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Gilles Deleuze (Préfacier, etc.)Henri Mitterand (Éditeur scientifique)
ISBN : 2070418014
Éditeur : Gallimard (2001)
  Existe en édition audio

Note moyenne : 4.02/5 (sur 1284 notes)
Résumé :
La bête humaine, c'est le conducteur de train Lantier, le fils de la pauvre Gervaise de L'Assommoir et la victime d'une folie homicide. S'il désire une femme, un atroce désir de sang l'étreint. La bête humaine, c'est aussi sa locomotive à vapeur, la Lison, une puissante machine aimée et entretenue comme une maîtresse. Avec elle, il affronte une tempête de neige sur la ligne Paris-Le Havre et une effroyable catastrophe ferroviaire. C'est Séverine aussi, une femme dou... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (59) Voir plus Ajouter une critique
michfred
michfred22 mai 2016
  • Livres 5.00/5
Avec La Bête humaine, Zola invente le thriller bien gore et forge un héros qui a tout du serial killer psychopathe!
La Bête humaine tisse sa toile d'araignée dans le réseau ferré, entre le Havre et Paris, avec un centre névralgique, le lieu maudit par excellence, le passage à niveau de la Croix de Maufrat. Accidents, catastrophes, crimes, passions adultères et vengeances impitoyables, tout converge vers cet oeil du cyclone ferroviaire...
La Bête humaine c'est d'abord une machine, une locomotive à vapeur, la Lison, tellement bichonnée, bouchonnée, briquée, lustrée, huilée, cajolée par son mécanicien qu'elle en prend vie, s'humanise, se féminise jusqu'au malaise: la Lison c'est la seule femme dont Jacques puisse supporter le concubinage
La deuxième bête humaine du livre, c'est lui, Jacques Lantier, le fils de Gervaise, morte de delirium tremens et qui a instillé dans son sang la fêlure héréditaire qui le rend fou furieux dès qu'une femme s'abandonne dans ses bras...
Alors quand Jacques aperçoit de la gare où il prend du repos une scène de crime et qu'il distingue brièvement le profil d'un des meurtriers- une femme, pâle et jolie- dans le compartiment éclairé qui défile à grande vitesse sous ses yeux, quand il retrouve cette femme, qu'il s'en éprend, et qu'il s'étonne de ne plus éprouver avec elle ses pulsions homicides, le drame se noue..car aimer une femme c'est trahir la Lison: la machine se venge...on est à deux doigts de la littérature fantastique!

Complicités, silences coupables, pulsions assoupies et sens réveillés, jalousies humaines et mécaniques vengeances remontées comme des ressorts...
La Bête humaine devient une machine infernale!
La folle machine est lancée, elle s'emballe, pas d'aiguillage possible, pas d'arrêt-buffet: comme aurait pu dire Jean Gabin à Simone Simon dans le film de Renoir adapté du livre: en voiture, Simone! (pardon...)
Je n'en dis pas plus: la violence, les excès, la surcharge de sang et de testostérone, tout est pardonné: autant en emporte le train! Et à grande vitesse encore - au moins...100 km à l'heure, du temps de Zola!!
Croix-de Maufras, Croix-de Maufras!! Tout le monde descend!!
Pas de lenteur dans ce récit haletant, trépidant, violent: les scènes fortes se succèdent, les descriptions sont époustouflantes -celles de la Lison sous la neige, celles de sa "mort" sont anthologiques!
Et comme je ne peux pas vous laisser sur le quai en train de compter les morts, voici une petite chanson réaliste de l'époque..C'est Adolphe Bérard d'ailleurs qui vous la chante, elle s'appelle "Le Train Fatal" !
J'ai toujours eu un petit faible pour elle. Une vieille copine ne terminait jamais un repas chez elle sans nous la chanter! La voici:
Dans la campagne verdoyante
Le train longeant sa voie de fer
Emporte une foule bruyante
Tout là-bas vers la grande mer.
Le mécanicien Jean, sur sa locomotive,
Regarde l'air mauvais Blaise, le beau chauffeur ;
La colère en ses yeux luit d'une flamme vive,
De sa femme chérie Blaise a volé le coeur.
