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ISBN : 2070145336
Éditeur : Gallimard (27/03/2014)

Note moyenne : 3.88/5 (sur 37 notes)
Résumé :
"Un matin, j'étais avec Alexis. Nous avons dissimulé deux enfants sous les feuillages et nous avons cherché notre trou de vase. Les tueurs sont venus en chantant. Ils se sont approchés tout près, j'ai senti leur odeur. J'ai chuchoté à Alexis : "Cette fois, nous sommes bientôt morts." Il m'a répondu : "Ne bouge pas, je vais les feinter."
Il a hurlé le rire de la hyène. C'était très bien imité. Ils ont reculé de peur de la morsure. Mais en s'écartant de leur ch... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (12) Voir plus Ajouter une critique
TerrainsVagues
  21 février 2017
« Parfois en soirée, on se balade dans la grande rue à la découverte de ses antres urwagwa*. Quand on se sent un peu accablé par l'histoire des tueries qui hantent la région, Englebert est de ceux dont on apprécie l'humeur lunatique, les colères, la roublardise, les fulgurances joyeuses ou désespérées ».
*Bière de banane .
Jean Hatzfeld nous livre un témoignage de plus d'une victime du génocide tutsi au Rwanda en 1994. Témoignage nécessaire comme le sont ceux de ceux qui ont vécu l'impensable, l'horreur, la terreur due à l'homme. Plus jamais ça entend on régulièrement et puis à la messe du 20h entre les résultats du foot et les croisières de luxe, on nous met deux trois secondes de guerres et de massacres. On s'habitue, c'est banal, pire on s'en fout, dans un quart d'heure on sera absorbé par une débilité de plus sur TF1.
Jean Hatzfeld ne fait pas une enquête, il ne juge pas, il ne cherche pas à comprendre, il donne la parole à Englebert, fils d'agri-éleveur et victime en 1994 de la « purification » ethnique :
« Surtout, il aimait beaucoup ces deux activités, l'agriculture et l'élevage. On l'a même honoré. C'est l'ingénieur agronome de la commune de Kanzenze, un dénommé Martin, le prisonnier que tu as rencontré l'autre jour au pénitencier de Rilima, qui lui a décerné un diplôme au nom du ministère de l'Agriculture. Oui, oui, un certificat d'agri-éleveur exemplaire. Ils l'ont récompensé avec une brouette, une pioche et un jerrican, je crois. Pour que les autres cultivateurs suivent l'exemple »
Avez-vous remarqué que souvent les Africains maltraitent beaucoup moins le français que nous ? Ils utilisent les mots qu'il faut sans artifices, ils en ressuscitent d'autres . Ils font vivre la langue, ils la font chanter, ils la respectent. C'est avec cette fraîcheur de l'Afrique francophone qu'Englebert raconte son parcours à Jean Hatzfeld.
De l'insouciance de l'enfance et de l'adolescence :
« Evidemment, pendant les vacances l'agriculture nous tendait les bras. On puisait l'eau, on gardait les vaches, on semait les graines. On secondait la maman pour ramasser les haricots. On jouait à se poursuivre jusqu'à Kanazi, on se faisait des intimités avec les filles dans les brousses, on revenait boueux à six heures et on était grondés. C'était comme partout ».
Et puis très vite, dès 1963, les premiers massacres de Tutsis, dix ans plus tard en 1973 nouveaux bains de sang. Englebert ne s'étend pas sur ces périodes. Il préfère se souvenir de ses études brillantes, de la fierté d'avoir un travail, de sa famille, de la vie.
Le génocide de 1994, il va en parler à Jean Hatzfeld. Il va en parler pudiquement, sans détails morbides, juste des faits à l'état brut sans pathos.
« Ma mémoire se maintient fidèle. Je n'oublie presque rien. Est-ce que je pourrais citer les noms de mes professeurs depuis le cycle primaire et oublier les cris des femmes qu'ils éventraient à la lame pour leur arracher les bébés ? Je ne sais pas si les années gomment les souvenirs de certains rescapés, mais moi, je peux te raconter les tueries à Nyiramatuntu, étape par étape. Est-ce que ma mémoire trie les souvenirs ? Comment trier ? Ma mémoire ne trie rien sans que je ne le lui demande et je ne lui demande rien. Ca ne signifie pas qu'elle me rappelle le génocide tout le temps. Je fais aussi d'autres rêves pendant la nuit ; dans la journée je me préoccupe d'autre chose. Mais je ne cède au temps aucun détail, en tout cas pas tellement ».

Les mots me manquent pour ce billet…
Hier, avant-hier, aujourd'hui… la haine est tenace chez l'Homme. La barbarie est sans limite.
A l'heure où certains s'offusquent qu'on puisse parler de « crime contre l'humanité » à propos de la colonisation, il serait bon de se rendre enfin compte que quelque soit la discrimination, elle engendre la haine et ses conséquences.
800000 morts en 1994 au Rwanda ou un seul lynché parce qu'il n'a pas la « bonne couleur » la « bonne opinion politique » la « bonne religion » la «bonne orientation sexuelle » la « bonne tant de choses », c'est la même chose, il n'y a pas de hiérarchie dans l'innommable.
