> Armand Lanoux (Autre)

ISBN : 2253005622
Éditeur : Le Livre de Poche (1971)


Note moyenne : 4.01/5 (sur 198 notes) Ajouter à mes livres
Florent est un naufragé de la vie, rêveur impénitent, insouciant, arrêté par erreur au lendemain du 2 décembre et conduit au bagne de Cayenne. Il parvient à s'évader, gagne Paris et retrouve son demi-frère, Quenu, charcu... > voir plus
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Critiques et avis

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    • Livres 4.00/5
    Par nastasiabuergo, le 26 mai 2012

    nastasiabuergo
    Le ventre de Paris est chronologiquement, le troisième roman des Rougon-Macquart écrit par Zola. A plus d'un titre, il présente un caractère innovant dans la progression du cycle. Tout d'abord, c'est la première fois que le protagoniste principal n'est pas un membre direct de la famille Rougon-Macquart, puisqu'il s'agit de Florent, beau-frère de Lisa Macquart, devenue Lisa Quenu dans la charcuterie du même nom. C'est aussi la première fois que Zola ne traite que des classes ouvrières ou des petits patrons à leur compte. C'est aussi dans ce volume qu'il commence à exploiter à fond la symbolique, et qu'il donne à un lieu, en l'occurrence les halles centrales de Paris, un rôle de personnage à part entière. La conviction politique de Zola est également beaucoup plus clairement exprimée à partir de cet ouvrage.
    L'histoire est assez simple, Florent, utopiste républicain envoyé au bagne suite au coup d'état de Napoléon III, a réussi à s'enfuir après plusieurs années passées au bagne de Guyane et autant à rentrer en France par des voies détournées. D'une maigreur effrayante, il rejoint son frère qui lui est gras à éclater dans sa charcuterie triomphante. le contraste de toute cette nourriture déployée dans les halles et de la maigreur des humbles est l'un des piliers du roman, peut être pas le meilleur car Zola gonfle tellement le trait que cela frise la caricature, ses descriptions pléthoriques de nourriture sont assez "gavantes" à la longue. Néanmoins, les descriptions très précises des Halles, ancêtre de Rungis, construites selon les plan de Baltard (cf le dernier vestige de ces halles s'appelle d'ailleurs le pavillon Baltard) en lieu et place de l'actuel quartier "des halles" à Paris revêtent désormais une valeur documentaire.
    Le volet le plus intéressant de ce livre me semble être d'une part la vision prémonitoire sur l'émergence de la société de consommation (le livre est écrit en 1873, ne l'oublions pas) au travers d'une comparaison où il reprend presque mot pour mot la formule de Victor Hugo dans Notre-Dame de Paris et son fameux "ceci tuera cela" quand Hugo prétendait que le livre tuerait la pierre. Ici Zola écrit: "C'est une curieuse rencontre, disait-il, ce bout d'église encadré sous cette avenue de fonte... Ceci tuera cela, le fer tuera la pierre, et les temps sont proches..." Au travers de la bouche de Claude Lantier, le peintre pauvre, futur héros de L'œuvre, l'auteur nous offre une vision pénétrante de la mutation introduite par la révolution industrielle: "Depuis le commencement du siècle, on n'a bâti qu'un seul monument original, un monument qui ne soit copié nulle part, qui ait poussé naturellement dans le sol de l'époque; et ce sont les Halles centrales, entendez-vous Florent, une œuvre crâne, et qui n'est encore qu'une révélation timide du XXè siècle..."
    L'autre volet prophétique du livre est la description quasi millimétrique du comportement du français moyen de Paris durant la période d'occupation allemande sous le régime de Vichy. Tout est dit, les collaborations diverses sous des allures parfaitement honnêtes, les conflits d'intérêts, les alliances de façade, le tout concourra ici à faire tomber Florent, qui bien naïvement essaie de monter une insurrection pour faire triompher la justice et le droit des opprimés. Zola nous livre aussi Tous les écueils qui s'opposent naturellement à toute forme de socialisme et conclut son livre, toujours par la bouche de Claude Lantier avec un très lourd de sens: "Quels gredins que les honnêtes gens!"
    Mon coup de cœur personnel va indubitablement à Mademoiselle Saget, vieille commère venimeuse quémandeuse imbuvable qui colporte les ragots qu'elle invente elle-même comme personne et qui laisse derrière elle une trainée de poudre apte à semer la zizanie à n'importe quel coin des Halles. Zola devait affectionner tailler de beaux costumes pour l'hiver à ces femmes, car on en rencontre souvent disséminées çà et là dans Les rougon-macquart, toutes aussi venimeuses et malfaisantes. Personnellement, j'adore quand Zola exhume les côtés les plus hideux et puants des humains, mais ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
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    • Livres 4.00/5
    Par Seraphita, le 30 décembre 2011