Roule, Roule, train du plaisir
Dans la plaine jolie,
Vers un bel avenir
D'amour et de folie.
L'homme rude et noir qui conduit
Cette joyeuse foule
Sent de ses yeux rougis
Une larme qui coule.
Des heureux voyageurs, on entend les refrains.
Suivant les rails et son destin
C'est le train du plaisir qui roule.
Le pauvre Jean, perdant la tête,
Rendu fou par la trahison,
Sur son rival soudain se jette
Criant : «Bandit, rends-moi Lison».
Le chauffeur éperdu fait tournoyer sa pelle,
Jean lui sautant au cou l'étrangle comme un chien
Et tous les deux rivés par l'étreinte mortelle
Tombent de la machine abandonnant leur train.
Roule, roule, train du malheur
Dans la plaine assombrie,
Roule à toute vapeur
D'un élan de folie.
Les paysans saisis te voyant
Tout seul fendant l'espace
Se signent en priant
Et la terreur les glace
Des heureux voyageurs on entend les refrains.
Suivant son terrible destin,
C'est le train du malheur qui passe.
Tiens ! la chose est vraiment bizarre,
On devrait s'arrêter ici.
Le train brûle encore une gare,
Ah ça... que veut dire ceci ?
Alors du train maudit une clameur s'élève,
On entend des sanglots et des cris de dément,
Chacun revoit sa vie dans un rapide rêve,
Puis c'est le choc, le feu, les appels déchirants !
Flambe, Flambe, train de la mort
Dans la plaine rougie
Tout se brise et se tord
Sous un vent de folie,
Les petits enfants, leurs mamans
S'appellent dans les flammes,
Les amoureux râlant
Réunissent leurs âmes !
Pourquoi ces pleurs, ces cris, pourquoi ces orphelins ?
Pour un simple, un tout petit rien :
L'infidélité d'une femme.
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vincentf
vincentf22 juin 2010
  • Livres 5.00/5
Roman de meurtre, de médiocrité, d'amour, de chemin de fer, La Bête humaine est un concentré de violence. La rencontre d'Eros et de Thanatos aboutit aux drames, les personnages se tuent parce qu'ils s'aiment ou s'aiment parce qu'ils se tuent, sans qu'on puisse l'expliquer, sinon par une hérédité qui dépasse de loin celle de la famille, l'homme des cavernes qui tuait au fond des bois. Les personnages tuent et personne n'en a le moindre remords, ni Jacques, qui avait cru jusqu'au bout qu'il était possible de résister à la pulsion fatale, ni Roubaud, qui se noie dans le jeu, ni Séverine, qui se noie dans le corps de Jacques, ni Misard, qui cherche à tout jamais ses mille francs, ni Flore, qui fait dérailler le train pour rien. La mort rôde partout où se trouve l'amour. Même la Lison, seul personnage véritablement innocent, avec le "coupable" Cabuche, meurt atrocement, assassinée. Tout est sang, instinct de mort, fuite en avant, comme le train, à la fin, qui annonce la débâcle. Pourtant, la vérité, l'ignoble vérité, la part de l'assassin en tous, reste cachée. le procès condamne un innocent, le seul. L'honneur est sauf. Cabuche est le coupable idéal. La preuve qui l'innocente est sciemment cachée. Dreyfus sera le coupable idéal. le bordereau livrera la vérité.
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fredho
fredho17 décembre 2013
  • Livres 4.00/5
Roubaud sous chef de gare a épousé Séverine, une jeune fille qui au décès de ses parents a été adoptée par M. Grandmorin, président de la compagnie ferroviaire.
Un soir après un repas bien arrosé, Roubaud se met dans une colère folle quand il apprend que sa jeune femme a été abusée par son tuteur durant sa jeunesse. Aveuglé par la jalousie, se sentant profondément trahi, il décide avec la complicité de sa femme d'assassiner le président Grandmorin.
Jacques Lantier conducteur de train, assiste au crime mais décide de se taire. Lors des interrogatoires judiciaires sur l'assassinat il croise le couple Roubaud, aussi, très attirés l'un vers l'autre Séverine et Jacques vont devenir amants et entretenir une relation passionnelle. Mais Jacques porte une lourde hérédité alcoolique, il est souvent pris de pulsions meurtrières qu'il maîtrise avec beaucoup de difficulté.
