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Note moyenne 3.99 /5 (sur 376 notes)

Nationalité : France
Né(e) à : Provins (Seine-et-Marne) , le 04/01/1914
Mort(e) à : Sèvres (Hauts-de-Seine) , le 09/01/2007
Biographie :

Jean-Pierre Vernant est un historien et anthropologue français, spécialiste de la Grèce antique et plus spécialement des mythes grecs.

Il entreprend des études de philosophie et est reçu premier à l'agrégation, dans cette discipline, en 1937. Adhérant aux Jeunesses communistes, il entre dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale : il rejoint le réseau Libération-Sud, fondé par Emmanuel d'Astier de la Vigerie.

Par la suite, il commande les Forces françaises de l'intérieur de Haute-Garonne sous le pseudonyme du « colonel Berthier » où il commande les frères Angel qui libèrent André Malraux. Il est Compagnon de la Libération.

Après la guerre, il demeure au sein du Parti communiste français et le quitte en 1969. En 1960 il est signataire du Manifeste des 121 c'est-à-dire la Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie. Il est membre du comité de parrainage de la Coordination française pour la Décennie de la culture de paix et de non-violence.

Il soutient, depuis sa création en 2001, le fonds associatif Non-Violence XXI. Il renonce à sa carrière universitaire pour reprendre l'entreprise de presse que son père avait fondée à Provins à la fin du XIXe siècle

Influencé par Louis Gernet, il se tourne vers l'anthropologie de la Grèce antique quand il entre au CNRS, en 1948. Dix ans plus tard, il devient directeur d'études à l'EPHE (VIe section). Spécialiste de la Grèce antique, il s'est souvent exprimé sur ce qu'il y a de commun mais aussi de différent entre les Grecs et l'Occident moderne, notamment en ce qui concerne la pratique de la démocratie. Il était professeur honoraire au Collège de France.

Le 23 octobre 2006, Jean-Pierre Vernant a souhaité donner sa dernière conférence, sur l'Odyssée, au lycée Le Corbusier, à Aubervilliers, dans le cadre des «Lundis du Collège de France».

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Le choix des libraires. Rencontre avec Xavier Moni, libraire parisien de la librairie « Comme un roman » dans le IIIe arrondissement de la capitale. Avec lui partagez une sélection d'ouvrages, de « Comme un roman » de Daniel Pennac à « Laëtitia » d'Ivan Jablonka en passant par « L'Univers, les dieux, les hommes » de Jean-Pierre Vernant.

