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ISBN : 1718957653
Éditeur : CreateSpace Independent Publishing Platform (15/05/2018)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
2063, Fauve arrachée à son père est détenue dans un centre éducatif. Un monde autoritaire où les sentiments et émotions ont disparu, et où les conditions ambiantes d’existence sont devenues hostiles à la survie de l’espèce humaine.

2027, les évènements politiques qui ont conduit Mégane à fuir à la campagne où les résistants tentent de sauver les graines : la vie de l’humanité.

Fauve découvre en lisant le manuscrit de sa grand-mère... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Philochard
  03 mars 2019
La grosse lecture hivernale au coin du feu aura été 2063 - Sélection naturelle, copieux roman d'anticipation de Magali Cervantès, avec la bruyante contestation sociale de l'actu en toile de fond (... jaune). Parallèle troublant, et je me demande bien ce que fera fleurir le printemps qui commence à darder…
Il est des livres qui ne laissent pas indifférent et qu'on voudrait savoir chroniquer sans sérotonine pour rester à hauteur de leur intensité. Jack London et George Orwell en exergue donnent le ton. le roman de Magali Cervantès se lit – se vit - comme un virulent pamphlet anti-capitaliste, une ode parfois exaltée aux vertus de l'insoumission et, disons-le, un quasi-programme idéologique. L'autrice nous entraîne dans une littérature engagée, plus démonstrative qu'ironique, plus martelante que mordante. Il faut avouer que le contenu peut agacer autant qu'enthousiasmer, selon son positionnement dans l'éventail politique. Une absence de neutralité assumée de bout en bout, jusque dans le ressenti des héroïnes : « Elle comprend que la vie n'est intéressante que dans l'adversité. Que c'est la vie rude, âpre et combative de sa grand-mère qui lui avait aussi apporté son intérêt. Que ce sont les luttes qui avaient fait palpiter son coeur. ».
Dans ce roman dystopique solidement charpenté, l'on en apprend beaucoup – surtout pour un béotien comme mézigue - sur le rôle de la vitamine A et du sélénium dans le corps, ou encore sur la protéide. Appuyé sur cette documentation scientifiques et par la voix des personnages - notamment le dénommé Tanguy -, la fiction vire à l'essai sociologique et la profession de foi politique. Profondément sincère, l'écriture peut libérer des accents colériques. L'autrice en a sur le coeur, sa plume vitupère contre l'extrême-droite, l'agriculture productiviste, l'aliénation par le salariat, la marchandisation du monde, les réseaux sociaux - véritable espace de lynchage - , les jeux virtuels et sa délation valorisée… bref, tout ce qui compose « la violence inouïe du capitalisme », de même que l'intervention de l'État qui sert les intérêts des puissants. Sur l'obligation morale du vote, Magali Cervantès ne mâche d'ailleurs pas ses mots. Un professeur du centre Formata fait ainsi son cours d'éducation civique : « La liste des abstentionnistes fut publiée sur tous les réseaux sociaux informatiques où à l'époque les gens se retrouvaient pour échanger des mots, des images, des opinions ou des humeurs, et dans la presse afin de fustiger ceux par qui le malheur et la haine étaient advenus, ceux qui, par inconscience ou par bêtise, avaient livré le pays et l'humanité à ce qu'elle avait de pire, provoquant un océan de rage parmi la population qui ne manqua pas de régler ses comptes avec tous ceux qui avaient manqué à leur devoir ». L'autrice affiche un franc soutien aux abstentionnistes, zadistes, bio-écologistes et autres partisans de la démocratie locale directe . Sans que le mot soit écrit, M. Cervantès livre un authentique plaidoyer pour la décroissance. le lecteur curieux de Serge Latouche apprécie, mais l'amateur d'histoire se froisse quelque peu lorsque une pointe de nostalgie envers les civilisations antiques écorne un peu hâtivement le Moyen Âge... qui n'était pas si mal en terme de permaculture, avant les ravages sociaux et écologiques de la Révolution industrielle. Décroissant dans son essence, le roman prend en même temps fait et cause pour la classe ouvrière, s'appliquant à montrer l'implacable logique destructrice de la mécanisation-robotisation poussée à l'extrême qui, loin de soulager l'humain, le dépossède de sa dignité. « Tout comme le coquelicot dont la fécondation ne dépendait pas du travail des abeilles, mais du hasard et du vent, l'ouvrier avait cessé de produire des graines ». L'autrice distingue le “travail” - consenti et détenu par l'individu, donc épanouissant pour lui -, du “salariat” - tâche subie pour le profit d'une oligarchie dominante. Il est évident que la classe inférieure dans le roman ressemble à notre actuelle middle-class consumérisée. 2063, c'est un monde binaire avec ses néo-prolétaires et ses néo-bourgeois. Mais le discours marxo-prolétarien est-il compatible avec les revendications écologiques ? On pourrait me rétorquer : lorsque le ciel révolutionnaire flamboie, le rouge et le vert ne s'épousent-il pas ? Les épousailles actuelles ressemblent plutôt à un divorce. de son côté, notre professeur-formateur en profite pour renchérir : « L'Histoire nous montre combien il est primordial de nous protéger de tous les virus révolutionnaires, de tous ceux qui refusent l'ordre établi. L'Histoire nous enseigne combien la liberté revendiquée égoïstement est source de chaos. L'implantation de cette puce est au contraire garante de paix ». Mais qu'adviendrait-il de ceux qui refuseraient la formidable société libertariste née d'une grande révolution mondiale ? Ah diable, c'est irritant quand même de se poser autant de fichues questions contradictoires...
