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Note moyenne 4.03 /5 (sur 692 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Madagascar , 1949
Biographie :

Journaliste et écrivain, il a séjourné plusieurs mois au Rwanda depuis le génocide et plus précisément sur les collines de Nyamata où il a recueilli les témoignages des rescapés et écrit "Dans le nu de la vie", récits des marais rwandais (prix France-Culture, 2000). Il a aussi publié "L'Air de la guerre" (prix Novembre, 1994), "La Guerre au bord du fleuve" (1999), "Une saison de Machettes" (prix Femina essai et prix Joseph-Kessel), "La statégie des antilopes" (Prix Médicis 2007, Ryszard Kapuscinski Prize 2009), "Où en est la nuit" (grand prix de Littérature sportive), "Un papa de sang (prix Mémoire Albert Cohen).

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Laurent Nunez, Jean Hatzfeld, Valérie Manteau : quand les mots leur manquent .
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Citations et extraits (207) Voir plus Ajouter une citation
Harioutz   17 août 2019
Deux mètres dix de Jean Hatzfeld
- Vous ne buvez pas de lait ?

- Du lait de jument, on l'appelle koumis. Tu aimes le lait ?

- J'en ai beaucoup ingurgité. Jusqu'à la fin ... Du lait de jument ? Mon Dieu, je n'aurais même pas pensé à regarder en dessous si elles en donnaient.

- Tu vas t'y mettre. On le boit comme une médecine magique. Il commence par rincer les entrailles, donc ne pas s'éloigner des toilettes le premier jour, puis il fortifie le sang. Combat les virus et autres saloperies. Quand il est bien fermenté, il purifie l'âme.

- Il donne de la vigueur aux hommes ?

- Bien deviné ! Les guerriers kirghizes en buvaient en chargeant au galop . Et personne dans l'Histoire ne les a jamais battus. Pas même Gengis Khan.

- Tu en prenais avant les compétitions ?

Tatiana rit :

- Tous les matins, pendant les stages et les concours. En cachette dans les toilettes, bien sûr. Les Soviétiques déportaient en Sibérie ceux qu'ils soupçonnaient de se livrer à des rites chamaniques. Ils préféraient les pilules.

- Les pilules ?

- Pas chez vous ? Allons, allons. Je vais au village. Tu m'accompagnes ?

Sue enfila un manteau et une écharpe suspendus dans le couloir.

- C'est parti !



Quand les deux femmes entrèrent au Song Kul Restaurant, elles comprirent que le chapeau en feutre blanc brodé de vert et les bottes fourrées que Sue venait de s'offrir au bazar ne la protégeraient pas de la curiosité lisible dans les regards qui s'attardaient sur sa silhouette blonde.

La vaste salle, où flottaient fumées de cigarette et de grillades, était remplie de maquignons revenus de la foire aux moutons. On leur fit une place à table et apporta une carafe de vodka avant même que Tatyana eût commandé des assiettes de riz sauté au pois chiches.

- Je pourrais être russe ou ukrainienne, s'étonna Sue.

- Elles ne portent pas notre chapeau, dit Tatyana.

Elle levèrent leur verre en direction des voisins pour accompagner le premier toast donc Sue devina le motif.



Sur le chemin du retour, on aurait pu croire les deux femmes en difficulté, qui zigzaguaient et glissaient, trébuchaient parfois sous leurs achats, mais il n'en n'était rien. Elles chantaient.

Tatyana dégagea un trou dans un grillage pour couper à travers le jardin du Musée régional. Dans le clair-obscur, au milieu d'une allée, se dressèrent des silhouettes en bronze.

- Messieurs dames, bonsoir, dit Sue qui se planta devant la première. Vladimir Illitch Lénine ! Je n'y crois pas, vous êtes terribles ! Vous gardez encore un truc pareil ?!

- On l'aime bien. Il n'a pas voulu de mal aux Kirghizes.

- Et cette dame ? Elle porte une si magnifique coiffure ! Téméraire, non ?

- Kurmanjan Datka, la Reine des montagnes, elle est restée invaincue à la tête de son armée contre les khans et le tsar. C'est une rebelle comme nous en raffolons.

- Lui ? Quel coup ! Il a une superbe tête aussi, ses moustaches ne gâchent rien ! Un autre guerrier des montagnes ?

- Notre double champion olympique, Montréal, Moscou. Il s'appelle Chabdan Manas Orozbakov. Haltérophile. L'homme le plus fort du monde. Cinquante-trois records mondiaux. Il a soulevé 261 kilos. Né dans notre vallée, un peu plus bas, il est de chez nous.

- Waouh ! Il est très beau. Aujourd'hui ministre, acteur ?

