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EAN : 9782221240373
752 pages
R-jeunes adultes (28/11/2019)
4.15/5   301 notes
Résumé :
L'espèce humaine disparaîtra dans 255 heures.
Les pires prédictions climatiques se sont réalisées, le Grand Effondrement a eu lieu et presque toutes les espèces animales se sont éteintes. Les derniers Humains se sont réfugiés dans les dernières Terres : un archipel rocailleux surgi des glaces, où ils survivent dans des cités-royaumes éparses. Accaparés par la lutte pour les maigres ressources, ils ignorent que l'ultime cataclysme est sur le point de balayer ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (110) Voir plus Ajouter une critique
4,15

sur 301 notes

Kittiwake
  11 juillet 2020
Nous sommes sur terre, mais dans des territoires reculés et peu identifiables selon nos repères géographiques du 21è siècle. Les humains survivants s'y sont regroupés, en quelques communautés qui bien sûr ne pensent qu'à lutter les unes contre les autres. Quant aux conditions de vie, sans animaux et sans végétation, détruits il y a bien longtemps par la folie et l'inconscience des ancêtres, elles sont extrêmement difficiles. Ce sont les algues qui constituent la matière première pour l'alimentation les vêtements ou les produits cosmétiques.
La société a conservé des codes anciens, divisée en castes, des travailleurs parias, les suants , aux apex, l'élite de mutants qui contrôle le tout.
La jeune Astréa, du nom de son animal totem, l'étoile de mer, gravée sur sa peau, bêche sans fin les algues nauséabondes , jusqu'à ce que son frère, pressentant une catastrophe sur la chantier s'en prenne au crachant (le surveillant) et se retrouve prisonnier. Astréa part sur ses traces.
Pendant ce temps le prince héritier déchu, car unijambiste, Océrian, s'échappe du palais avant qu'on ne le contraigne à prendre la route pour épouser la fille d'un ennemi dont il faut se faire un allié.
C'est le début d'un itinéraire éprouvant à travers des paysages désertiques et sous un soleil meurtrier, pour une bande de suants accompagnée d'un otage de marque…
C'est un roman d'aventure, et d'amour, sur fond de désespoir, devant l'état de cette planète exsangue et promise à une destruction totale (chaque chapitre est un compte à rebours et le titre ne laisse guère d'espoir)
Fort bien conté, et très imaginatif, on prend plaisir à voir l'évolution des sentiments entre la jeune plébéienne et le prince aux cheveux mauves.
J'ai beaucoup appréciera le passage où les fuyards se retrouvent chez un médecin à la retraite , qui collectionne les livres et les objets du passé. C'est l'occasion de se délecter de superbes poèmes de Baudelaire.
Un très beau roman de littérature jeunesse.
Lien : https://kittylamouette.blogs..
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Lesperanza
  15 novembre 2020
Après avoir récemment terminé "Phobos" de Victor Dixen, je suis tombée sur "Extincta" à la bibliothèque, peu de temps avant l'annonce du reconfinement. La belle couverture m'a fait de l'oeil et le résumé m'a intrigué et donné envie. Ayant déjà lu "Animale" et "Phobos", je savais que j'avais des chances d'aimer ce livre.
Et autant le dire de suite, mais j'ai beaucoup aimé !
On est plongé dans un monde bien éloigné de notre époque actuelle. Ce monde est tellement différent du nôtre qu'on pourrait avoir l'impression que c'est de la fantasy !
Très vite, j'ai plongé dans cet univers ravagé par les conséquences écologiques. Tout au long de la lecture, nous avons un compte à rebours qui ne fait qu'augmenter la tension et le stress chez nous lecteur.
J'ai adoré parce que ce livre nous fait prendre conscience qu'en tant qu'êtres humains du XXIème siècle, nous sommes encore dans la possibilité de faire bouger les choses. On PEUT changer les choses et prendre plus de mesures pour l'environnement. Et ce livre, quelque part, c'est une claque. Vraiment. J'ai aimé ce message environnemental, qui était déjà passé dans "Phobos". A part que, là, c'est un sujet clé du roman, puisque le monde dans "Extincta" est brisé à cause des conséquences de nos actes, nous êtres humains vivant au XXIème siècle.
