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Marina Skalova (Traducteur)
EAN : 9782882508966
208 pages
Noir sur blanc (18/01/2024)
3.6/5   21 notes
Résumé :
En 1941, le directeur du crématorium de Moscou, Piotr Nesterenko, est arrêté. Il sait mieux que personne ce qui arrive aux victimes des Grandes Purges staliniennes. Opposants, espions présumés, anciens héros de la révolution, tous victimes des répressions – il les a tous incinérés. Au fil des interrogatoires successifs, il doit répondre de sa vie tumultueuse : officier de l’Armée blanche qui a fui les bolcheviks jusqu’en Ukraine, survivant d’un accident d’avion, émi... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (16) Voir plus Ajouter une critique
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Moscou, 1941. Piotr Nesterenko, le directeur du crematorium, est arrêté, accusé d'espionnage au profit de puissances étrangères ennemies.

De par son métier, Nesterenko est le témoin malgré lui, depuis des années, des grandes purges staliniennes, puisque des milliers de cadavres de « traîtres » et autres « espions » lui sont littéralement passés dans les mains avant d'être enfournés dans l'incinérateur.

A ce titre, Nesterenko n'est pas étonné par son arrestation, et ne se fait aucune illusion sur l'issue de son propre « procès ». Cependant, la bureaucratie soviétique étant ce qu'elle est, il faut bien en passer par un minimum de semblant de procédure équitable. Et donc Nesterenko est interrogé en long et en large par un commissaire-enquêteur. C'est au fil de ces interrogatoires qu'on découvre son histoire aussi tumultueuse que celle de son pays. Officier dans l'armée blanche du tsar, il fuit les bolcheviks, s'exile à Constantinople, passe par l'Ukraine, la Serbie, la Pologne, la Bulgarie avant d'échouer à Paris où il sera chauffeur de taxi, avant d'être recruté par le NKVD et de rentrer en URSS. Où il postulera au crematorium, et finira directeur de celui-ci et de l'ensemble des cimetières de Moscou. Toute son histoire est liée par le fil (blanc ou rouge) du désir de l'exilé de rentrer au bercail, et celui de l'amoureux éperdu de retrouver la femme de sa vie.

Mêlant documents historiques (Nesterenko a bien existé) et fiction, Sacha Filipenko recrée avec brio et intelligence les dialogues entre Nesterenko et son enquêteur attitré, en les entrelardant d'une ironie et d'un humour noir irrésistibles. Interrogé et interrogateur jouent à un jeu de chat et de souris impitoyable, même si chacun sait parfaitement que les dés sont pipés et l'issue inéluctable.

A travers le destin mouvementé de cet opportuniste de Nesterenko, l'auteur, opposant notoire à Poutine, raconte aussi l'histoire de la Russie totalitaire et de ses dirigeants obsessionnels et paranoïaques pendant la première moitié du 20ème siècle.

Et comme L Histoire, c'est bien connu, repasse les plats, peut-être ce portrait est-il à nouveau/toujours d'actualité...

En partenariat avec les Editions Noir sur Blanc via Netgalley.
#Kremulator #NetGalleyFrance
Lien : https://voyagesaufildespages..
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Sacha Filipenko est un journaliste et scénariste biélorusse , russophone . Ses prises de position l'opposant à Loukachenko et à Poutine l'ont contraint à quitter la Russie , il vit actuellement en Suisse.
C'est Alexandra Polivanova, qui travaille pour l'ONG Memorial, qui lui met entre les mains le dossier de Piotr Ilitch Nesterenko, directeur du premier crématorium de Moscou.
Kremulator va prendre vie et Piotr va être le narrateur de ce roman. Arrêté en juin 1941 au lendemain de l'invasion allemande, accusé d'être un espion aux services des puissances ennemies, il est transféré à Saratov , les interrogatoires commencent et à travers le récit de sa vie une partie de l'histoire de l'U.R.S.S se dessine. Les grandes purges de 1937/38, la toute puissance de Staline et les évènements évoqués se superposent à d'autres d'avant-hier, d'hier et bien sûr d'aujourd'hui.
" Kremulator, le mot russe pour « crémulateur ». Un mot dans lequel le lecteur entend à la fois un écho du Kremlin et le nom d'un métier qui n'existe pas. le crémulateur est un instrument précis, un broyeur qui pulvérise définitivement ce qui subsiste d'un individu après sa crémation (oui, certains cartilages résistent même à une heure et demie au four). Il me semble qu'il n'y a pas de meilleure métaphore pour désigner la machine répressive soviétique."
Ironie, satyre, farce macabre, morbidité, frisson , suées froides sont au rendez-vous d'un livre qui ne m'a pas laissée indifférente.
Un grand merci aux éditions Noir sur blanc via Netgalley pour ce partage
#Kremulator #NetGalleyFrance !
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Pour commencer, je tiens à remercier Babelio pour la masse critique littérature ainsi que les Éditions Noir sur Blanc de m'avoir fait découvrir cet ouvrage. La quatrième de couverture m'avait interpellé ne connaissant pas cette partie de l'histoire Soviétique.