Le couple Roubaud vacille, et Séverine se sent menacée par son mari, emportée par sa passion pour Lantier elle lui confie l'abominable meurtre dont elle fut complice.
Souillée à 16 ans par son tuteur, violentée par son mari, Séverine garde malgré tout une candeur d'enfant et trouve dans les bras de Jacques un bonheur voluptueux qu'elle n'espérait plus.
Mais est-elle réellement en sécurité dans les bras de son amant, et Jacques réussira-t-il à contenir ses pulsions meurtrières ?
Un roman très noir sur des meurtres sanguinolents, une justice défaillante, l'auteur porte un regard sur la violence portée aux femmes, sur les dérives de l'alcool tout cela dépeint sous un décor obscurci par le milieu sordide des chemins de fer. Une histoire mélodramatique qui file sur les rails des chemins de fer, emportée par la locomotive nommée Lison que Jacques identifie presque à une personne et dont il voue une passion indicible.
Zola décortique à vif l'âme de ses personnages emplis de douleur, de perversité et d'immoralité.
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colimasson
colimasson25 juillet 2015
  • Livres 4.00/5
La « Bête humaine » est l'un des romans les plus passionnants de la série des Rougon-Macquart. Pas qu'on damnerait son âme de lecteur pour en apprendre le plus possible sur le développement des trains et du réseau ferroviaire au 19e siècle, mais Zola a visé juste en ayant l'idée malicieuse de suggérer que le développement des techniques pouvait aller de pair avec le dérèglement des moeurs. La locomotive gronde et consomme avidement son carburant, pas difficile de voir que l'homme aux appétits démesurés pourra se confondre avec cette nouvelle machine. Plus de brides : c'est la voie ouverte au progrès, allons-y gaiement pour tout brûler et carboniser au fourneau des désirs insatiables. Même pas indigeste, on en redemanderait.
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Jackiedream
Jackiedream07 mars 2015
  • Livres 5.00/5
J'avais déjà à mon actif la lecture de deux romans de Zola : Germinal ainsi que l'Oeuvre, deux livres que j'avais littéralement adoré. Autant vous dire que l'attente était grande concernant celui-ci... et je n'ai absolument pas été déçue !
Roubaud est un sous-chef de gare au Havre, il est mariée avec une douce jeune femme nommée Séverine. Lorsque l'homme apprend que sa femme a eu des relations dans sa jeunesse avec le président de la compagnie ferroviaire, Grandmorin, il entre dans une colère noire. Il décide alors de tuer le président, par jalousie, par désir de vengeance. le meurtre se déroule durant un trajet de train Paris-Le Havre. Intervient alors Jacques Lantier, lui même conducteur de train et fils de Gervaise (l'Assommoir). En effet, alors qu'il se tenait aux abords des rails il a cru apercevoir un homme en poignarder un autre. Dès lors une enquête va s'ouvrir et les relations entre les personnages vont se compliquer, dès lors ce ne sera que mort et bassesses... Il faut également souligner que Jacques a un problème majeur : il rêve de tuer une femme et ne peut s'approcher trop près d'une charmante créature sans avoir envie de la saigner !
Cette critique s'annonce dithyrambique car je suis bien incapable de trouver quoi que soit à redire aux oeuvres d'Emile Zola et celle-ci ne fait pas exception à la règle.
C'est Zola au sommet de son oeuvre (mais n'est-il pas bien présomptueux de décréter un sommet a une oeuvre d'une telle ampleur ?). le drame se déroule de façon magistrale, imprévisible, implacable tel le train qui avale les kilomètres. Les personnages sont tous détestables chacun à leur façon : Séverine par sa complicité dans le meurtre, cette femme qui semble semer la désolation autour d'elle, cette femme qui ne paraît pas si belle au premier abord mais qui finit par capturer les hommes et à les rendre fous. Jacques, détestable par sa lâcheté à cautionner le meurtre, puis par sa lâcheté à ne pas pouvoir tuer, détestable pour sa folie et pour sa tare. Et que dire de Roubaud, ce rustre qui assouvit son besoin de vengeance pour finalement devenir le plus pitoyable et méprisable des hommes, qui invite l'amant de sa femme à sa table. Mais d'un autre côté ils sont tous touchants, pathétiques : Séverine qui se jette à corps perdu dans l'amour véritable qu'elle découvre seulement ; Jacques affligé de cette tare qui lui interdit le bonheur...
