Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

> Gilles Deleuze (Préfacier, etc.)
> Henri Mitterand (Éditeur scientifique)

ISBN : 2070418014
Éditeur : Gallimard (2001)

Existe en édition audio



Note moyenne : 4.02/5 (sur 1057 notes) Ajouter à mes livres
Résumé :
La bête humaine, c'est le conducteur de train Lantier, le fils de la pauvre Gervaise de L'Assommoir et la victime d'une folie homicide. S'il désire une femme, un atroce désir de sang l'étreint. La bête humaine, c'est aussi sa locomotive à vapeur, la Lison, une puissante... > Voir plus
Lire un extrait Ajouter une citation Ajouter une critique

> voir toutes (52)

Critiques, analyses et avis

> Ajouter une critique

    • Livres 5.00/5
    Par vincentf, le 22 juin 2010

    vincentf
    Roman de meurtre, de médiocrité, d'amour, de chemin de fer, La Bête humaine est un concentré de violence. La rencontre d'Eros et de Thanatos aboutit aux drames, les personnages se tuent parce qu'ils s'aiment ou s'aiment parce qu'ils se tuent, sans qu'on puisse l'expliquer, sinon par une hérédité qui dépasse de loin celle de la famille, l'homme des cavernes qui tuait au fond des bois. Les personnages tuent et personne n'en a le moindre remords, ni Jacques, qui avait cru jusqu'au bout qu'il était possible de résister à la pulsion fatale, ni Roubaud, qui se noie dans le jeu, ni Séverine, qui se noie dans le corps de Jacques, ni Misard, qui cherche à tout jamais ses mille francs, ni Flore, qui fait dérailler le train pour rien. La mort rôde partout où se trouve l'amour. Même la Lison, seul personnage véritablement innocent, avec le "coupable" Cabuche, meurt atrocement, assassinée. Tout est sang, instinct de mort, fuite en avant, comme le train, à la fin, qui annonce la débâcle. Pourtant, la vérité, l'ignoble vérité, la part de l'assassin en tous, reste cachée. le procès condamne un innocent, le seul. L'honneur est sauf. Cabuche est le coupable idéal. La preuve qui l'innocente est sciemment cachée. Dreyfus sera le coupable idéal. le bordereau livrera la vérité.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 36         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par fredho, le 17 décembre 2013

    fredho
    Roubaud sous chef de gare a épousé Séverine, une jeune fille qui au décès de ses parents a été adoptée par M. Grandmorin, président de la compagnie ferroviaire.
    Un soir après un repas bien arrosé, Roubaud se met dans une colère folle quand il apprend que sa jeune femme a été abusée par son tuteur durant sa jeunesse. Aveuglé par la jalousie, se sentant profondément trahi, il décide avec la complicité de sa femme d'assassiner le président Grandmorin.
    Jacques Lantier conducteur de train, assiste au crime mais décide de se taire. Lors des interrogatoires judiciaires sur l'assassinat il croise le couple Roubaud, aussi, très attirés l'un vers l'autre Séverine et Jacques vont devenir amants et entretenir une relation passionnelle. Mais Jacques porte une lourde hérédité alcoolique, il est souvent pris de pulsions meurtrières qu'il maîtrise avec beaucoup de difficulté.
    Le couple Roubaud vacille, et Séverine se sent menacée par son mari, emportée par sa passion pour Lantier elle lui confie l'abominable meurtre dont elle fut complice.
    Souillée à 16 ans par son tuteur, violentée par son mari, Séverine garde malgré tout une candeur d'enfant et trouve dans les bras de Jacques un bonheur voluptueux qu'elle n'espérait plus.
    Mais est-elle réellement en sécurité dans les bras de son amant, et Jacques réussira-t-il à contenir ses pulsions meurtrières ?
    Un roman très noir sur des meurtres sanguinolents, une justice défaillante, l'auteur porte un regard sur la violence portée aux femmes, sur les dérives de l'alcool tout cela dépeint sous un décor obscurci par le milieu sordide des chemins de fer. Une histoire mélodramatique qui file sur les rails des chemins de fer, emportée par la locomotive nommée Lison que Jacques identifie presque à une personne et dont il voue une passion indicible.
    Zola décortique à vif l'âme de ses personnages emplis de douleur, de perversité et d'immoralité.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          1 31         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par colimasson, le 25 juillet 2015

