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René Bertelé (Préfacier, etc.)
EAN : 9782070300853
189 pages
Gallimard (31/01/1968)
4.1/5   276 notes
Résumé :
Compagnon de route et enfant chéri du surréalisme à ses débuts, Robert Desnos en illustra l'âge d'or, entre 1922 et 1930 - période à peu près couverte par "Corps et Biens". Archétype du poète prodige, le provocateur fougueux, l'amant passionné, le fantôme qui trouva la mort au camp de Trevezin en 1945 ou le tout jeune homme inspiré qui dictait des poèmes entiers durant son sommeil nous ouvre les portes d'un monde merveilleux : l'enfance d'un langage où tout est à ré... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
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Parfois dans nos existences éphémères, nous faisons naufrage, il me semble qu'alors les livres, - peut-être la poésie en particulier, forment comme des bouées ultimes, nous empêchant de sombrer corps et biens.
Corps et biens, les mots tanguent, les mots chavirent, les mots m'enivrent, je ne saurais dire autre chose que le puits qui se penche sur moi, que le rivage qui m'atteint, que le sable dans lequel je m'engouffre et qui s'engouffre en moi, sable qui laisse des traces sur moi et sur lequel je tente de laisser à mon tour quelques traces de ce que je ne serai jamais...
La poésie me permet juste de respirer, pas plus que cela, peut-être qu'en m'arrachant de mon quotidien elle m'aide à autre chose, mais je ne saurai pas ce soir poser les bons mots sur ce ressenti. Si je vous dis de manière un peu primaire qu'elle me sauve parfois du désastre du monde, serez-vous satisfait de cette réponse simpliste et peut-être un peu prétentieuse ou surfaite ? Pourtant, certains poèmes ont un effet dévastateur sur ma personne et me font regarder le monde avec les yeux d'un caméléon totalement affolé contemplant un arc-en-ciel...
Corps et biens, Robert Desnos joue avec les mots avec tant d'intelligence et de grâce que nous voudrions à jamais jouer avec lui, être toujours dans cette apesanteur des mots, leur cocasserie, ce n'est pas leur légèreté qui s'impose ici, ce sont les mots mêmes qui s'assemblent et se ressemblent pour toujours...
« Les mûres sont mûres le long des murs
et des bouches bouchent nos yeux. »
Ou bien encore :
« Dormir.
Les sommes nocturnes révèlent
la somme des mystères des hommes.
Je vous somme, sommeils, de
m'étonner
et de tonner. »
Corps et biens, la poésie est autant un chant de bonheur qu'une plainte, ici j'ai ri et été touché par la puissance et la facétie des mots...
Corps et biens, lire cela c'est entendre une voix, peut-être celle justement qui nous parvient de loin, elle a cent ans cette voix, elle s'entend cette voix, elle vient à nous, elle nous est chère, elle nous est si proche, chaleureuse, pressante, persuasive, caressante, fragile... Cette voix fut un jour enfermée dans un camp de concentration. Cette voix aima aussi une femme et le lui dit...
J'aime Robert Desnos comme la femme qui me l'a fait découvrir, dont j'étais amoureux. Pour me consoler de ne pas m'aimer en retour, elle me transmit un des plus beaux et des plus célèbres poèmes de ce cher poète qu'elle aimait tant...
Ce poème avait une histoire et ce soir-là elle me révéla son histoire, connu de tous bien sûr, connu par le vertige universel qui unit les femmes et les hommes qui adorent les poètes, mais moi j'étais novice, je ne savais rien de cela, elle eut des gestes tendres, des gestes d'amitié comme en échange de quelque chose qui ne viendrait jamais, des gestes consolatoires et des mots aussi, puisque les mots servent bien à cela, n'est-ce pas ?
Elle me le récita par coeur. Je savais que c'était la première fois qu'elle le disait à un homme. Elle me le disait pour me dire adieu, ou au revoir, ou à bientôt, ou du moins peut-être jamais, ou peut-être toujours, mais d'une autre manière. Chaque fois que je relis ces vers, je pense à deux choses qui m'étreignent...
Robert Desnos fut déporté au camp de Theresienstadt. À l'arrivée des Alliés qui libérèrent le camp, on dit qu'il transmit ces vers à une infirmière tchèque, griffonnés sur un papier à la va-vite... On dit aussi que c'est Robert Desnos qui dicta les mots à l'infirmière... On dit qu'il y eut plusieurs versions... On a dit plein de choses... Mais tous ces détails restent un mystère... Je ne sais même pas si ces vers d'amour furent lus par celle à qui ces vers étaient destinés, du moins dans leur version originale... C'est un comble ! J'ai même imaginé qu'ils étaient écrits pour l'infirmière qui le serrait contre son coeur comme on protège un enfant qui a peur... Robert Desnos mourut du typhus quelques jours plus tard, le 8 juin 1945.
On dit que je n'ai pas pleuré lorsqu'elle me les récita... Et quand elle s'en alla, non plus. Plus tard je ne sais plus, en tous cas, je ne me souviens pas, pour ces choses-là j'essaie de m'esquiver derrière d'autres mots... Derrière le silence aussi...
Les portes sont pratiques pour cela. Les livres aussi...
Corps et biens, comme cela fait du bien d'étreindre les mots corps à corps...
Alors j'ai lu pour la première fois Corps et biens, quinze ans après cette histoire...
J'ai pris mon temps pour revenir à elle, je savais qu'elle m'attendrait... Et je savais qu'à la page 113 du recueil de l'édition Gallimard Poche, elle serait là, nous allions nous retrouver, c'était comme un rendez-vous qu'elle m'avait donné, on ne s'était pas dit quand... On savait juste qu'on ne s'était pas oubliés.
À la page 113, elle était bien là, mais je ne vous dévoilerai rien du contenu de ce rendez-vous.... C'est notre secret, c'est intime... Je peux simplement vous révéler ce poème si touchant sur lequel nous nous sommes retrouvés avec tant de plaisir car il est capable d'ouvrir le sol, tracer des chemins, de les faire s'entrelacer, unir les femmes et les hommes, c'est-à-dire nous autres pauvres voyageurs de l'impossible, nous élever vers le ciel ou quelque chose qui s'en rapproche si par hasard on n'y croit pas...