Ayant 15 ans, je fais partie de cette génération qui va vraiment devoir faire face aux conséquences du réchauffement climatique et des problèmes environnementaux. Cette cause qui est l'environnement me touche énormément. Je ne dis pas que je suis la personne la plus écolo du monde, mais je me sens immensément concernée et j'en suis bien consciente : je veux que les choses changent et que les gens se rendent compte de la gravité de la situation. Parce que sinon... lisez Extincta pour comprendre où cela peut nous mener.
La situation est clairement peu enviable, comme beaucoup de récits post-apocalyptique. La Terre en est à un stade inimaginable, les ressources que nous avons aujourd'hui en 2020 sont disparues depuis longtemps. Durant le récit, nous suivons deux personnages : Astréa et Océrian (note : j'adore le nom des personnages d'ailleurs, je trouve ça incroyablement stylé :)), issus de deux milieux opposés, et pourtant victimes tous les deux d'injustice au début du roman. J'ai très vite eu beaucoup d'empathie pour les deux.
J'ai adoré le passage où nos personnages rencontrent Hippocampos ; quand ce dernier parle d'objets ("chats", "livres", "bibliothèque", "docteur"), et cite des grands noms tels que "Baudelaire", "Molière" ou les "soeurs Brontë". Ces références m'ont fait sourire... elles paraissent si lointaines quand on est dans l'époque du livre ! N'empêche que c'est passionnant, comment il tente de comprendre une époque révolue depuis longtemps ! J'avais envie d'entrer dans le roman, apparaitre devant eux et tout leur raconter en détails sur le XXIème siècle...
Bref ! C'était tout simplement un livre magnifique que je suis très heureuse d'avoir découvert ! Je n'ai pas eu de coup de coeur pour les personnages (même si j'ai beaucoup aimé Astréa !), c'est pour cela que j'ai mis 4/5, mais ça reste une histoire incroyable au sujet important !
A lire de toute urgence :)
Je conclus cette critique avec des mots que j'ai lu dans la courte présentation de l'auteur, et qui m'ont profondément heurté : « Alors que le climat se dérègle dangereusement et que la sixième extinction de masse a commencé, Victor Dixen imagine le pire des futurs - celui que nous, humains du XXIème siècle, pouvons encore éviter... »
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Patience82
  10 avril 2021
La fin du monde est proche. tout au moins, la fin de l'humanité. le réchauffement climatique a gagné, les animaux ont quasiment tous disparus. Dans cette ambiance de survie, le peu de population qu'il reste a perdu toutes ses connaissances scientifiques, sociales et culturelles. le mode de vie est revenue au Moyen-Age dans cet environnement hostile, les castes ont repris le dessus : les Suants travaillent, les Crachants surveillent les travailleurs, les Saignants combattent, les Pleurants prient et pleurent sur les péchés passés et la Apex, caste de mutants, règnent.
Astréa, jeune Suante aspirant à rejoindre les pleurants, se retrouve à partir à la recherche de son frère qui va être exécuté pour avoir attaqué un crachant. Elle est prise entre deux feux : sa loyauté envers leur mode de vie, le respect qu'elle a des croyances et l'amour qu'elle a pour son frère, pour lequel elle a aussi de plus en plus de soupçon quant à son respect des lois.
On suit également Océrian, membre des Apex mais renié et caché par sa famille en raison de son handicap.
Les deux se rencontrent, vont se détester et apprendre à se connaître, à s'aimer.
J'avais déjà aimé Cogito, du même auteur. On y retrouve ses personnages attachants, jeune fille à la vie difficile qui doit affronter sa propre naïveté. On retrouve également une vision de l'avenir très pessimiste, un peu comme un signal d'alarme. L'auteur met en avant le rapport de l'Homme à la planète, mais aussi les rapports des Hommes entre eux.
J'ai aussi apprécié les petites originalités de l'édition car sur chaque bas de page est inscrit le nom latin d'une espèce du vivant, comme s'ils nous accompagnaient tout au long de la lecture.