J'ai également beaucoup apprécié l'univers de la gare, des trains, ce monde baigné d'une vapeur dense, d'une odeur âcre, ces machines qui sifflent et se mettent en branle de tous côtés. On s'habitue aux trajets Paris-Le Havre comme au train que l'on prend chaque matin pour aller au travail et chaque soir pour rentrer chez soi. On sentirait presque le vent sur son visage, on verrait presque le paysage défiler. Cette relation qui unit l'homme à sa machine, Jacques à la Lison, est vraiment belle. Malheureusement même cette relation de l'homme à sa machine va se dégrader, ils vont finir par sa détester. J'ai par ailleurs retrouvé cette ville du Havre que j'affectionne particulièrement, tout comme Paris.
Mais ce livre c'est aussi une critique social, humaine. On tue, on se tue, on projette de tuer... sans états d'âmes. On comprend vite que le dénouement ne peut qu'être tragique, le sang coulera encore, d'une manière ou d'une autre. Les rails sont le décor, l'arme du crime, la scène de cette sinistre histoire : on meurt dans le train pour les plus chanceux, voire sous les terribles wagons. Les passions sont destructrices, l'amour n'existe qu'en dehors du mariage et n'engendre que malheur. Les femmes rendent les hommes fous, l'argent rend les hommes fous... autant de raisons suffisantes pour commettre l'irréparable, la solution est toujours la mort. Même les personnages plus secondaires sont rongés par leurs folies : jalousie, vénalité... Quand le bonheur se profile à l'horizon, quand on voit le bout du tunnel, quand la locomotive s'apprête à émerger au grand jour les hommes retombent dans leurs travers et laissent à voir ce qu'il y a de plus vil en eux. Ici c'est bien plus que la fameuse "tare génétique" chère à Zola, c'est l'atavisme le plus primaire qui pousse les êtres humains à se transformer en bêtes.
Et la justice dans tout cela ? Eh bien, elle condamne des innocents. Les vrais coupables sont connus, les preuves sont là mais pourquoi chercher des mobiles, des motivations qui peuvent paraître obscures, chercher à comprendre quand on a un coupable tout trouvé ? Même lorsque la vérité lui apparaît, le juge refuse de la voir, refuse de dévier de sa version du crime tant la réalité paraît sombre, complexe et tordue.
Ce roman est si sombre, violent, noir : j'ai adoré. Je ne pensais pas qu'il me plairait autant, à vrai dire. Je vois la suite de mes lecture comme un trajet en express : chaque arrêt porterait le nom d'un livre de Zola, et je descendrais bien évidemment à chaque fois du train pour visiter les merveilleuses contrées nées de l'esprit de ce grand romancier.