« J'AI TANT RÊVÉ DE TOI
J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
et de baiser sur cette bouche la naissance
de la voix qui m'est chère ?
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre
à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
et me gouverne depuis des jours et des années
je deviendrais une ombre sans doute,
Ô balances sentimentales.
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie
et de l'amour et toi, la seule qui compte aujourd'hui pour moi,
je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.
J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme
qu'il ne me reste plus peut-être, et pourtant,
qu'à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois
que l'ombre qui se promène et se promènera allègrement
sur le cadran solaire de ta vie. »
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"Tout au long de ses poèmes l'idée de liberté court comme un feu terrible, le mot de liberté claque comme un drapeau parmi les images les plus neuves, les plus violentes aussi. La poésie de Desnos, c'est la poésie du courage. Il a toutes les audaces possibles de pensée et d'expression. Il va vers l'amour, vers la vie, vers la mort sans jamais douter. Il parle, il chante très haut, sans embarras. Il est le fils prodigue d'un peuple soumis à la prudence, à l'économie, à la patience, mais qui a quand même toujours étonné le monde par ses colères brusques, sa volonté d'affranchissement et ses envolées imprévues." voilà ce qu'écrivit Paul Eluard à propos de Robert Desnos. Que dire d'autre après cela ? J'ai une tendresse particulière pour ce poète que je ne chercherais même pas à analyser, c'est comme ça. Outre que le surréalisme m'a toujours "parlé", les poèmes de Desnos sont des manifestes ou des petites pépites de drôlerie, presque des comptines parfois. Un imaginaire débridé et une illustration de son époque ou la poésie se fait témoin de son temps, de son actualité. Sa poésie pétille, coule. André Breton lui reprochait son côté trop simple, trop accessible ? oui certains de ses poèmes pourraient être des chansons enfantines et alors ? Leur fraîcheur et "simplicité" ne doit pas cacher la richesse de la rime, la profondeur de la phrase et sous l'évidente spontanéité de l'écriture, la maturation du mot.
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André Breton, évoquant Robert Desnos, parlait" de son goût romantique du naufrage que traduit le titre d'un de ses premiers recueils" . Il s'agit bien sûr de" Corps et biens".

C'est en effet une oeuvre de jeunesse , les poèmes s'échelonnent de 1919 à 1929, le poète a donc entre 19 et 29 ans.