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Saiwhisper
  21 août 2020
Trois jours après la lecture de ce roman d'anticipation et je ne sais toujours pas quoi en penser… Pour moi, il y a de très bons éléments qui m'ont donné envie de suivre cette aventure et de réclamer une suite, mais je distingue aussi des choses qui m'ont ennuyée, voire agacée. C'est donc un sentiment mitigé qui m'a animée au fil des pages… La première chose qui me vient, c'est bien sûr tout le travail esthétique porté à ce titre. La couverture est magnifique, notamment avec la murène et le serpent argentés au milieu d'algues denses dont le vert se reflète. C'est un très beau livre objet qui donne envie au lecteur de regarder ce qu'il y a sous la couverture. L'intérieur est également travaillé. J'ai apprécié cette idée de décompte avant la fin du monde : on découvre une bougie qui se consume de chapitre en chapitre. En bas de chaque page, il y a aussi des noms d'animaux ou d'espèces en latin (bythiospeum putei qui est un petit coquillage, eleutherodactylus eneidae est une grenouille, pharotis imogene est une chauve-souris, etc.). Ce dernier point n'apporte pas grand chose cependant, cela m'a amusée de taper quelques noms sur un moteur de recherches. de plus, cela montre à quel point le monde animal est riche ! C'est d'autant plus effrayant que, dans ce livre, les bêtes ont quitté la surface de la Terre… L'emploi du latin, langue morte, confère un aspect scientifique et en même temps accentue l'idée d'espèces éteintes.
En effet, après avoir publié des titres futuristes avec la conquête de Mars et les Intelligences Artificielles, on va continuer d'avancer dans le temps en proposant un avenir funeste. Comme dans « Et le désert disparaîtra » de Marie Pavlenko lu ce mois-ci, le monde est dépouillé de toute vie : l'eau potable est quantifiée, la végétation a laissé place au désert et les animaux sont rarissimes. La nature luxuriante n'existe plus. Les derniers survivants se sont réfugiés dans les Dernières Terres où la vie est difficile. Comme souvent dans les dystopies, les rescapés sont divisés en plusieurs classes et métiers. Astréa, l'héroïne, appartient aux plus démunis : elle est une suante et passe ses journées à racler le sol, sous le soleil mordant et les coups de fouet. Son quotidien est rude, peu enviable et provoque immédiatement l'empathie du lecteur. Astréa est une adolescente courageuse, forte, belle, sensible et intelligente. Elle a des principes et de belles valeurs familiales. Ainsi, lorsque son frère Palémon est accusé d'un crime qu'il n'a pas commis, elle décide de tout faire pour le sauver. Cette demoiselle droite dans ses bottes est un personnage classique, mais déterminé. de ce fait, j'ai été enchantée de la suivre dans sa quête. Son entourage est également intéressant et attachant. C'est en particulier le cas du tandem qui va suivre la jolie suante : Margane (une amie d'enfance féministe et portant un lourd secret) et Sépien (un petit escroc roublard mais loyal, amoureux d'Astréa depuis longtemps). le trio forme un bon groupe, touchant, soudé, intrépide et parfois amusant. Ensemble, ils vont affronter des dangers, des rencontres, des trahisons et des épreuves aussi bien physiques que psychologiques. Cette traversée jusqu'à Palémon a été prenante toutefois, j'ai trouvé que c'était assez long… Quelques passages auraient mérité d'être écourtés, même s'ils ont surtout permis aux personnages secondaires de se révéler, de gagner en consistance et de tisser des liens.
J'avoue qu'avec le résumé, je m'attendais à ce que Victor Dixen s'attarde un peu plus sur la romance en mettant davantage de beaux moments d'échanges. Certes, il y en a eu néanmoins, ce ne fut pas assez pour moi. le second héros et narrateur, le prince Océrian, n'a pas su trouver une place dans mon coeur. Je trouvais qu'il s'attachait bien trop vite à Astréa… Comme la majorité des personnages, d'ailleurs ! Quel harem ! Si bien que je n'ai pas cru à leur histoire d'amour qui, si on y réfléchit, s'étale sur une poignée d'heures. Ce coup de foudre était trop facile, surtout qu'il a commencé par de la haine et a très longtemps oscillé entre attirance et colère. de ce fait, certaines décisions finales m'ont paru grotesques et irréalistes. le couple Océrian et Astréa ne m'a pas semblé crédible. Or, je pense que cela m'a fait passer bien à côté de ma lecture… le beau Prince avait pourtant quelques atouts susceptibles de me plaire : il était handicapé, fait rare en littérature jeunesse/ado/YA. Sa jambe en bois en forme de narval est un élément bien exploité au fil du récit. On sent qu'il n'est pas estropié pour rien et que cette spécificité a été pleinement réfléchie par l'auteur. D'ailleurs, j'ai aimé tout le travail autour de la psychologie du jeune homme, le rendant ainsi blessé, honteux, torturé et méfiant vis-à-vis des autres Apex (l'élite des riches et des seigneurs). Hélas, en raison de son côté amoureux transi sorti de nulle part, j'ai fait un réel blocage sur Océrian, préférant largement les autres prétendants de l'héroïne, bien plus à même d'avoir construit un lien solide avec elle.
