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Arlette Gautier (Préfacier, etc.)Mariana Oliveira dos Santos (Préfacier, etc.)Clara Domingues (Traducteur)
EAN : 9791090062320
158 pages
Éditeur : Editions iXe (10/05/2016)
4.83/5   3 notes
Résumé :
Avec Femmes et esclaves, Sonia Giacomini traite d’un thème rarement abordé dans la littérature sur l’esclavage, la condition des femmes esclaves. Elle y examine les tensions inhérentes à leurs rôles sociaux et s’attelle à déconstruire les mythes entretenus par l’historiographie nationale sur la mansuétude propre à l’esclavage brésilien. Elle donne aussi à voir certaines des racines historiques de la situation actuelle des femmes au Brésil, en particulier des femmes ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
de
  17 mai 2016
Dans leur préface, Arlette Gautier et Mariana Oliviera dos Santos reviennent sur la question de l'esclavage, son occultation et ses conséquences actuelles.
Brésil. L'esclavage a duré de 1530 à 1888, la traite a été effective jusqu'en 1850, quatre à cinq millions de captifs et captives (dont sept cent mille au XIXème siècle), les esclaves représentent 40% de la population au moment de l'indépendance en 1822. Elles parlent du Mouvement Noir Unifié, des luttes pour la reconnaissance du « rôle des Noirs dans l'histoire du Brésil » et l'instauration de quotas, notamment à l'entrée de l'université. Les préfacières discutent aussi des discours et des recherches au Brésil, de l'occultation des femmes esclaves, de l'érotisation de l'inégalité homme-femme, des conditions de travail, de l'idéologie nationaliste « basée sur l'idée d'une « expérience positive » de la nation brésilienne issue du métissage »…
Racialisation des rapports sociaux, place des esclaves en tant que sujet-te-s de l'histoire, travail forcé et situation spécifique des esclaves femmes. L'étude de Sonia Maria Giacomini porte sur l'analyse de journaux publiés à Rio de Janeiro de 1850 à 1888, « Il s'agit donc d'un moment très particulier où le recours à la traite n'est plus possible pour assurer le renouvellement de la population des esclaves, alors qu'elle a joué jusqu'à cette date un rôle essentiel dans la conformation des rapports sociaux de sexe, deux hommes étant déportés pour une femme ».
Les préfacières analysent, entre autres, les esclaves comme objet et non sujet, l'avortement comme « marque de résistance à l'oppression », la fonction de nourrice « mère-nègre », les femmes comme objets sexuels et la banalisation du viol, les violences entre femmes maitresses et femmes esclaves, « Il n'existe pas d'union féministe face à l'ordre établi », les refus des esclaves d'être assimilé-e-s à un objet, les manifestations quotidiennes de la résistance des esclaves, les actions légales « L'analyse des actions légales, notamment des procès, montre que les négociations des esclaves pour de meilleures conditions de travail et de vie ont été quotidiennes, qu'il s'agisse de la liberté religieuse, du repos du dimanche, du travail qu'ils et elles effectuaient clandestinement afin d'acheter leur affranchissement », les révoltes individuelles et collectives, les communautés de fugitifs et fugitives (quilombos), « de multiples actions ont été menées conjointement par des femmes et des hommes africains, métis brésiliens, esclaves de plantation, marrons, esclaves domestiques. C'est leur association qui a permis d'instaurer le rapport de force nécessaire à l'élimination du système esclavagiste ».
Arlette Gautier et Mariana Oliviera dos Santos évoquent aussi des recherches, des spécificités de l'esclavage brésilien, le mensonge d'un esclavage débonnaire, et d'un métissage harmonieux…
« La mémoire du passé esclavagiste rappelée par les descendants des esclaves contribue de façon essentielle à soutenir la construction de la confiance, de la fierté et de la lutte pour la mise en place d'une démocratie raciale effective, qui ne soit pas fondée sur la négation de l'héritage du passé ».
Dans son introduction, Sonia Maria Giacomini souligne l'oubli des positions de classes dans les études sur les femmes, « La « femme » universelle et abstraite n'existe pas », les femmes réelles sont insérées « dans des classes sociales historiquement déterminées »…
On ne peut étudier les réalités sociales en se basant sur des modèles abstraits ou historiques étrangers aux rapports sociaux, et à leur imbrication particulière, qui ont modelés la société brésilienne.
