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ISBN : 2264053313
Éditeur : 10-18 (21/06/2012)

Note moyenne : 4.36/5 (sur 14 notes)
Résumé :
Des aventuriers déterminés à conquérir les océans et à naviguer aussi loin que le vent les portera. Des hommes contraints à une guerre permanente : contre des pays ennemis, contre la mer, contre les femmes qu'ils aiment et surtout contre leurs propres pulsions inavouables. Une histoire de courage, de cruauté, de violence, de passion et de perte. Embarquez pour un monde dont vous ignoriez l'existence...
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
mesrives
  31 août 2016
Nous, les noyés de Carsten Jensen est le premier roman traduit en français de cet auteur, un gros gros merci aux deux traducteurs Hélène Hervieu et Alain Gnaedig.
Nous, les noyés ou nous, les marins de Marstal.
Une bonne pêche sur l'étal d'un libraire, c'était le dernier exemplaire!
« A Marstal, tous les chemins, toutes les rues étaient des rues principales. Toutes descendaient vers l'océan. La Chine se trouvait dans les jardins derrière nos maisons. A travers les fenêtres de nos salons aux plafonds bas, nous pouvions apercevoir les côtes du Maroc .»
Marstal, port danois dont la renommée des marins n'est plus à faire (l'auteur en est originaire).
A Marstal, l'océan est une promesse de nouveaux horizons...
Un appel à la liberté?
« C'était infiniment vaste, l'océan. Cela pouvait vous mener partout, et pourtant cela vous enchaînait. »
Une chose est sûre, les marins de Marstal ne peuvent y résister.
Les équipages et leurs matelots, de sacrés couillus!
Du capitaine au second en passant par le moussaillon, chacun à sa place et toujours là.
« Un capitaine se devait de connaître le coeur des hommes aussi bien que la voilure. »
Des moments de rêve, des moments d'horreur.
Des tempêtes et des naufrages ou des alizés favorables...
Des guerres, des deuils.
Après cet extraordinaire voyage maritime autour du monde, des mers chaudes du Pacifique Sud aux eaux froides de l'Atlantique Nord, il est temps de découvrir ce que nous réserve le coffre de marin de Carsten Jensen: des bottes, une garcette, un môle, la tête réduite de James Cook, une cane en os de requins...l'étoile polaire.
Une vraie malle aux trésors!
Un roman d'aventures, un roman historique mais aussi un roman sur la filiation, la transmission à travers les principaux protagonistes de ce récit.
Un personnage phare, Albert Madsen, fils de l'excentrique Laurids Madsen, le marin qui est monté au ciel et a vu le cul De Saint-Pierre, nous entraîne dans un maelström de respirations à travers trois générations ( de 1848 à 1945, de la guerre des Duchés aux Première et Seconde Guerre mondiales).
Ici à Marstal, tout est affaire d'hommes:
« C'était la promesse de devenir un homme qui poussait un garçon à prendre la mer. »
Albert Madsen est le représentant de cette communauté de marins.
Il en est le symbole, son fils adoptif Kned Erik en sera le digne héritier.
Albert traverse ce récit, ces visions prémonitoires contées à Knud Erik quand il était enfant se réaliseront: « Ses rêves annonçaient la guerre. ».
Et les femmes? Elles sont d'abord des épouses de marins avant d'en être des mères. Elles sont rivées à leur île, pilier de la famille en attendant le retour souvent incertain de leur époux;
« Nous dîmes au revoir à nos mères. Toute notre vie, elles avaient été là, mais ne nous ne les avions encore jamais vues. Elles étaient penchées au-dessus des bassines et des casseroles, le visage rouge et gonflé par la chaleur et l'humidité. Elles faisaient tourner toute la maison pendant que nos pères étaient en mer. »