Malgré la romance à laquelle je n'ai pas cru et en dépit des longueurs ressenties durant le périple, j'ai beaucoup aimé l'univers. On sent à quel point il est riche et même compliqué ! Entre les différentes castes, les spécificités des Apex, les modes de vie, les noms parfois complexes, les nombreux personnages secondaires, les objets de tous les jours qui ne sont pas forcément les nôtres et les animaux-greffes, il y avait beaucoup d'informations à prendre en compte. Or, je reconnais avoir eu besoin d'une centaine de pages avant d'être à l'aise avec ce monde post-apocalyptique. Heureusement, j'ai fini par comprendre et assimiler l'ensemble, admirant les nombreux détails que Victor Dixen a mis en avant. J'ai également été ravie de voir à quel point l'auteur a donné une belle place à la littérature et aux langues. Ainsi, même si je n'ai pas tout aimé dans cette oeuvre écologique, j'ai été satisfaite du voyage et espère que l'humanité ne connaîtra jamais ce sort…
Lien : https://lespagesquitournent...
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domi_troizarsouilles
  07 avril 2022
Oserais-je avouer que ça m'arrive encore parfois ? Eh oui : j'ai acheté ce livre, tout récemment sur un coup de tête, dans le but essentiel de grappiller quelques points dans un challenge particulier… J'avais certes déjà entendu parler de l'auteur – en bien ! – et j'ai même plusieurs de ses livres en PAL ou pour le moins dans mes souhaits de lecture, mais je n'avais encore jamais rien lu de sa plume, et ce livre-ci en particulier ne figurait dans aucune de mes listes.
Et pourtant, après l'avoir refermé, j'ai juste envie de dire : waouh !
D'abord, c'est un bel objet : les algues omniprésentes, de ce beau vert tellement trompeur, sont légèrement brillantes et reliéfées. Par ailleurs, pour moi qui lis désormais en grande partie en numérique, je continue d'acquérir des livres en format broché (ou parfois poche) si c'est « justifié », par exemple par la présence d'illustrations ou de cartes par exemple, qui sont décidément plus agréables à découvrir sur papier. C'est bien le cas ici : des cartes en effet de ce monde pas si imaginaire que ça ; le « choeur » du début et de la fin, carrément flippant, et le fait qu'il soit imprimé en blanc sur fond noir ajoute une touche à ce frisson glacé qui parcourt tout à coup l'échine ; et en début de chaque chapitre, cette longue bougie qui ne cesse de s'amenuiser, au fil du décompte des dernières heures des derniers hommes…
Car c'est bien de cela qu'il s'agit, on le comprend en lisant le synopsis et ça s'annonce sans aucun doute possible dès la lecture de ce premier « choeur » en guise de prologue, et pour ceux qui voudraient encore ne pas y croire tout à fait, le sous-titre du premier chapitre ne laisse aucune marge à ce doute : 255 heures avant l'extinction… et il en reste moins en début de chaque nouveau chapitre, un véritable compte à rebours !
Oh ! l'histoire de base est assez convenue, d'une certaine façon : on se retrouve dans une société fonctionnant selon un système de castes, particulier à ce monde qui ressemblerait à un monde de fantasy… jusqu'à ce qu'on comprenne (très vite, cela dit) qu'il ne s'agit de rien d'autre que des dernières terres habitables de notre planète, autour du pôle Nord désormais quasi-uniformément désertique car offert aux rayons impitoyables d'un soleil dont plus aucune couche d'ozone ne filtre les rayons, obligeant les habitants à se vêtir de « linceuls » (ciel que ce mot seul est affreux ! – c'est quand même, nous dit le Robert, une « pièce de toile dans laquelle on ensevelit un mort. »…), de diverses couleurs selon leur niveau social.