Hier, avant-hier, aujourd'hui… demain ?
Ailleurs… ici ?
Plus jamais ça.
Rêveur.
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Annette55
  19 mars 2016
Englebert est un personnage marginal, drôle, fantasque, alcoolique, bavard, hélant les passants, érudit mais perdu, errant dans la ville de Nyamata, en haillons, à travers les bars.........
Ce survivant du génocide avait tout pour réussir, comme ses frères et soeurs.........
Ils eurent la malchance de naître Tutsis au Rwanda et "la fatalité" comme l'appelle Englebert les rattrape.
Les Hutus lui ont tout pris, ses amis, sa famille, les tôles de sa maison, ses vaches.........
Il a connu les trous de boue pendant quatre semaines, la vision et l'obsession des machettes, la crasse, les poux, le sang, les croûtes , la terreur, la faim, la proximité des cadavres pourrissants.......
Humilié, paniqué, fantôme boueux, "On ne pensait plus, on n'était même plus de bons sauvages", "C'était notre existence d'animaux pouilleux dans les marais."
Englebert dont on appréciera l'humeur lunatique, les colères, la roublardise, les fulgurances joyeuses ou Désespérées s'adonnait à la lecture de l'Iliade d'Homere son livre de chevet.
D'aucuns le compareront à un philosophe en déshérence, à un sage en état de choc, en proie aux cauchemars et aux tourments de la Mémoire.
Le genocide avait transformé sa psychologie de façon qu'il ne pouvait plus résister à la boisson.
Fils de cultivateurs éclairés qui lisait les pensées de Pascal, récitait Platon, Homere,Baudelaire
Et les théorèmes trigonométriques Englebert était promis à un avenir brillant........
Vingt ans aprés le génocide, Jean Hatzfeld dont il est devenu l'ami nous brosse sa biographie et la genèse du genocide de1959 à nos jours.
Un récit net, court , tranchant, atroce, brillant et magnifique jetant une lumière crue sur la Folie des Hommes .
Pas facile mais lu d'une traite !
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kuroineko
  21 octobre 2018
Jean Hatzfeld est un journaliste connu pour ses reportages de guerre pleins de tension, qu'il s'agisse du Rwanda ou des Balkans.
Avec Englebert des collines, il revient sur les atrocités commises par les Hutus sur les Tutsis pendant le printemps 1994. Englebert est un survivant des collines de Nyamata où les bourreaux passaient leurs journées à pourchasser les fugitifs pour les massacrer à coups de machette. Pour s'en retourner le soir et célébrer un bon repas entre "collègues", comme après une bonne journée de travail.
Depuis la fin du génocide, Englebert erre dans les rues de Nyamata, vêtu de loques et s'adonnant dès que possible à la boisson. Une amitié se tisse peu à peu avec le journaliste français et il se met à raconter ces quelques semaines où chaque heure pouvait être la dernière. Il raconte les marais où il se cache et s'efforce de masquer au mieux la présence des enfants. Il raconte comment il mit en déroute des Hutus qui s'approchaient en imitant une hyène... Soulagement de les voir s'éloigner mais terrible épreuve de les voir pour le coup tomber sur un groupe de femmes et les tuer.
Derrière le personnage fantasque et souvent ivre, on découvre les cicatrices mentales qui ne peuvent définitivement se refermer. Trop d'horreur, trop de peur, trop de pertes. Pertes de membres de sa famille, de sa terre, de son troupeau, de tout.
Englebert des Collines est un ouvrage très dur à lire tant les souvenirs du survivant sont atroces. Il livre son témoignage du génocide et, comme pour la Shoah ou d'autres massacres, il est toujours difficile de comprendre pourquoi d'un jour à l'autre certains décident de tuer son voisin, parfois même sa femme en cas de mariage intertribal, parce qu'il est Tutsis, parce qu'il est juif, parce qu'il est considéré comme autre. Toujours le principe du nous contre eux. On pourrait espérer que l'humanité s'améliore et tire des leçons du passé. Force est de constater que non.
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nanek
  15 mai 2019
Je poursuis ce récit Rwandais, cette fois ci en l'écoute d'Englebert Munyambowa, petit « prince » de Nyamata.
Il se dit descendant d'un Mwami, Yuhi Mazimpaha, roi tutsi aussi généreux que fou alcoolique, conteur émérite et donc aimé de ses sujets pour cela.
La causerie sur les différentes vies d'Englebert parcourt le fil tenu qui le fait avancer vers l'âge sage où il dit toujours s'étonner de la vie.
Sa jeunesse dans une famille de cultivateurs et d'éleveurs. Leurs vaches, leur parcelle.
, puis l'hébergement coutumier chez sa grand-mère.
Sa scolarité exemplaire, lui, ses frères et sa soeur mais les désillusions aux premiers pogroms. Des études de médecine avortées en raison de l'établissement de quotas ethniques. Son secondaire à Douala au Cameroun.
