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ISBN : 2919285122
Éditeur : Antidata (15/10/2014)

Note moyenne : 4.29/5 (sur 7 notes)
Résumé :
Stéphane Le Carre dresse les portraits, saisis dans le vif, de solitaires amochés qui courent après des rêves fuyants, taillant la route dans un ouest américain frelaté, ou vissés aux comptoirs de rades oubliés du Finistère. Un recueil à boire cul sec, comme un tord-boyaux de contrebande.
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
nilebeh
  13 juin 2015
Recueil de nouvelles dont l'action se situe soit dans les coins les plus oubliés des États-Unis soit dans les coins les plus retirés de Bretagne : dans tous les cas, il s'agit d'expériences personnelles de l'auteur quoique en exergue il reprenne la fameuse antienne : toute similitude etc...
Certaines de ces histoires font mouche (le courtier en assurance cynique devenu unijambiste après accident et...client exigeant de son propre assureur ; les bikers californiens qui veulent juste voir des bisons et en rencontrent d'autres plutôt frappés) : en général, cela ne se termine pas très bien, l'ambiance des bars qu'ils soit américains ou bretons suintent un peu de de désespoir et les cocktails drogue – alcoll – copains ne donnent pas grand-chose, le tout est servi dans un style assez cynique, d'un humour un peu narquois pas très drôle et on a juste envie de conseiller au narrateur de se chercher des voies plus joyeuses, plus positives, plus tournées vers les autres, Bon courage car on part de loin !
Un drôle de petit voyage proposé par aNTIDATA que je remercie pour cet envoi qui m'a séduite aussi par la qualité de l'objet – livre proposé,
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eireannyvon
  07 novembre 2014
Ruée vers l'Ouest.
Recueil de neuf nouvelles d'un auteur que j'apprécie particulièrement. Après son roman "La cavale blanche", Stéphane change de registre pour un exercice qui n'est pas si évident que cela. Je m'élèverais toujours contre ce snobisme ridicule à mon avis qui consiste à dire que la nouvelle est un genre littéraire mineur !
La première ligne donne le ton de cette oeuvre :
-"Je peux te dire, pendant des années j'ai été un sale type".
Et à la lecture de "Boukhoo" on en est persuadé ! Un duo d'enfer, au service d'une compagnie d'assurances, qui fait froid dans le dos. Assurez-vous, nous ne ferons pas le reste. Sûrement que ce genre de personnage existe hélas !
"Barbecue à Methléem" : l'histoire fumante d'un groupe de métal suédois en tournée dans le trou du cul de l'Amérique profonde ! Même là-bas la dope remplace la gnôle ! Triste époque !
"Fourche", randonnée à l'Easy Rider des trois bikers à la recherche de l'Amérique ancienne et de ses bisons. Mais des rancoeurs personnelles vont gâcher la fin du périple !
"Au fond du trou" : le monde de la publicité passé à la moulinette ! Ses us, coutumes et codes....pas très reluisant tout cela ! Saint Fric, que ma moisson soit abondante !
Une nouvelle avec un titre breton (assez rare pour que je le signale) : Ar Vourc'h Nevez (Le bourg nouveau) peuplé d'anciens qui, quand ils partent en piste, ce n'est pas pour faire semblant. Mais il y a aussi des plus jeunes et des déceptions amoureuses.
"Presque killed" est ma nouvelle favorite, peut-être parce qu'il me semblait la connaître.
Stéphane m'avait parlé de cette aventure à la terrasse du Gallion, son antre lorientais un jour de l'été dernier pendant que nous nous désaltérions en devisant de choses et d'autres, dont ces quelques jours bucoliques dans la campagne finistérienne !
N'espérez pas croiser des gens sans problèmes ici. Les gens sans problèmes ne sont pas de bons sujets pour les écrivains. Tous sont sur le fil du rasoir, proches de la chute, et proches est souvent un euphémisme ! Et le fil du rasoir est mince et tranchant !
Il suffit de lire "Le Bar Chenal " et sa galerie de portraits sans concessions, mais avec malgré tout beaucoup d'empathie pour ces piliers de bistrot. Un constat social plein de lucidité ! On côtoie aussi un chauffeur américain, un impresario sulfureux, un joueur de boule atypique ayant plusieurs cordes à son arc.
On rencontre aussi un personnage presque récurrent qui ressemble fortement à l'auteur !
"Ruée vers l'Ouest" à l'Américaine ou à l'Armoricaine, certaines aventures se passant aux États-Unis, d'autres dans la partie la plus septentrionale de la Bretagne.
Lien : http://eireann561.canalblog...