En effet, ces derniers survivants de la race humaine se sont organisés en cités-royaumes, et notamment celle de Viridienne, située en bord de mer, où commence l'intrigue. Ces cités sont dirigées par les « apex », une race apparemment supérieure d'êtres humains aux cheveux et aux yeux de diverses teintes du sceptre violet, tandis que les autres hommes sont divisés très clairement en quelques autres castes – dont une dédiée à la nouvelle religion pour « Terra » -, allant jusqu'aux « suants », qui sont, à Viridienne, des ouvriers bêcheurs de ces algues, potentiellement mortelles, mais aussi dernière ressource de ces hommes, et qui servent absolument à tout : de la nourriture jusqu'aux vêtements, en passant par les constructions etc., dans un monde où tout autre être vivant a disparu, à part quelques arbres rachitiques et quelques-uns de ceux qu'on appelle aujourd'hui nuisibles (moustiques, sangsues et scorpions, par exemple) et dont le « meurtre » est sévèrement réprimé.
Dans ce monde sans grand espoir, qui vivote au jour le jour pour le peuple, tandis que les puissants règnent par la force et les alliances avec les voisins des autres cités-royaumes, Astréa la suante et Océrian l'apex ont leurs rêves, leurs désillusions, et leur désir d'un « ailleurs »… Leurs chemins vont bien sûr se croiser et on aura une inévitable ( ?) mais bien gentille romance (après tout, on est dans du young adult) façon « je t'aime moi non plus », qui sera bien présente sans être jamais vraiment centrale, et surtout, sans jamais effacer l'enjeu bien plus important de ce roman.
J'ai craint un moment que ce livre serait – comme je l'ai parfois ressenti dans certains livres post-apo destinés à la jeunesse – un énième plaidoyer pro-végétarisme, avec cette obsession d'Astréa surtout, contre tout qui oserait tuer le moindre animal encore vivant, et considère avec un sentiment d'horreur absolue ses ancêtres (dont moi !) qui osions en consommer. J'avais alors envie de crier à l'auteur : ce n'est pas le fait de consommer de la viande qui est en train de bousiller notre monde, après tout l'être humain est omnivore et en consomme depuis la nuit des temps ; le problème, comme toujours, c'est l'excès : nos élevages intensifs inadmissibles, notamment… Heureusement, j'ai commencé à réellement respirer lorsque notre petit groupe de héros croise un « médecin » féru de littérature ancienne (on aura un large partage des vers de Baudelaire, à partir de ce moment-là !), qui rejoint cette pensée qui me taraudait : « Terra offre généreusement ses ressources à tous ses enfants, humains y compris : c'est l'excès seul qui constitue un crime, répondit mystérieusement l'érudit. » - certes, à ce moment-là il était question des livres, que l'on faisait à partir d'arbres, chose impensable pour nos hommes de ce futur tellement plausible, puisque les arbres en ont quasiment disparu…
Je me suis d'ailleurs demandé, à ce sujet : dans cette société où les algues servent absolument à tout (ou presque), comment est-il possible que les hommes aient renoncé aux livres, n'aient pas tenté de continuer l'aventure de l'écriture en créant du papier d'algue ou que sais-je ? On le sait : la distinction officielle entre préhistoire et histoire (de l'humanité) se fait à partir de l'invention de l'écriture… Qu'a donc voulu signifier l'auteur en créant cette société post-apo (et aussi très dystopique !) qui ne connaît plus l'écrit ? C'est clairement une société qui a une structure de type moyenâgeuse (ou peut-être antique), mais certainement pas préhistorique ! Ou alors il n'a pas pensé à ce « détail », dans le but d'arriver à la découverte de Baudelaire par nos héros ? cette dernière n'aurait pas eu le même impact s'ils avaient eu accès à de la littérature dans leur vie courante…
À vrai dire, on se pose tout un tas de questions, tout au long de cette lecture, et j'ai été plus que satisfaite de découvrir que l'auteur a réellement bien « manipulé » le lecteur, car toutes ces interrogations qui ont surgi au fil de mes lecture, ont trouvé réponse dans les derniers chapitres ! sauf cette histoire de l'absence de l'écrit (et d'un support quelconque) dans cette société qui n'avait pourtant rien de préhistorique. Si ce n'est, peut-être, cette vision désespérée que la fin de l'humanité ressemble désespérément à ses débuts…
Mais je reviens à ce que je disais plus haut : histoire de base convenue, car ce sont les immuables pouvoirs de l'amour, de l'amitié, de l'engagement, du courage etc. qui affrontent la soif de puissance, le besoin de gloire, la cruauté… et qui donnent toute leur valeur à nos quelques héros, dans ce monde pourtant désespéré, où le lecteur voit les dernières heures s'égrener implacablement.
