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Nicole Casanova (Traducteur)
ISBN : 2264045817
Éditeur : 10-18 (20/02/2008)

Note moyenne : 3.82/5 (sur 333 notes)
Résumé :
Une femme penchée sur le parapet d'un pont. un matin à Berne, sous une pluie battante. Le livre, découvert par hasard, d'un poète portugais. Amadeu de Prado.

Ces deux rencontres bouleversent la vie du sage et très érudit professeur Raimond Gregorius.

Au milieu d'un cours de latin, soudain il se lève et s'en va. Il prend le premier train de nuit pour Lisbonne, tournant le dos à son existence anti-poétique et sans savoir ce que vont lui... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (47) Voir plus Ajouter une critique
andman
  30 novembre 2013
Quelle mouche a donc piqué Raimund Gregorius, ce solitaire de cinquante-sept ans, pour abandonner sur un coup de tête sa petite vie tranquille, aussi bien réglée que les montres de son pays ?
La juxtaposition de deux événements anodins à quelques heures d'intervalle a déclenché chez lui un besoin immédiat de fuir sa vie banale de professeur de langues anciennes : sa rencontre fortuite avec une jeune femme portugaise un matin pluvieux sur un pont de Berne et la découverte l'après-midi d'un livre d'Amadeu de Prado dont les mots semblent écrits pour lui.
Le voyage via Paris, décidé dans la précipitation, se termine vingt-six heures plus tard à la gare Santa Apolónia non loin de l'embouchure du Tage. le temps de s'habituer à la luminosité de Lisbonne, voici notre Gregorius sur le chemin de l'hôtel avec dans son sac de voyage une grammaire portugaise et le livre d'Amadeu de Prado, « Un orfèvre des mots ».
Lier contact dans la capitale portugaise se fait naturellement pour ce polyglotte qui apprécie la cordialité des lisboètes. Il apprend le lendemain que l'homme dont les écrits l'interpellent jour et nuit, est mort trente et un ans auparavant d'une rupture d'anévrisme et en déduit logiquement que ses cahiers ont été publiés deux ans après son décès par sa soeur aînée qui vénère sa mémoire.
Au travers des gens qui l'ont connu, Gregorius découvre peu à peu la personnalité hors du commun de feu Amadeu de Prado.
Médecin dévoué, combattant de l'ombre sous le régime dictatorial de Salazar, amoureux des mots, pourfendeur de la vulgarité du monde, impitoyablement honnête envers lui-même, le parcours de vie de ce portugais humaniste n'a pourtant pas toujours été apprécié par son entourage, ni même compris parfois par son meilleur ami.
« Train de nuit pour Lisbonne » est un roman d'une grande profondeur philosophique. Les écrits du médecin disparu amènent plusieurs fois le lecteur à s'interroger avec Gregorius sur l'insondable mystère de l'âme, sur la part de solitude inhérente à la nature humaine, sur les illusions que l'on se crée, sur les désillusions qui ouvrent les yeux, sur la capacité de l'homme à entendre la vérité sur lui-même…
L'empathie qu'éprouve d'emblée le lecteur pour Gregorius, professeur quelque peu déboussolé, ne faiblit pas au fil des chapitres. Avec patience et ténacité il essaie de s'approprier la pensée d'Amadeu de Prado comme si le salut de son âme en dépendait.
Pascal Mercier aime Lisbonne et cela se sent dans la manière qu'il a de conduire son personnage à travers les différents lieux de la ville aux sept collines.
J'ai pleinement apprécié les descriptions urbaines de l'écrivain germanophone pour avoir maintes fois ces dernières années arpenté ces rues, ces places, ces quartiers pittoresques…
Paru en 2004, « Train de nuit pour Lisbonne » m'a donné cette semaine le double plaisir d'une relecture passionnante et d'une agréable évasion en territoire connu, loin de la grisaille automnale.
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Piatka
  02 avril 2014
Arrêtez tout !
Prenez le chemin de la gare la plus proche et sautez dans le premier train pour Lisbonne. Sans valise, sans réfléchir, sans vous retourner.
Pas facile hein. Plus facile à dire sur le mode défi qu'à faire vraiment.
Ah ça, en rêver, nous sommes nombreux à l'avoir fait, mais de là à larguer les amarres sans préavis...les rangs des aventuriers s'éclaircissent subitement.
Et bien, Raimund Gregorius, la cinquantaine solitaire, l'érudit suisse à la vie de prof bien rangée, quitte Berne ainsi, un jour, précipitamment, sur les traces d'une jeune portugaise qu'il vient d'empêcher de se suicider et qui a perdu un livre. Pas n'importe quel livre bien sûr, un personnage à part entière : il porte un titre séduisant pour un intellectuel, " Un orfèvre des mots ", écrit par un jeune médecin portugais, Amadeu de Prado. Ses écrits émeuvent fortement Raimund au point de le pousser à partir sur les traces de son auteur, en quête de réponses peut-être à toutes les questions existentielles que soulève l'ouvrage, à la découverte de lui-même aussi, comme le suggère, entre autres, cette phrase toute simple " Se comprendre : est-ce une découverte ou une création ? " qui m'a interpellée, aussi.