    Seraphita
    Florent s'est évadé de Guyane où il avait été déporté suite à sa compromission dans les événements du 2 Décembre. Il trouve refuge chez son frère, Quenu, qui est charcutier au plein cœur des Halles de Paris. Il devient inspecteur de la marée. Commence le quotidien d'un Maigre entouré d'une foule qui n'a qu'un objectif : le faire grossir.
    « Le Ventre de Paris » est le troisième tome des Rougon-Macquart paru en 1873. J'ai beaucoup apprécié cette longue et belle œuvre. J'ai notamment particulièrement aimé la plume singulière de l'écrivain qui sait rédiger des descriptions si poétiques. On a d'ailleurs pu qualifier son texte de « prose descriptive ». Il prend manifestement plaisir à décrire les Halles de Paris, les étalages gargantuesques de légumes, de fruits, de poissons, de viandes, de fleurs, de fromages, … Vers la fin de son roman, Zola utilise des métaphores musicales pour décrire l'odeur pestilentielle des fromages qui s'étalent sous ses yeux, en témoigne cet extrait : « Elles restaient debout, se saluant, dans le bouquet final des fromages. Tous, à cette heure, donnaient à la fois. C'était une cacophonie de souffles infects, depuis les lourdeurs molles des pâtes cuites, du gruyère et du hollande, jusqu'aux pointes alcalines de l'olivet » (p. 340). Les étals nous apparaissent dans toute leur matérialité, avec leurs cortèges de couleurs, d'odeurs, de saveurs. On a pu dire que cette œuvre de Zola pouvait être comparée à une véritable nature morte, l'auteur donnant à voir à travers ses mots une vraie peinture, telle qu'aurait pu la concevoir Claude, l'artiste qu'il décrit au fil des pages.
    Zola croque une véritable fresque de la bourgeoise Parisienne à travers la galerie de personnages qu'il présente : Florent, le fuyard, Quenu, son frère, la belle et grasse Lisa qui tient la charcuterie. Il y a aussi Marjolin et Cadine, les deux brutes éprises l'une de l'autre qu'aime à peindre Claude, l'artiste. N'oublions pas Mlle Saget, la médisante petite vieille, qui constitue un personnage repoussant. Zola fait Tous ces personnages une véritable analyse psychologique.
    J'ai été particulièrement sensible au début de l'œuvre : l'écrivain nous décrit l'arrivée de Florent dans les Halles luxuriantes qui offrent un trop plein de nourritures, un luxe démesuré. le lecteur est saisi de pitié devant cet évadé affamé (il n'a pas mangé depuis plusieurs jours) qui observe avec beaucoup de convoitise ces monceaux de victuailles qui s'offrent à ses yeux et à son odorat. Face à cette prodigalité, Zola oscille entre fascination et répulsion.
    Une belle œuvre naturaliste qui expose la lutte entre les Maigres et les Gras sur un fond politique marqué. On ne retrouve pas ici de drame amoureux, comme dans « La bête humaine » par exemple. le propos est ici plus centré sur l'engagement politique. Il faut donc bien connaître l'histoire de la fin du XIXème siècle. A savourer sans modération !
    Le lecteur complétera utilement sa lecture par un dossier en fin d'œuvre. La préface d'Henri Guillemin est aussi très éclairante.
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    Critique de qualité ? (12 votes positifs)
    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 28 avril 2012