- Goulag, Sibérie. Déporté durant les Jeux de Moscou. Il a agité notre drapeau indépendantiste sur le podium. On l'a tué dans une forêt, là-bas.

- Aïe ! Je suis désolée. Tué, mon Dieu ! Tu le connaissais ?

- Je l'ai rencontré aux stages d'entraînement olympique. Entre Kirghizes, on se tenait chaud, il se voulait très kirghize. Mais gamine, je l'avais vu lutter le kourash à Kochkor, il avait gagné. Jeune, mais déjà très populaire, notre chouchou. Son père a été fusillé près d'ici, plus haut dans la montagne. Lui par Staline, c'était une personnalité très écoutée, une génération avant.

- Tu l'aimais beaucoup, j'imagine.

- Je l'aime encore, comme tout le monde. A plus de cinq mille mètres d'altitude, là-haut, les bergers t'en parleraient avec de la gratitude dans la voix.

- Pour son courage ?

- Et son insoumission.
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carre   03 juillet 2012
Une saison de machettes de Jean Hatzfeld
Ce qui s’est passé à Nyamata, dans les églises, dans les marais et les collines, ce sont des agissements surnaturels de gens bien naturels.
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carre   14 octobre 2012
La stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld
Le génocide peut se photographier après...

Pour convaincre les esprits incrédules et contrecarrer les négationnistes.

Mais l'intimité du génocide appartient à ceux qui l'on vécu, à eux de devoir la dissimuler, elle ne se partage pas avec n'importe qui.
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carre   28 octobre 2012
La stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld
Dieu ne pouvait peut-être pas se bagarrer contre tous les fauteurs. Je crois toujours en lui, parce que sinon ce serait trop risquant. Mais il n'est plus toute nos chances et je ne compte plus du tout sur lui comme auparavant.
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TiboLexie   30 juin 2020
Une saison de machettes de Jean Hatzfeld
Plus on tuait, plus la gourmandise nous encourageait à continuer. La gourmandise, si personne ne la punit, elle ne vous abandonne jamais. Elle se voyait dans nos yeux exorbités par les tueries.
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Harioutz   17 août 2019
Deux mètres dix de Jean Hatzfeld
Au neuvième jour des Jeux, la capitale Bichkek s'éveille aussi fébrile que les villages les plus reculés des montagnes du Kirghizistan.

A Moscou, dès l'ouverture, le clan kirghize se précipite dans le Palais des Sports Izmaïlovo, l'antre olympique des hommes de la fonte. C'est le dernier jour du tournoi d'haltérophilie, celui des lourds. Tous les peuples épris d'haltérophilie, depuis l'Oural jusqu'au contreforts afghans de l'Hindu Kush, attendent le combat entre deux hommes forts soviétiques, antinomiques, antipodiques, ennemis.



Le jeune Russe Vladimir Aleksander Igunov, récent champion du monde, se distingue par sa grande taille, torse d'Hercule sans un gramme de gras. Sur les photos, il pose, visage de héros slave, yeux clairs tournés vers l'avenir, chef de la jeunesse soviétique en visite à Cuba. Plus moderne, on le voit en pleine partie d'échecs sur la place Ostrovski de Leningrad, ou soufflant dans un saxo avec des copains.



Son adversaire, une légende : le Kirghize Chabdan Orozbakov, on l'appelle Manas dans ses montagnes, champion au cinquante-deux records du monde, qu'il bat avec jubilation depuis une décennie, 500 grammes par 500 grammes. Sa silhouette plus râblée montre une musculature massive; un visage arrondi, volontiers malicieux, de superbes moustaches, une chevelure hirsute. Champion olympique, invaincu sur un plateau d'haltérophilie, homme de tous les éclats, il a imposé sa force et sa vitesse à ses rivaux meurtris, jusqu'à son éclipse durant l'hiver dernier, aussi obscure que soudaine.



Sur le russe Vladimir Igunov, les biographies distribuées par le service de presse soviétique abondent en détails : fils d'un lieutenant et d'une capitaine de l'Armée rouge, il sort ingénieur de l'école ferroviaire de Sverdlovsk.

Parce que la chienne Laïka effectua son vol Spoutnik l'année de sa naissance, il appelle tous ses animaux Laïka et ses films préférés sont "Anna Karénine" et "Quand passent les cigognes" à cause de l'actrice Tatyana Samoïlova.



A l'inverse, les brochures de presse se veulent discrètes sur la vie du Kirghize, pourtant le plus célèbre leveur de fonte de la planète, qu'elles résument à une liste de titres et performances, comme si elles craignaient de concéder qu'elles en ignorent les secrets.



