâles sont peu traduits chez nous, la situation est encore plus grave pour leurs homologues féminines. Ce qu'on ne peut que déplorer parce que, tant que la littérature albanaise s'exprimera essentiellement par la voix masculine, il lui manquera quelque chose de très important : l'autre moitié de son soleil. ;o)
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    • Livres 3.00/5
    Par le_Bison, le 18 février 2012

    le_Bison
    Un livre où l'on plonge dans le quotidien du peuple albanais, où la misère et la pauvreté sont visibles de toutes parts, où le peuple est surveillé et emprisonné pour si peu, un rien. le tout vu à travers les yeux d'une gamine de 13 ans qui aimait passionnément sa mère et haïssait totalement son père. Et c'est bien grâce à ce regard enfantin, parfois naïf, que les nouvelles défilent sous mes yeux avec de temps en temps un brin d'humour, une note d'espoir mais aussi et malgré tout beaucoup de grandes tragédies humaines.
    Univers machiste, conflits conjugaux où l'homme gagne toujours, où les femmes sont considérées comme des objets, et celles qui ont la malchance d'être jolies comme des putes...
    Alors, pour sortir un peu de cette misère, d'autant plus quand on est une adolescente, on s'évade par les rêves, par les livres. On se raccroche à des petits riens, du moment qu'ils nous apportent un peu de bonheur, des photos, des cartes postales de l'Italie...
    Une découverte frappante de l'Albanie... Et dire que ce n'est qu'à quelques kilomètres d'ici...
    Un autre monde...
    Un autre temps...
    Un autre peuple...
    Un autre auteur : Ornela Vorpsi
    Un autre roman : Le pays où l'on ne meurt jamais
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    • Livres 2.00/5
    Par Bunee, le 30 mai 2008

    Bunee
    Retour doux-amer dans une enfance pas tout à fait comme les autres.
    Grandissez en Albanie, dictature socialiste, et emplissez votre mémoire de souvenirs tendrement cruels.
    Plume effilée et ironique décrivant une enfance naïve se déroulant tant bien que mal dans une société rude, où le respect ne s'acquiert qu'au prix de la vie (Vis que je te haïsse, meurs que je te pleure), où la Mère – parti pose sur les épaules du peuple une chape immuable de misère et d'injustice, où la simple expression d'une plainte vire au délit politique. Les paysans crachent leurs dents par poignées, les fusillés sont condamnés à reposer dans des amphores, les partisans réécrivent l'histoire et l'enfournent à grands coups de burin dans la tête des écoliers, les derviches proscrits exaucent les souhaits interdits des enfants qui embrassent leur tombe.
    Les jeunes filles, dont la féminité est honnie, évoluent le corps comprimé sous les couleurs nationales ; soit elles sont laides, soit elles gagnent ce que l'auteur appelle la putinerie.
    (...)
    http://lelabo.blogspot.com/2005/09/ornela-vorpsi-le-pays-o-on-ne-meurt.html
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    • Livres 3.00/5
    Par garance49, le 27 mai 2012

    garance49
    Déprimant tellement c'est noir!
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  • Par Rougelivre, le 20 février 2012

    Rougelivre
    L'Albanie est un pays méditerranéen, desséché par le soleil, où l'on mange des olives ; un pays enfermé où sévissait une terrible dictature et où n'importe qui allait en prison ou au bagne… et un pays où les femmes belles ne peuvent être d'office que de futures prostituées. En 14 chapitres qui sont autant de petites nouvelles, l'auteur nous décrit son enfance à Tirana. Avec humour, justesse, elle nous immerge dans la rudesse et la débrouillardise de cette vie jusqu'à son exil en Italie.
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Citations et extraits

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  • Par Woland, le 17 avril 2012

    [...] ... Parfois [grand-père] se tient à côté de moi pendant que je travaille, et je sais que, d'un instant à l'autre, il se mettra à me parler de l'Italie fasciste :

    - "Qu'est-ce qu'on était bien, du temps de l'Italie, la pauvreté d'aujourd'hui, c'était impensable ! De nos jours, je ne peux même pas exercer mon métier ...