    lecassin
    « Le Ventre de Paris » est le troisième tome des Rougon-Macquart. Paru en 1873, il est
    particulier ce troisième volume : c'est la première fois que le personnage principal de l'intrigue, Florent, n'est pas un membre direct de la famille Rougon-Macquart, puisqu'il s'agit du beau-frère de Lisa Macquart ; et Zola sort des beaux quartiers et des salons dorés pour côtoyer le peuple, et quel peuple, celui qui donne vie aux Halles de Paris. Plus : l'intrigue secondaire, ici, prend un tour politique ; point d'amourettes adolescentes, ou d'amour impossible comme dans les deux premiers volumes.
    Florent, le personnage principal est un idéaliste romantique et naïf. Mieux, il n'a pas de chance et, pire que tout, il fait de mauvais choix : évadé du bagne de Cayenne ou il purgeait une peine de travaux forcés pour s'être trouvé au mauvais endroit au mauvais moment pendant le coup d'état du 2 décembre, rentré en France et employé comme Contrôleur aux Halles, il « grenouille » dans les milieux républicains…de là à devenir activiste contre le gouvernement....
    Le cadre des Halles de Paris donne un environnement idéal à Zola pour nous dresser, autour de Florent, une galerie de portraits saisissants : Quenu, son frère, la plantureuse Lisa la charcutière, Marjolin et Cadine, deux brutes éprises l'une de l'autre qu'aime à peindre Claude, l'artiste. Et pour compléter le tableau, le contrepoint négatif et maigre dans ce monde où l'embonpoint est symbole de réussite : Mlle Saget , médisante petite vieille…

    Comme on le verra également, plus tard, dans « Au bonheur des dames », Zola prend manifestement plaisir à décrire les amoncellements de marchandises : que ce soit les étalages de légumes, de fruits, de poissons, de viandes, de fleurs, de fromages, sous les Halles de Paris, ou les débordements de tissus, voilages, broderies, guipures du Grand Magasin les descriptions « impressionnistes » ont une grande place dans ce troisième volume…
    Sur fond d'activisme politique, ce troisième volume des Rougon-Macquart est un roman puissant, cru et rempli d'odeurs, de couleurs, et de bruit. Bref, du Zola
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    • Livres 4.00/5
    Par araucaria, le 11 mai 2012

    araucaria
    Bon roman, mais cependant je trouve toujours les histoires de Zola très déprimantes. le contexte est sombre, et le héros a très peu de chance de marcher vers un avenir optimiste. Je lis donc cet auteur avec parcimonie tout en appréciant son style. Un grand écrivain du 19 ème siècle. de la bonne littérature.

    Lien : http://araucaria.20six.fr/
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    • Livres 5.00/5
    Par ivredelivres, le 11 août 2010

    ivredelivres
    'ordre adopté par Zola pour sa généalogie des Rougon Macquart nous fait passer des salons du Second Empire au ventre de Paris, des toilettes chiques aux poissonnières, des parfums envoûtants de Renée à ceux moins raffinés de la cuisson du boudin ou des étalages de fromages odorants.
    Le héros ici n'est pas vraiment un Rougon, il est un petit rameau ajouté, c'est sa belle soeur, la belle Lisa, qui est une fille d' Antoine Macquart de Plassans. Il se nomme Florent, il est jeune et beau garçon, sa vie est pourtant déjà bien pleine car il a passé quelques années au bagne. Il n'a pas tué père et mère pour ça, non, il s'est juste trouvé où il ne fallait pas lors d'une émeute, arrêté et jugé de façon expéditive pour un crime dont il est innocent.
    Echappé de Cayenne le voilà revenu à Paris où il trouve refuge aux Halles auprès de son frère Quenu, l'époux de Lisa la belle charcutière.
    Accueilli comme le frère prodigue, on lui trouve du travail, on l'héberge, on l'habille, c'est que Quenu lui est redevable, Florent l'a élevé, s'est sacrifié pour lui durant des années, devenu un commerçant riche et gras c'est le moment de payer ses dettes.
    L'arrivée de Florent va déclencher des réactions en chaîne, objet de toutes les convoitises féminines notre Florent est bien naïf et en plus il a des convictions républicaines, de là à devenir activiste contre le gouvernement il n'y a qu'un pas ....
    Après quelques temps ce frère devient gênant, voire dangereux pour la prospérité d'une charcuterie, et puis bien sûr il y a l'héritage de l'oncle de Quenu, héritage qui revient pour moitié à Florent ....dommage qu'il soit rentré......Les langues se délient, la médisance, les commérages, les mensonges, les trahisons, le petit peuple des Halles n'est pas plus beau que celui des salons.
    Les vilenies ne sont plus perpétrées pour de L'Argent mais par envie, par mesquinerie, par jalousie.
    Ce troisième volume de Zola est cru, plein d'odeurs, de couleurs, et de bruit. C'est la version XIXème siècle de la Grande Bouffe.
    L'écrivain nous sature de scènes où la nourriture est reine, les devantures, les arrières boutiques, tout regorge de sang, de graillon, d'effluves fortes, les fromages le disputent aux légumes entassés, les poissons aux viandes, les beurres et les fromages dégoulinent, les déchets eux mêmes sont partie du décor. On vit de la bouffe et parfois on en meurt.
    Zola décrit à merveille ce marché, les étals, les pavillons, la misère et les vices. Arrivé à la fin du roman on sait que ce n'est pas Florent le héros de cette histoire, ce sont les Halles corps vivant, chaud, violent, qui après avoir tenté de le digéré, aura recraché Florent comme un noyau indigeste.
    J'ai aimé ce troisième roman et je suis déjà plongée dans la suite, lire Zola en continuité est une expérience enrichissante et je n'ai qu'une enivie : la poursuivre