L'occasion pour l'auteur de peindre un formidable portrait de femmes, celui de Klara Frees, une veuve, compagne de fin de vie de Albert, et de suivre son évolution et son ascension sociale quand le temps de la marine à voile est désormais révolu.
Marstal, un port d'Aero, île sur la Baltique, île blanche, île phare, l'île aux trésors où « La voilure est l'abécédaire des marins ».
Des marins aux vies tumultueuses, comme celle par exemple du Tueur de Goéland.
Des surnoms attribués par l'équipage pour révéler l'histoire du marin:
« le surnom est notre vrai baptême. Avec le surnom, nous déclarons que personne ne s' appartient. »
Nous, les noyés ou l'épopée des hommes qui ne savaient pas dire non à l'océan.
Nous, les noyés ou la saga de Marstal.
Une lecture captivante et intense.
Un auteur qui a le vent en poupe et qui semble très prometteur.
Un pavé de mille pages dans lequel j'ai nagé avec plaisir sans jamais coulé!
Une immersion totale que je conseille vivement.
Un gros coup de coeur. Un magnifique roman.
Souhaitons que les autres romans de Carsten Jensen soient vite traduits.
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Woland
  28 juillet 2014
Vi, de druknede
Traduction : Hélène Hervieu & Alain Gnaedig
ISBN : 9782264053312
Une fresque. Dans toute sa gloire et à la gloire des pêcheurs danois. Jensen nous raconte l'histoire d'une petite ville côtière, Marstal, dont le destin repose sur la pêche en mer, ceci du milieu du XIXème siècle à l'après-Seconde guerre mondiale. Comme fil rouge, parmi les personnages récurrents secondaires, les membres de la famille Madsen, de Laurids, "l'Homme qui monta au ciel", surnom reçu lors d'une bataille navale avec les Allemands, et en revint tellement secoué qu'il finit par s'embarquer pour Java et ne plus donner signe de vie, jusqu'à Knud Erik qui, lui, verra la capitulation des nazis et cherchera, au contraire de Laurids et non sans peine, à mener une vie équilibrée, en passant par la prodigieuse figure d'Albert, fils de Laurids et père en quelque sorte adoptif de Knud Erik. En arrière-fond, la volonté intransigeante d'une femme, Klara Friis, tombée amoureuse d'Albert mais hantée par les hommes que lui a pris la mer et qui rêve, pour se venger, de dépouiller peu à peu Marstal de sa flotte de chalutiers.
Tenter de résumer cette histoire, qui s'étire sur près de mille pages en édition de poche, est chose impossible. On songe, c'est vrai, un peu au Melville de "Moby Dick" avec une pointe d'aventures et quelques trognes digne de "L'Île au Trésor" de Stevenson En ce qui concerne les passages relatifs à la seconde vie de Laurids, c'est même carrément Conrad et "La Folie Almayer" qui viennent à l'esprit. C'est vous dire que "Nous, Les Noyés" ne baigne pas précisément dans une atmosphère sereine ! A la fin de l'ouvrage, Jensen cite ses sources, qui sont nombreuses mais sa part à lui est loin d'être minime. Si "Nous, Les Noyés" a quelque chose de fou, d'atroce et d'implacable, si ce roman fait montre aussi d' un humour constant et si la cohérence des événements relatés ne part pas à vau-l'eau sous des longueurs à notre avis inutiles et des retournements de caractères - plus que de situations - un peu déroutants, c'est bien à l'écrivain que nous en sommes redevables.
