AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix BabelioRencontres
EAN : 9782911917530
240 pages
Ab irato (20/06/2011)
4.5/5   2 notes
Résumé :
C'était l'époque où les généraux parlaient : on voyait passer des bicyclettes traînant des chevelures et juste après l'armistice, il y eut le suicide en masse des orphelins du Soldat inconnu. Des choses apparaissaient et disparaissaient. De temps en temps apparaissait le garçon du trapèze volant, aux heures creuses disparaissait entre les draps une grande guerre au corps-à-corps. Ce fut plus ou moins à ce moment-là que la découverte par les astronomes d'une chaussur... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
fanfanouche24
  29 novembre 2014
La découverte absolue ce jour à ma médiathèque de cet écrivain-poète, en achetant pour un "euro symbolique" ce recueil de poèmes et de proses... qui allait sinon, tristement vers le pilon !!
Je me suis plongée aussitôt dans ce fort joli volume; au format allongé, accompagné de dessins très surréalistes de sa compagne. Une préférence pour les textes en prose, tous, de veine libertaire... dont un hommage incroyable, au conteur danois, H.C. Andersen (que je retranscrirai, en citation).
En attendant je joins l'article de Lucie Clair, paru dans la revue "Le Matricule des anges", qui nous apprend moult choses sur ce grand poète portugais, dont je fais juste la connaissance, à travers cette réédition....Reconnaissance à "ma "médiathèque...pour cette trouvaille...
cf. Matricule des Anges- Article paru dans le N° 086
Septembre 2007- par Lucie Clair
* Un couteau entre les dents
Réédition en français d'un des grands poètes portugais du XXe siècle, entre ombre et clarté, dans une communion désespérée avec l'humain.
Il est des écrits de larme et de sang nés d'un coeur tordu comme un linge que l'on essore, des poèmes qui ont oublié d'être ciselés, de se rendre présentables, arrivent froissés par les poings fermés on les rencontre parfois sans les chercher au détour d'une nuit blanche, celle qu'emprunte leur regard halluciné, qui sait lire, sur le monde superposé, la vision de notre condition.
Ces poèmes se promènent Un couteau entre les dents, telle l'image du bolchevik de la propagande, et ça leur plaît. Non pas tant d'être affiliés par leur auteur à quelque parti politique obédience de circonstance et référence caustique , mais de nous parler de ces peurs cachées, de nous dire sans frémir : " le plus beau spectacle d'horreur, c'est nous.
Ce visage avec lequel nous aimons, avec lequel nous mourrons n'est pas le nôtre ; ni ces cicatrices au matin toujours fraîches, ni ces paroles qui vieillissent dans le court espace d'un jour. (...) Nous cherchons l'issue la vraie, la seule et nous nous cognons la tête contre les murs. A ce jeu, il y a ceux qui gagnent la colère, et ceux qui perdent l'amour.
" António José Forte a gagné les deux quand bien même sa vie fut soumise à une perpétuelle tension, une douleur emportée contre les obstacles à l'idéal d'une humanité pacifiée, en harmonie. Il a gagné tardivement, à grand-peine, dans le silence qui l'empoignait, et qui servait parfois aussi de " pacte des réalités/ de ces hautes/ figures de pierre/ alerte de l'ultime entendement/ lieu vers lequel on porte/ le meilleur et le plus généreux. " Il a gagné, car ce pacte irascible qu'il a scellé ouvre, bien après sa mort en 1988, des pages d'amour à ses lecteurs.
Né en 1937 à Povao de Santa Iria, lointaine banlieue de Lisbonne nichée au creux de l'embouchure du Tage, il a grandi sous les années Salazar, et rejoint à la fin des années 50 le groupe surréaliste déjà à l'état fantomatique dit " O grupo do café Gelo " dans la capitale. Ancien lieu de rendez-vous des anarchistes, le café rassemble ceux qui cherchent un espace dans cette ambiance " bas de plafond ", sans alternative politique à la censure. le surréalisme au Portugal a connu des débuts tardifs (1947) et, comme ailleurs, une histoire mouvementée, faite d'exclusions, de dissolutions, refondations et de relations ambivalentes avec le Parti communiste.
António José Forte a été en quête de rupture avec la ligne du parti, et si le Gelo y a contribué, c'est surtout à partir de sa lecture d'Henri Lefebvre, puis à Bruxelles en 1966 des écrits de l'Internationale situationniste que s'enclenche la dynamique qui le conduira à fonder la revue Potlach à Paris l'année suivante, puis, de retour au Portugal, à initier une synthèse originale de ces deux courants. " La gueule entre deux très grands yeux/ derrière des larmes plus grandes encore/ voici entre tous ton meilleur portrait/ celui d'un jeune chien auquel ne manque que la parole " se décrit-il lui-même dans un poème intitulé " Portait de l'artiste en jeune chien " fidèle envers et contre tout, à sa sensibilité, à sa lucidité et la colère hurlante qu'elle déclenche parfois en lui, à la limpidité de l'humain qu'il voit battre en son coeur et ne parvient pas à atteindre chez ses semblables. Non pas qu'il ait été misanthrope ou farouche, António José Forte était souvent entouré d'amis, et même l'expérience violente et miséreuse de l'exil ne fut pas solitaire. Mais par cette impossibilité aux accents de Desnos d'être tour à tour " comme un tournesol (...) comme un iceberg " renvoyé à sa dualité.
Un couteau entre les dents en une traduction inédite en français agrémenté des dessins de sa compagne, nous livre, outre le poème éponyme, ses 40 nuits d'insomnie de feu de dents dans une implacable girandole, Entrevue, Désobéissance civile, et l'essai Comment communiquer ? hommage à Dada, Jarry, Andersen et au poète Antonio Maria Lisboa, mort en 1953, " parce que l'amour, et la liberté ne sont pas de la petite monnaie roulant sur les comptoirs des grands magasins de la littérature. "
Un couteau
entre les dents
AntÓnio José Forte
Traduction inédite du portugais
et présentations d'Alfredo Fernandes et Guy Girard.
Dessins d'Aldina.
Collection bilingue
Ab Irato

