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> Anne Capuron (Traducteur)

ISBN : 284055805X
Éditeur : Delcourt (2003)


Note moyenne : 4.55/5 (sur 69 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :

Jimmy Corrigan est le garçon le plus intelligent au monde, c'est Superman qui le lui a dit. Mais, quand Superman se suicide, tout s'accélère pour Jimmy. Ce célibataire timide d'une quarantaine d'années, dont la mère est très... > Voir plus
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Critiques, analyses et avis

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    • Livres 5.00/5
    Par Tzomborgha, le 26 juin 2015

    Tzomborgha
    Contre toute attente, le livre s'ouvre sur une séquence verticale qui nous oblige d'emblée dans un effort contraint. Reliure en haut, la lecture est d'abord incommode avant de se rétablir par une pirouette silencieuse. Nous sommes entrés.
    Auparavant la couverture, conçue comme un "packaging" commercial redondant et suranné, invite à quelques interprétations, puisqu'il n'y a à vrai dire pas de paratexte dans ce livre où tout est textuel, y compris son format investi comme le moindre de ses recoins minutieusement habités par leur auteur.
    Des contraintes nécessaires, le lecteur devra en surmonter pléthore et rester attentif aux intentions qu'elles recèlent; car on ne pourra soupçonner Chris Ware de dilettantisme ou d'approximations. Ce n'est pas le genre du bonhomme, pas plus que son propos, et ce n'est probablement pas ce qu'il attend de son lecteur idéal (1), condamné à ne rien négliger de ce qui lui est montré de la façon la plus nette, pour être rébarbative, de la façon la plus subjective aussi.
    Chris Ware fonde tout son récit sur sa forme même en saisissant la moindre opportunité rhétorique offerte par la mécanique de l'art séquentiel. Sous le saint-patronnage de Sir McCay notre maître à tous, et sous la contrainte d'une publication d'abord épisodique avant d'être refondue dans un moule intégral, Ware organise un ensemble de dispositifs narratifs sur une trame fragmentaire à la fois trop grave et trop triviale pour la bande-dessinée - selon les thuriféraires conservateurs du genre ou ses plus abscons matadors, du moins - le poids de la filiation, la faillite des pères, l'hérédité du malheur compensée, comme l'entend Debord, par les médiocrités ordinaires d'une société aux paysages rabattus.
    L'auteur tourne en dérision le malentendu qui persiste à déligitimer son mode d'expression électif, et si tout semble justement naïf et dérisoire dans sa patiente mise en abîme, c'est bien pour désamorcer toute objection: Voilà longtemps que la bande dessinée s'est émancipée de son enfance inconséquente et frivole - Encore que ces banalités mêmes soient éminemment discutables - Elle est une forte branche sur l'arbre de la Littérature, une descendance de l'espèce Logos et de l'espèce Mimèsis, elle est à ce titre pourvoyeuse de rhétoriques singulières capables de restituer toutes les nuances de l'expérience humaine par le filtre d'une pensée consciente de ses moyens.
    Voilà du moins ce que nous pouvons attendre de l'auteur idéal que nous scrutons dans chaque oeuvre narrative ou discursive. Voilà quel postulat se propose d'endosser Chris Ware fort de la pleine possession de ces moyens, en racontant l'histoire pathétique du garçon le plus futé sur terre - le titre fait déjà grincer l'ironie systémique qui prévaudra de la première à la dernière page de garde, la dérision s'immisce dans chacun des cartouches décoratifs qui émaillent les mises en scène, le connoté régente les formes claires et leurs couleurs aplaties, les typographies et les réclames de pacotille disent le jeu de dupe, les conventions, la médiocrité en haute définition.
    Piégé sous cette focale infaillible et cruelle, Jimmy Corrigan ne se soustrait jamais totalement aux regards et aux jugements, son écrasant sentiment de culpabilité est étalé sur chaque page, sans point de fuite, son vide affectif décortiqué en diagrammes ou affiché en gros plans mélodramatiques, d'où ressort surtout un pathétique à ce point acharné que de la gêne colore la pitié qu'il nous inspire. Nous ne saurions être dupes de son humanité tant les opportunités d'identification ou de répulsions sont nombreuses, et le méprisons donc aussi en accumulant les exemples de sa médiocrité page après page. Nous serons parfaitement complices lorsque nous auront épuisé la dernière du livre.
    Au centre de ce système panoptique Jimmy Corrigan apparaît comme un prototype du héro atavique.
    La notion n'a pas encore son théorème et sa définition se déplace d'une discipline à l'autre, sourde à l'exclusivité d'un angle de vue particulier, si ce n'est celui que peut lui imposer un auteur. Mais il semble que ce soit bien l'atavisme qui irrigue les postulats adoptés par Chris Ware, si l'on veut bien s'entendre sur cette formulation:
    "[L'atavisme] est la réapparition, dans un individu, de caractères positifs ou négatifs que ses parents directs n'avaient pas, mais que possédait un de ses ancêtres plus ou moins éloigné. C'est une force qui, à la manière d'un sénat conservateur, s'oppose au progrès, demande l'inamovibilité, le respect de la tradition, qui s'épouvante du nouveau et s'accroche au passé." (2)
    Tel est le fardeau du pauvre Jimmy Corrigan, l'adulte interrompu, suspendu à la fiction d'un père en fugue, contrit par l'égotisme d'une mère invisible mais omniprésente, il est aussi le dernier produit d'une filiation catastrophique où les pères reproduisent leurs propres enfances brisées par l'absence chronique d'amour et de reconnaissance. Trois générations d'abandon accouchent d'un déterminisme généalogique qui ne laisse aucune marge de progrès au protagoniste, trop perclus dans sa terreur des autres, il est perdu à la cause du bonheur et n'en perçoit plus les signes avant-coureurs - Ou les repousse, tétanisé par les perspectives cavalières du changement - Ou simplement convaincu de son impossibilité. Au fond, Jimmy Corrigan ignore tout de la confiance et de l'affection. On ne les lui a pas apprises, personne ne lui en a jamais témoigné, jamais personne ne s'en est montré digne non plus. Son existence incompréhensible est une suite de déceptions, de frustrations, de mépris, d'injustices, de mensonges et de trahisons. Personne ne l'aime, il est absolument seul et ignorant, c'est un monstre de vacuité dans un monde de simulacres, privé d'enfance, castré dans sa maturité, un être avorté, qui ne s'en sortira pas.
    Le lecteur idéal auquel s'adresse Chris Ware devra donc assimiler sa position de voyeur pour aborder les dernières pages avec sérénité, car le parcours est éprouvant et impose sa discipline compromettante. Si ce lecteur advient, et il semble plutôt masculin, il sera prié, démonstration à l'appui, d'accorder un peu plus de temps à ses enfants (Plutôt que de lire des bande-dessinées).
    (1) À ce sujet: Six promenades dans les bois du roman et d'ailleurs et Apostille au Nom de la Rose, d'Umberto Eco.
    (2) c.f. http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bmsap_0301-8644_1886_num_9_1_4862 - Extrait: M.Bordier, Géographies Médicales.
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    • Livres 4.00/5
    Par chartel, le 10 janvier 2009