Carsten Jensen possède au plus haut degré l'art du portrait. Il vous campe des silhouettes folles, blessées, incroyables, comme par exemple l'ignoble instituteur Isager, un sadique de la plus belle eau qui apprend le minimum à ses élèves et toujours à coups de garcette. Sous le rude climat danois, au plus près d'un océan aux lames glaciales qui, malgré ses dangers, représente le seul avenir, la seule richesse possibles de ceux qui le craignent, la vie s'entête à résister à tout et à tous : ni les naufrages, ni les guerres, ni la fuite de certains (ou leur suicide), pas plus que les menées destructrices de Klara Friis n'auront raison de Marstal. La preuve : si la pêche aujourd'hui n'est peut-être plus ce qu'elle était, la ville s'est reconvertie dans le chauffage solaire et possède la centrale de ce type la plus importante du Danemark.
Cependant, si les récits marins et les épopées qui mêlent atrocités réalistes, descriptions plus ou moins laborieuses et poésie humoristique ne vous attirent pas, mieux vaut pour vous éviter ce "Nous, les Noyés." Malgré les nombreux prix qu'a reçu ce livre mi-roman, mi-récit, vous risqueriez de vous lasser - ou de vous endormir. Les personnages dans leur majorité restent pourtant attachants - y compris certains "méchants" - et l'on se prend à suivre les mille et une péripéties de leurs existences. Par contre, ce qui est curieux, c'est qu'on oublie vite l'ensemble. Sont-ce les longueurs ? L'air de wagons attachés de guingois l'un derrière l'autre que donne au lecteur certains chapitres ? Autre chose ? Un souffle que l'on cherche en vain ? ... Je ne saurais le dire mais enfin, vous voilà prévenus. Et puis, ce n'est qu'une opinion personnelle : "Moby Dick"ne me séduit pas et pourtant, voyez tous ceux qui crient au chef-d'oeuvre en parlant du livre de Melville.
En résumé, ce sont les vacances et vous flânez : si vous aimez le Danemark, la pêche, les bateaux et les belles et longues histoires sauce scandinave, ne vous laissez pas décourager par mes remarques, emportez "Nous, Les Noyés" sur la plage et lisez-le avant de revenir nous donner votre avis. Bonne lecture ! ;o)
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raton-liseur
  08 janvier 2012
Je ne sais où commencer. Non que ce livre me laisse indifférente, loin de là, mais il semble tant se suffire à lui-même, dire tout ce qu'il y a à dire que je ne sais comment aborder cette critique. Ce livre est comme ce beau deux-mâts des jours lointains de la marine à voile encerclé par un tourbillon marin, sur la couverture du livre.
L'histoire, centrée autour du village côtier de Marstal au Danemark, s'étend sur près d'un siècle, de l'essor de la marine à voile au long cours à sa disparition, de 1848 à 1945, d'une guerre (contre la Prusse) à l'autre (la Seconde Guerre Mondiale, bien sûr), comme un effet de miroir. Ce livre est tout, de ces livres qui ont pris dix ans de la vie de leur auteur comme il me semble l'avoir lu quelque part. Une chronique historique des grandes heures de la marine à voile, la vie de personnages complexes, une réflexion sur la société, une recherche littéraire avec une narration polyphonique (dont notamment une narration à la première personne du pluriel, emploi déroutant mais très bien maîtrisé du « nous »)…
