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ISBN : 2841726754
Éditeur : L'Atalante (19/06/2014)

Note moyenne : 4.3/5 (sur 44 notes)
Résumé :
On donne à un homme un coursier de Sardie pour le récompenser immensément. On lui en donne quatre ou cinq pour l'élever au-dessus de ses pairs, lui faire tutoyer l'élite - et lui valoir la jalousie, parfois mortelle, de ceux qui montent les chevaux des steppes. L'impératrice consort du Tagur venait de lui accorder deux cent cinquante chevaux célestes. À lui, Shen Tai, fils cadet du général Shen Gao, en reconnaissance de son courage, de sa dévotion et de l'honneur re... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
Alfaric
11 août 2016
Depuis sa réorientation vers la fantasy historique, l'auteur canadien Guy Gavriel Kay nous a livré de jolies variations de l'Italie de la Renaissance, de la Byzance de l'Empereur Justinien, de la Péninsule Ibérique de la Reconquista, des Îles Britanniques du Xe siècle ou de la Provence médiévale...

Ici, il s'attaque ici à la Chine de la Dynastie Tang : le dépaysement est d'autant plus garanti que l'ouvrage est fort bien documenté, voire référencé. Ce qui frappe de prime abord c'est le style… Oh que c'est joliment travaillé ! J'ai ressenti une métrique, une rythmique, bref une magnifique ambiance du début à la fin du récit : j'ai eu immédiatement en tête les images de Zhang Zimou et les musiques de Tan Dun en tête, du coup il n'a été difficile de m'enlever de la tête moult séquences du film "Tigre et dragon"… Force est de constater que l'auteur a longuement potassé les arts chinois en général et la poésie chinoise en particulier avant de se lancer dans son ouvrage éminent littéraire qui fait la part belle aux descriptions, à l'introspection et à la réflexion. (Sans parler du poète errant Siman Zian, qui présente une bonne tête de Tom Bombadil chinois… Tolkienisme quand tu nous tiens ! blink)
L'aspect fantasy est réduit à sa portion congrue car on est au mieux dans une uchronie mâtinée de quelques éléments fantastique (les fantômes du Kuala Nor, les femmes-renardes, les sortilèges chamaniques), au point même de s'interroger sur la pertinence de son appartenance au genre Fantasy… (Et ce n'est pas les guerriers/guerrières kanlins, inspirés des monastères Shaolin et Wudang qui vont changer la donne)
Mais de quoi ça parle ? le fils cadet du général Shen Gao, qui n'a pas su choisir entre l'armée, l'administration et les arts martiaux, a décidé de réaliser sa période de deuil en enterrant les 100000 morts laissés sans sépulture au bord du lac Kuala Nor. Cet acte de piété lui vaut la reconnaissance des souverains tagurans qui lui offre 250 chevaux sardiens, à l'inestimable prix au sein de la Chine / Khitaï…. Pour le reste, à bien des égards ce roman est un remake de "La Mosaïque de Sarance" car on retrouve le candide catapulté par un caprice du destin au sein d'une cour lieu de toutes les intrigues avec un souverain en fin de règne (ici Taizu le Fils du Ciel), une opposition entre l'administration (ici Wen Zhou le Premier Ministre) et l'armée (ici Roshan le général du Nord-Est), et une femme de pouvoir (ici Wen Jian la Précieuse Concubine). Outre les nombreuses situations similaires et une intrigue qui recourt aux mêmes ficelles, il y a quand même pas mal de scènes décalquées... Par contre le récit se concentre sur une fratrie plutôt que sur seul individu, car si le personnage de Tai se taille la part du lion, au gré des POVs on suit les heurs et les malheurs de toute la famille Shen…
J'ai trouvée symptomatique que le destin de Shen Tai soit l'objet des décisions des femmes de la première à la dernière page de ce pavé : il est extrêmement passif, subissant les événements plutôt que les anticipant, et il en le spectateur plutôt que l'acteur... Au final, Ce sont définitivement les femmes qui décident et agissent à sa place :
- Wen Jian, la Précieuse concubine, archétype de l'aristocrate ambitieuse et manipulatrice, qui essaie de retarder l'inévitable affrontement entre le Premier Ministre « native » et le général immigré Roshan…
- Bruine de Printemps, archétype de la courtisane soumise réduite au rang d'objet de décoration, qui essaie de sauver son ancien amant de son nouveau maître…
- Wei Fong, censément archétype de la femme combattante mais qui entre la guerre et le mariage va vite faire son choix...