Attention cependant : amateurs de romance, de rythme échevelé s'abstenir. Vous n'êtes pas monté à bord d'un TGV avec Raimund ! Certes, ce roman réserve de nombreux rebondissements qui maintiennent vraiment le lecteur en haleine, mais avant tout, il se savoure et donne à réfléchir sur nos choix de vie, nos espaces de liberté, nos possibilités personnelles et la connaissance de nous-mêmes.
Il mêle une trame romanesque prenante avec pour décor la beauté de Lisbonne, la découverte passionnante de l'histoire de ce jeune médecin engagé dans la Résistance contre Salazar, et une réflexion approfondie, illustrée par des textes extraits du livre de de Prado qui émaillent le récit. Intéressant de noter d'ailleurs que l'auteur, Pascal Mercier, nom de plume de Peter Bieri, est philosophe de formation.
C'est donc très habilement construit et j'ai beaucoup apprécié ce voyage en compagnie de Raimund, en rupture de quotidien plan-plan, qui repousse ses propres limites. Original et attachant !
Ultime remarque : un film avec Jeremy Irons, Charlotte Rampling, Mélanie Laurent...est sorti en 2013, ce que je viens de découvrir. Ne l'ayant pas vu, j'ajouterais juste que le choix des acteurs me paraît fort judicieux. À prolonger donc par une séance cinéma...en descendant du train !
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Vianna
  15 mars 2014
Je ne peux résister au besoin de poster cette critique avant même d'avoir terminer la lecture de ce livre.
Português. ce mot seul, prononcé par une femme sur un pont,va bouleverser Gregorius, professeur de grec dans un lycée de Berne. Enchaînement de circonstances, il se retrouve peu après avec dans les mains, un ouvrage en portugais publié à compte d'auteur. le titre: Um ourive das palavras, Lisboa 1975, un orfèvre des mots. Dès les premières lignes, Gregorius est frappé par ces mots qui semblent écrits pour lui:
« S'il est vrai que nous ne pouvons vivre qu'une petite partie de ce qui est en nous – qu'advient-il du reste?».
Poussé par une irrépressible nécessité, il lâche illico, son lycée, ses cours, quitte Berne pour se rendre à Lisbonne: il part à la recherche d'éléments sur l'auteur Amadeu de Prado, comme si en savoir plus sur l'auteur l'amènerait lui, Gregorius à se trouver lui même.
Pour ce faire il va se transformer en véritable enquêteur, méthodique et opiniâtre. Il va peu à peu relier le contenu de l'ouvrage, à la vie et au parcours de son auteur.
Amadeu de Prado, fils de juge, brillant étudiant redouté par ses professeurs, avait tous les talents « comme un miracle de la nature qui avait ses propres lois », « c'était un garçon capable de toucher le ciel ».
Devenu médecin, il soigne tous ceux qui se présentent chez lui, des petites gens à l'officier de la police secrète connu sous le nom de « boucher de Lisbonne ». Cet acte lui vaut l'opprobre de ces patients. Il est accusé de trahison, lui qui a toujours porté au plus haut point une exigence d'exemplarité. S'immisce en lui le doute sur le choix d'avoir sauvé la vie d'un homme qui commettra encore d'autres assassinats.
Ce train de nuit nous emmène dans un voyage philosophique, poétique, linguistique, historique. La toile de fond nous ramène dans les années de la dictature de Salazar et aborde la résistance, la torture.
Tel un « archéologue de l'âme » Pascal Mercier philosophe de métier, explore les grandes thématiques classiques:
quel lien entre le choix d'une vie et les véritables motivations souvent insoupçonnées ?
quelle différence entre la perception que l'on a de soi et l'idée que les autres se font de nous ?
les relations père-mère- fils et les traces qui sont inscrites chez chacun,
le temps qui passe: « combien de temps cela dure t il un mois? »
et bien d'autres.
Si les questions existentielles vous passionnent, je vous recommande fortement ce livre dense et exigeant.
Moi, je l'emporte sur mon île.
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Dosamuse
  25 avril 2014
Je n'arrive pas à faire la critique de ce livre. Une seule chose que je puisse en dire ‘Lisez-le'.
On a tous des rêves cachés que la routine et la convenance sociale nous empêchent ne serait-ce que d'envisager.
Je ne sais pas par quelle alchimie l'auteur a aussi bien réussi à imbriquer une quête, l'Histoire, de la poésie, de la philosophique…
Ca ne veut rien dire ce que je raconte, je n'y arrive pas.
Je vous en supplie lisez ce petit chef-d'oeuvre !
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Allantvers
  01 janvier 2019
Quelle riche et inspirante histoire! Finir l'année sur un tel roman ne peut être qu'un signe de renouveau pour celle qui commence.