Je me suis attachée aux personnages principaux, Albert Madsen puis Knut Erik, mais c'est surtout la description de la fascination pour la mer que je retiendrai de ce livre. Je crois bien que je n'ai jamais vu une description qui me paraît aussi juste, qui rend compte à la fois de la fascination et de la répulsion pour la mer et pour la vie en mer. « À peine les marins étaient-ils revenus, le corps meurtri par leurs éternelles luttes contre la mer, qu'ils en redemandaient et repartaient sur le pied de guerre, jamais rassasiés de ces coups de fouet qui pleuvaient de tous côtés, de la tempête, des vagues, du froid, de la mauvaise nourriture, de l'hygiène épouvantable, de la grossièreté de leur langage entre eux, de la violence qui s'abattait, comme par hasard, sur les plus faibles. » (p. 503, Chapitre 3, “Le Marin”, Partie III). Cette ambivalence est très bien rendue tout au long du livre, par des phrases belles qui font mouche. Un grand coup de chapeau au traducteur, d'ailleurs, car les phrases coulent, les images sont parlantes, et l'on sent que le traducteur a fait un véritable travail sur la langue pour rendre en français, sans lourdeur, le style poétique original.
C'est un livre comme j'en ai rarement lu, peut-être un des plus beaux livres sur la condition de marin, sur son ambiguïté, entre fascination et résignation, fatalisme et désir, peur et courage. Il peut, je pense, intéresser des lecteurs qui n'ont pas d'attirance particulière pour la mer, car la vie sur un bateau est un miroir qui amplifie les travers de la vie à terre, mais comme ce sont surtout les descriptions maritimes que j'ai aimé dans ce livre, je le conseillerais avant tout à ceux qui ont déjà mis les pieds sur un bateau, ou qui ont le rêve insistant et inexplicable de le faire un jour.
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luocine
  01 octobre 2011
Voici la raison de mon silence sur mon blog, je suis restée plongée (jeu de mot trop facile !) dans ce roman pendant deux semaines.
J'ai trouvé ce livre dans un lieu que j'aime la « droguerie marine à Saint-Servan (à côté de Saint-Malo) ce livre était pour le blog de la vareuse lié à la Droguerie leur coup coeur de l'année 2010.
L'auteur revisite la fin du 19° et la moitié 20° siècle du point de vue de la communauté des gens de la mer de Marstal. Au début, lors des temps anciens de la voile (1848), c'est un peu lent pour moi, mais peu à peu, j'ai été captivée par ce roman et j'avoue avoir très envie d'aller visiter Marstal et sa région. La dureté de la vie sur un bateau est telle, que cela forge une mentalité particulière : sans la cohésion de tous et l'acceptation d'un chef incontesté, un bateau est menacé. Autrefois la survie en mer était très problématiques tant les conditions étaient dures : l'humidité, le froid, les tempêtes, le risque de se perdre. Si, de plus, le capitaine ne savait pas se faire respecter de ses hommes, alors, tout l'équipage allait à une perte certaine.
J'ai beaucoup aimé le personnage d'Albert qui croit en l'unité et dans la solidarité et qui veut appliquer ce qu'il a appris de mieux sur les bateaux à l'organisation de la communauté.
J'ai aimé aussi la tragique condition des femmes qui pleurent leur père, leur mari et leurs fils... Je comprends celle qui fera tout ce qu'elle peut pour que la mer n'attire plus les garçons.
L'auteur a su donner vie à une région et à un pays, c'est je crois le premier auteur danois que je lis, je suis contente d'avoir commencé par ce livre car il rend compte du fondement de leur civilisation basée avant tout sur l'amour de la mer et de la navigation.
Les rapports entres les hommes sont finement analysés, la difficulté du sentiment amoureux également. Les hommes et les femmes vivaient vraiment dans deux mondes complètement séparés, pour les uns la dureté qui commençait dès l'école (mais était tellement pire à bord des navires), et pour les autres la survie du quotidien dans l'angoisse de l'attente.