    Lien : http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2010/04/23/le-ventre..
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Citations et extraits

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  • Par brigetoun, le 25 février 2011

    autour de lui des gorges énormes, des reins monstrueux, des faces rondes, comme de continuels arguments contre sa maigreur de martyr, son visage jaune de mécontent. C’était le ventre boutiquier, le ventre de l’honnêteté moyenne, se ballonnant, heureux, luisant au soleil, trouvant que tout allait pour le mieux, que jamais les gens de mœurs paisibles n’avaient engraissé si bellement. Alors, il se sentit les poings serrés, prêt à une lutte, plus irrité par la pensée de son exil, qu’il ne l’était en rentrant en France. La haine le reprit tout entier. Souvent, il laissait tomber sa plume, il rêvait.
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  • Par brigetoun, le 25 février 2011

    Et il allait la prendre à la taille, ainsi qu'il prenait Cadine, d’une brutalité d’animal qui vole et qui s’emplit, lorsque, sans crier, toute pâle de cette attaque brusque, elle sortit du panier d’un bond. Elle leva le bras, comme elle avait vu faire aux abattoirs, serra son poing de belle femme, assomma Marjolin d’un seul coup, entre les deux yeux. Il s’affaissa, sa tête se fendit contre l’angle d’une pierre d’abattage.
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  • Par lecassin, le 28 avril 2012

    Les Halles dormaient toujours. Madame François causait avec la mère Chantemesse, debout, discutant du prix de la botte de navets. Et Florent se rappelait qu'on avait manqué le fusiller là, contre le mur de Saint Eustache.
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  • Par brigetoun, le 25 février 2011

    Une barre de soleil, tombant du haut vitrage de la rue couverte, vint allumer ces couleurs précieuses, lavées et attendries par la vague, irisée et fondues dans les tons de chair des coquillages, l’opale des merlans, la nacre des maquereaux, l’or des rougets, la robe lamée des harengs, les grandes pièces d’argenterie des saumons. C’était comme les écrins, vidés à terre, de quelque fille des eaux, des parures inouïes et bizarres, un ruissellement, un entassement de colliers, de bracelets monstrueux, de broches gigantesques, de bijoux barbares, dont l’usage échappait.
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  • Par brigetoun, le 25 février 2011

    Il ne marchait plus à terre, comme soulevé par cette idée intense de se faire le justicier des maux qu’il avait vu souffrir. Il était d’une crédulité d’enfant et d’une confiance de héros. Logre lui aurait conté que le génie de la colonne de Juillet allait descendre pour se mettre à leur tête, sans le surprendre. Chez monsieur Lebigre, le soir, il avait des effusions, il parlait de la prochaine bataille comme d’une fête à laquelle tous les braves gens seraient conviés.
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