Le livre raconte la vie invraisemblable, mais vrai, de Piotr Ilitch Nesterenko qui fut le directeur du crématorium de Moscou. Celui-ci a participé aux grandes purges staliniennes dans le milieu des années 30 permettant de faire disparaitre les corps des opposants au régime Soviétique. En novembre 1938 les exécutions prennent fin et le régime de Staline se retourne contre Nesterenko considéré comme un espion à la solde de l'Allemagne nazi. Il fut arrêté à son domicile en juin 1941.

J'ai apprécié comment Sacha Filipenko a construit son roman. Il entremêle les interrogatoires ainsi que des passages du journal de Nesterenko en passant par des monologues adressés à l'amour de sa vie Vera. Malgré un sujet malaisant, l'auteur a réussi à me mettre à l'aise et à captiver mon attention en utilisant avec parcimonie un humour ironique.

Pour conclure, je ne peux que recommander cette lecture. Sacha Filipenko est né en Biélorussie, il est un opposant à Loukachenko et Poutine. Kremulator raisonne tellement avec l'actualité de la guerre en Ukraine. Il mérite d'être connu et reconnu pour son travail de recherche et sa plume agréable à lire.

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Quelques semaines avant de lire "Kremulator", j'avais pu apprécier l'intervention de son auteur, le journaliste biélorusse Sacha Filipenko, sur la chaîne Thinkerview (https://www.youtube.com/watch?v=PXIiR612ghE). Sans être forcément d'accord avec tous ses propos, l'homme m'avait paru sympathique. Puis j'ai lu son premier succès littéraire, "Un fils perdu", plutôt intéressant mais qui m'avait un peu laissé sur ma faim. Au bout du compte, je reste tout aussi mitigé sur sa dernière parution. Tout ce qui peut rendre compte de l'horreur du totalitarisme soviétique est le bienvenu, "Kremulator" est donc un roman utile, mais je n'ai pas été convaincu par les choix narratifs.

Ce qui m'a attiré dans ce roman est d'abord cette idée de mettre en avant un directeur de crématorium pendant les grandes purges staliniennes (oui, j'ai parfois des penchants bizarres)... mais j'ai trouvé que cet aspect était assez peu exploité, on ne saura finalement pas grand-chose de cette singulière activité. le récit s'intéresse à toute la vie d'adulte de Nesterenko, depuis sa participation à la Première Guerre mondiale, son rôle dans la Révolution du côté des Blancs, son émigration dans plusieurs villes étrangères et notamment à Paris, avant son retour au pays... En somme, le parcours d'un Russe ordinaire au cours de ces années de grands bouleversements, et non le portrait d'un monstre comme je m'y attendais.

Dans cette période de délires paranoïaques que furent la fin des années 30 / le début des années 40 en URSS, Nesterenko fait partie de l'interminable liste des suspects. Accusé d'espionnage, il est arrêté et cuisiné par le jeune enquêteur Perepelitsa, avec une conclusion déterminée à l'avance : il sera exécuté. Les chapitres du roman sont autant de journées d'interrogatoire. Nesterenko ne perd jamais sa combativité, ses échanges avec son adversaire sont très vifs et donnent lieu à quelques belles passes d'armes. Pendant ma lecture, je me suis demandé ce qu'aurait donné cette confrontation sous forme de pièce de théâtre, un huis-clos opposant Nesterenko et Perepelitsa. Je l'aurais peut-être davantage appréciée.

Sacha Filipenko compose son roman à partir des dialogues entre les deux protagonistes, mais aussi des extraits de journal intime, des monologues de Nesterenko à destination de sa bien-aimée, de documents administratifs, et même quelques photos... J'imagine que la volonté de l'auteur était de dynamiser son récit, mais pour moi cela l'a surtout rendu assez confus. Sans doute est-ce la raison principale pour laquelle j'ai l'impression de n'être jamais totalement entré dans le roman, que j'ai d'ailleurs mis longtemps à lire au regard du faible nombre de pages (un peu plus de 200).

Je remercie Babelio et les éditions Noir sur Blanc, qui ont proposé ce livre dans le cadre de Masse Critique.
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« Kremulator », Un Livre de Sacha Filipenko (Biélorussie, né en 1984). 208 pages. Éditions "Noir sur Blanc". 18 Janvier 2024 ...

Les mots sont là, présents, pleins de sens, sans superflu.

C'est l'histoire d'un certain Piotr Nesterenko. « Une ironie glaçante » On nous présente dans une divine qualité, le parcours haut en couleur de cet homme, ce Piotr Nesterenko, ce personnage Russe, ou plutôt, International.
Les aventures de cet être humain, cet agent double, qui vit sur plusieurs tableaux.
Quel de risques pris sciemment !