« Vouloir comprendre la formation du prolétariat brésilien sans analyser la transformation des esclaves en travailleurs libres est impossible, de même qu'il est impossible d'évaluer ce que l'esclavage a légué aux femmes des classes exploitées – en particulier aux femmes noires – et aux femmes des classes dominantes si l'on ne prend pas en compte la situation des femmes noires esclaves, les rapports dans lesquels elles s'inséraient en tant que femmes et en tant qu'esclaves ».
Il s'agit donc bien, au delà du vocabulaire choisi, de « racialisation des rapports sociaux », de la « place de l'esclave en tant que sujet de l'histoire », comme l'on souligné les préfacières.
L'auteure parle d'un « double silence » sur les femmes et sur les classes exploitées, du mythe « la nature clémente et paternellement patriarcale de l'esclavagisme brésilien », des rapports « maître-femme esclave », « maîtresse-femme esclave », « enfants blancs-femme esclave », de patriarcat, de travail…
« Pour résumer, l'étude du rôle social et des conditions de vie des femmes esclaves nous paraît fondamentale pour 1) réélaborer l'histoire de l'esclavage brésilien et 2) analyser certaines des racines historiques de la situation actuelle des femmes au Brésil, en particulier des travailleuses noires ».
Les femmes esclaves, la question de la reproduction, l'avortement et l'infanticide comme forme de résistance des femmes esclaves, « La liberté des ventres »…
« Les notions d'intimité, de famille se rapportent à une sphère particulière à laquelle les esclaves n'ont pas accès du fait de leur condition de « chose » ».
Sonia Maria Giacomini rappelle que « c'est le ventre maternel qui détermine la condition des rejetons » et indique que dans les textes, la seule référence existante est celle de la relation « femme esclave-enfants ».
Elle souligne la loi du « Ventre libre ». Cette proposition de libérer les ventres esclaves « est à l'origine de la première mise en échec de la condition de « chose » des femmes esclaves ». Elle insiste aussi sur le manque d'attention porté à la maternité des femmes esclaves, à la méconnaissance de la subjectivité de ces femmes, le conflit entre les pratiques sociales courantes et l'idéologie chrétienne dominante, « La négation du statut d'êtres humains aux esclaves allait nécessairement de pair avec la négation de leur subjectivité, qui fut violée, récusée, ignorée, surtout dans les relations de type familial qu'ils et elles pouvaient établir les uns avec les autres : mère esclave-enfants, père esclave-enfants, homme-femme esclaves ».
La fin de la traite (im)pose, pour les blancs propriétaires, des modifications sur la (re)production des esclaves.
Femmes-esclaves et « fonction de nourrice », exclusion des enfants esclaves, « Pour que l'esclave devienne la mère nègre de l'enfant blanc, il fallait lui interdire d'être la mère de son enfant nègre », intégration de la femme esclave « au cycle reproductif de la famille blanche ». L'auteure revient sur les stéréotypes élaborés autour de la « mère-nègre » et la construction des représentations de la soit-disante « nature particulière » de l'esclavage au Brésil.
Il ne faut pas oublier l'« appropriation de leur corps au titre d'objet sexuel de l'homme blanc », l'exploitation sexuelle, l'utilisation des femmes esclaves comme objet sexuel. L'auteure parle de double condition de « chose appropriée » et de femme, de femmes repoussées « à la marge des modèles moraux et religieux à l'honneur dans la société », d'« éventualité permanente » à la « sollicitation » sexuelle,
Sonia Maria Giacomini analyse aussi les relations entre « les maitresses et leurs esclaves », le traitement différencié des corps, le cafuné, le libre cours de l'expression… et déconstruit le mythe de l'« esclave docile et passif »…
« nous avons la conviction qu'il est fondamental de faire reconnaître, au sein des discours féministes, la pertinence d'un discours spécifique tenu par les femmes noires sur les femmes noires, tout comme il est fondamental de faire reconnaître, au sein des discours émergents du mouvement noir, la pertinence d'un discours spécifique tenu par les femmes sur les femmes »
Un ouvrage important contre les mythes de l'esclavage débonnaire ou clément, la passivité inventée des esclaves et une porte ouverte pour des recherches approfondies sur l'imbrication des dominations subies par les femmes, ici les femmes-esclaves.