La première moitié du recueil est tout à fait représentative du surréalisme à ses débuts: inventivité, jeux de mots, mais aussi écriture automatique , transcription de rêves( les autres membres de ce mouvement novateur reconnaissaient qu'il excellait en cela). J'ai trouvé certains jeux d'homonymes ou contrepèteries réussis, de même que les aphorismes facétieux de l'étrange Rrose Sélavy. Robert Desnos expérimente avec enthousiasme et humour le domaine des mots.

Cependant, c'est la deuxième partie, surtout" A la mystérieuse ", " Les ténèbres " et "Sirène-anémone " qui fait battre plus fort mon coeur. Certains poèmes, je peux les lire, les relire, l'émotion est toujours là, embuant mes yeux, le frisson m'envahit à chaque fois . Femme rêvée, issue de son imagination , femme inaccessible, magnifiée dans des textes douloureusement intenses, merveilleusement oniriques. Je pense en particulier à " J'ai tant rêvé de toi" et" A la faveur de la nuit", qui me bouleversent tant.

Poète du rêve éveillé, sourcier des mots, chercheur envoûté de l'image féminine , Robert Desnos à jamais dans ma vie. Lisez ses textes!

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Je pense que je ne pourrais jamais en finir, avec ce recueil, tant les textes sont riches et diversifiés. Il y a des années de cela, j'avais été très touchée par le poème A la Mystérieuse, il me parlait intimement. Je me rends compte aujourd'hui, en consultant les citations, qu'il a marqué un grand nombre de lecteurs. Je gardais aussi une affection particulière pour C'était un bon Copain, que j'avais appris au collège.
En somme, je fréquente Robert Desnos depuis longtemps, de plus ou moins près, mais cette fois-ci, je me suis plongée dans le recueil tout entier.
Si je fermais les yeux pour visualiser le contenu de Corps et Biens, je verrais surtout se mouvoir devant moi un homme immergé dans les éléments de la nature, tanguant au gré de ses émotions. Je pense notamment au poème La Voix de Robert Desnos, dans lequel il appelle ces éléments, les chênes coupés, les ouragans, les raz-de-marée, ainsi que les fossoyeurs, les assassins, les morts qui, à sa voix, se réveillent, se déchaînent autour de lui, se soumettent à lui, quand la seule qu'il appelle réellement - celle qui semble peupler tous ses poèmes - ne l'entend pas, ne lui répond pas.
Beaucoup de ses textes sont comme des contes, empreints de magie, obscurs aussi, pas toujours simples d'approche, mais on peut se laisser entraîner dans ce côté onirique et mystérieux, mais, comme pour toute poésie, il faut en prendre le temps.
D'autres enfin, intéressants c'est vrai mais qui m'ont beaucoup moins touchée, sont ceux comme Rrose Sélavy où Desnos joue avec la langue. A ce sujet, si ces textes vous intéressent, je vous conseille la lecture d'Alice au Pays du Langage, de Marina Yaguello, qui fait de nombreuses références à ces essais linguistiques.

Lu dans le cadre du Challenge Poésie.

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Je suis toujours bouleversée en lisant A la mystérieuse, dont la version simplifiée, épurée, recopiée par une infirmière, permit de reconnaître Desnos qui se mourait du typhus au Revier de Teresienstadt...

Entre facéties joyeusement iconoclastes et poèmes troublants, tragiques où le destin soudain rencontre le réel, Desnos nous emmène et nous roule dans sa vague, corps et biens...
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J'ai tant rêvé de toi


J'ai tant rêvé de toi que tu perds ta réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant
Et de baiser sur cette bouche la naissance
De la voix qui m'est chère?

J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués
En étreignant ton ombre
A se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas
Au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante
Et me gouverne depuis des jours et des années,
Je deviendrais une ombre sans doute.
O balances sentimentales.

J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps
Sans doute que je m'éveille.
Je dors debout, le corps exposé
A toutes les apparences de la vie
Et de l'amour et toi, la seule
qui compte aujourd'hui pour moi,
Je pourrais moins toucher ton front
Et tes lèvres que les premières lèvres
et le premier front venu.

J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé,
Couché avec ton fantôme
Qu'il ne me reste plus peut-être,
Et pourtant, qu'a être fantôme
Parmi les fantômes et plus ombre
Cent fois que l'ombre qui se promène
Et se promènera allègrement
Sur le cadran solaire de ta vie.

Robert Desnos, "Corps et biens".
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Les Quatres sans cou

Ils étaient quatre qui n’avaient plus de tête,
Quatre à qui l’on avait coupé le cou,
On les appelait les quatre sans cou.