Lien : http://luocine.over-blog.com/
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Isaya
  26 mars 2013
Ce pavé de 1000 pages nous emmène sur les traces des marins à voile du village danois de Marstal, sur trois générations. La première moitié du roman nous fait parcourir le monde avec Laurids, le marin sauvé par ses bottes, puis avec Albert, fils qui cherche son père à travers l'océan Pacifique. Ces deux personnages nous font vivre la vie quotidienne des marins à la fin du 19e siècle, que ce soit en mer ou dans leur village / île.
Le roman s'essouffle un peu avec le retour sur terre d'Albert. le lecteur a le sentiment d'arriver à l'aboutissement d'un récit, mais nous ne sommes qu'à la moitié du volume ! On poursuit ensuite la saga avec Klara et Knud Eric, dont la vie est assez différente (le progrès et la guerre sont passés par là).
En résumé, on avance lentement dans le récit, il faut du temps et de la constance pour aller au bout, mais c'est un régal de découverte et d'aventure, et on ressent un pincement d'émotion quand disparait la tradition de la marine à voile. Ce roman lui rend un bel hommage.
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critiques presse (1)
Actualitte   23 juillet 2012
Nous, les noyés. Très drôle. Évidemment, il s'agit d'une histoire de naufrage, ou plutôt d'histoires de naufrage.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (17) Voir plus Ajouter une citation
mesrivesmesrives   13 août 2016
Cela faisait deux jours que nous étions à court d'eau. Nous étions en train de manger les racines de taro que nous avions fait bouillir à l'eau de mer lorsqu'un des Kanaks pointa soudain le doigt vers l'horizon. Je levai les yeux et aperçus un nuage. Il flottait bas sur l'eau et se déplaçait à une vitesse surprenante, comme de la vapeur qui s'élève d'un chaudron en ébullition. Contrairement à la vapeur, son mouvement n'était pas seulement ascendant mais il se déplaçait dans toutes les directions à la fois, et cela me fit penser aux nuées d'étourneaux qui en automne, se rassemblent au-dessus des champs autour de Marstal avant de migrer. Les rayons du soleil perçaient à travers le nuage qui se rapprochait lentement, même s'il n'y avait toujours pas de vent. On aurait dit qu'il respirait, comme s'il dissimulait une tornade qui agitait le feuillage d'une épaisse forêt.
Puis le nuage fut au-dessus de nous. J'eus juste le temps de penser que c'était vraiment une forêt d'automne qui secouait ses feuilles mortes sur nos têtes avant de constater qu'il ne s'agissait pas de cela, mais de créatures vivantes et légères comme du tulle qui montaient et descendaient autour de nous tout en battant de leurs ailes aux motifs bariolés. Nous étions au coeur d'un gigantesque essaim de papillons.
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mesrivesmesrives   06 juillet 2016
Pouvoir se recueillir sur une tombe, y emmener les enfants et leur parler de leur père devant la dalle qui porte son nom, laisser vagabonder ses pensées en enlevant les mauvaises herbes ou peut-être se laisser aller une conversation chuchotée avec le mort sous terre, c'est une grâce qui n'est pas accordée à une veuve de marin . Elle reçoit un bout de papier officiel qui lui notifie que le bateau où son mari était embarqué ou qu'il commandait et possédait lui-même a sombré « corps et biens » - comme on dit avec cette sobriété qui, impersonnelle et implacable, met tous les êtres sur le même plan -, tel et tel jour, à tel et tel endroit, le plus souvent en pleine mer où il n'y a aucune chance de sauvetage. Avec les poissons pour seuls témoins. Il ne reste plus qu'à remiser ce papier au fond d'un tiroir. Voilà à quoi se résume l'enterrement d'un noyé.
Certes, elle peut se recueillir devant la commode. C'est la seule pierre tombale où elle puisse se rendre. Elle détient au moins ce certificat et, avec lui, une certitude, un point final, et aussi un commencement.
Car la vie n'est pas comme les livres. Il n'y a jamais de point final.
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mesrivesmesrives   05 juillet 2016
Rien à redire sur la nourriture à bord des bâtiments de Sa Majesté. Chez nous, la chère était maigre et c'était notre faute. On racontait qu'aucune mouette ne traînait derrière les bateaux de Marstal, et c'était bien vrai. Chez nous, il n'y avait jamais de restes. Mais là, jour après jour, on avait du thé et de la bière à volonté, et on pouvait manger autant de pain qu'on désirait, avec à midi un livre de viande fraîche ou une demi-livre de lard, des pois, du gruau ou de la soupe, avec quatre portions de beurre le soir et un coup de schnaps par là-dessus. C'est pourquoi on raffolait vraiment de la guerre bien avant d'avoir respiré l'odeur de la poudre pour la première fois.
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WolandWoland   28 juillet 2014
[...] ... Laurids Madsen était monté au ciel mais il en était redescendu grâce à ses bottes.