Mais ici, leur mise en scène offre un roman plein de rebondissements et retournements de situations, certains que l'on croyait prévisibles et qui s'avéreront complètement inattendus, pleins d'inventivité. Ce sont un peu plus de 600 pages où l'on ne s'ennuie jamais, où l'on a le coeur serré pour Astréa et/ou pour Océrian et leurs compagnons de route, où l'on frémit au fil de leurs rencontres rarement agréables – à part celle avec l'érudit cité plus haut, qui est une véritable bouffée d'oxygène dans un monde qui n'en a plus guère… On sait que c'est du young adult (ce qui fait que je me « méfie » toujours un peu), mais on se laisse prendre dans ce voyage plein de péripéties qui se cessent de surprendre ; on sait dès les premières pages, comme je disais plus haut, que ce livre va nous narrer les toutes dernières heures de notre propre espèce, c'est d'autant plus horrifiant que l'on sait trop bien que ce n'est même pas un avenir impossible (au contraire !), et on s'étonne même un peu que l'auteur ait été bien « optimiste » de créer ce monde à une époque qui n'est jamais révélée précisément, mais il laisse entendre que ce sont quand même plusieurs générations après la nôtre, au point que tout ce qui fait notre quotidien ait été oublié entre-temps, si ce n'est par quelques-uns…
C'est une histoire étonnamment glaçante et désespérée, mais aussi terriblement humaniste (dans un sens positif !), car elle ne cesse de mettre en avant ces valeurs qui auraient pu sauver l'humanité et, dès lors, toutes les autres espèces. Hélas, sans tomber pour autant dans un discours manichéen, l'auteur laisse entendre que l'inlassable recherche du pouvoir pour le pouvoir, l'exploitation des ressources de la terre, ont quand même conduit au désastre, et le fil ténu de l'espoir que laisse l'auteur en toute fin de volume, est aussi vacillant que la flamme de cette fameuse bougie, qui a fini par s'éteindre…
C'est un livre qu'il faudrait faire lire très largement, à nos jeunes sans aucun doute, à leurs parents sans hésiter car, malgré son orientation « jeunesse », il est très agréable à lire pour un adulte (je parle là de la plume), mais aussi à tous nos « dirigeants », certains plein de bonne intentions, mais si souvent aveuglés par ce goût du pouvoir pour le pouvoir qui ne cesse d'être dénoncé !
Quant à ce choeur glaçant et bien un peu mystérieux qui apparaît au début comme un prologue, et puis tout à la fin en épilogue, on comprend au fil des pages (je dirais que j'ai commencé à avoir des « doutes » vers le milieu du livre, à cause d'un événement particulier) ce qu'il peut bien représenter. Et ainsi, indéniablement, même s'il est un élément de cet infime fil d'espoir qui est laissé, il participe aussi à ce sentiment de malaise diffus qui ne quitte plus le lecteur, plusieurs heures après l'avoir refermé. Glaçant, mais magnifique !