Préface
Introduction
1.Les femmes esclaves et la question de la reproduction
2.La « famille » esclave
3.Les « mères nègres »
4.L'exploitation sexuelle
5.Les maîtresses et leurs esclaves
Conclusion
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pam54
  22 juin 2017
Au début du livre, nous trouvons une préface d'Arlette Gautier et Mariana Oliveira Dos Santos. Elles nous donnent un aperçu des différentes analyses et études réalisées sur l'esclavage au Brésil, et nous expliquent ainsi pourquoi Sonia Maria Giacomini a souhaité mettre l'accent sur la condition des femmes esclaves, qui jusqu'à maintenant a été complètement occultée.
Son oeuvre est séparée en 5 parties afin de distinguer les différents aspects de la vie des femmes esclaves.
Tout d'abord l'auteur aborde la question de la reproduction des femmes d'esclaves qui est très faible car la traite négrière fournit en permanence de nouveaux esclaves aptes au travail et les maîtres ne veulent en aucun cas s'embêter avec des nouveaux nés.
Puis l'auteur nous parle de la notion de “famille esclave” un terme bien étrange puisque leur condition d'esclave est incompatible avec le concept de famille ou de couple. Les maîtres seuls décident des liens qu'il peut exister entre les esclaves.
Ensuite, l'auteur nous détaille 2 autres rôles des femmes esclaves : leur utilisation en tant que nourrice au sein des familles blanches ainsi que leur exploitation sexuelle​.
Enfin, Sonia Maria Giacomini nous explique la nature des relations entre les maîtresses et leurs esclaves. On notera qu'à cette époque il s'agit d'une société patriarcale où le rôle des épouses se limite à la procréation et à la tenue de la maison. Quotidiennement elles assouvissent leur vengeance et font preuve d'une grande cruauté envers leurs esclaves.
À la fin du livre il y a un petit plus qui complète véritablement cette oeuvre. On y retrouve des repères chronologiques sur la colonisation du Brésil et le début de l'esclavage, un glossaire pour nous expliquer les différents termes d'employés au fil des pages et pour finir une bibliographie conséquente.
L'auteur conclut en nous faisant remarquer que la condition actuelle de la femme noire brésilienne découle pour beaucoup de son passé d'esclave.
Cet ouvrage est accessible à tous et je l'ai trouvé très intéressant d'un point de vue historique.
La présence des extraits de journaux et d'études de l'époque apporte un peu de profondeur et illustre avec justesse le récit.
Sonia Maria Giacomini y dépeint une bien triste réalité sur la double peine des femmes esclaves : femme et esclave. Elle a su retranscrire avec justesse et pudeur cette période sombre.
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Deslivresetlesmots
  11 juin 2017
Merci à Babelio et surtout aux Éditions iXe de m'avoir fait parvenir cet ouvrage en échange d'une chronique honnête, dans le cadre d'une Masse Critique.
Pour expliquer un peu mon choix de ce livre (parmi d'autres certes) dans la longue liste qui composait la Masse Critique en question : même si je ne les chronique pas toujours ici, j'aime beaucoup lire des livres de non-fiction. Je travaille dans les sciences humaines et sociales, donc c'est guère surprenant, et j'attache un grand intérêt aux études féministes, de genre et des sexualités, entre autres choses. Si j'ai été au départ intimidée par le titre de l'ouvrage – après tout, je ne connaissais rien au sujet – le nombre de page m'a rassurée : en 150 pages, il ne pouvait pas s'agir d'une étude particulièrement pointue, mais plutôt d'une introduction. En effet, Femmes et esclaves est très facilement abordable, même si vous ne connaissez rien à cette période, ce sujet, ou au Brésil.
Deuxième point : je ne connaissais pas du tout la maison d'édition, et c'est une fois que j'ai reçu le livre (avec un joli mot, ce qui fait toujours bien plaisir, plutôt qu'un envoi impersonnel !) que j'y ai regardé de plus près. Et là, un texte précède la page de garde, une sorte d'avertissement ou plutôt de mise en contexte, qui explique que la maison d'édition demande à ses autrices et auteurs d'utiliser la règle de proximité pour ses accords, et non celle du traditionnel et misogyne « le masculin l'emporte sur le féminin ». Autant dire que c'est une démarche tout à fait louable, et que j'étais déjà conquise. En effet, les Éditions iXe publient des textes féministes, essais et fictions.