    colimasson
    La « Bête humaine » est l'un des romans les plus passionnants de la série des Rougon-Macquart. Pas qu'on damnerait son âme de lecteur pour en apprendre le plus possible sur le développement des trains et du réseau ferroviaire au 19e siècle, mais Zola a visé juste en ayant l'idée malicieuse de suggérer que le développement des techniques pouvait aller de pair avec le dérèglement des moeurs. La locomotive gronde et consomme avidement son carburant, pas difficile de voir que l'homme aux appétits démesurés pourra se confondre avec cette nouvelle machine. Plus de brides : c'est la voie ouverte au progrès, allons-y gaiement pour tout brûler et carboniser au fourneau des désirs insatiables. Même pas indigeste, on en redemanderait.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 32         Page de la critique

    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette, le 02 mai 2013

    LiliGalipette
    Roubaud est sous-chef de gare au Havre. Marié avec la jolie Séverine, il éclate de rage jalouse quand il apprend qu'elle a eu un amant dans sa jeunesse. Certain de ne plus pouvoir vivre tant que cet autre homme vivra également, il est résolu à le tuer. le crime est commis de nuit, dans un train reliant Paris au Havre. Dès lors, le couple craint d'être découvert, ce qui participe à la désunion des époux. Séverine trouve réconfort dans les bras de Jacques Lantier, mécanicien qui conduit la Lison, une belle locomotive qui assure la liaison Paris-Le Havre plusieurs fois par semaine
    Jacques souffre en secret du secret désir de tuer une femme et de sentir le sang couler. « Il en venait à penser qu'il payait pour les autres, les pères, les grands-pères, qui avaient bu, les générations d'ivrognes dont il était le sang gâté, un lent empoisonnement, une sauvagerie qui le ramenait avec les loups mangeurs de femmes, au fond des bois. » (p. 64) Dans les bras de Séverine, Jacques semble voir s'apaiser cette fureur de sang et de meurtre. « Posséder, tuer, cela s'équivalait-il, dans le fond sombre de la bête humaine ? » (p. 208) Rien n'est moins sûr et une envie sourde continue de gronder, au loin, dans les désirs brutaux de ce grand mécanicien.
    Puisque le bonheur ne semble être que dans l'élimination du gêneur, ce mari désormais haï, les amants criminels ont des raisonnements froids pour justifier leurs sombres desseins. « Pourquoi l'épargner ? Aucune circonstance, absolument aucune, ne plaidait en sa faveur. Tout le condamnait puisque, en réponse à chaque question, l'intérêt des autres était qu'il mourût. Hésiter serait imbécile et lâche. » (p. 310) Voilà qui fait froid dans le dos, n'est-ce pas ?
    Dans ce volume des Rougon-Macquart, Émile Zola présente des personnages qui rêvent de flots de sang, de massacre et de crime. Et la machine ferroviaire est au coeur de ces éclatements de rage, à la fois scène de crime et objet de mort. À la fin du roman, la mécanique lancée à pleine vapeur annonce le massacre à venir de la guerre.
    J'ai apprécié cette lecture, mais je pense que j'en attendais trop. On m'a tellement présenté ce volume comme le plus brutal et le violent de la saga des Rougon-Macquart que j'ai finalement été un peu déçue. Jacques Lantier est fou, sans aucun doute, torturé de désirs issus de son sang vicié, digne rejeton de Gervaise et de tous ses ancêtres alcooliques. Il est une bête humaine, le doute n'est pas permis non plus, mais je ne l'ai pas trouvé plus fou qu'Aristide Saccard, enfiévré de spéculation dans La curée, ni plus exalté que son frère Claude, le peintre désespéré de L'oeuvre. Ce volume est très bien écrit, très puissant et il me tarde de découvrir le film avec Jean Gabin.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          1 21         Page de la critique