Au sein de la communauté haltérophile, on sait qu'il vit chez ses grands-parents dans une maison en bois de Bichkek. On dit qu'il s'entraîne seul, à l'écart de l'élite soviétique.

De savoureuses rumeurs circulent. Il soulève quarante tonnes de fonte chaque jour, plongé jusqu'aux épaules dans les eaux vives d'une rivière afin de ménager ses articulations et de se forcir le sang.

Il tire des chevaux, les porte même, abat des arbres en forêt pour entretenir le souffle, et beaucoup l'ont vu prendre part à des tournois de lutte traditionnelle lors de fêtes dans les montagnes.

On raconte des histoires sur son appétit pantagruélique, les banquets de village, le bidon de lait de jument qu'il engloutit à son réveil, ses provocations et, moins bohèmes, ses coup de poing contre les Russes expatriés.



Dans un reportage sur les tournois de lutte kourash, un journaliste du New York Times écrit qu'une nuit, lors d'un banquet, au moment où les apparatchiks ivres entonnent "La marche des artilleurs de Staline", il bondit sur la table pour mettre le feu à un drapeau rouge.

Ce geste lui valut une disgrâce, puis son absolution déroutante à la veille des Jeux.

Le journaliste suppose que le staff soviétique - ou des membres du Politburo -, pris de doute concernant la solidité de Vladimir Igunov face à des adversaires de l'Est gonflés à bloc, a préféré rappeler le kirghiz dans ses montagnes.



Le Russe Igunov est un arracheur, la cinématique parfaite de ses mouvements compense sa modeste explosivité. Il est un pur produit de l'école russe, adoubé par Iouri Vlassov, l'un des plus grands puristes, héros soviétique des années 60. Il manque de niaque, surtout d'un grain de folie.



Le Kirghize Orozbakov, lui, est un jeteur tonique, engagé à l'extrême sous la fonte. Son approche de l'haltérophilie choque les éducateurs plus que ses frasques, certains de ses gestes, quasi hérétiques, mettent à mal les manuels techniques.

Mais il enchaîne des mouvements fabuleux et terribles car, face aux haltères, il semble entrer en compagnie mystérieuse, au-delà de la compétition et de ses rivaux.
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kuroineko   09 juillet 2018
Dans le nu de la vie de Jean Hatzfeld
Un génocide n'est pas une guerre particulièrement meurtrière et cruelle. C'est un projet d'extermination. Au lendemain d'une guerre, les survivants civils éprouvent un fort besoin de témoigner; au lendemain d'un génocide, au contraire, les survivants aspirent étrangement au silence. Leur repliement est troublant.
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andreas50   13 juillet 2019
L'air de la guerre de Jean Hatzfeld
Les enfants de la guerre ne sont pas des adultes miniatures. Ni enfants, ni adultes, ils ne peuvent plus communiquer qu'avec leurs pareils. Lorsqu'ils ne jouent pas à la guerre, ne parlent pas de la guerre, ils attendent. Maîtres du présent, ils l'enfouissent en eux-mêmes. Il nous faut nous adapter à cet éloignement car les bambins de la guerre de Bosnie ou de Croatie ont besoin d'une énorme attention. Il ne faut jamais manquer une occasion de leur glisser une tablette de chocolat dans les poches, de leur poser les mains sur les joues, longuement, de les regarder avec tendresse, lentement. On ressent immédiatement l'importance de ces gestes silencieux.
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carre   28 octobre 2012
La stratégie des antilopes de Jean Hatzfeld
La mort n'est plus angoissante, je n'espère pas son arrivée, mais elle ne fait plus peur. La mort amène le repos aussi. Dans les marais, on voyait que les morts se trouvaient exemptés de menaces, de courses, surtout de coups de machette.
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TerrainsVagues   20 février 2017
Englebert des collines de Jean Hatzfeld
Je me suis rendu à des procès gaçaça* parce que la plupart des gens qu’on y amenait, je les connaissais. Il y avait ceux qui avaient pris la machette et qui avaient été relâchés, et ceux qui n’avaient pas été relâchés et ceux qui n’avaient pas été emprisonnés un seul jour bien qu’ils aient coupé à s’en casser les bras. Ceux qui avaient saisi la machette sans toutefois couper. Est-ce qu’on pouvait se tromper ? Je voulais entendre comment ils pouvaient se défendre.



*Gaçaça signifie « herbe douce », comme celle où s’assoient ces tribunaux populaires sous les arbres. Inspirés d’une tradition ancestrale, ils furent créés pour suppléer à un appareil judiciaire trop affaibli par le génocide pour pouvoir en assumer la criminalité.

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