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Citations & extraits (68) Voir plus Ajouter une citation
cmpfcmpf19 octobre 2014
La famille n’était guère d’aplomb, beaucoup avaient une fêlure. Lui, à certaines heures, la sentait bien, cette fêlure héréditaire ; non pas qu’il fût d’une santé mauvaise, car l’appréhension et la honte de ses crises l’avaient seules maigri autrefois ; mais c’étaient, dans son être, de subites pertes d’équilibre, comme des cassures, des trous par lesquels son moi lui échappait, au milieu d’une sorte de grande fumée qui déformait tout. Il ne s’appartenait plus, il obéissait à ses muscles, à la bête enragée. Pourtant, il ne buvait pas, il se refusait même un petit verre d’eau-de-vie, ayant remarqué que la moindre goutte d’alcool le rendait fou. Et il en venait à penser qu’il payait pour les autres, les pères, les grands-pères, qui avaient bu, les générations d’ivrognes dont il était le sang gâté, un lent empoisonnement, une sauvagerie qui le ramenait avec les loups mangeurs de femmes, au fond des bois. Jacques s’était relevé sur un coude, réfléchissant, regardant l’entrée noire du tunnel ; et un nouveau sanglot courut de ses reins à sa nuque, il retomba, il roula sa tête par terre, criant de douleur. Cette fille, cette fille qu’il avait voulu tuer ! Cela revenait en lui, aigu, affreux, comme si les ciseaux eussent pénétré dans sa propre chair. Aucun raisonnement ne l’apaisait : il avait voulu la tuer, il la tuerait, si elle était encore là, dégrafée, la gorge nue. Il se rappelait bien, il était âgé de seize ans à peine, la première fois, lorsque le mal l’avait pris, un soir qu’il jouait avec une gamine, la fillette d’une parente, sa cadette de deux ans : elle était tombée, il avait vu ses jambes, et il s’était rué. L’année suivante, il se souvenait d’avoir aiguisé un couteau pour l’enfoncer dans le cou d’une autre, une petite blonde, qu’il voyait chaque matin passer devant sa porte. Celle-ci avait un cou très gras, très rose, où il choisissait déjà la place, un signe brun, sous l’oreille. Puis, c’en étaient d’autres, d’autres encore, un défilé de cauchemar, toutes celles qu’il avait effleurées de son désir brusque de meurtre, les femmes coudoyées dans la rue, les femmes qu’une rencontre faisait ses voisines, une surtout, une nouvelle mariée, assise près de lui au théâtre, qui riait très fort, et qu’il avait dû fuir, au milieu d’un acte, pour ne pas l’éventrer. Puisqu’il ne les connaissait pas, quelle fureur pouvait-il avoir contre elles ? car, chaque fois, c’était comme une soudaine crise de rage aveugle, une soif toujours renaissante de venger des offenses très anciennes, dont il aurait perdu l’exacte mémoire. Cela venait-il donc de si loin, du mal que les femmes avaient fait à sa race, de la rancune amassée de mâle en mâle, depuis la première tromperie au fond des cavernes ? Et il sentait aussi, dans son accès, une nécessité de bataille pour conquérir la femelle et la dompter, le besoin perverti de la jeter morte sur son dos, ainsi qu’une proie qu’on arrache aux autres, à jamais. Son crâne éclatait sous l’effort, il n’arrivait pas à se répondre, trop ignorant, pensait-il, le cerveau trop sourd, dans cette angoisse d’un homme poussé à des actes où sa volonté n’était pour rien, et dont la cause en lui avait disparu.
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WolandWoland21 mars 2015
[...] ... Mais Pecqueux, d'un dernier élan, précipita Jacques ; et celui-ci, sentant le vide, éperdu, se cramponna à son cou si étroitement, qu'il l'entraîna. Il y eut deux cris terribles, qui se confondirent, qui se perdirent. Les deux hommes, tombés ensemble, entraînés sous les roues par la réaction de la vitesse, furent coupés, hachés dans leur étreinte, dans cette effroyable embrassade, eux qui avaient si longtemps vécu en frères. On les retrouva sans tête, sans pieds, deux troncs sanglants, qui se serraient encore comme pour s'étouffer.

Et la machine, libre de toute direction, roulait, roulait toujours. Enfin, la rétive, la fantasque, pouvait céder à la fougue de sa jeunesse, ainsi qu'une cavale indomptée encore, échappée des mains du gardien, galopant par la campagne rase. La chaudière était pourvue d'eau, le charbon dont le foyer venait d'être rempli, s'embrasait ; et pendant la première demi-heure, la pression monta follement, la vitesse devint effrayante. Sans doute, le conducteur-chef, cédant à la fatigue, s'était endormi. Les soldats, dont l'ivresse augmentait, à être ainsi entassés, subitement s'égayèrent de cette course violente, chantèrent plus fort. On traversa Maromme, en coup de foudre. Il n'y avait plus de sifflet, à l'approche des signaux, au passage des gares. C'était le galop tout droit, la bête qui fonçait tête basse et muette, parmi les obstacles. Elle roulait, roulait sans fin, comme affolée de plus en plus par le bruit strident de son haleine.