    • Livres 5.00/5
    Par Jackiedream, le 07 mars 2015

    Jackiedream
    J'avais déjà à mon actif la lecture de deux romans de Zola : Germinal ainsi que l'Oeuvre, deux livres que j'avais littéralement adoré. Autant vous dire que l'attente était grande concernant celui-ci... et je n'ai absolument pas été déçue !
    Roubaud est un sous-chef de gare au Havre, il est mariée avec une douce jeune femme nommée Séverine. Lorsque l'homme apprend que sa femme a eu des relations dans sa jeunesse avec le président de la compagnie ferroviaire, Grandmorin, il entre dans une colère noire. Il décide alors de tuer le président, par jalousie, par désir de vengeance. le meurtre se déroule durant un trajet de train Paris-Le Havre. Intervient alors Jacques Lantier, lui même conducteur de train et fils de Gervaise (l'Assommoir). En effet, alors qu'il se tenait aux abords des rails il a cru apercevoir un homme en poignarder un autre. Dès lors une enquête va s'ouvrir et les relations entre les personnages vont se compliquer, dès lors ce ne sera que mort et bassesses... Il faut également souligner que Jacques a un problème majeur : il rêve de tuer une femme et ne peut s'approcher trop près d'une charmante créature sans avoir envie de la saigner !
    Cette critique s'annonce dithyrambique car je suis bien incapable de trouver quoi que soit à redire aux oeuvres d'Emile Zola et celle-ci ne fait pas exception à la règle.
    C'est Zola au sommet de son oeuvre (mais n'est-il pas bien présomptueux de décréter un sommet a une oeuvre d'une telle ampleur ?). le drame se déroule de façon magistrale, imprévisible, implacable tel le train qui avale les kilomètres. Les personnages sont tous détestables chacun à leur façon : Séverine par sa complicité dans le meurtre, cette femme qui semble semer la désolation autour d'elle, cette femme qui ne paraît pas si belle au premier abord mais qui finit par capturer les hommes et à les rendre fous. Jacques, détestable par sa lâcheté à cautionner le meurtre, puis par sa lâcheté à ne pas pouvoir tuer, détestable pour sa folie et pour sa tare. Et que dire de Roubaud, ce rustre qui assouvit son besoin de vengeance pour finalement devenir le plus pitoyable et méprisable des hommes, qui invite l'amant de sa femme à sa table. Mais d'un autre côté ils sont tous touchants, pathétiques : Séverine qui se jette à corps perdu dans l'amour véritable qu'elle découvre seulement ; Jacques affligé de cette tare qui lui interdit le bonheur...
    J'ai également beaucoup apprécié l'univers de la gare, des trains, ce monde baigné d'une vapeur dense, d'une odeur âcre, ces machines qui sifflent et se mettent en branle de tous côtés. On s'habitue aux trajets Paris-Le Havre comme au train que l'on prend chaque matin pour aller au travail et chaque soir pour rentrer chez soi. On sentirait presque le vent sur son visage, on verrait presque le paysage défiler. Cette relation qui unit l'homme à sa machine, Jacques à la Lison, est vraiment belle. Malheureusement même cette relation de l'homme à sa machine va se dégrader, ils vont finir par sa détester. J'ai par ailleurs retrouvé cette ville du Havre que j'affectionne particulièrement, tout comme Paris.
    Mais ce livre c'est aussi une critique social, humaine. On tue, on se tue, on projette de tuer... sans états d'âmes. On comprend vite que le dénouement ne peut qu'être tragique, le sang coulera encore, d'une manière ou d'une autre. Les rails sont le décor, l'arme du crime, la scène de cette sinistre histoire : on meurt dans le train pour les plus chanceux, voire sous les terribles wagons. Les passions sont destructrices, l'amour n'existe qu'en dehors du mariage et n'engendre que malheur. Les femmes rendent les hommes fous, l'argent rend les hommes fous... autant de raisons suffisantes pour commettre l'irréparable, la solution est toujours la mort. Même les personnages plus secondaires sont rongés par leurs folies : jalousie, vénalité... Quand le bonheur se profile à l'horizon, quand on voit le bout du tunnel, quand la locomotive s'apprête à émerger au grand jour les hommes retombent dans leurs travers et laissent à voir ce qu'il y a de plus vil en eux. Ici c'est bien plus que la fameuse "tare génétique" chère à Zola, c'est l'atavisme le plus primaire qui pousse les êtres humains à se transformer en bêtes.
    Et la justice dans tout cela ? Eh bien, elle condamne des innocents. Les vrais coupables sont connus, les preuves sont là mais pourquoi chercher des mobiles, des motivations qui peuvent paraître obscures, chercher à comprendre quand on a un coupable tout trouvé ? Même lorsque la vérité lui apparaît, le juge refuse de la voir, refuse de dévier de sa version du crime tant la réalité paraît sombre, complexe et tordue.
    Ce roman est si sombre, violent, noir : j'ai adoré. Je ne pensais pas qu'il me plairait autant, à vrai dire. Je vois la suite de mes lecture comme un trajet en express : chaque arrêt porterait le nom d'un livre de Zola, et je descendrais bien évidemment à chaque fois du train pour visiter les merveilleuses contrées nées de l'esprit de ce grand romancier.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          4 14         Page de la critique