    - Pourquoi tu dis ça, grand-père ? Bien sûr que tu peux l'exercer, il suffit de le vouloir, et puis, des avocats, on en a toujours besoin. Va à la mairie, demande ta place et tu verras qu'on te la redonneras.

    - Mais je ne suis pas un juge, bordel de merde, je suis un avocat de la défense, et ce métier, grâce au parti communiste, il n'existe plus. Le Parti assure qu'il ne te condamne jamais inutilement, aussi n'a-t-on pas besoin d'être défendu. Un juge suffit. La défense, c'est le Parti lui-même qui s'en charge, en te jugeant par l'intermédiaire du juge qu'il appointe. Bref, le juge que tu as devant toi est aussi attentionné que s'il était là pour te tirer d'affaire." ... [...]
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  • Par Woland, le 17 avril 2012

    [...] ... A la maison, les mêmes propos reviennent :

    - "Ne t'en fais pas" (c'est ma mère qui parle), "je t'enverrai chez le médecin pour voir si tu es vierge ou pas."

    Elle m'observe, menaçante, en murmurant entre ses dents, et moi, qui ai treize ans et qui ignore encore ce que les hommes ont dans leur pantalon (mystère qui, semble-t-il, est en rapport étroit avec tout ce qui a trait à la putinerie), je me sens une pute exemplaire. Le regard de ma mère me déshonore.



    Je me glisse dans mon lit, effrayée, et je pense : "Si elle m'envoie vraiment chez le médecin, si on découvre que je ne suis pas vierge de nature, comme un enfant venu au monde avec une main en moins, sourd, aveugle ou, pire encore, sans amour pour la Mère-Parti, je ferai quoi ? Que ferai-je dans ce cas ?"

    Le sommeil me surprend au milieu de ce monologue intérieur, tandis que, muette, je la supplie d'accepter cette vérité tragique, tombée sur nos têtes : "Je te jure, ma', je te le jure, je n'ai rien fait ! Je suis née comme ça ! Crois-moi ... je te le jure ..." ... [...]
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  • Par le_Bison, le 18 février 2012

    Il semblerait que le premier signe de vie sur terre, le plus primitif, le plus simple, ait été l’amibe : rien qu’une cellule. Puis les choses se compliquèrent : l’amibe commence à se multiplier et à varier en fonction du climat, du milieu, jusqu’au jour où toutes sortes d’espèces apparaissent sur terre. Puis, c’est le tour du chimpanzé, qui ouvre les portes à l’être humain. Ce dernier rêve bientôt de conditions idéales pour lui-même, l’état suprême d’être-au-monde, d’y-être-dans-le-monde : le communisme.

    Bref, l’homme est une espèce héroïque, ne croyez-vous pas ? Il suffit de suivre le long parcours de l’amibe au rêve communiste qui frappe à notre porte pour comprendre sa grandeur.
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  • Par le_Bison, le 18 février 2012

    Le pays où l’on ne meurt jamais est fait de poussière et de boue, le soleil y brûle au point que, parfois, les feuilles de vigne rouillent et la raison se met à fondre. De là vient peut-être, tel un effet secondaire (et, il faut le craindre, irrémédiable), la mégalomanie, délire qui, dans cette flore, pousse de manière incontrôlable, comme une herbe folle. De là, aussi, l’absence de peur - à moins qu’elle ne soit due à la forme de poterie mal façonnée qui est celle du crâne des autochtones, tordu et aplati, royale demeure de l’insouciance, sinon de l’inconscience.
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  • Par le_Bison, le 18 février 2012

    A présent, elle et Bukuria sont sans doute au travail dans les champs, piochant la terre, récoltant le maïs, se rééduquant. Il leur est interdit de s’éloigner du camp d’internement, une semi-prison où elles trimeront sans être payées, surveillées à chaque pas, et dormiront dans une baraque de torchis, haïes par les gens du village parce qu’elles sont des putes et que, en outre, elles viennent de la capitale ; l’Albanie entière travaille pour la capitale, qui est le rêve des paysans et leur servitude - toutes leurs récoltes y convergent.
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