- Shen Li-Mei, archétype de la princesse rebelle mais trop quand même...
La Dynastie Tang uchronique de l'auteur passe directement du coup d'État de Gaozu à la rébellion d'An Lushan en omettant le principal : la prise de pouvoir par les femmes sous le règne de l'impératrice Wu Zetian. Pendant tout le roman j'ai attendu que cette oubli de taille soit réparé par l'un ou l'autre des personnages féminins... Oui mais non, cela reste convenu puisque parmi les archétypiques celles qui restent à leur place sont épargnées et celles qui ne le font pas sont châtiées...

Aussi joliment troussé soit-il ce pavé ne m'a pas trop parlé. Déjà je ne me suis jamais attaché aux protagonistes : malgré un paquet de scènes d'introspection, l'auteur s'acharne à mettre de la distance entre eux et les lecteurs… 650 pages pour une histoire simple, linéaire et prévisible (car ayant déjà eu lieu dans L Histoire), c'est quand même fort de café. Les rares rebondissements sont des faux départs caractérisés, et au bout de 500 pages une fois les choses vraiment lancées c'est aussitôt commencé aussitôt terminé. Pas de suspens car quand ce n'est pas éventé c'est spoilé par l'auteur qui parfois oublie qu'il doit être romancier avant d'être historien. Bordel, il ne peut pas raconter les événements au lieu de multiplier les flashforwards consacrés aux commentaires des événements par les générations futures ! C'est déjà plus ou moins chiant, alors si en plus il se consacre à l'avenir plutôt qu'au présent la stratégie d'évitement devient insupportable… (Franchement qu'est-ce que cela apporte cet épilogue en deux temps du destin de Bruine de Printemps ? Ce n'était déjà pas assez triste comme cela ces destins croisés et ces rendez-vous manqués??? L'auteur veut absolument en rajouter une couche alors que n'importe quel écrivain avec des couilles nous aurait conté un récit épique dans lequel la cité de Xinan aurait remplacé celle de Troie… Oui mais non, et pour la énième fois en plus, donc c'est pénible à la fin…)
Autre truc qui tire clairement l'ensemble vers le bas, les répétitions ! Combien de fois on nous explique, exactement de la même manière en plus, que les Bogü ont des coutumes funéraires singulières, que Bruine de Printemps n'aime pas son nouveau nom, mais qu'elle se moquait de celui qu'elle portait avant et que personne ne connaît son véritable nom y compris elle-même, que l'empereur est vieux et blasé et a commis des actes d'impiété, que Roshan est gros et grossier mais que ses jours sont comptés à cause de la maladie du sucre… Blablabla ivoire travaillé... Blablabla jade sculpté... Blablabla vins safranés... Blablabla soie liao... Blablabla plumes de martins-pêcheurs... Stop à la fin, on peut raconter exactement la même histoire avec moitié moins de pages !!! Marre des pavés qui tirent à la ligne, insupportable mauvaise habitude de bien des auteurs nord-américains...
Sinon, les tribulations de Li-Mei en terres nomades n'ont quasiment aucune incidence sur le récit principal. du coup, on pourrait trouver un peu nébuleuse l'histoire de Meshag et sa conclusion, mais je connais les classiques... ^^
IRL la révolte d'An Lushan a conduit après une période de troubles à la fondation de l'Empire Song, les aristocrates han prenant leur revanche sur les hommes nouveaux immigrés ou métissés qui avait assuré la prospérité de l'Empire Tang. Et celui qui va abattre cette restauration nationaliste, c'est Genghis Khan dit le Loup Bleu... Quel est le surnom du chef bogü / mongol Meshag déjà ? « Loup » ! J'espère que l'auteur ira dans cette direction dans la suite intitulée "River of Stars"...

Pour ce joli roman d'ambiance je suis impressionné par la maestria de l'auteur, mais de tous les ouvrages que j'ai lus sur la Chine de la Dynastie Tang est clairement celui qui m'a offert le moins de sensations, et celui qui me laissera le moins de souvenirs…

Challenge Pavés 2015-2016
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boudicca
05 juillet 2014
Il aura fallu quatre ans pour qu' « Under Heaven » de Guy Gavriel Kay soit enfin traduit et publié en France sous le titre « Les chevaux célestes ». Une longue attente qui permettra peut-être aux lecteurs d'apprécier davantage encore ce roman qui s'avère être une réussite. L'histoire se base pourtant sur un événement qui pourrait au premier abord paraître anodin : le cadeau accordé par une princesse à un humble étudiant en remerciement de son dévouement envers les morts d'une terrible bataille ayant eu lieu bien des années auparavant. Un cadeau qui, sous couvert de récompense, va au contraire bientôt prendre des allures de malédictions pour le protagoniste, désormais au centre de jeux politiques et d'intrigues dont il ignore totalement les règles.