Quand ils buvaient un verre,
Au café de la place ou du boulevard,
Les garçons n’oubliaient pas d’apporter des entonnoirs.

Quand ils mangeaient, c’était sanglant,
Et tous quatre chantant et sanglotant,
Quand ils aimaient, c’était du sang.

Quand ils couraient, c’était du vent,
Quand ils pleuraient, c’était vivant,
Quand ils dormaient, c’était sans regret.

Quand ils travaillaient, c’était méchant,
Quand ils rodaient, c’était effrayant,
Quand ils jouaient, c’était différent,

Quand ils jouaient, c’était comme tout le monde,
Comme vous et moi, vous et nous et tous les autres,
Quand ils jouaient, c’était étonnant.

Mais quand ils parlaient, c’était d’amour.
Ils auraient pour un baiser
Donné ce qui leur restait de sang.

Leurs mains avaient des lignes sans nombre
Qui se perdraient parmi les ombres
Comme des rails dans la forêt.

Quand ils s’asseyaient, c’était plus majestueux que des rois
Et les idoles se cachaient derrière leur croix
Quand devant elles ils passaient droits.

On leur avait rapporté leur tête
Plus de vingt fois, plus de cent fois,
Les ayant retrouves à la chasse ou dans les fêtes,

Mais jamais ils ne voulurent reprendre
Ces têtes où brillaient leurs yeux,
Où les souvenirs dormaient dans leur cervelle.

Cela ne faisait peut-être pas l’affaire
Des chapeliers et des dentistes.
La gaîté des uns rend les autres tristes.

Les quatre sans cou vivent encore, c’est certain,
J’en connais au moins un
Et peut-être aussi les trois autres,

Le premier, c’est Anatole,
Le second, c’est Croquignole,
Le troisième, c’est Barbemolle,
Le quatrième, c’est encore Anatole.

Je les vois de moins en moins,
Car c’est déprimant, à la fin,
La fréquentation des gens trop malins.

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Les espaces du sommeil.