Pour peu que l'on entre en sympathie avec Raimund Gregorius, solitaire entre deux âges confortablement enfermé dans les murs des langues anciennes qu'il enseigne et qui fait un jour à Berne la rencontre avec une femme, puis avec un livre qui vont changer sa vie, ce roman puissant et profond devient pour le lecteur une invitation au voyage dans lequel il va lui-même être entrainé.
Aux voyages plus exactement : voyage dans l'espace d'abord, gagné que l'on est par l'envie de se lever et tout quitter comme Gregorius pour prendre des trains dans la nuit jusqu'à Lisbonne, et parcourir au petit matin cette ville magnifiquement évoquée; voyage dans le temps aussi, à la découverte d'Amadeu de Prado, médecin portugais engagé dans la résistance à la dictature de Salazar et auteur du livre qui a bouleversé Gregorius; enfin et surtout, voyage vers la connaissance de soi, porté par les mots puissants et inflexibles d'Amadeu s'interrogeant sans relâche sur l'âme, l'identité, le poids de l'héritage familial, et qui vont amener notre professeur à une véritable renaissance à lui-même à travers ses rencontres et pérégrinations.
Gros coup de coeur pour ce livre qui est un envoutement salutaire, servi avec délicatesse et profondeur par la plume très littéraire d'un professeur de philosophie.
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Citations et extraits (92) Voir plus Ajouter une citation
PiatkaPiatka   25 mars 2014
Qui voudrait sérieusement être immortel ? Qui voudrait vivre de toute éternité ? Comme cela doit être ennuyeux et insipide de savoir : ce qui se passe aujourd'hui, ce mois-ci, cette année, ne joue aucun rôle. Vont venir encore un nombre infini de jours, de mois, d'années. Un nombre infini littéralement. S'il en était ainsi, quelque chose importerait-il encore ? Nous n'aurions plus besoin de compter avec le temps, nous ne pourrions rien laisser échapper, nous ne devrions plus nous presser. Il serait indifférent que nous fassions quelque chose aujourd'hui ou demain, complètement indifférent. [...]
Nous ne pourrions même pas vivre au jour le jour, car ce bonheur se nourrit de la conscience du temps qui passe, le flâneur est un aventurier en face de la mort, un croisé contre le diktat de la hâte. Quand il y a toujours et partout du temps pour tout : où y aurait-il encore de la place pour la joie de gaspiller le temps ?
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andmanandman   05 décembre 2013
L’intimité nous lie l’un à l’autre et ce lien invisible est libérateur. Il est impérieux : il exige l’exclusivité. Partager, c’est trahir. Pourtant nous n’aimons pas d’affection ou d’amour ni ne touchons qu’un seul être humain. Que faire ? Mettre en scène les différentes intimités ? Tenir une comptabilité minutieuse des thèmes, paroles et gestes ? Des savoirs et mystères communs ? Ce serait un poison s’infiltrant sans bruit goutte à goutte.
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MissbouquinMissbouquin   05 mars 2012
“NOBLESSE SILENCIEUSE. C’est une erreur de croire que les moments décisifs d’une vie, lors desquels sa direction habituelle change pour toujours, devraient être bruyamment et crûment dramatiques, sur fonds de violents bouillonnements intérieurs. C’est là une légende kitsch, que des journalistes avinés, des cinéastes intoxiqués de flashes et des écrivains qui ont dans le cerveau une gazette de boulevard ont lancée dans le monde. En vérité, le drame d’une expérience qui détermine la vie est souvent d’une incroyable douceur. Elle est si peu apparentée à la détonation, au jet de flamme et à l’éruption volcanique, cette expérience, qu’à l’instant où elle est vécue, elle passe souvent inaperçue. Quand elle déploie son effet révolutionnaire et fait en sorte qu’une vie soit plongée dans une toute nouvelle lumière et reçoive une toute nouvelle mélodie, elle procède sans bruit et dans cette merveilleuse absence de bruit réside sa noblesse particulière.”
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andmanandman   02 décembre 2013
Celui qui voudrait vraiment savoir qui il est devrait être un infatigable et fanatique collectionneur de désillusions, et la recherche d’expériences décevantes devrait être pour lui une obsession, l’obsession déterminante de sa vie, car il verrait alors en pleine lumière qu’elle n’est pas un poison brûlant et destructeur, la désillusion, mais un baume frais, apaisant, qui nous ouvre les yeux sur les vrais contours de nous-mêmes.
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andmanandman   03 décembre 2013
Un moment ils rirent à l’unisson, ils s’entraînaient l’un l’autre, ils continuaient à rire, depuis longtemps, le motif n’avait plus d’importance, mais seulement le rire, c’était comme lorsqu’on roule dans un train, quand on aimerait que la trépidation sur les rails, un bruit plein de protection et d’avenir, n’eût jamais de fin.
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