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Citations et extraits (62) Voir plus Ajouter une citation
VelvetCandy   04 mai 2021
L'Individu, la mort, l'amour. Soi-même et l'autre en Grèce ancienne de Jean-Pierre Vernant
Dans la vie quotidienne des Anciens le miroir est par excellence chose de femmes. Il évoque le rayonnement de leur beauté, l'éclat de leur séduction, le charme de leur regard, de leurs cheveux bouclés, de leur teint délicat. Les femmes l'utilisent pour se voir, se connaître en se dévisageant. Se mirer c'est projeter sa propre face devant soi, en vis-à-vis, se dédoubler en une figure qu'on observe comme on le ferait d'un autre, en sachant qu'il s'agit de soi.
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VelvetCandy   04 mai 2021
L'Individu, la mort, l'amour. Soi-même et l'autre en Grèce ancienne de Jean-Pierre Vernant
Pourtant, sur le miroir du temple, la face des vivants s'enténèbre ou s'efface. Le fidèle qui, sur le départ, s'y regarde, se voit, non tel qu'il est, mais tel qu'il sera quand il aura quitté la lumière du soleil pour gagner le pays des morts : ombre obscure, brouillée, indistincte, tête encapuchonnée de nuit, spectre désormais sans visage, sans regard.
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VelvetCandy   04 mai 2021
L'Individu, la mort, l'amour. Soi-même et l'autre en Grèce ancienne de Jean-Pierre Vernant
Si la vision de ces monstres est insoutenable c'est que mêlant, dans leur faciès, l'humain, le bestial, le minéral, elles sont la figure du chaos, du retour à l'informe, à l'indistinct, à la confusion de la Nuit primordiale : le visage même de la mort, de cette mort qui n'a pas de visage.
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bartholomew   11 décembre 2010
Mythe et pensée chez les Grecs de Jean-Pierre Vernant
La naissance de la philosophie apparaît donc solidaire de deux grandes transformations mentales: une pensée positive, excluant toute forme de surnaturel et rejetant l'assimilation implicite établie par le mythe entre phénomèmes physiques et agents divins; une pensée abstraite , dépouillant la réalité de cette puissance de changement que lui prétait le mythe, et récusant l'antique image de l'union des opposés au profit d'une formation catégorique du principe d'identité.
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lafilledepassage   19 juin 2020
L'univers, les dieux, les hommes. Récits grecs des origines de Jean-Pierre Vernant
Aujourd’hui encore, un poème n’a d’existence que s’il est parlé : il faut le connaitre par cœur et, pour lui donner vie, le réciter avec les mots silencieux de la parole intérieure.
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Piling   11 janvier 2010
L'Individu, la mort, l'amour. Soi-même et l'autre en Grèce ancienne de Jean-Pierre Vernant
Un monde divin multiple, divisé par conséquent au-dedans de lui-même par la pluralité des êtres qui le composent ; des dieux dont chacun, ayant son nom propre, son corps singulier, connaît une forme d'existence limitée et particulière : cette conception n'a pas manqué de susciter, dans certains courants religieux marginaux, dans des milieux de sectes et chez des philosophes, interrogations, réserves ou refus. Ces réticences, qui se sont exprimées de façons fort diverses, procèdent d'une même conviction : la présence du mal, du malheur, de la négativité dans le monde tient au processus d'individuation auquel il a été soumis et qui a donné naissance à des êtres séparés, isolés, singuliers. La perfection, la plénitude, l'éternité sont les attributs de l'Être totalement unifié. Toute fragmentation de l'Un, tout éparpillement de l'Être, toute distinction de parties signifient que la mort entre en scène avec l'apparition conjointe d'une multiplicité d'existences individualisées et de la finitude qui nécessairement borne chacune d'elle. Pour accéder à la non-mort, pour s'accomplir dans la permanence de leur perfection, les dieux de l'Olympe devraient donc renoncer à leur corps singulier, se fondre dans l'unité d'un grand dieu cosmique ou s'absorber dans la personne du dieu morcelé, puis réunifié par Apollon, du Dionysos orphique, garant du retour à l'indistinction primordiale, de la reconquête d'une unité divine qui doit être retrouvée, après avoir été perdue.



En rejetant catégoriquement cette perspective pour placer l'accompli, le parfait, l'immuable, non dans la confusion de l'unité originelle, dans l'obscure indistinction du chaos, mais à l'inverse, dans l'ordre différencié d'un cosmos dont les parties et éléments constitutifs se sont peu à peu égarés, délimités, mis en place et où les puissances divines, d'abord incluses dans de vagues forces cosmiques, ont pris, à la troisième génération, leur forme définie et définitive de dieux célestes, vivant dans la lumière constante de l'éther, avec leur personnalité et leur figure particulières, leurs fonctions articulées les unes aux autres, leurs pouvoirs s'équilibrant et s'ajustant sous l'autorité inébranlable de Zeus, la Théogonie orthodoxe d'Hésiode donne à la nature corporelle des dieux son fondement théologique : si les dieux possèdent plénitude, perfection, inaltérabilité, c'est qu'au terme de ce progrès qui a conduit à l'émergence d'un cosmos stable, organisé, harmonieux, chaque personne divine a désormais son individualité clairement fixée.
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luocine   03 mars 2011
L'univers, les dieux, les hommes. Récits grecs des origines de Jean-Pierre Vernant
Ulysse ne résiste pas au plaisir de la vantardise et de la vanité. Il lui crie : "Cyclope, si on te demande qui a aveuglé ton œil, dis que c’est Ulysse, fils de Laërte, Ulysse d’Ithaque, le pilleur de ville, le vainqueur de Troie, Ulysse aux mille tours ?" Naturellement, quand on crache en l’air, cela vous retombe sur le nez.
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luocine   03 mars 2011
L'univers, les dieux, les hommes. Récits grecs des origines de Jean-Pierre Vernant
Les histoires concernant Dionysos prennent un sens un peu particulier quand on réfléchit à cette tension entre le vagabondage, l'errance, le fait d'être toujours de passage, en chemin, voyageur, et le fait de vouloir un chez-soi, où l'on soit bien à sa place, établi, où l'on ait été plus qu'accepté: choisi.
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Piling   11 janvier 2010
L'Individu, la mort, l'amour. Soi-même et l'autre en Grèce ancienne de Jean-Pierre Vernant
La grâce, la kháris qui fait briller le corps d'un éclat joyeux et qui est comme l'émanation même de la vie, le charme qui incessamment s'en dégage – la kháris, donc, en tout premier, mais avec elle la taille, la carrure, la prestance, la vélocité des jambes, la force des bras, la fraîcheur de la carnation, la détente, la souplesse, l'agilité des membres,– et encore, non plus visibles à l'œil d'autrui mais saisis par chacun au-dedans de lui-même dans son stéthos, son thumós, ses phrénes, son nóos, la fortitude, l'ardeur au combat, la frénésie guerrière, l'élan de la colère, de la crainte, du désir, la maîtrise de soi, l'intellection avisée, l'astuce subtile – telles sont quelques-unes des "puissances" dont le corps est dépositaire, qu'on peut lire sur lui comme les marques attestant ce qu'est un homme et ce qu'il vaut.