> voir toutes (66)

Citations et extraits

> Ajouter une citation

  • Par cmpf, le 19 octobre 2014

    La famille n’était guère d’aplomb, beaucoup avaient une fêlure. Lui, à certaines heures, la sentait bien, cette fêlure héréditaire ; non pas qu’il fût d’une santé mauvaise, car l’appréhension et la honte de ses crises l’avaient seules maigri autrefois ; mais c’étaient, dans son être, de subites pertes d’équilibre, comme des cassures, des trous par lesquels son moi lui échappait, au milieu d’une sorte de grande fumée qui déformait tout. Il ne s’appartenait plus, il obéissait à ses muscles, à la bête enragée. Pourtant, il ne buvait pas, il se refusait même un petit verre d’eau-de-vie, ayant remarqué que la moindre goutte d’alcool le rendait fou. Et il en venait à penser qu’il payait pour les autres, les pères, les grands-pères, qui avaient bu, les générations d’ivrognes dont il était le sang gâté, un lent empoisonnement, une sauvagerie qui le ramenait avec les loups mangeurs de femmes, au fond des bois. Jacques s’était relevé sur un coude, réfléchissant, regardant l’entrée noire du tunnel ; et un nouveau sanglot courut de ses reins à sa nuque, il retomba, il roula sa tête par terre, criant de douleur. Cette fille, cette fille qu’il avait voulu tuer ! Cela revenait en lui, aigu, affreux, comme si les ciseaux eussent pénétré dans sa propre chair. Aucun raisonnement ne l’apaisait : il avait voulu la tuer, il la tuerait, si elle était encore là, dégrafée, la gorge nue. Il se rappelait bien, il était âgé de seize ans à peine, la première fois, lorsque le mal l’avait pris, un soir qu’il jouait avec une gamine, la fillette d’une parente, sa cadette de deux ans : elle était tombée, il avait vu ses jambes, et il s’était rué. L’année suivante, il se souvenait d’avoir aiguisé un couteau pour l’enfoncer dans le cou d’une autre, une petite blonde, qu’il voyait chaque matin passer devant sa porte. Celle-ci avait un cou très gras, très rose, où il choisissait déjà la place, un signe brun, sous l’oreille. Puis, c’en étaient d’autres, d’autres encore, un défilé de cauchemar, toutes celles qu’il avait effleurées de son désir brusque de meurtre, les femmes coudoyées dans la rue, les femmes qu’une rencontre faisait ses voisines, une surtout, une nouvelle mariée, assise près de lui au théâtre, qui riait très fort, et qu’il avait dû fuir, au milieu d’un acte, pour ne pas l’éventrer. Puisqu’il ne les connaissait pas, quelle fureur pouvait-il avoir contre elles ? car, chaque fois, c’était comme une soudaine crise de rage aveugle, une soif toujours renaissante de venger des offenses très anciennes, dont il aurait perdu l’exacte mémoire. Cela venait-il donc de si loin, du mal que les femmes avaient fait à sa race, de la rancune amassée de mâle en mâle, depuis la première tromperie au fond des cavernes ? Et il sentait aussi, dans son accès, une nécessité de bataille pour conquérir la femelle et la dompter, le besoin perverti de la jeter morte sur son dos, ainsi qu’une proie qu’on arrache aux autres, à jamais. Son crâne éclatait sous l’effort, il n’arrivait pas à se répondre, trop ignorant, pensait-il, le cerveau trop sourd, dans cette angoisse d’un homme poussé à des actes où sa volonté n’était pour rien, et dont la cause en lui avait disparu.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 8         Page de la citation