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croquemiette
  25 novembre 2018
Les nouvelles, pas mon truc, mais je me dis, allez, on verra bien. Et bien je n'ai pas été déçue. Neuf nouvelles en tout, les premières se passent aux States, les dernières dans la Bretagne rurale et profonde. J'ai aimé les nouvelles américaines, pour l'aspect bourlingue, motards bagarreurs, tocards riches ou pauvres. Les nouvelles bretonnes sont sympa aussi. A part une ou deux, elles sont très attachantes. J'ai beaucoup aimé « Presque killed », récit d'une défonce au cannabis dans le Finistère chez un ami décroissant. Ça sent le vécu. Et aussi la nouvelle de bar, l'avant-dernière, où toute une équipe de marins en ciré taillent le bout de gras et tisent sur le zinc. C'est touchant et les dialogues sont vraiment très réalistes. L'ensemble est cynique, parfois très drôle (« barbecue à Methléem») et toujours très humain. Ces personnages cabossés brûlent la vie par les deux bouts, à notre grande réjouissance. C'est poétique aussi, je pense à cette bande de motards qui traversent les States dans l'unique but de voir des bisons. Bien joué ! Un bon recueil donc, mais petit bémol malgré tout, le style est parfois trop lourd et manque de fluidité... rien de bien méchant et ce n'est pas le cas pour toutes les nouvelles.
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Charybde2
  29 septembre 2014
"La beauté, la violence, posées sur la balance" : neuf nouvelles tendres qui tapent dur.
Sur mon blog : http://charybde2.wordpress.com/2014/09/29/note-de-lecture-a-pleines-dents-la-poussiere-stephane-le-carre/
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
Charybde2Charybde2   29 septembre 2014
Celui qui m’a donné le tuyau, c’est le grand Black, après le festival Front Stage dans une rutilante maison associative d’Île-de-France orientale. Lotissements coquets et champs de maïs par paquets. Moi, je m’étais contenté du tabouret de bar et du cylindre de lumière unique sur mon corps penché en avant. La boîte à rythmes cliquetait dans le noir derrière moi. Sur ma gratte, les cordes c’était mes tripes, étirées vrillées. J’étais donc dans mon trip. Jusqu’au quatrième morceau. Quand deux-trois mecs avinés ont commencé à faire du chahut et sifflé sous mon nez. Insupportable. J’étais à cran. J’ai abrégé d’un coup de rasoir sur la guitare. Me suis levé et suis sorti de scène. Élimination directe. Tant pis pour le prix, quelques heures de studio royalement offertes. Dans le public, ça couinait. Backstage, j’ai filé des coups de saton dans les murs. Quelques paroles fraîches avec l’organisation, ces enfoirés d’employés municipaux. Je suis quand même allé claquer mes tickets boisson. Je me suis donc fadé le reste de la programmation. Y avait pas de quoi griller un ampli. À part peut-être, ce grand Black au djembé, accompagné d’un bassiste, blanc et borgne. Du blues totalement improbable. Et pas du tout ma tasse de cidre a priori. Vous connaissez la blague. Quelle différence entre un oignon et un djembé ? Ben, quand on coupe un djembé en deux, y a personne qui pleure. Mais faut admettre que ce type s’y entendait pour cogner sa peau de chèvre et vous emporter dans des deltas inconnus avec l’autre bougre. Ça m’a presque surpris. Je l’ai été totalement quand il a déboulé après sa sortie de scène. Se posant comme ça au-dessus de moi. Flippant. Un vrai léopard. D’ailleurs, je sais pas pourquoi mais il dégageait une méchante odeur de félin. Un truc sauvage. J’ai reculé un peu mais j’étais bien sa cible.
— C’était pas mal, mec, ton truc-là. Du texte. De l’âme.
— Hein ?!
— Ouais, on sent que tu en veux. Mais t’as les nerfs fragiles.
— Pfff, ces connards…
— Ces connards c’est ton public. Faut les massacrer sur place, leur planter un clou dans le cœur.
Il voyait bien que j’avais pas trop envie de m’ouvrir à la causette. Mais il m’a tendu une main immense. J’ai serré. C’était froid et lisse.
— J’m’appelle Seth. Dis, t’es prêt à aller jusqu’où pour y arriver ?
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Jusqu’où ?
Sa voix résonnait dure.
— Je sais pas.
— Si, tu sais.
— Jusqu’au bout, putain !
Il me regardait avec un sourire carnassier. J’ai cru lui voir des crocs jaunes et sales dans la demi-obscurité.
— Je m’en doutais. J’ai un truc pour toi.
("Puer le talent")
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Charybde2Charybde2   29 septembre 2014
J’avais dû ralentir, curieux. Le grand type m’a regardé.
— Salut, mec. Ça t’intéresse une petite partie ? Je me fais chier comme un rat mort, tout seul.
— Ben, euh…
— Allez, quoi. Il est pas si tard.
J’ai hoché la tête en signe d’approbation. En face de chez moi, j’avais fait le plus dur. Au plumard quand je le voudrais.
— Je m’appelle Patrick. Trick, pour tout le monde. Et toi ?
— Erwan.
— Bon, tu connais le truc ou je t’apprends ?
— Je connais, c’est bon.
— Alors choisis ta triplette et on y va.