A Rouen, on devait prendre de l'eau ; et l'épouvante glaça la gare, lorsqu'elle vit passer, dans un vertige de fumée et de flamme, ce train fou, cette machine sans mécanicien ni chauffeur, ces wagons à bestiaux emplis de troupiers qui hurlaient des refrains patriotiques. Ils allaient à la guerre, c'était pour être plus vite là-bas, sur les bords du Rhin. Les employés étaient restés béants, agitant les bras. Tout de suite, le cri fut général : jamais ce train débridé, abandonné à lui-même, ne traverserait sans encombre la gare de Sotteville, toujours barrée par des manoeuvres, obstruée de voitures et de machines, comme tous les grands dépôts. ... [...]
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LydiaBLydiaB09 mai 2010
En entrant dans la chambre, Roubaud posa sur la table le pain d’une livre, le pâté et la bouteille de vin blanc. Mais, le matin, avant de descendre à son poste, la mère Victoire avait dû couvrir le feu de son poêle, d’un tel poussier, que la chaleur était suffocante. Et le sous-chef de gare, ayant ouvert une fenêtre, s’y accouda.

C’était impasse d’Amsterdam, dans la dernière maison de droite, une haute maison où la Compagnie de l’Ouest logeait certains de ses employés. La fenêtre, au cinquième, à l’angle du toit mansardé qui faisait retour, donnait sur la gare, cette tranchée large trouant le quartier de l’Europe, tout un déroulement brusque de l’horizon, que semblait agrandir encore, cet après-midi-là, un ciel gris du milieu de février, d’un gris humide et tiède, traversé de soleil.

En face, sous ce poudroiement de rayons, les maisons de la rue de Rome se brouillaient, s’effaçaient, légères. À gauche, les marquises des halles couvertes ouvraient leurs porches géants, aux vitrages enfumés, celle des grandes lignes, immense, où l’œil plongeait, et que les bâtiments de la poste et de la bouillotterie séparaient des autres, plus petites, celles d’Argenteuil, de Versailles et de la Ceinture ; tandis que le pont de l’Europe, à droite, coupait de son étoile de fer la tranchée, que l’on voyait reparaître et filer au-delà, jusqu’au tunnel des Batignolles. Et, en bas de la fenêtre même, occupant tout le vaste champ, les trois doubles voies qui sortaient du pont, se ramifiaient, s’écartaient en un éventail dont les branches de métal, multipliées, innombrables, allaient se perdre sous les marquises. Les trois postes d’aiguilleur, en avant des arches, montraient leurs petits jardins nus. Dans l’effacement confus des wagons et des machines encombrant les rails, un grand signal rouge tachait le jour pâle.
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colimassoncolimasson10 août 2015
Jacques vit d’abord la gueule noire du tunnel s’éclairer, ainsi que la bouche d’un four, où des fagots s’embrasent. Puis, dans le fracas qu’elle apportait, ce fut la machine qui en jaillit, avec l’éblouissement de son gros œil rond, la lanterne d’avant, dont l’incendie troua la campagne, allumant au loin les rails d’une double ligne de flamme. Mais c’était une apparition en coup de foudre : tout de suite les wagons se succédèrent, les petites vitres carrées des portières, violemment éclairées, firent défiler les compartiments pleins de voyageurs, dans un tel vertige de vitesse que l’œil doutait ensuite des images entrevues. Et Jacques, très distinctement, à ce quart précis de seconde, aperçut par les glaces flambantes d’un coupé, un homme qui en tenait un autre renversé sur la banquette et qui lui plantait un couteau dans la gorge, tandis qu’une masse noire, peut-être une troisième personne, peut-être un écroulement de bagages, pesait de tout son poids sur les jambes convulsives de l’assassiné.
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colimassoncolimasson15 août 2015
Une excitation croissante se dégageait des choses, les souvenirs la débordaient, jamais encore elle n’avait éprouvé un si cuisant besoin de tout dire à son amant, de se livrer toute. Elle en avait comme le désir physique, qu’elle ne distinguait plus de son désir sensuel ; et il lui semblait qu’elle lui appartient davantage, qu’elle y épuiserait la joie d’être à lui, si elle se confessait à son oreille, dans un embrasement. Les faits s’évoquaient, son mari était là, elle tourna la tête, en s’imaginant qu’elle venait de voir sa courte main velue passer par-dessus son épaule pour prendre le couteau.
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