© le Matricule des Anges et ses rédacteurs
Lucie Clair

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          284
Abi2
  03 décembre 2021
Il s'agit, en bonne vérité, d'un évènement : alors qu'au Portugal la poésie de António José Forte continue à être vue de travers, voire tout simplement ignorée, un éditeur français assume les risques de la publier intégralement en édition bilingue, augmentée d'une entrevue entre l'auteur et Ernesto Sampaio à laquelle viennent s'ajouter des textes qui, même s'il s'agit de textes de circonstance, permettent l'ébauche d'un précieux portrait de cet homme « cerné par la fumée de tous les côtés vagabonds » qui les a écrit.
Dans sa claire et documentée introduction, Alfredo Fernandes retrace d'une plume assurée le climat politique et social qui a accompagné l'éclosion tardive du surréalisme portugais ainsi que les prises de position néo-réalistes. Il a par ailleurs la lucidité peu commune de signaler que « Forte fut un cas plutôt rare, à son époque, de surréaliste intéressé par les thèses situationnistes ».
Ceci explique, même si ce n'est que partiellement, la violente singularité de Forte –et aussi cette évidence faisant que son oeuvre n'aie que peu ou rien à voire avec l'entendement ludique (Alexandre O'Neill) ou ésotérique (António Maria Lisboa) du surréalisme. D'une certaine manière, et tirant profit du suggestif adverbe par lui-même forgé, on pourrait dire que Forte atterri dans le pourri et respectable Parnasse lisboète « sussurréalistiquement » » (Manuel de Freitas)
Lien : https://abiratoeditions.word..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00

Citations et extraits (4) Ajouter une citation
nadejdanadejda   03 décembre 2014
UN HOMME p 67
Soudain
comme une fleur violente
un homme avec une bombe à hauteur de poitrine
et qui pleure convulsivement
un homme beau et minuscule
comme une étoile filante
et qui saigne
comme une statue à terre
écrasée sous les ailes du crépuscule
un homme avec une bombe
comme avec une rose aux lèvres
noire et surprenante
en attente de la fête folle
où son coeur éclaterait
un homme au profil aigu
et une bombe
aveugle
sourde
et muette
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          170
fanfanouche24fanfanouche24   30 novembre 2014
Le dialogue ? Quel dialogue peut-il y avoir entre un condamné à mort et le bourreau qui le mène à l'échafaud ? Le dialogue, c'est seulement entre amants, entre amis, entre camarades. Hormis cela, pas de dialogue. Exploité, à toi la parole ! - Lisbonne, 25 mai 1982-
Commenter  J’apprécie          110
fanfanouche24fanfanouche24   30 novembre 2014
J'ai entendu parler de la lutte des classes, de la révolution, et d'un monde où le prolétariat avait tout à gagner et rien à perdre. J'ai entendu parler des armes de la critique et de la critique des armes. J'ai entendu parler de transformer le monde et de changer la vie. J'ai entendu dire que tant qu'un seul homme, quel qu'il soit, et serait-il le dernier, existera défiguré, il n'y aura pas figure humaine sur terre. Jamais je n'avais entendu un tel chant de sirène. Exploité, as-tu bien entendu ? (p.191)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          50
fanfanouche24fanfanouche24   30 novembre 2014
Exploité, sois gentil et obéis ! Tu pourras peut-être entrer au royaume des cieux, à dos de chameau ou sur les épaules d'un riche. Obéis ! Tu pourras peut-être aller au lit avec la Patrie. Obéis ! Ton cadavre pourra peut-être devenir l'étendard glorieux du Parti. Ne perds jamais espoir, exploité, jamais !
(p.190)
Commenter  J’apprécie          40

autres livres classés : portugalVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox




Quiz Voir plus

Testez vos connaissances en poésie ! (niveau difficile)

Dans quelle ville Verlaine tira-t-il sur Rimbaud, le blessant légèrement au poignet ?

Paris
Marseille
Bruxelles
Londres

10 questions
1035 lecteurs ont répondu
Thèmes : poésie , poèmes , poètesCréer un quiz sur ce livre