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Guilde du Livre (30/11/-1)
3.33/5   6 notes
Résumé :
Ces deux nouvelles, si typiques de deux manières différentes de Gobineau, sont peut-être les plus célèbres de l'auteur des Pléiades. Elles illustrent toutes deux la conception de l'amour chère à Gobineau, cette «maladie terrible, telle que les Grecs étonnés l'appelaient "sacrée" et "divine" parce qu'elle était incompréhensible, mais c'est la maladie des âmes fortes, et la montrer chez les imbéciles, c'est ce que l'Histoire ne peut pas faire».
Mlle Irnois, pe... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
Adélaïde suivi de Mlle Irnois /Joseph Arthur de Gobineau (1816-1882)
L'année même où il sortit de l'Académie Militaire, Frédéric Rothbanner fut remarqué par la comtesse Élisabeth de Hermannsburg à la sortie d'un théâtre. À vingt deux ans, Frédéric était un garçon charmant, poli, élégant et spirituel et les jardins d'Armide où régnait la comtesse eurent vite fait de séduire le jeune homme malgré les treize années qu'elle avait de plus que lui, trois lustres qui auraient pu effeuiller sa beauté. Mais il n'en était rien et ils devinrent amants quelques temps avant que le mari ne décède.
Pour mettre fin à une irrégularité notoire de leur position, Élisabeth invita quelques temps après Frédéric à l'épouser. La différence d'âge et sa situation pécuniaire semblaient être la cause d'une certaine hésitation de la part du jeune homme qui voyait dans ces raisons des éléments susceptibles d'inviter les gens à la glose. de plus la comtesse était protestante et lui catholique. Élisabeth eut vite fait d'abjurer sa religion et revint à la charge.
C'est alors que la conversation entre les deux contendants se tendit quand la comtesse fit savoir au jeune homme qu'elle n'ignorait pas qu'il avait une liaison avec sa fille, mineure de seize ans, la belle Adélaïde, une taille de reine blonde éblouissante. Adélaïde sans ambages annonça à sa mère que Frédéric allait lui demander sa main. La mère de répondre aussitôt que Frédéric lui appartenait et allait l'épouser. Quant à sa fille elle voulut l'envoyer au couvent.
Frédéric est alors confronté au dilemme quand Élisabeth lui demande ce qu'il décide et il craint le déshonneur. Doucement et habilement la comtesse le convainc lui pardonnant ses écarts. Adélaïde est envoyée chez sa tante et Frédéric épouse Élisabeth.
Élisabeth, subtile stratège, soupçonne Frédéric aux absences prolongées de la tromper encore avec Adélaïde, amazone déchainée, qu'elle rapatrie à la maison. Ayant gagné la première manche en épousant le beau jeune homme, elle vient de perdre la seconde et souhaite reprendre la main en agissant avec douceur et séduction avec Frédéric le pantin qui se voit l'objet d'attentions passionnées et de déclaration brûlantes de la part du petit monstre qu'est Adélaïde. Frédéric cherche à fuir l'enchanteresse, mais l'espace domestique n'est pas extensible à l'infini ! Il pourrait prévenir la comtesse mais ne le fait pas et finit par être passionnément épris de l'ange des ténèbres.
Une conversation tendue entre la mère, qui n'est pas aveugle et qui de guerre lasse est prête à abandonner son époux amant, et la fille a pour conséquence de laisser la main à Adélaïde, mais Frédéric curieusement lui conseille alors de chercher un mari. Les séducteurs qui courtisent la jeune fille ne manquent pas pour rendre jaloux Frédéric. Un jeu cruel s'instaure entre Adélaïde et Rothbanner pendant qu'Élisabeth ne cesse de les chercher durant la journée pour les retrouver au diner tranquilles comme si de rien n'était. Séparation et raccommodements se succèdent entre les deux amants sans que Mme Rothbanner ne se décourage. Jusqu'au jour où les deux femmes n'en pouvant plus de s'épier, se rendent compte qu'elle éprouve le même mépris à l'encontre de Frédéric, qui assez lâchement est prêt à capituler face aux deux femelles. Qui à la fin aura la partie belle ? Une curieuse nouvelle qui voit le triomphe du lâche qui parvient à conserver deux femmes au risque du mépris, et dont la seule force est sa faiblesse. Mais pour combien de temps ?