Dans la nuit il y a naturellement les sept merveilles du monde et la grandeur et le tragique et le charme.
Les forêts s'y heurtent confusément avec des créatures de légende cachées dans les fourrés.
Il y a toi.
Dans la nuit il y a le pas du promeneur et celui de l'assassin et celui du sergent de ville et la lumière du réverbère et celle de la lanterne du chiffonnier.
Il y a toi.
Dans la nuit passent les trains et les bateaux et le mirage des pays où il fait jour. Les derniers souffles du crépuscule et les premiers frissons de l'aube.
Il y a toi.
Un air de piano, un éclat de voix.
Une porte claque. Une horloge.
Et pas seulement les êtres et les choses et les bruits matériels.
Mais encore moi qui me poursuis ou sans cesse me dépasse.
Il y a toi l'immolée, toi que j'attends.
Parfois d'étranges figures naissent à l'instant du sommeil et disparaissent.
Quand je ferme les yeux, des floraisons phosphorescentes apparaissent et se fanent et renaissent comme des feux d'artifice charnus.
Des pays inconnus que je parcours en compagnie de créatures.
Et y a toi sans doute, ô belle et discrète espionne.
Et l'âme palpable de l'étendue.
Et les parfums du ciel et des étoiles et le chant du coq d'il y a 2000 ans et le cri du paon dans des parcs en flamme et des baisers.
Des mains qui se serrent sinistrement dans une lumière blafarde et des essieux qui grincent sur des routes médusantes.
Il y a toi sans doute que je ne connais pas, que je connais au contraire.
Mais qui, présente dans mes rêves, t'obstines à s'y laisser deviner sans y paraître.
Toi qui restes insaisissable dans la réalité et dans le rêve.
Toi qui m'appartiens de par ma volonté de te posséder en illusion mais qui n'approches ton visage du mien que mes yeux clos aussi bien au rêve qu'à la réalité.
Toi qu'en dépit d'une rhétorique facile où 1e flot meurt sur les plages,
où la corneille vole dans des usines ruine, où le bois pourrit en craquant sous un soleil de plomb.
Toi qui es à la base de mes rêves et qui secoues mon esprit plein de métamorphoses et qui me laisses ton gant quand je baise ta main.
Dans la nuit il y a les étoiles et le mouvement ténébreux de la mer, des fleuves, des forêts, des villes, des herbes, des poumons de millions et millions d'êtres.
Dans la nuit il y a les merveilles du monde.
Dans la nuit il n'y a pas d'anges gardiens, mais il y a le sommeil.
Dans la nuit il y a toi.
Dans le jour aussi.
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Si semblable à la fleur et au courant d’air
au cours d’eau aux ombres passagères
au sourire entrevu ce fameux soir à minuit
si semblable à tout au bonheur et à la tristesse
c’est le minuit passé dressant son torse nu
au dessus des beffrois et des peupliers
j’appelle à moi ceux-là perdus dans les campagnes
les vieux cadavres les jeunes chênes coupés
les lambeaux d’étoffe pourrissant sur la terre et le linge
séchant aux alentours des fermes
j’appelle à moi les tornades et les ouragans
les tempêtes les typhons les cyclones
les raz de marée
les tremblements de terre
j’appelle à moi la fumée des volcans et celle des cigarettes
les ronds de fumée des cigares de luxe
j’appelle à moi les amours et les amoureux
j’appelle à moi les vivants et les morts
j’appelle les fossoyeurs j’appelle les assassins
j’appelle les bourreaux j’appelle les pilotes les maçons et
les architectes
les assassins
j’appelle la chair
j’appelle celle que j’aime
j’appelle celle que j’aime
j’appelle celle que j’aime
le minuit triomphant déploie ses ailes de satin
et se pose sur mon lit
les beffrois et les peupliers se plient à mon désir
ceux-là s’écroulent ceux-là s’affaissent
les perdus dans la campagne se retrouvent en me trouvant
les vieux cadavres ressuscitent à ma voix
les jeunes chênes coupés se couvrent de verdure
les lambeaux d’étoffe pourrissent dans la terre et sur la terre
claquent à ma voix comme l’étendard de la révolte
le linge séchant aux alentours des fermes habille d’adorables femmes
que je n’adore pas qui viennent à moi obéissent à ma voix et m’adorent
les tornades tournent dans ma bouche
les ouragans rougissent s’il est possible mes lèvres
les tempêtes grondent à mes pieds
les typhons s’il est possible me dépeignent
je reçois les baisers d’ivresse des cyclones
les raz de marrée viennent mourir à mes pieds
les tremblements de terre ne m’ébranlent pas
mais font tout crouler à mon ordre
la fumée des volcans me vêt de ses vapeurs
et celle des cigarettes me parfume
et les ronds de fumée des cigares me couronnent
les amours et l’amour si longtemps poursuivis se réfugient en moi
les amoureux écoutent ma voix
les vivants et les morts se soumettent et me saluent
les premiers froidement les seconds familièrement
les fossoyeurs abandonnent les tombes à peine creusées
et déclarent que moi seul puis commander leurs nocturnes travaux
les assassins me saluent
les bourreaux invoquent la révolution
invoquent ma voix
invoquent mon nom
les pilotes se guident sur mes yeux
les maçons ont le vertige en m’écoutant
les assassins me bénissent
la chair palpite à mon appel
celle que j’aime ne m’écoute pas
celle que j’aime ne m’entend pas
celle que j’aime ne me répond pas

La voix de Robert Desnos
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JAMAIS D'AUTRE QUE TOI (Repris par Alain BASHUNG dans son album "L'Imprudence")

Jamais d'autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes
En dépit des mutilations d'arbre à la tombée de la nuit
Jamais d'autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien
Plus tu t'éloignes et plus ton ombre s'agrandit
Jamais d'autre que toi ne saluera la mer à l'aube quand fatigué d'errer moi sorti des forêts ténébreuses et des buissons d'orties je marcherai vers l'écume
Jamais d'autre que toi ne posera sa main sur mon front et mes yeux
Jamais d'autre que toi et je nie le mensonge et l'infidélité
Ce navire à l'ancre tu peux couper sa corde
Jamais d'autre que toi
L'aigle prisonnier dans une cage ronge lentement les barreaux de cuivre vert-de-grisés
Quelle évasion !
C'est le dimanche marqué par le chant des rossignols dans les bois d'un vert tendre l'ennui des petites filles en présence d'une cage où s'agite un serin, tandis
que dans la rue solitaire le soleil lentement déplace sa ligne mince sur le trottoir chaud
Nous passerons d'autres lignes
Jamais jamais d'autre que toi
Et moi seul seul seul comme le lierre fané des jardins de banlieue seul comme le verre
Et toi jamais d'autre que toi.



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