Pour en venir à Femmes et esclaves plus précisément, je disais plus haut qu'il est tout à fait accessible, déjà grâce à sa préface et son introduction qui rappellent les différentes recherches faites sur le sujet et en fait une critique rapide, mais aussi par un travail impressionnant de la traductrice. Cette dernière n'hésite pas à ajouter des notes pour resituer des personnes probablement connues d'un lectorat brésilien, ce qui nous permet de comprendre les références et le contexte des citations notamment. Je souligne aussi la présence d'un glossaire, puisque certains mots sont conservés en portugais, étant donné qu'ils e référent au contexte particulier qu'est l'esclavage au Brésil.
L'objectif de l'autrice, Sonia Maria Giacomini, est de se focaliser sur l'expérience des femmes esclaves, ce qui n'avait pas été fait auparavant, du moins sans que l'expérience en question soit romantisée : le colon magnanime « s'occupait » des femmes esclaves qui devenaient alors privilégiées de par leur statut de femme. Sonia Maria Giacomini entend bien montrer à quel point cette idée est fausse : les femmes esclaves étaient victimes en réalité d'une double peine. Par exemple, non seulement elles subissaient les avances et les viols de leurs maîtres blancs, mais en plus l'éventuelle grossesse qui s'en suivait était une punition supplémentaire. Enceintes ou non, elles avaient la même charge de « travail » dans les champs. Sans parler de l'enfantement, qui n'était pas non plus une raison pour ne pas aller aux champs, et qui signifiait mettre au monde un être qui deviendrait automatiquement un esclave. C'est d'ailleurs pour cela que de nombreuses esclaves tentaient des avortements.
Ceci n'est qu'un exemple des nombreux points évoqués dans ce livre, qui tient ses conclusions d'un travail d'étude fait sur des textes d'époque, notamment des petites annonces passées dans les journaux concernant les ventes, achats et locations d'esclaves, mais aussi les annonces d'esclaves en fuite et recherchés. L'autrice précise qu'étant donné la limitation des sources, une étude plus approfondie serait nécessaire pour valider ou invalider les hypothèses qu'elle émet.
La séparation du livre en chapitre permet d'aborder différents sujets : la reproduction des femmes esclaves, la « famille » esclave, les « mères nègres », l'exploitation sexuelle, et enfin les relations qu'entretenaient les maîtresses avec leurs esclaves. Pour évoquer quelques points, la « famille esclave » n'existait pas vraiment, puisqu'il n'y avait pas d'intimité et aussi beaucoup d'avortements, ou de morts infantiles. En effet, une esclave mère nourricière n'avait plus assez de lait pour son propre enfant. Il y eut même des tentatives de la part des esclavagistes pour contrer ces avortements et infanticides : la femme esclave obtenait de maigres heures supplémentaires de repos pour chaque enfant, et au bout de cinq enfants, elle avait la possibilité de les laisser en esclavage et d'être affranchie… Concernant les mariages, s'ils étaient légalement reconnus, les maîtres choisissaient parfois d'ignorer complètement ce lien, et de séparer les époux, voire de les vendre séparément.
L'autrice rappelle très justement que l'oppression des femmes n'était pas la même selon les classes : une femme bourgeoise ne vivait pas la double exploitation d'une femme prolétaire par exemple.
Ce livre permet donc de mieux comprendre la situation particulière des femmes esclaves au Brésil à cette époque, et potentiellement de mieux comprendre l'évolution de la condition des femmes et des personnes racisées depuis l'abolition de l'esclavage. Une lecture très enrichissante et intéressante, et je ne manquerai pas de m'intéresser au reste du catalogue des Éditions iXe !
Lien : https://deslivresetlesmots.w..
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l-ourse-bibliophile
  03 mai 2016
Le Brésil est le pays qui a vécu le plus longtemps sous l'esclavage. de 1530 à 1888 (soit plus de 350 ans), quatre à cinq millions d'esclaves furent déportés. Les esclaves constituaient 40% de la population brésilienne lors de la déclaration d'indépendance en 1822.
Cet essai, paru au Brésil en 1988, aborde la double oppression des Noires, en tant qu'esclaves et en tant que femmes, en pointant quelques sujets propres aux femmes esclaves tels que la maternité, la condition de nourrices, les violences sexuelles et les relations avec les maîtresses. Il pose comme limites temporelles 1850, fin de la traite négrière, et 1888, abolition de l'esclavage.
Cet essai aborde également les résistances de la part des esclaves, du sabotage et gaspillage quotidien jusqu'aux fuites et aux meurtres auxquels ils sont parfois contraints, notamment pour tenter de protéger un être aimé. Il casse l'image d'une prétendue « douceur » de l'esclavage brésilien.