La seconde nouvelle se déroule sous l'Empire. M. Pierre André Irnois est riche, très riche. Spéculateur avisé, il a fait de bonnes affaires, difficilement au début puis dans des conditions obscures ensuite. Il vit dans une opulence bourgeoise et décide prendre femme, une demoiselle Maigrelut, fille d'un spéculateur comme lui. La demoiselle Maigrelut a deux soeurs qui souhaitant rester vielles filles font alors partie de la maisonnée et deviennent les compagnes de la solitude de M. Irnois qui n'a pas d'amis et n'en veut pas.
Une enfant nait dans la famille et Emmelina est son prénom. Elle est adorée de la famille mais elle est handicapée physique, naine et légèrement bossue. Adorée et servie par la bonne Jeanne, Emmelina, pauvre créature, vient à avoir dix sept ans. Habituellement silencieuse, sans esprit et maladive, elle semble depuis peu avoir les joues plus roses et sa tristesse a pris un nouveau ton lorsqu'elle regarde, assise dans son fauteuil, vers la mansarde du cinquième d'en face.
La fortune de M. Irnois fait des envieux et un certain comte Cabarot a entendu parler d'un richard appelé Irnois qui a une fille non mariée. Il ne sait rien sur elle mais par contre il soupçonne la dot d'être assez conséquente. Il s'est juste enquis de savoir si d'autres céladons seraient sur les rangs. Cabarot par personne interposée annonce sa visite à la famille en précisant son but. M. Irnois et fou de rage, il veut garder sa fille adorée. Arrivant dans son plus beau carrick, le comte Cabarot fait son numéro de séduction avant même d'avoir aperçu Emmelina. Deux surprises attendent la famille réunie et le comte Cabarot : la réaction d'Emmelina en voyant le comte et celle du comte en voyant Emmelina. Je n‘en dis pas plus…
Une nouvelle qui montre que c'est la force de l'amour qui peut faire entrer dans la condition humaine. Emmelina, pauvre extatique vivant en recluse, infirme ignorante des noces qu'on lui prépare, finira pour un amour étrange et ignoré par quitter ce monde.
Dans ces deux nouvelles admirables, le style ironique, plaisant et travaillé de Gobineau est teinté d'un humour constant même dans les situations qui pourraient tourner au mélodrame. de deux manières différentes, l'auteur illustre sa conception de l'amour, cette « maladie terrible » que les Grecs qualifiaient de sacrée, divine et incompréhensible.
Longtemps connu et mal connu pour son seul Essai sur l'inégalité des races humaines, Gobineau est un des romanciers les plus singuliers du XIXe siècle.
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Adélaïde suivi de Mlle Irnois /Joseph Arthur de Gobineau (1816-1882)
L'année même où il sortit de l'Académie Militaire, Frédéric Rothbanner fut remarqué par la comtesse Élisabeth de Hermannsburg à la sortie d'un théâtre. À vingt deux ans, Frédéric était un garçon charmant, poli, élégant et spirituel et les jardins d'Armide où régnait la comtesse eurent vite fait de séduire le jeune homme malgré les treize années qu'elle avait de plus que lui, trois lustres qui auraient pu effeuiller sa beauté. Mais il n'en était rien et ils devinrent amants quelques temps avant que le mari ne décède.
Pour mettre fin à une irrégularité notoire de leur position, Élisabeth invita quelques temps après Frédéric à l'épouser. La différence d'âge et sa situation pécuniaire semblaient être la cause d'une certaine hésitation de la part du jeune homme qui voyait dans ces raisons des éléments susceptibles d'inviter les gens à la glose. de plus la comtesse était protestante et lui catholique. Élisabeth eut vite fait d'abjurer sa religion et revint à la charge.
C'est alors que la conversation entre les deux contendants se tendit quand la comtesse fit savoir au jeune homme qu'elle n'ignorait pas qu'il avait une liaison avec sa fille, mineure de seize ans, la belle Adélaïde, une taille de reine blonde éblouissante. Adélaïde sans ambages annonça à sa mère que Frédéric allait lui demander sa main. La mère de répondre aussitôt que Frédéric lui appartenait et allait l'épouser. Quant à sa fille elle voulut l'envoyer au couvent.
Frédéric est alors confronté au dilemme quand Élisabeth lui demande ce qu'il décide et il craint le déshonneur. Doucement et habilement la comtesse le convainc lui pardonnant ses écarts. Adélaïde est envoyée chez sa tante et Frédéric épouse Élisabeth.