Je l'avoue. D'instinct sceptique envers toute littérature dite “engagée”, j'ai été moins captivé par les développements politisés inclus dans la narration ou contenus dans les confidences écrites des personnages . Peut-être trop péremptoires à mon goût – ‘ou de l'inutilité de prêcher un convaincu'. Je l'ai été davantage par les passages liés à l'intimité et aux questionnements des deux principales héroïnes. Les allers et retours entre deux dates, à trente-six ans d'intervalles, confirme cette empathie de l'autrice de la Soupe aux crocodiles pour des femmes dont le combat est surtout quotidien, en marge des dogmes idéologiques. le cheminement intérieur de chaque personnage, leurs doutes, injectent une belle humanité à ce roman. Ces deux destins séparés par le temps se croisent pourtant de bien des façons : il y a la jeune Fauve en 2063 et sa grand-mère Mégane en 2027, dont le monde ressemble furieusement (c'est le cas de le dire, avec une scène apocalyptique digne de la Saint-Barthélémy…) au nôtre. Mais probablement est-ce le même… Deux générations plus tard, Fauve évolue dans une société totalitaire, eugénique, sexuellement sélective, dans un monde à la fois superlatif et moins diversifié, écrasant et affadi, épuré des bactéries : « Nous avons éliminé tous nos prédateurs, en particulier les plus dangereux pour nous, les micro-organismes : les bactéries et les virus » et du pire des virus : les sentiments, notamment ceux de la révolte et de l'indignation. le darwinisme est ainsi poussé au paroxysme : « Nous avons fait avec la sélection artificielle ce que fait la nature avec la sélection naturelle. Nous avons repoussé les variations les plus nuisibles pour conserver et accumuler les plus utiles. » Fauchées les mauvaises herbes, éradiqués les mauvais esprits ! le monde parfait où tout n'est que rendement efficace, où les abeilles croisées avec les coccinelles sont devenues noires à pois rouges, ce monde-là en osmose avec la loi de l'univers n'admet plus aucune friche. Les noms des fleurs ne sont plus affublés qu'à d'immenses stations pyramidales. Mais les nouveaux maîtres jardiniers sont vigilants : ils éduquent. le centre Formata a pour objectif de « surveiller les signes d'insatisfaction, de frustration, de rancune et de rancoeur qui pourraient être les prémisses de la germination de graines de révolutionnaires ». Et la littérature dans tout ça, ne serait-elle pas justement l'expression de ces frustrations, rancunes et rancoeurs ? On pense au reconditionnement d'Alex dans Orange Mécanique, dont les pulsions violentes sont techniquement jugulées. de fait, M. Cervantès fait une déclaration d'amour, sincère et joliment désespérée, aux livres tout au long du sien.