Les fans de l'auteur le savent, Kay a pris l'habitude de s'appuyer sur une période historique spécifique pour la plupart de ses romans : l'empire romain d'Orient à la fin de l'Antiquité pour « La mosaïque de Sarrance », l'Espagne de la Reconquista pour « Les lions d'Al-rassans »... Cette fois, c'est la dynastie des Tang qui régna sur l'empire chinois entre le VIIe et le Xe siècle après JC qui fait l'objet des attentions de l'auteur. Une dynastie qui constitua un véritable âge d'or pour la Chine (malgré quelques périodes de débordements sanglants) et ici rendue à la vie l'espace de sept-cents pages grâce aux recherches abondantes et minitueuses effectuées par l'auteur ainsi qu'à son attention soutenue au moindre détail. le lecteur se retrouve ainsi transporté dans un univers exotique dont il appréhende peu à peu les étranges coutumes et croyances, les paysages grandioses, le fonctionnement administratif et la rigidité ritualisée qui en découle, mais aussi sa poésie, « la soie, le jade sculpté, les intrigues de cours, les étudiants et les courtisanes, les chevaux célestes, la musique du pipa »... Les nombreux passages consacrés aux évènements ayant lieu dans les steppes sauvages du nord de la muraille sont également criants de réalisme, au point de faire complètement oublier au lecteur tout ce qui se trouve alentours et de le transporter directement dans ce décor splendide.
Mais là-où réside le véritable génie de l'auteur, c'est en ce qui concerne les personnages. Au fil de mes multiples lectures, je n'ai jusqu'à présent que rarement rencontré d'écrivain capable de créer un lien si fort entre le lecteur et ses personnages. Qu'ils soient modestes ou puissants, hommes ou femmes, sauvages ou civilisés, tous sont bouleversants de vérité. On souffre avec eux, on espère, on se réjouit ou s'étonne des tours étranges que peut jouer le destin, bref, on vit avec chacun d'entre eux et c'est avec une profonde tristesse qu'on se résigne à leur dire au revoir : Shen Tai qui, en voulant simplement rendre hommage à la mémoire de son père, va se retrouver englué dans une toile d'intrigues inextricable ; Bruine, la belle courtisane originaire de Sardie ravageant les coeurs des puissants comme des humbles étudiants ; An Li, général ambitieux et retors ; Wei Song, guerrière kanlin dévouée ; Sima Zian, poète de génie bien plus lucide sur les évènements de son temps que ne le laisserait présager son appétit pour la bonne chair et la boisson... Et encore ne s'agit-il là que des protagonistes du roman qui comporte également son lot de personnages plus effacés, de passage l'espace de quelques pages uniquement mais auxquels l'auteur parvient à donner une véritable profondeur : « Les contes se composent de nombreux fils plus ou moins épais. Même les personnages secondaires vivent les aléas et la passion de leur vie jusqu'à leur mort ».
Avec « Les chevaux célestes », Guy Gavriel Kay renoue avec ce qu'il sait faire le mieux : mêler fiction et histoire pour offrir à ses lecteurs un portrait concis mais aussi très dense d'une époque troublée dans laquelle des personnages tous très différents tentent tant bien que mal de se frayer un chemin. Reste maintenant à espérer que le dernier roman en date de l'auteur relatant des évènements ayant lieu plusieurs siècles après ceux décrit ici (« River of stars ») fasse très bientôt l'objet d'une traduction en France.
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Walktapus
01 septembre 2014
La Chine des Tangs, la fin du règne de Xuanzong, la concubine Yang Guifei... Ah non, excusez-moi... l'Empire Khitan, la fin du règne de Huangzi, la concubine Wen Jian. Comme d'habitude chez Kay, tout le monde apparaît pudiquement sous des faux noms, ce qui lui permet d'écrire des romans historiques en se gardant une marge de manoeuvre confortable, et d'ajouter un peu de surnaturel, et du folklore, comme ces moines shaolins... ah non pardon, guerriers kanlins.