Nesterenko est interrogé par les forces ennemies, de façon violente, ils essayent de lui faire admettre des éléments compromettants, mais Nesterenko travaille au crématorium, il sait faire disparaitre les preuves…

« Les gens qui mettent fin à leur vie par un suicide sont un, des faibles, et deux, de grands égoïstes ! le suicide doit rester étranger à l'homme soviétique ! »
Celle là doit vous sembler drôlement en désaccord avec vos valeurs. Et moi aussi je comprends qu'on puisse souffrir au point de vouloir en mourir … Des fois, même, la mort est plus innocente qu'un mensonge.

Dans les camps de prisonniers, Piotr s'accommode de la mort « ni plus ni moins » …
J'avais été séduit par un Billet sur Babelio, pensant que mon non intérêt pour les périples de guerres serait supplantés par ma curiosité sur le monde actuel.
Phoenix
++
Lien : https://linktr.ee/phoenixtcg
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critiques presse (1)
LeFigaro
03 mai 2024
La tragique histoire soviétique racontée comme une folle comédie par un écrivain biélorusse frondeur.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
Citations et extraits (27) Voir plus Ajouter une citation
Certains rapportent qu’après les exécutions il organise des beuveries (ce qui est vrai), d’autres qu’il s’approprie quelquefois les vêtements des condamnés (ce qui l’ est aussi). Quoi qu’il en soit, je ne vois rien de répréhensible ni dans le premier ni dans le deuxième cas de figure. Même en Union Soviétique, chaque produit a un coût. Tout travail mérite salaire. Il faut bien comprendre que, d’une part, Vassili Mikhaïlovitch fait un travail pénible (parfois il doit fusiller plusieurs centaines de personnes en une nuit) et d’autre part …est-ce vraiment si grave qu’un imperméable ou, disons, un joli gilet vivent leur meilleure vie sur ses épaules ou celle de sa femme ? « Pourquoi faire toute une histoire pour les affaires des autres ? ».me dis-je parfois.
S’il faut se soucier de quelque chose, c’est plutôt de la pénurie qui règne dans notre pays. Si Blokhine pouvait acheter ses jolis vêtements dans les magasins, les soustrairait-il aux cadavres pour les offrir à sa femme ?
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La perquisition et l’arrestation ont lieu le 23 juin 1941. En six heures l’affaire est pliée. Un travail de routine, mais tout le monde est sur les nerfs. La guerre a été déclarée depuis à peine vingt-quatre heures. Tandis que la forte terrestre de Brest résiste à la déferlante inouïe de la machinerie nazie la capitale de l’Union Soviétique est touchée par une vague de disparitions secrètes.
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À l’heure où ses pairs partent mourir en rangs serrés dans les boucheries à venir, cette souris grise tamponne assidûment une condamnation à mort après l’autre. L’enquêteur Perepelitsa vient d’être récompensé par un appartement à Moscou rue Gorki. Il ne s’est pas battu pour rien.
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Le sort de la plupart ayant été réglé dès 1937, où le seul soupçon de travailler pour la Pologne a condamné plus de cent mille personnes à être fusillées (très exactement cent onze mille quatre quatre-vingt-onze citoyens).
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[Dans les années 30]:
- Vous aimeriez réussir à comprendre pourquoi la Russie en est arrivée là où elle est...
- Je crois que démêler cela est assez difficile... Sans doute qu'il y a beaucoup de raisons...
- Eh non, mon petit gars! En réalité, tout est très simple! Comme deux fois deux! En Russie, mon ami, les choses sont ce qu'elles sont car on y admet l'inadmissible! Vous et moi, nous avons quitté un pays où personne ne tire jamais la sonnette d'alarme. A chaque fois qu'il faudrait dire "ça suffit", l'homme russe dit: "Oui, c'est vrai qu'on ne peut pas continuer comme ça, mais à bien y réfléchir..." L'un des plus grands problèmes de la Russie, c'est l'alliance du "mais" et de la virgule. Nous avons l'habitude de tolérer des virgules là où nous aurions dû mettre un point depuis longtemps!
- Excusez-moi, mais je ne saisis pas très bien où vous voulez en venir...
- Vous saisissez très bien! Je veux dire qu'au lieu de mettre un point final nous ajoutons des virgules sans fin! Oui, tuer est interdit, mais... Oui, la torture est interdite, mais... Oui, nous savons bien que les criminels ont tort, mais... Mais, mais, mais! Après le meurtre de la vieille et de sa soeur enceinte, Dostoïevski aurait dû mettre un point, mais il a commis un crime, un crime pas moins ignoble que celui de son personnage! Dostoïevski a décidé de justifier l'acte de Raskolnikov. Le voilà, notre drame! Trop souvent, nous voulons comprendre, quand il n'y a rien à comprendre! Nous justifions l'injustifiable! Nous creusons et creusons, là où il ne faudrait plus creuser du tout! Il y a des limites que même le désir de philosopher ne justifie pas de franchir! L'inadmissible est inadmissible!
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