Plutôt que comme la morphologie d'un ensemble d'organes ajustés, à la façon d'une planche anatomique, ou que la figure des particularités physiques propres à chacun, comme dans un portrait, le corps grecs, aux temps anciens, se donne à voir sur le mode d'un blason faisant apparaître, en traits emblématiques, les multiples "valeurs" – de vie, de beauté, de pouvoir – dont un individu se trouve pourvu, dont il est titulaire et qui proclame sa timé : sa dignité et son rang. Pour désigner la noblesse d'âme, la générosité de cœur des hommes les meilleurs, les áristoi, le grec dit kalòs kàgathos, soulignant que beauté physique et supériorité morale n'étant pas dissociables, la seconde se peut évaluer au seul regard de la première. Par la combinaison de ces qualités, puissances, valeurs "vitales", qui comportent toujours, par leur référence au modèle divin, une dimension sacrée et dont le dosage varie suivant les cas individuels, le corps revêt la forme d'une sorte de tableau héraldique où s'inscrit et se déchiffre le statut social et personnel de chacun : l'admiration, la crainte, l'envie, le respect qu'il inspire, l'estime où il est tenu, la part d'honneurs auxquels il a droit – pour tout dire, sa valeur, son prix, sa place dans une échelle de "perfection" qui s'élève jusque vers les dieux campés en son sommet et dont les humains se répartissent, à divers niveaux, les étages inférieurs.
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pvd   26 août 2014
L'univers, les dieux, les hommes. Récits grecs des origines de Jean-Pierre Vernant
Le retour de Dionysos chez lui, à Thèbes, s'est heurté à l’incompréhension et a suscité le drame aussi longtemps que la cité est demeurée incapable d'établir le lien entre les gens du pays et l'étranger, entre les sédentaires et les voyageurs, entre sa volonté d'être toujours la même, de demeurer identique à soi, de se refuser à changer, et, d'autre part, l'étranger, le différent, l'autre. Tant qu'il n'y a pas possibilité d'ajuster ses contraires, une chose terrifiante se produit : ceux qui incarnaient l'attachement inconditionnel à l'immuable, qui proclamaient la nécessaire permanence de leurs valeurs traditionnelles face à ce qui est autre qu'eux, qui les met en question, qui les oblige à porter sur eux-mêmes un regard différents, ce sont ceux-là mêmes, les identitaires, les citoyens grecs sûrs de leurs supériorité, qui basculent dans l'altérité absolue, dans l'horreur et le monstrueux.

(....) Comme si, dans la mesure ou un groupe humain refuse de reconnaitre l'autre de lui faire sa part, c'est ce groupe lui même qui devenait monstrueusement autre.



Dionysos à Thèbes
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