(je vous rassure tout de suite : je ne connaissais ni l'empereur Xuanzong ni la concubine Yang Guifei avant de lire le roman)
La démarche peut laisser dubitatif, mais elle s'accompagne d'une vraie volonté de dépeindre une société et ses mentalités, ici la Chine, ses lettrés, ses militaires, ses courtisanes, la cour impériale et ses intrigues. Et il y réussit. Et il y a toujours une solide intrigue, avec des personnages souvent écartelés, et des surprises et retournements de situation, toujours construits et amenés avec beaucoup d'art.
Mais je l'ai trouvé un peu longuet par moments ce roman, trop insistant, voire répétitif (combien de fois précise-t-il le nombre d'habitants de Xinian ?), comme si Kay avait trop peu de choses à dire pour la taille de son livre. Il aurait pu faire un peu plus court. Ou alors oser inventer un peu plus. Et puis moins précipiter la fin.
Et malgré quelques efforts de l'auteur, les personnages principaux (fictifs) apparaissent à la marge d'événements (historiques) qui les dépassent.
Bref, pour moi un bon roman, mais je regrette le Kay ineffable de Tigane ou d'al Rassan, plus court, moins écrasé par son sujet.
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Attention, âmes sensibles : du début à la fin, les personnages ne pensent qu'à picoler. C'est sûrement l'influence de Li Bai, dont le double apparaît dans le roman, ce qui m'a bien fait plaisir (même s'il n'apporte rien à l'intrigue).
Combien de temps pourrons-nous profiter des richesses de la vie ? Cent ans tout au plus.
Ecoutez là-bas, sous les rayons de la lune, le singe accroupi qui pleure tout seul sur les tombeaux.
Et maintenant, remplissez ma coupe. Il est temps, amis, de la vider d'un trait.
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Lutin82
08 février 2017
L'aspect surnaturel est léger tout en s'avérant crucial. Il n'est pas question de sorts, d'incantations spectaculaires, de manipulations d'éléments ou de pouvoirs incommensurables. La magie imprégnant l'univers de Kay reste discrète et se base sur la religion traditionnelle de la Chine (Taoïsme, Bouddhisme et Confucianisme). Ainsi le monde des esprits fait-il partie intégrante de l'environnement que ce soit au Kuala Nor, à travers les mystérieuses femmes-renards, les dieux vénérés ou bien les chamans des plaines du nord.
Légèreté de l'aspect fantasy n'est pas synonyme d'insignifiance, bien au contraire. Suite au décès de son père, Tai décide d'honorer sa mémoire lors de son deuil de deux ans. Il enterre les ossements épars au Kuala Nor, dans les montagnes au nord ouest du pays. La tâche est titanesque, pas moins de 100 000 guerriers y ont péri. C'est en ermite qu'il accompli ce labeur, infatigable fossoyeur accompagné, escorté, surveillé par les esprits des morts.
Cette partie est fondamentale pour la suite du récit : elle permet d'ancrer le récit dans cette fantasy subtile que je viens d'évoquer et d'immerger le lecteur dans la culture asiatique du Kitai. J'ai été particulièrement sensible à l'exotisme, à la beauté et aux nuances de cette ambiance. Tout un aspect historique vient charpenter Les Chevaux Célestes. Les recherches consenties offre un univers riche, envouteur et exotique à souhait. Kay nous projette dans une Kitai qui n'a rien à envier à la Chine de la dynastie des Tang. L'auteur s'en est fortement inspiré et à plus d'un titre; us et coutumes, organisation sociale et politique en sont directement issus ainsi que la révolte d'An Lushan en 755 (merci Wikipédia). Ce fut – et c'est la cas dans le roman – une période bienheureuse pour l'empire, dangereuse pour les acteurs haut placé. La Route de la Soie a permis le développement du commerce, de la richesse et du rayonnement du pays à l'extérieur. La religion (ses courants principaux) ont influencé la structure sociale et façonné une culture exotique à nos yeux d'européens. C'est aux côtés de Shen Tai que le lecteur est invité à traverser l'immense pays, à découvrir cette richesse hors du temps. C'est encore avec lui ou ses proches qu'il affrontera les dangers, les tensions, l'indécision et parfois de petites victoires.
Au-delà d'un fantasy historique, Guy Gavriel Kay nous propose une intrigue politique savamment orchestrée, dans laquelle s'imbrique avec habileté la problématique des Chevaux Célestes. Effectivement, nous sommes dans un région ou le respect de l'apparat et le comportement idoine peuvent avoir des répercussions fatales. Un verre de vin trop chaud peut conduire à la mort! Alors 250 Chevaux Célestes apparaissent comme un présent somptueux… ou un cadeau diablement empoisonné.