Vint le génocide, les courses folles dans les marigots, les caches et les choix individuels pris pour ne pas mourir. Survivre jour après jour, caché en journée, comptant les morts le soir avec les rescapés, jusqu'au lendemain.
La boisson l'accompagne depuis le génocide, quotidienne. Des tentatives pour travailler à Kigali mais un retour à la parcelle familiale où il continue de survivre, vingt ans après. Il se fait héberger chez Marie-louise qui s'occupe d'un orphelinat depuis les tueries.
Lettré, il s'improvise écrivain public, gagne par sympathie ou aumône de quoi épancher par la boisson ses reviviscences post-traumatiques. Déambulant sur les lieux où il a connu bonheurs et horreurs, ses proches disparus le rattrapent en rêves. Pas de colère pour cet homme mais des rencontres pour discuter de choses profondes ou futiles.
Récit entre passé, présent et incertitudes quant au futur. Fausse légèreté du survivant qui semble fuir perpétuellement le besoin d'être consistant.
Encore merci à Jean Hatzfeld qui au décours de ses nombreux récits donne corps et âmes à tous ces individus fauchés par une folle puissance collective.
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simeon
  21 mai 2014
Vingt ans après le génocide Tutsi, Jean Hatzfeld rentre dans la peau de Englebert pour nous en faire sa biographie. Personnage marginal cultivé, alcoolique, drôle et très sociable, il déambule dans les rues de Nyamata ou tout le monde le connait et le respecte.
Le génocide va nous être conté de l'intérieur, de sa gestation jusqu'à nos jours ou les survivants sont encore en état de choc et doivent vivre avec ça au coté des Hutus.
La narration est celle de se personnage érudit mais marqué et perdu qui errre dans la ville à travers les bars, un survivant qui avait tout pour être heureux, une famille, des études en France, des amis. Il a tout perdu, ne lui restent que ses souvenirs qu'il aimerait oublier mais qui lui collent à la peau.
Récit magnifique, ton juste, expérience humaine et historique à découvrir absolument.
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critiques presse (2)
LaLibreBelgique   04 juillet 2014
Jean Hatzfeld raconte le poignant récit d’Englebert, rescapé du génocide.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Bibliobs   25 avril 2014
Jean Hatzfeld est retourné au Rwanda. Il en a rapporté un bref chef-d'oeuvre: "Englebert des collines".
Lire la critique sur le site : Bibliobs
Citations et extraits (13) Voir plus Ajouter une citation
TerrainsVaguesTerrainsVagues   20 février 2017
Je me suis rendu à des procès gaçaça* parce que la plupart des gens qu’on y amenait, je les connaissais. Il y avait ceux qui avaient pris la machette et qui avaient été relâchés, et ceux qui n’avaient pas été relâchés et ceux qui n’avaient pas été emprisonnés un seul jour bien qu’ils aient coupé à s’en casser les bras. Ceux qui avaient saisi la machette sans toutefois couper. Est-ce qu’on pouvait se tromper ? Je voulais entendre comment ils pouvaient se défendre.

*Gaçaça signifie « herbe douce », comme celle où s’assoient ces tribunaux populaires sous les arbres. Inspirés d’une tradition ancestrale, ils furent créés pour suppléer à un appareil judiciaire trop affaibli par le génocide pour pouvoir en assumer la criminalité.
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ay_guadalquiviray_guadalquivir   08 septembre 2014
16 avril. Début des chasses organisées dans les marais et les forêts, ou se sont réfugiés les Tutsis.
14 mai. Arrivée sur les collines du FPR qui va chercher les survivants dans les marais. Cinquante mille cadavres sur une population tutsie de cinquante-neuf mille jonchent les églises, les marais et les forêts.
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naneknanek   12 mai 2019
Arrivées dans les marécages, les mamans allaient cacher loin dans les papyrus les tout-petits. C'était à elle de les couvrir de feuilles et de boue et de leur distribuer des recommandations. Il leur fallait changer d'endroit chaque matin pour ruser, surtout si les pieds avaient laissé des empreintes dans la boue séchée. Nous, nous factions les enfants qui n'avaient plus de parents. Moi ,j'évitais de me cacher près d'eux. C'était trop risquant. Ils pouvaient pleurer à tout moment à cause de la vase. Je me tenais à l'écart, je cherchais des cachettes solitaires.
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Annette55Annette55   19 mars 2016
"Jamais on ne se querellait. ........On ne discutait de rien.Discuter de quoi?De haine des autres? On était trop bousculés pour s'y intéresser.De la mort?
On se préparait à être tués le lendemain.........On s'attendait tout le temps à mourir , on ne trouvait
Rien à ajouter. "
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CCocoCCoco   17 août 2014
Autrefois, je racontais des blagusdu matin au soir. Mais le temps passe, des choses se sont passées qui m'ont prélevé de la gaieté. Ce n'est plus aussi naturel qu'auparavant. Mais j'aime les gens qui me parlent bien. ils sourient, je souris. Ils me montrent qu'ils sont gentils ; dans mon for intérieur, ça me donne de la joie.
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