Le sujet est pointu et très délimité, tant géographiquement que temporellement (Brésil, de 1850 à 1888). Mais, outre le fait qu'il se lit sans difficulté, cet essai qui croise les questions de classe, de race et genre est passionnant. J'ai déjà lu des choses sur l'esclavage en général (mais rien sur la société esclavagiste brésilienne), mais aucun qui n'abordait spécifiquement le sort des femmes.
Les recherches sont basées sur l'analyse de journaux d'époque publiés à Rio de Janeiro pendant la période étudiée (1850-1888). de nombreuses annonces liées aux esclaves (ventes, fuites…), mais aussi des articles, des textes de lois et quelques poèmes, illustrent le propos de cet essai. Les sources sont donc peu importantes et les documents adoptant le point de vue des esclaves inexistants, ce qui a empêché l'auteure de creuser certains sujets.
Beaucoup de questions sont donc posées, questions qui pourraient être à l'origine de futurs axes de recherche, mais les réponses fournies ne sont parfois que des suppositions. L'auteure reconnaît plusieurs fois les limites de sa documentation, mais le but était aussi de soulever un point souvent délaissé, faute d'y apporter des réponses.
Un essai important puisqu'il se focalise sur un point délaissé de l'esclave – la situation des femmes – qui dessine un tableau cruel du quotidien des femmes esclaves.
Si vous souhaitez en savoir plus sur le contenu de cet essai, j'ai davantage détaillé celui-ci sur l'article de mon blog (adresse ci-dessous).
Lien : https://oursebibliophile.wor..
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Chrissy
  27 juin 2017
Décidément, en ce moment le peu d'articles publiés sur ce blog ne concernent presque que la période « noire » de notre Histoire. Ce thème occupe une petite place sur mon blog mais une très grande dans mon coeur. C'est un thème, une période, qui me donne toujours les frissons. Qu'il soit en film, bd, manga, série tv, livre… tout mon être est tourné vers ce pan de notre Histoire si honteux et si difficile à comprendre. Comment la bêtise ainsi que la cruauté humaine peuvent-elles être aussi grandes ? Cela me dépasse encore de nos jours!
Vous le savez peut-être ou peut-être pas, durant ma première année de fac en lettres modernes j'ai décidé de suivre en littérature comparée un cours sur la figure du marron dans notre littérature française. Ce cours nous dévoilait donc un courant littéraire peu connu mettant principalement en avant une vision anti colonialiste de l'esclavagisme (principalement sur les îles caribéennes). Livres ayant pour principal motif de mettre en avant la figure de l'esclave comme étant un homme maître et acteur de son propre destin et non plus comme un animal vil et passif. Ainsi, nous avons étudié avec plaisir l'un des ouvrages de Carpentier favorable à la négritude. L'autre thème sous-jacent de notre cours concernait la place que prenaient les femmes esclaves dans cette société esclavagiste (thème abordé notamment grâce aux livres de Scharz-bart ou Morison). Femmes parfois minoritaires dans la minorité, le destin des femmes esclaves est souvent poignant et déstabilisant une fois narré.
Sonia Maria Giacomini nous livre un ouvrage fort intéressant qui nous transporte ici non pas en Guadeloupe (cf ouvrages cités plus haut) mais au brésil dans les années 1850-1888 (date de la fin de l'esclavage au brésil).
Il est quelque peu déroutant d'admettre que quelque soit l'endroit, les pratiques esclavagistes ainsi que « la traite négrière » sont systématiquement déshumanisantes, immorales et totalement violentes. le langage diffère en fonction du pays : une mulâtresse en guadeloupe sera appelée au brésil une parda par exemples. Mais le fond, la douleur, reste le/la même : il/elle est vécu/e de manière fortement universelle.
Ce petit livret, c'est un peu comme une bible (en tout cas c'est devenu la mienne). C'est un document d'une centaine de pages qui révèle et recèle énormément de choses, toutes autant captivantes les unes que les autres. Nous avons soif d'apprendre, de lire, de découvrir. C'est une mine d'informations. Un travail titanesque de documentation, de reconstitution, d'écriture que je souhaite saluer du plus profond de mon coeur.