Critique bien plus complète sur mon blog
Lien : https://albdoblog.wordpress...
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Igguk
25 mars 2017
Bon d'accord, voilà, j'ai lu Les chevaux célestes de Guy Gavriel Kay, avec toutes ces belles choses qu'internet dit dessus, je me suis senti un peu obligé. Et j'ai mis du temps, parce que c'est un gros machin, mais j'y suis arrivé ! Youpi !
Ce roman raconte les péripéties de Shen Tai en Kitai, un empire fictif fortement inspiré de la chine de… Euh… J'y connais rien alors on va juste dire « de la Chine de y'a longtemps ». Pour honorer le deuil de son père, Tai part pendant deux ans et demi creuser des tombes pour les guerriers tombés pendant la bataille de Kuala Nor, à laquelle a participé le paternel. Pour le remercier de son dévouement, l'impératrice consort du Tagur (leur ennemi pendant cette bataille) lui offre non pas un, ni deux, mais 250 chevaux Sardiens, une race quasi-légendaire dans son pays. On pourrait croire que c'est plutôt sympa de sa part, mais notre fossoyeur réalise que ce cadeau (très très très) démesuré va attirer beaucoup d'attention sur lui, jalousies, malveillances et complots divers alors qu'il avait rien demandé. Ouais, ça fait un peu « problème de riches » quand même, mais ça va nous ouvrir les portes d'un roman complexe et riche. le pauvre va en plus échapper à une tentative d'assassinat… qui n'a strictement rien à voir avec cette histoire de chevaux, on empile les emmerdes.
Forcé de revenir au coeur de la Kitai, Shen Tai va être propulsé en plein milieu d'intrigues politiques chez les puissants, il recroisera des personnes qu'il avait connues avant ses deux ans de retraite chez les fantômes. Mais entre temps, le monde a bien changé. Il va devoir s'adapter à ce nouveau monde, et aux responsabilités qui lui tombent sur le coin de la gueule alors qu'il voulait juste creuser des tombes tranquillou. Ce cadeau qu'il a reçu déstabilise tellement l'équilibre du pouvoir que tout le monde s'y intéresse, chacun à sa manière. La politique dépaysante se mêle alors aux intrigues familiales et personnelles de notre héros dans une trame subtile et maitrisée, et c'est là qu'on comprends un peu l'aura de ce bouquin. C'est pas de l'épique tonitruant ou du grim dark poisseux, mais simplement des personnages qui se débattent dans des jeux de pouvoir inextricables.
On fera un grand voyage dans ce pays fictif, on y reconnaitra sans peine les « inspirations » de Guy Gavriel Kay pour les peuples décrits, on a les pseudo-chinois, les pseudo-mongoles, les pseudo-tibétains, etc… Mais ça fonctionne vraiment bien ! On ne suivra pas que Tai d'ailleurs, puisqu'un autre pan de l'intrigue nous trimballera dans les steppes de ces barbares du nord, au-delà de la muraille. L'auteur arrive à poser son ambiance tout en finesse, à faire sentir au lecteur cette atmosphère exotique qui nous change encore une fois de la fantasy « européanisante ». On s'imprègne des coutumes de ce peuple, on en découvre les valeurs et les règles sociales très codifiées, voir tout le monde coller le front par terre dès que l'empereur pointe un bout d'orteil est assez rigolo d'ailleurs.
Par contre le livre est relativement lent, ne vous attendez pas à de l'action badaboum et des duels virevoltants toutes les deux pages. On a bien quelques bastons, mais le gros de l'histoire se passe dans des dialogues, des silences, des moments de calme mais qui installent une tension palpable. Il faut tenir compte du rang de chacun, du rôle de chacun, peser ses mots et ses moindres gestes. Même les grandes scènes de batailles sont contournées, on ne nous montre que les « creux », les coulisses, le reste étant rapporté ensuite. Mais attention, lenteur ne veut pas dire qu'on s'emmerde (et j'en suis le premier surpris), on n'avalera certes pas le livre en deux après-midi mais chaque moment de lecture est un régal. On oscille entre l'émerveillement et la tension qui grimpe, on guette les moindres gestes de chacun, c'est d'une précision hallucinante.