    chartel
    Voici un album étonnant. La bande dessinée rejoint l'ampleur de la littérature grâce à cette oeuvre magistrale de Chris Ware (prix Angoulême 2003). Ampleur par son volume mais surtout par la construction du récit digne des plus grands romans. On se perd un peu au début, ne sachant pas où va nous emmener l'auteur (je pense qu'il ne le savait pas non plus !), puis petit à petit, notre oeil s'habituant progressivement au trait clair, net et expressif, apparaît un certain Jim Corrigan, insignifiant citoyen américain de Chicago, occupant sa vie entre ses coups de fil quotidien à sa mère, ses aller-retour au bureau et de nombreuses rêveries, amoureuses, parricides ou enfantines. Par un jeu des couleurs tirant vers le pâle et le terne et un souci du détail donnant toute son importance aux monde des objets, Chris Ware peint une Amérique peu reluisante, faite de bars miteux, de restaurants routiers sans âme, dans lesquels on sert des cafés jaune pisse, des sandwichs aussi goûteux que des chaussettes et où les paysages valorisent le béton, l'asphalte et le fil électrique. Collant parfaitement au décor, Jim Corrigan y avance comme un éclopé (toujours muni d'une béquille), symbole d'une personnalité effacée, timorée et angoissée. Mais ce triste tableau, plutôt que nous affoler, nous fait souvent sourire. le ridicule et le cocasse sont récurrents et les passages décrivant les trips et autres films que se font les personnages sont vraiment tordants.
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  • Par keisha, le 25 août 2008