Il n'avait pas atteint les hauteurs de la pomme de mât, tout juste celle de la grande vergue d'un trois-mâts. Il s'était tenu devant la porte du Paradis où il avait vu Saint Pierre, même si le gardien de la porte de l'au-delà n'avait fait que lui montrer son cul.

Laurids Madsen aurait dû être mort. Mais la mort l'avait dédaigné et il était devenu un autre homme.

Avant même de connaître la célébrité pour cette visite au ciel, il passait pour avoir déclenché une guerre à lui tout seul. A l'âge de six ans, il perdait son père, Rasmus, en mer, et, à quatorze ans, il était au milieu de l'océan sur le Anna de Marstal. Trois mois plus tard, le Anna faisait naufrage en Mer Baltique. L'équipage fut sauvé par un brick américain et, dès lors, Laurids Madsen se prit à rêver de l'Amérique.

A l'âge de dix-huit ans, il avait passé son examen de second à Flensburg et, la même année, avait connu son deuxième naufrage au large des côtes norvégiennes, près de Mandal, où, par une froide nuit d'octobre, il se retrouva sur un récif balayé par les vagues, à guetter une âme charitable. Pendant cinq années, il avait navigué sur tous les océans. Au Cap Horn, il avait entendu les vocalises des manchots dans la nuit noire comme de l'encre. Il avait vu Valparaiso, la côte ouest de l'Amérique et Sydney, où les arbres, l'hiver, perdent leur écorce et non leurs feuilles, et où les kangourous sautent dans tous les sens. Il avait rencontré une fille aux yeux couleur de raisin, du nom de Sally Brown, et il pouvait parler des quartiers chauds de Foretop Street, La Boca, Barbary Coast et Tiger Bay. Il avait traversé l'équateur, salué le roi Neptune et ressenti la fameuse secousse quand le bateau franchit la ligne. A cette occasion, il avait bu de l'eau de mer, de l'huile de poisson et du vinaigre. On l'avait baptisé dans le goudron, le suif et la colle, rasé à un couteau rouillé à la lame dentelée et on avait soigné ses coupures avec du sel et de la chaux. Il avait embrassé la joue grêlée et ocre d'Amphitrite et plongé le nez dans son flacon de parfum rempli de rognures d'ongles.

Oui, Laurids Madsen avait vu du pays. ... [...]
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WolandWoland   28 juillet 2014
[...] ... On ne sait pas si les choses se sont passées ainsi. On ne sait pas ce qu'a pensé Albert [= Madsen, fils de Laurids] pendant ses dernières heures. Nous n'étions pas là. Nous avons seulement les notes qu'il nous a laissées, avec ce qui a marqué le commencement de la fin pour notre ville. Nous avons raconté son histoire, et chacun de nous a brodé, en ajoutant un peu de la sienne. Des milliers d'observations, de pensées et de souhaits contribuent à former l'image que nous avons de lui. Il est entièrement lui-même, et il nous appartient aussi, même s'il ne fut pas toujours comme nous.

Nous sommes allés en masse à Halen. Nous nous sommes rendus sur les lieux où Albert a péri. Nous avons planté nos bottes dans la vase. Nous avons essayé de les retirer du fond, gluant et piégeux. Certains ont dit que, oui, il était bel et bien bloqué. D'autres ont affirmé que non, il aurait pu se dégager. Ou qu'il lui aurait suffi de se laisser tomber pour échapper au traquenard tendu par le froid et la vase. Un manteau trempé et un pantalon crotté, cela aurait été un prix bien mince à payer pour échapper à la mort. Même une pneumonie aurait été préférable à une fin aussi abrupte, et Albert était solide.

Nous ne savons rien et chacun n'en pense pas moins. Nous cherchons tous un peu de nous en lui. D'aucuns le condamneront volontiers. D'autres le considéreront au-dessus de toute mesquinerie. Chacun se faisait sa propre idée sur Albert. Nous le suivions partout où il allait. Nous l'observions à travers nos fenêtres et nos miroirs espions. Ses paroles étaient sur toutes les lèvres, pas toujours dans l'intérêt de tous, et ce n'étaient d'ailleurs pas toujours les mots qu'il avait prononcés, mais ceux qu'on lui attribuait, car nous trouvions qu'ils lui correspondaient et qu'il aurait pu les dire.

Nous avons retourné sa vie sous toutes les coutures, comme nous fouillons toujours dans la vie de notre prochain dans nos discussions parfois susurrées, parfois animées. Albert était un monument que nous avons façonné et dressé de concert.

Nous croyions tout savoir de lui. Ce n'est pas vrai. En fin de compte, personne ne connaît l'autre. ... [...]
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