Élisabeth, subtile stratège, soupçonne Frédéric aux absences prolongées de la tromper encore avec Adélaïde, amazone déchainée, qu'elle rapatrie à la maison. Ayant gagné la première manche en épousant le beau jeune homme, elle vient de perdre la seconde et souhaite reprendre la main en agissant avec douceur et séduction avec Frédéric le pantin qui se voit l'objet d'attentions passionnées et de déclaration brûlantes de la part du petit monstre qu'est Adélaïde. Frédéric cherche à fuir l'enchanteresse, mais l'espace domestique n'est pas extensible à l'infini ! Il pourrait prévenir la comtesse mais ne le fait pas et finit par être passionnément épris de l'ange des ténèbres.
Une conversation tendue entre la mère, qui n'est pas aveugle et qui de guerre lasse est prête à abandonner son époux amant, et la fille a pour conséquence de laisser la main à Adélaïde, mais Frédéric curieusement lui conseille alors de chercher un mari. Les séducteurs qui courtisent la jeune fille ne manquent pas pour rendre jaloux Frédéric. Un jeu cruel s'instaure entre Adélaïde et Rothbanner pendant qu'Élisabeth ne cesse de les chercher durant la journée pour les retrouver au diner tranquilles comme si de rien n'était. Séparation et raccommodements se succèdent entre les deux amants sans que Mme Rothbanner ne se décourage. Jusqu'au jour où les deux femmes n'en pouvant plus de s'épier, se rendent compte qu'elle éprouve le même mépris à l'encontre de Frédéric, qui assez lâchement est prêt à capituler face aux deux femelles. Qui à la fin aura la partie belle ? Une curieuse nouvelle qui voit le triomphe du lâche qui parvient à conserver deux femmes au risque du mépris, et dont la seule force est sa faiblesse. Mais pour combien de temps ?
La seconde nouvelle se déroule sous l'Empire. M. Pierre André Irnois est riche, très riche. Spéculateur avisé, il a fait de bonnes affaires, difficilement au début puis dans des conditions obscures ensuite. Il vit dans une opulence bourgeoise et décide prendre femme, une demoiselle Maigrelut, fille d'un spéculateur comme lui. La demoiselle Maigrelut a deux soeurs qui souhaitant rester vielles filles font alors partie de la maisonnée et deviennent les compagnes de la solitude de M. Irnois qui n'a pas d'amis et n'en veut pas.
Une enfant nait dans la famille et Emmelina est son prénom. Elle est adorée de la famille mais elle est handicapée physique, naine et légèrement bossue. Adorée et servie par la bonne Jeanne, Emmelina, pauvre créature, vient à avoir dix sept ans. Habituellement silencieuse, sans esprit et maladive, elle semble depuis peu avoir les joues plus roses et sa tristesse a pris un nouveau ton lorsqu'elle regarde, assise dans son fauteuil, vers la mansarde du cinquième d'en face.
La fortune de M. Irnois fait des envieux et un certain comte Cabarot a entendu parler d'un richard appelé Irnois qui a une fille non mariée. Il ne sait rien sur elle mais par contre il soupçonne la dot d'être assez conséquente. Il s'est juste enquis de savoir si d'autres céladons seraient sur les rangs. Cabarot par personne interposée annonce sa visite à la famille en précisant son but. M. Irnois et fou de rage, il veut garder sa fille adorée. Arrivant dans son plus beau carrick, le comte Cabarot fait son numéro de séduction avant même d'avoir aperçu Emmelina. Deux surprises attendent la famille réunie et le comte Cabarot : la réaction d'Emmelina en voyant le comte et celle du comte en voyant Emmelina. Je n‘en dis pas plus…
Une nouvelle qui montre que c'est la force de l'amour qui peut faire entrer dans la condition humaine. Emmelina, pauvre extatique vivant en recluse, infirme ignorante des noces qu'on lui prépare, finira pour un amour étrange et ignoré par quitter ce monde.
Dans ces deux nouvelles admirables, le style ironique, plaisant et travaillé de Gobineau est teinté d'un humour constant même dans les situations qui pourraient tourner au mélodrame. de deux manières différentes, l'auteur illustre sa conception de l'amour, cette « maladie terrible » que les Grecs qualifiaient de sacrée, divine et incompréhensible.
Longtemps connu et mal connu pour son seul Essai sur l'inégalité des races humaines, Gobineau est un des romanciers les plus singuliers du XIXe siècle.
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