    keisha
    Chicago. Jimmy Corrigan reçoit une lettre au bureau.
    "Cher fils,
    Je crois qu'il serait temps qu'on fasse connaissance,qu'est-ce que tu en dis ? Je ne suis pas très doué pour écrire, on peut se rencontrer, je pense qu'on aurait beaucoup à se dire! Dis-moi ce que tu en penses. J'espère que tu vas bien... Réfléchis-y!
    Ton ami, Papa (sincèrement)"
    - Mais je n'ai pas de.
    Le téléphone sonne.
    - M'man, je croyais t'avoir dit de ne pas m'appeler au.
    Jimmy Corrigan décide d'y aller et le livre raconte sa rencontre avec son père; il découvre aussi Amy, sa soeur (adoptée) et son grand père.
    Mais ... une autre histoire se déroule : celle du jeune James R. Corrigan qui vit avec son père William à Chicago en 1892 ; sa mère est morte à sa naissance. Son enfance se déroule quasiment sans amour , sans amitié. "J'avais appris depuis longtemps à ne rien espérer". Quelques brefs moments où il peut s'ouvrir un peu, comme lorsqu'il rend visite à un de ses camarades de classe et découvre une vraie et chaude ambiance familiale. Ce sera la seule visite.
    James est en fait le grand père de Jimmy (vous suivez toujours ?), il raconte son histoire à sa petite fille Amy. Et si l'on fait bien attention aux détails, cette petite fille adoptée serait elle aussi la descendante de William.
    Drôle d'anti-héros que ce Jimmy, presque muet, timide, emprunté, qui se laisse aller à son imagination. Il évolue un peu, Amy commençait à percer sa carapace (merveilleux petit dessin de la main de Jimmy qui cherche celle d'Amy) , mais cela n'ira pas plus loin, et pourtant, après le retour à Chicago, l'histoire s'achève peut-être sur une note d'espoir ?
    J'ai trouvé cette bande dessinée extraordinaire ! L'histoire est racontée sans beaucoup de dialogues, en vignettes de différentes tailles juxtaposées. Il faut être très vigilant car de touts petits détails ont de l'importance ! Les plans d'ensemble sont aussi superbement rendus. Particulièrement le Chicago de 1892 et les pavillons de l'exposition.
    http://en-lisant-en-voyageant.over-blog.com/article-21942895.html
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    • Livres 5.00/5
    Par hubertguillaud, le 10 octobre 2007

    hubertguillaud
    On aimerait décrire ce livre comme Ware le dessine ! A la ligne claire et haut en couleurs. En petites cases, déconstruites, enchevêtrées, enfermées... comme pour mieux s'asphyxier. Cette bande dessinée de plusieurs centaines de pages à la force d'un grand livre. Avec nonchalance, on y suit Jimmy Corrigan, qui raconte et s'invente son existence, entremêlant son histoire personnelle et son histoire familiale, chutant de drame en drame... On s'attache à ce personnage qui se surprotège comme pour finir par mieux se livrer. Un livre étonnant auquel on s'accroche comme un roman. Un régal sur le fond et dans la forme. du grand art en tout cas.
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    • Livres 5.00/5
    Par Gregor, le 19 août 2011

    Gregor
    Cet album est un OBNI, un Objet BDesque Non Identifié. D'abord par le format, 380 pages à l'italienne. « Un test audacieux de la patience du lecteur, déguisé en romance illustrée aux couleurs gaies ou de toutes petites images semblent s'animer, danser chanter et pleurer. », nous prévient la couverture. Ensuite, par le contenu, truffé de surprises, fausses publicités, planches dans un sens puis dans un autre, mobiles à découper… Enfin, par l'histoire, une saga, où Jimmy Corrigan, 40 ans, part à la recherche de son père, découvrant du même coup d'autres membres de sa famille, et se replongeant dans son passé. Son quotidien dans lequel il ne se passe pas grand-chose est coloré de ses fantasmes et de ses rêves ; puis la réalité l'emporte, car cette rencontre familiale va tout changer. le graphisme est remarquable. Cet album a d'ailleurs reçu le prix du meilleur album au festival d'Angoulême de 2003. le Time écrivait : « En récompense de vos efforts, ce livre obsédant changera pour longtemps votre regard sur le monde. » Je confirme.
    Sophielit
    http://blog.elle.fr/sophielit/
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Critiques presse (1)


  • Du9 , le 30 mars 2015
    Tout est là, dans l’image, à égale importance, et ces seules informations doivent nous suffire ; à nous de savoir lire.
    Lire la critique sur le site : Du9

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Citations et extraits

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  • Par OliZ, le 10 octobre 2010

    Dans cette oeuvre de fiction semi-autobiographique, je crains d'avoir potentiellement mis en cause (au moins, peut être, dans la compréhension de ce livre par un lecteur inattentif) quelques alter égo de la "vraie vie", parmi lesquels le plus notable serait ma mère, qui, étant une femme réflechie, intélligente et d'un grand soutien, ne présente pas la moindre ressemblance avec la pauvre épave qui domine le malheureux jimmy. En l'état, le livre lui est dédié.
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  • Par Gregor, le 19 août 2011

    - Billy ! Dis donc, Billy regarde ! Regarde qui est sur le rebord de la fenêtre ! C'est Superman ! C'est Superman et il est tout petit et il nous fait signe ! Ha ha ! Dis donc, c'est pas merveilleux, Billy ? Regarde !

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  • Par Gregor, le 04 septembre 2011

    - Quel genre de crétin irait se faire tatouer son propre nom sur le bras, d'abord ?

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  • Par mandarine43, le 31 mai 2011

    [ une planche ]

    http://culturespub.files.wordpress.com/2010/02/jimmy_corrigan_planche_288.jpg

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