Amour de l'écriture, également. Mégane se dévoile dans des lettres. L'évolution intérieure des personnages se fait dans un rapport au monde qui impose des prises de conscience. Ce retour à l'individuation m'a semblé prendre quelque peu le pas sur le combat collectif. La révolution passe par l'esprit et l'unicité de celui-ci. La plume - celle de l'autrice - s'apaise alors, se fait poétique, gagne – paradoxalement ? – en force de conviction. La critique plus implicite fait mouche, sans banderole, plus sûrement qu'un long meeting politique. le récit renoue avec la pure littérature, laissant quelque peu (mais les fortifiant du même coup) ses revendications et s'attachant plus directement aux êtres : « Mégane est une solitaire. Elle a besoin d'un endroit à elle qu'elle pourra décorer à son gré , pour se sentir chez elle. Elle ne dit pas à Tanguy que la vie dans la grande maison est pour elle bien souvent pesante. […] Elle lui dit qu'elle veut pouvoir se lever le matin sans avoir à parler, elle lui dit qu'elle veut pouvoir écrire au premières heures du jour comme de la nuit, elle lui dit qu'elle veut pouvoir ne pas manger, si cela lui chante. […] Elle veut surtout échapper au regards de Tanguy […] pouvoir pleurer quand elle le désire. Elle veut pouvoir se vautrer dans le chagrin, elle veut pouvoir disparaître dans la mélancolie pour mieux en revenir. Elle veut surtout pouvoir écrire. » L'affirmation – même silencieuse - de l'individu face au formatage généralisé, voire aux simples obligations grégaires -, et l'existence – même voilée – de sa liberté fondamentale et d'une sensibilité propre, en disent plus - et mieux - que n'importe quelle démonstration enfiévrée. Monet et ses coquelicot n'auraient évidemment pas plus leur place dans un univers formaté, encadré, surveillé - avec visite obligatoire par le Ministère du Contrôle émotionnel. Et avec eux le vagabondage poétique et le libre ressenti. M. Cervantès tient là une vraie belle idée d'autrice, forte et métaphorique : l'évocation du gentil (et sauvageon !) coquelicot, comme un leitmotiv tout au long du récit – ce qui m'a fait irrémédiablement penser à la couleur rouge utilisée par Spielberg dans La liste de Schindler, film tourné en noir & blanc. Chez M. Cervantès, la petite papavéracée rouge vif est maquisarde : « Par endroit , quelques coquelicots se dressent, là où on ne les attend pas, dans les gravillons au détour d'un chemin, sur les flancs d'une paroi rocheuse, au pied d'un mur, leurs pétales d'un rouge sang frémissant dans le vent. » Elle devient le symbole du combat des rebelles dans le roman et du message de la romancière. « Mon coquelicot, qui confie le transport de ses graines au hasard et au vent, a choisi de résister en cessant de produire des graines. J'y vois le plus mauvais et le plus heureux des présages ! »
Un monde mieux cultivé, par l'esprit et par la terre, certes, mais reste à savoir si cette utopie harmonieuse ne serait pas à son tour un ensemble totalitaire où chacun serait lié à tous et le tout à l'unité. « Notre résistance est de sauver les graines et de les conserver ». Orwellien dans sa moelle, le roman délivre, dans quelques-unes de ses dernières pages, une tonalité à la Germinal.
Le printemps arrive, disais-je. Espérons qu'il ne soit pas pourri.
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sonfiljuliesuit
  31 août 2018
Avec ce titre l'auteur Magali Cervantes change complètement de registre et je dois dire qu'elle arrive à merveille à donner corps à un récit dystopique très crédible.
Comme le titre l'indique, nous sommes en 2063, un bond de 45 ans dans un futur complètement hermétique aux sentiments... Ces sentiments qui sont l'essence même de l'être humain.
Même si l'intrigue semble profiler un futur hostile à l'Homme, avec des émotions annihilées, on ne peut ignorer la nature humaine, où le cerveau est notre moteur. Faire disparaître les émotions semble être une chose simple, cloisonner les gens en les étudiants, les façonnant pour en faire des marionnettes malléables à souhait ! Mais c'est sans compter, sur l'organe qui fascine le plus... le cerveau ! Ce cerveau qui décide de déjouer les plans tout tracés de l'élite qui décide...
Fauve est dans un centre éducatif, mais à travers ses rêves, sa curiosité va la pousser à chercher les origines de son monde en 2063, un monde autoritaire où l'être humain n'a plus le droit de choisir.
L'auteur arrive à construire un univers très réaliste, qui par moment trouve écho dans notre monde, à travers ses deux personnages attachants et bien construits. Fauve en 2063 et Mégane en 2027, chacune lutte à sa manière, pour la vérité.
A travers le journal de sa grand-mère Fauve va ouvrir les yeux et comprendre que la vérité est falsifiée.
La révolte jalonne le texte de Magali Cervantès, une révolte contre le système qui nous ment... Qui nous manipule... Et dont les effets, sur les masses est destructeur. La préservation de l'espèce humaine n'est pas un jeu et cela commence par une prise de conscience.
L'auteur nous entraine dans son univers où les chapitres s'imbriquent parfaitement, puisqu'elle dilue les informations au fil de l'eau et au fil de la découverte par Fauve du carnet de sa grand-mère.
Une plume toujours travaillée et qui démontre bien que l'auto-édition recèle des talents méconnus et qui méritent d'être dans la lumière.
Je dois dire, que ce genre sied parfaitement à l'auteur, que j'ai eu le plaisir de découvrir dans un thriller-psychologique très agréable. J'espère qu'elle renouvellera l'expérience car j'ai apprécié cette lecture parsemée de dystopie, d'écologie et où la politique a pris le pas sur le tout...
L'auteur livre une réflexion très intéressante sur un futur qui ne semble pas dénué de sens... Si aucun changement n'est fait...
https://julitlesmots.com/2018/08/31/2063-selection-naturelle-de-magali-cervantes/
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