  • Par Woland, le 21 mars 2015

    [...] ... Mais Pecqueux, d'un dernier élan, précipita Jacques ; et celui-ci, sentant le vide, éperdu, se cramponna à son cou si étroitement, qu'il l'entraîna. Il y eut deux cris terribles, qui se confondirent, qui se perdirent. Les deux hommes, tombés ensemble, entraînés sous les roues par la réaction de la vitesse, furent coupés, hachés dans leur étreinte, dans cette effroyable embrassade, eux qui avaient si longtemps vécu en frères. On les retrouva sans tête, sans pieds, deux troncs sanglants, qui se serraient encore comme pour s'étouffer.

    Et la machine, libre de toute direction, roulait, roulait toujours. Enfin, la rétive, la fantasque, pouvait céder à la fougue de sa jeunesse, ainsi qu'une cavale indomptée encore, échappée des mains du gardien, galopant par la campagne rase. La chaudière était pourvue d'eau, le charbon dont le foyer venait d'être rempli, s'embrasait ; et pendant la première demi-heure, la pression monta follement, la vitesse devint effrayante. Sans doute, le conducteur-chef, cédant à la fatigue, s'était endormi. Les soldats, dont l'ivresse augmentait, à être ainsi entassés, subitement s'égayèrent de cette course violente, chantèrent plus fort. On traversa Maromme, en coup de foudre. Il n'y avait plus de sifflet, à l'approche des signaux, au passage des gares. C'était le galop tout droit, la bête qui fonçait tête basse et muette, parmi les obstacles. Elle roulait, roulait sans fin, comme affolée de plus en plus par le bruit strident de son haleine.

    A Rouen, on devait prendre de l'eau ; et l'épouvante glaça la gare, lorsqu'elle vit passer, dans un vertige de fumée et de flamme, ce train fou, cette machine sans mécanicien ni chauffeur, ces wagons à bestiaux emplis de troupiers qui hurlaient des refrains patriotiques. Ils allaient à la guerre, c'était pour être plus vite là-bas, sur les bords du Rhin. Les employés étaient restés béants, agitant les bras. Tout de suite, le cri fut général : jamais ce train débridé, abandonné à lui-même, ne traverserait sans encombre la gare de Sotteville, toujours barrée par des manoeuvres, obstruée de voitures et de machines, comme tous les grands dépôts. ... [...]
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 6         Page de la citation

  • Par LydiaB, le 09 mai 2010

    En entrant dans la chambre, Roubaud posa sur la table le pain d’une livre, le pâté et la bouteille de vin blanc. Mais, le matin, avant de descendre à son poste, la mère Victoire avait dû couvrir le feu de son poêle, d’un tel poussier, que la chaleur était suffocante. Et le sous-chef de gare, ayant ouvert une fenêtre, s’y accouda.