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Citations et extraits (66) Voir plus Ajouter une citation
LesperanzaLesperanza   13 novembre 2020
« Les humains de l’ancien temps -comme tu dis- auraient pu stopper ce que tu appelles le Grand Effondrement - et que moi je nomme l’effondrement écologique - il y a bien longtemps, avant qu’il soit trop tard. Au XXIème siècle, les Terriens avaient à la fois les outils scientifiques nécessaires pour comprendre le phénomène qu’ils avaient eux-mêmes déclenché, et les moyens techniques de trouver une solution. Mais ils n’ont pas saisi cette chance. Ils n’ont pas réagi suffisamment aux mises en garde : le recul des glaciers de Patagonie et l’assèchement de la mer d’Aral, l’effondrement des colonies d’abeilles et l’étouffement de la faune marine dans les débris de plastique, l’incendie de la forêt amazonienne et l’invasion des algues vertes. Sans prendre véritablement la mesure de ces avertissements, ils ont continué à utiliser les énergies fossiles, à arroser la terre de pesticides, à déforester les poumons de la planète. Les canicules à répétition et les pénuries d’eau, l’extinction massive des espèces et les migrations climatiques, qui auraient dû les unir, n’ont fait qu’accroître leurs divisions. Ils se sont montrés incapables de faire front commun pour prendre les décisions drastiques qui auraient pu sauver leur propre espèce… qui auraient pu vous préserver, vous, leurs lointains descendants. La libération massive des hydrates de méthane de l’océan Arctique, en train d’embraser le Svalbard au moment où je vous parle, n’est que la conséquence ultime du réchauffement qu’ils ont déclenché il y a des siècles de cela. Cette bombe à retardement, c’est eux qui l’ont posée. »
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devoreusedelivreschdevoreusedelivresch   31 mars 2022
- Bêchez plus fort, vous autres ! La galère du roi Orcus approche !.

Astréa releva la tête pour essuyer la sueur qui coulait dans ses yeux, sous la profonde capuche de son linceul. L'horizon verdâtre l'éblouit : les champs d'algues s'étendaient à perte de vue tout autour de la baie de Viridienne, exhalant une odeur douceâtre de putréfaction dans la fournaise de la fin d'après-midi. Les pleurants racontaient que dans l'ancien temps, avant le Grand Effondrement, le soleil n'était pas rouge comme une vilaine blessure infectée, mais doré comme un citron du castel. Ils racontaient que l'air, alors plus épais, filtrait son rayonnement. C'était difficile à croire, comme tous les contes d'antan : à présent, la peu des Derniers Humains n'offrait qu'une infime protection contre les rayons mortels... Mais si les pleurants prétendaient qu'il n'en avait pas toujours été ainsi, alors cela devait être vrai - car les prêtres de Terra ne se trompaient jamais.
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StephaniePStephanieP   16 août 2020
Les humains de l’ancien temps – comme tu dis – auraient pu stopper ce que tu appelles le Grand Effondrement – et que moi je nomme l’effondrement écologique – il y a bien longtemps, avant qu’il soit trop tard. Au XXIe siècle, les Terriens avaient à la fois les outils scientifiques nécessaires pour comprendre le phénomène qu’ils avaient eux-mêmes déclenché, et les moyens techniques de trouver une solution. Mais ils n’ont pas saisi cette chance. Ils n’ont pas réagi suffisamment aux mises en garde : le recul des glaciers de Patagonie et l’assèchement de la mer d’Aral, l’effondrement des colonies d’abeilles et l’étouffement de la faune marine dans les débris de plastique, l’incendie de la forêt amazonienne et l’invasion des algues vertes. Sans prendre véritablement la mesure de ces avertissements, ils ont continué à utiliser les énergies fossiles, à arroser la terre de pesticides, à déforester les poumons de la planète. Les canicules à répétition et les pénuries d’eau, l’extinction massive des espèces et les migrations climatiques, qui auraient dû les unir, n’ont fait qu’accroître leurs divisions. Ils se sont montrés incapables de faire front commun pour prendre les décisions drastiques qui auraient pu sauver leur propre espèce… qui auraient pu vous préserver, vous, leurs lointains descendants.
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LesperanzaLesperanza   11 novembre 2020
"Tu m'as demandé hier à quoi cela servait de vivre, si c'était pour toujours reproduire les erreurs du passé. Je crois que cela sert à espérer. Parce qu'il y a toujours une petite possibilité de corriger ces erreurs ; il y a toujours une chance infime de se libérer du passé. Il existe mille raisons de désespérer de notre espèce, mais sa capacité d'amour les rachètes toutes, puisqu'elle nous permet d'espérer."

-Astréa
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karolivrekarolivre   27 novembre 2019
Aujourd’hui encore, les Derniers Humains expiaient la démesure de leurs ancêtres. Ils avaient dû fuir le monde d’avant, ravagé par les pluies acides, les incendies titanesques et les canicules mortelles. Rescapés venus de tous les horizons, ils s’étaient fondus au fil des générations en un seul peuple métissé, parlant une seule langue : le parler commun, hybride bancal de tous les idiomes.
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