Ce qui nous fait accrocher à toutes ces intrigues complexes (mais très compréhensibles grâce au talent de mise en place de Kay), ce sera surtout notre attachement aux personnages. Il y a bien sûr Shen Tai qui brille par sa finesse, mais aussi le facétieux poète Sima Zian ou encore la guerrière Kanlin Wei Song, et encore beaucoup d'autres. Chacun est une pierre de cet édifice précis et subtilement construit, aucun n'est sous-exploité ou mal traité, on a une galerie de personnages parfaite. Malgré un empire gouverné par des hommes, on remarque que Kay a aussi fait se croiser les destins de plusieurs femmes exceptionnelles qui ont chacune leur caractère (et font parfois tourner ces messieurs en bourrique).
Fresque asiatique aux personnages exceptionnels et à l'intrigue très solide, Les chevaux célestes emporte le lecteur dans un beau voyage immersif au tempo planant. On se laisse promener en Kitai avec plaisir, et on y reviendra pour le fleuve céleste… Dans pas très longtemps…
Lien : http://ours-inculte.fr/les-c..
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Les critiques presse (2)
LesVagabondsduReve29 septembre 2014
Si l’ensemble est saupoudré d’un soupçon de magie, il n’en est guère à vrai dire de plus grande que l’enchantement de ce roman. Peut-être n’atteint-il pas tout à fait à celui de Tigane ou des Lions d’Al-Rassan mais un moment de lecture parfaite qu’on ne peut que partager dans l’attente d’un prochain roman.
Lire la critique sur le site : LesVagabondsduReve
Elbakin.net18 juin 2014
C’est donc un roman fortement empreint de poésie que nous livre ici Guy Gavriel Kay. Cette dernière, présente presque à chaque page, constitue finalement le ciment de l’œuvre : elle permet de nous faire découvrir l’histoire et la mentalité de la Kitai, mais sert aussi d’indicateur à la pensée et aux actions des personnages.
Lire la critique sur le site : Elbakin.net
Citations & extraits (21) Voir plus Ajouter une citation
boudiccaboudicca03 juillet 2014
Elle se retourna sur sa selle. Aussi loin que portât son regard sous le soleil levant et le ciel inaccessible, l'herbe régnait, d'un vert foncé ou tirant sur le jaune. Haute, elle ondulait sous la brise dans un bruissement qui l'accompagnait depuis que les Bogü l'avaient emmenée. Même dans son palanquin, elle l'entendait en permanance. Le mumure de la steppe. Tournée vers le nord, elle s'emplie les yeux du panorama en se demandant jusqu'où il s'étendait. Si le monde a connu un matin, il ressemblait à celui-là, pensa-t-elle.
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boudiccaboudicca04 août 2014
La croisée des chemins. La ronde des jours, des saisons et des années. La vie offrait parfois l'amour, souvent le chagrin. Pour qui avait la chance, une amitié sincère. De temps à autre, la guerre éclatait. Chacun faisait ce qu'il pouvait pour modeler sa propre paix avant de se fondre dans la nuit et d'abandonner le monde comme tous les hommes, illustres ou oubliés, ainsi que le permettaient le temps et l'amour.
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boudiccaboudicca29 juin 2014
Ni le poète ni la Kanlin ne le nieraient. Ils n'essaieraient même pas. Bonne ou mauvaise, c'était une vérité de leur monde. Elle en faisait autant partie, cette rigidité restrictive, ritualisée, inébranlable, que la poésie, la soie, le jade sculpté, les intrigues de cours, les étudiants et les courtisanes, les chevaux célestes, la musique du pipa et les cadavres gisant à ciel ouvert par dizaines de milliers sur un champ de bataille.
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AlfaricAlfaric07 août 2016
La vieille, si vieille histoire de peuple kitan et de ses rivalités. De petits royaumes combattants hier, des hommes et des femmes ambitieux se jalousant à la cour impériale aujourd'hui. Gouverneurs militaires, préfets, mandarins s'élevant dans les neuf rangs, dignitaires religieux, eunuques des palais, conseillers juridiques, impératrices et concubines, et ainsi de suite... Tous luttaient pour une place éminente autour de l'empereur, qui était le soleil.
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AlfaricAlfaric06 août 2016
Les chamans se divisent en deux catégories : blancs et noirs. Cela dépend de leurs rapports avec les démons du monde des ténèbres dans lequel ils pénètrent après avoir abandonné leur dépouille charnelle. Ils peuvent soit chercher à les séduire, soit engager le combat pour les forcer à coopérer. Oui, certains sont des femmes.
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