    C’était impasse d’Amsterdam, dans la dernière maison de droite, une haute maison où la Compagnie de l’Ouest logeait certains de ses employés. La fenêtre, au cinquième, à l’angle du toit mansardé qui faisait retour, donnait sur la gare, cette tranchée large trouant le quartier de l’Europe, tout un déroulement brusque de l’horizon, que semblait agrandir encore, cet après-midi-là, un ciel gris du milieu de février, d’un gris humide et tiède, traversé de soleil.

    En face, sous ce poudroiement de rayons, les maisons de la rue de Rome se brouillaient, s’effaçaient, légères. À gauche, les marquises des halles couvertes ouvraient leurs porches géants, aux vitrages enfumés, celle des grandes lignes, immense, où l’œil plongeait, et que les bâtiments de la poste et de la bouillotterie séparaient des autres, plus petites, celles d’Argenteuil, de Versailles et de la Ceinture ; tandis que le pont de l’Europe, à droite, coupait de son étoile de fer la tranchée, que l’on voyait reparaître et filer au-delà, jusqu’au tunnel des Batignolles. Et, en bas de la fenêtre même, occupant tout le vaste champ, les trois doubles voies qui sortaient du pont, se ramifiaient, s’écartaient en un éventail dont les branches de métal, multipliées, innombrables, allaient se perdre sous les marquises. Les trois postes d’aiguilleur, en avant des arches, montraient leurs petits jardins nus. Dans l’effacement confus des wagons et des machines encombrant les rails, un grand signal rouge tachait le jour pâle.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 7         Page de la citation

  • Par colimasson, le 15 août 2015

    Une excitation croissante se dégageait des choses, les souvenirs la débordaient, jamais encore elle n’avait éprouvé un si cuisant besoin de tout dire à son amant, de se livrer toute. Elle en avait comme le désir physique, qu’elle ne distinguait plus de son désir sensuel ; et il lui semblait qu’elle lui appartient davantage, qu’elle y épuiserait la joie d’être à lui, si elle se confessait à son oreille, dans un embrasement. Les faits s’évoquaient, son mari était là, elle tourna la tête, en s’imaginant qu’elle venait de voir sa courte main velue passer par-dessus son épaule pour prendre le couteau.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          2 13         Page de la citation

  • Par colimasson, le 10 août 2015

    Jacques vit d’abord la gueule noire du tunnel s’éclairer, ainsi que la bouche d’un four, où des fagots s’embrasent. Puis, dans le fracas qu’elle apportait, ce fut la machine qui en jaillit, avec l’éblouissement de son gros œil rond, la lanterne d’avant, dont l’incendie troua la campagne, allumant au loin les rails d’une double ligne de flamme. Mais c’était une apparition en coup de foudre : tout de suite les wagons se succédèrent, les petites vitres carrées des portières, violemment éclairées, firent défiler les compartiments pleins de voyageurs, dans un tel vertige de vitesse que l’œil doutait ensuite des images entrevues. Et Jacques, très distinctement, à ce quart précis de seconde, aperçut par les glaces flambantes d’un coupé, un homme qui en tenait un autre renversé sur la banquette et qui lui plantait un couteau dans la gorge, tandis qu’une masse noire, peut-être une troisième personne, peut-être un écroulement de bagages, pesait de tout son poids sur les jambes convulsives de l’assassiné.
    > lire la suite

    Commenter     J’apprécie          0 7         Page de la citation

> voir toutes (69)

Videos de Emile Zola

>Ajouter une vidéo
Vidéo de Emile Zola

Booktubeuse La Boîte à Lettres : "Celui qui a écrit Thérèse Raquin, toute la série des Rougon-Macquart n'est pas un homme facile à cerner. À la fois sensible et révolté, difficile de percer les secrets de cet homme entièrement dévoué à son art."








Sur Amazon
à partir de :
4,66 € (neuf)
5,00 € (occasion)

   

Faire découvrir Les Rougon-Macquart, tome 17 : La Bête humaine par :

  • Mail
  • Blog

Découvrez la collection Folio

> voir plus

Lecteurs (3238)

> voir plus

Quiz