J’ai joué du mieux que j’ai pu. Sans la ramener. Mais Trick était bien plus fort que moi. Il m’a mis 13-5. Dans les platanes, au dessus de nos têtes, les merles, déboussolés par la nuit fausse de la ville, me moquaient. J’avais eu le temps d’observer le grand Trick. Il faisait un peu flipper, le bestiau. Barbe éparse, cheveux lustrés par un suint de saleté. Veste en jean et pantalon de survêtement noir, trois bandes blanches sur le côté. Des Converse cerise aux pieds. Et son regard glacé. Bleu ? Vert ? La demi-obscurité m’empêchait de le dire. Évidemment, je n’ai pas pu refuser la revanche. Question d’honneur.
Trick jouait très concentré. Cela faisait toutefois un moment qu’il marmonnait. J’ai demandé :
— Qu’est-ce tu dis ?
— « Un vrai Samouraï consacre tout son temps au perfectionnement de lui-même. C’est pourquoi, l’entraînement est un processus sans fin ».
("La voie du pétanquiste")
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Charybde2Charybde2   29 septembre 2014
— Tu m’as foutu dans la merde. Mon départ à Las Vegas a été retardé. Je dois former le nouveau, Washington. Imagine un Black taillé comme Shaquille O’Neal. Physiquement, déjà, il va marquer des points. Un expert cul-de-jatte, ça le fait pas. Je crois que Washington a le potentiel d’une vraie vermine. Dis-moi, tu as des projets pour la suite ? Si j’étais toi, je me referais une vie dans un petit coin tranquille. Colle-toi une flopée de médailles sur la poitrine et dis que tu rentres d’Irak.
— Bud, j’ai gémi, j’ai quarante ans et plus vraiment l’allure d’un première classe acnéique.
— Bouffe des boîtes de nourriture pour chien, tu choperas une belle peau de soldat puceau. J’ai eu un client comme ça. Il voulait nous faire raquer, prétextant que son traitement médical l’abîmait. Il était couvert de pustules. J’ai fait ses poubelles. Il n’y avait que ça. Vu ce qu’il s’engouffrait, je me suis toujours demandé comment ce type n’aboyait pas. On l’a saigné au tribunal. Je suppose qu’après, il a dû manger du chien, dans la rue.
— Bud, pourquoi tu fais ça ?
— Comme d’hab’, mon pote. Pas parce que c’est bien ou c’est mal, on s’en fout, mais parce que je peux le faire.
J’en avais assez de son galimatias. J’ai signé. On m’avait pris ma jambe. Pourquoi pas mon boulot ?
("Boukkho")
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Charybde2Charybde2   29 septembre 2014
L’hospitalité a ses devoirs. Tu bois le café de Carcass. Une tourbe. Quand il te roule un pétard de beu – sa production, bien entendu – tu ne fais pas ta blondasse. Tu admets ne pas en fumer souvent. Mais tu acceptes de l’allumer et d’en tirer une bouffée. C’est pour toi tout seul, mon grand. Une deuxième. Une troisième. La dernière. Cela va très vite. Une crétinerie fulgurante, la tête te tourne. Ton corps produit des calques de lui-même. Chacune de ces opérations fébriles t’affaiblit.
— Punaise, c’est du costaud, ton machin. Je me sens pas très bien.
— Je sais pas, j’en fume tout le temps
Tu fais un aller-retour à l’extérieur. Se tenir debout. Prendre l’air et la lumière. Sortir de cette taverne diabolique. Mais tu y retournes. C’est impoli d’abandonner une table et une conversation. Pense à te baisser. Le linteau. Tu es déjà trépané. Tu comprends très vite qu’il ne faut pas que tu restes là. Tes forces et ton discernement t’abandonnent. Tu commences à avoir les foies. Qu’est-ce qu’il te veut, ce mec ? Qu’est-ce qui t’a pris de venir ici ? De défier l’inconnu ?
("Presque killed")
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Charybde2Charybde2   29 septembre 2014
Je retournai me visser le derche à mon fauteuil, sur le plateau. Battu par les vents contraires. L’open space, ça faisait moderne, méthode de management dernier cri. Tous les poulets en batterie sous l’oeil de Gordon, le responsable trafic. La chiourme. Pas de fouet mais le regard perçant et la langue baveuse. Une vingtaine de mecs et quelques rares nanas au look butch, dans la farce de l’âge, ça ne pouvait que chercher à glander et voler les actionnaires de leurs dividendes. Ils nous avaient foutus en équipes bicéphales, en teams comme on dit. Directeur artistique + rédac, côte à côte dans un coin de boîte aux parois de carton. De la fine fleur de branleurs à qui on demandait de dépoter les idées merveilleuses du marketing publicitaire. Sous la contrainte des vieilles carnes du métier qui avaient pris le manche du département Créa. Gestapettes à foulard et doigts embagouzés ou vieux bougons à barbe sale et rêche. « Faites-moi rêver » qu’ils disaient, au début des plan’s boards. Tu parles, ça te nouait le slip immédiatement.
("Au fond du trou")
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