Car non seulement, la documentation concernant l'époque de l'esclavage en France reste ensevelie sous un amas de légendes, de préjugés, de présumés… C'est un pan de l'histoire qui fascine car raconté par les vainqueurs celle-ci a une toute autre saveur que lorsqu'elle est racontée par « les vaincus » (ou en tout cas les opprimés). L'histoire change, est remaniée, modifiée par le temps, par les époques et les plaies, elle est mouvante,parfois insaisissable. Où est le vrai du faux? Et c'est en toute impartialité que Sonia Maria Giacomini a imposé sa plume pour nous présenter un thème d'autant plus compliqué à manier, à déterrer, à documenter.
[...]


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Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
l-ourse-bibliophilel-ourse-bibliophile   03 mai 2016
L’existence de « mères nègres » révèle une facette supplémentaire de la mainmise de la casa-grande* sur la senzala*, dont le corollaire inévitable était la négation de la maternité des esclaves et le massacre de leurs enfants. Pour que l’esclave devienne la mère nègre de l’enfant blanc, il fallait lui interdire d’être la mère de son enfant nègre. La multiplication des petits maîtres impliquait l’abandon et la mort des négrillons. En intégrant ainsi la femme noire au cycle reproductif de la famille blanche, l’esclavage réaffirmait l’impossibilité pour les esclaves de créer leur propre espace reproductif.
Dans une société où l’idéologie dominante considère la maternité comme la fonction sociale de base pour les femmes, l’esclave devenue nourrice vit, avec la négation de sa maternité, la négation de sa condition de femme. Aussi paradoxal que cela paraisse, c’est sa physiologie féminine – sa capacité de lactation – qui fait obstacle à la réalisation de son potentiel maternel.
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l-ourse-bibliophilel-ourse-bibliophile   03 mai 2016
Nous pensons avoir fourni, tout au long de cet essai, suffisamment d’éléments pour démontrer que, dans le récent passé colonial-esclavagiste du Brésil, l’oppression des femmes blanches n’a jamais eu pour contrepartie une plus grande liberté des Noires esclaves. La répression de la sexualité des Blanches et la pseudo-liberté sexuelle des Noires ne sont que deux formes particulières, déterminées par des positions de classe différentes, de l’exercice de la domination patriarcale-esclavagiste.
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DeslivresetlesmotsDeslivresetlesmots   11 juin 2017
Mais parce qu’elles sont femmes, en sus d’être esclaves elles sont aussi objets sexuels, nourrices, punching-balls de leurs chères maîtresses. Évidemment, la manière dont elles vivent ce qu’il est convenu d’appeler la « condition féminine » n’est pas étrangère à leur situation de classe… et pas non plus à leur couleur. Il faut vraiment être incapable de penser la complexité de ces articulations pour imaginer que les esclaves noires étaient « plus libres » que leurs maîtresses blanches. Ni plus ni moins « libres », les Blanches vivaient leur oppression de femmes dans une société complexe, certes, mais tout entière structurée par la négation de l’humanité et de la liberté individuelle de l’ensemble des travailleurs esclaves. De ce fait, ces maîtresses, si opprimées qu’elles aient été, n’hésitaient pas à marquer leur appartenance à la classe dominante en exerçant quotidiennement leur pouvoir sur l’Autre – l’homme ou la femme esclave.
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l-ourse-bibliophilel-ourse-bibliophile   03 mai 2016
Si l’esclavage renvoie les esclaves à l’état de « choses » (« propriété d’autrui »), le caractère patriarcal de la société induit une distinction entre « chose-homme » et « chose-femme ». La condition esclave ne suffit pas à « expliquer » l’utilisation sexuelle des femmes esclaves, car dans ce cas les hommes esclaves auraient tout autant été la cible des assauts sexuels des maîtres. La possibilité d’user des esclaves comme objets sexuels ne se concrétise que pour les femmes sur qui pèse, en tant que telles, l’ordre social patriarcal qui détermine et légitime la domination des hommes sur les femmes.
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DeslivresetlesmotsDeslivresetlesmots   11 juin 2017
Les qualités physiques et la sexualité respectives des maîtresses et des esclaves jouaient des rôles antagonistes dans la société patriarcale esclavagiste. Tandis que la sexualité des premières se limitait à la procréation dans le cadre de relations conjugales, les secondes, ravalées au rang d’objet sexuel que s’appropriait l’homme blanc, se voyaient tout autant dénier la maternité que la possibilité de relations familiales. Tout oppose les maîtresses blanches, mères chastes et pures, aux esclaves noires, sensuelles, lascives, immorales, sans religion et infanticides.
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