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EAN : 9782757859513
384 pages
Points (04/12/2015)
4/5   51 notes
Résumé :
LLe livre sur la crise qui enflamme les États-Unis. Ouvrez-le, vous comprendrez pourquoi.

À l'automne 2008, les principales places boursières se sont effondrées dans le sillage de Wall Street, plongeant du même coup le monde dans la crise. Si le désastre financier fut une surprise pour beaucoup, quelques-uns l'avaient néanmoins anticipé. Le véritable krach avait en effet commencé quelques mois plus tôt aux États-Unis, un krach obscur celui-là, silenci... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (8) Voir plus Ajouter une critique
Malivriotheque
  13 juin 2020
Michael Lewis, ancien trader devenu écrivain analyste du monde de la finance, livre le récit des évènements qui ont conduit à la crise économique mondiale des subprimes de 2007-2008 et comment certains ont su prévoir la catastrophe, parier contre la santé de l'économie américaine et gagner des millions de dollars quand des millions de citoyens ont, eux, tout perdu en même temps que Wall Street s'écroulait...
"Pourquoi prendre des décisions intelligentes quand on peut s'enrichir en prenant des décisions idiotes ?" Cette phrase que l'on peut trouver dans l'épilogue résume toute la folie qui a mené à l'une des pires tragédies économique, financière et sociale que le monde ait connue.
Mais attendez, et si on commençait par le début plutôt que par la fin ? En juin 2008, j'ai eu mon Master au bout de cinq ans d'études à la fac. Pleine d'ambitions et de rêves pour l'avenir, j'ai commencé à m'aventurer sur le marché de l'emploi, comme tout jeune adulte diplômé en droit de commencer sa vie. Trois mois après, en septembre 2008, la crise est arrivée. Pendant cinq ans et demi j'ai essayé de trouver dans ma branche, sans jamais y parvenir. Et puis, Jules et moi avons quitté la France.
Je ne suis qu'une parmi des millions et millions d'autres à avoir longuement été impactée par cette crise venue tout droit de Wall Street, laquelle a couvé et biberonné pendant de nombreuses années, avec l'aide de structures financières d'autres pays, des produits et montages financiers pourris jusqu'à l'os dans le but de se faire un pognon de dingue sur le dos des contribuables américains.
En 2015 est sortie une adaptation de ce livre. Je l'ai vue, mais tout allait tellement vite dans les explications que je me suis dit "un jour, je lirai le livre, pour mieux comprendre". Ô, combien j'ai compris...
Si les explications de Lewis peuvent parfois être répétitives et les flashbacks généralement un peu trop nombreux au point de rendre impatient le lecteur d'arriver au moment fatidique où tout s'est effondré, l'auteur s'attache néanmoins à rendre les choses le plus clair possible, même si la complexité des opérations reste inatteignable pour le commun des mortels hors du système. Ce que l'on pige toutefois, et qui est très bien expliqué et démontré tout au long de l'ouvrage, c'est que les banques et la Bourse américaines se sont lancées dans les années 2000 dans la création de produits financiers extrêmement dangereux pour le citoyen lambda qui tente juste de faire sa vie dans ce monde de brutes. Cela a notamment commencé par l'autorisation d'accorder des prêts à des gens absolument pas solvables, des gens qui n'avaient absolument pas les moyens de rembourser un prêt pour pouvoir s'acheter une maison. En créant des prêts immobiliers au taux d'intérêt d'appel ridicule, les banques se sont ouvertement fichu de gens (pour la majorité honnêtes) en leur promettant qu'ils pouvaient accéder à la propriété. Au fur et à mesure des années, le type de prêts qu'ils proposaient demandaient de moins en moins de garanties, les banques faisaient de moins en moins de vérifications, laissant des personnes au chômage, déjà endettées, au profil peu fiable en matière de remboursement, voire qui avaient menti sur leur formulaire, signer des prêts pour des sommes bien supérieures à leur taux d'endettement. Et ce, sans bien sûr leur révéler qu'après deux ans de taux d'intérêt d'appel ridiculement bas, un taux variable viendrait prendre le relais. Et c'est ce taux variable qui a empêché très vite de nombreux nouveaux acquérants de rembourser leur prêt. En un laps de temps très court, le taux de défaut de paiement a grimpé. Mais cela, ça n'avait pas l'air de gêner les banques.
Car pendant ce temps-là, celles-ci s'enrichissaient à mort via un nouveau passe-temps qui consistait à créer des paquets de ces prêts en fonction de leur qualité, un paquet triple A contenant les prêts les plus susceptibles d'être remboursés tandis qu'un paquet triple B renfermait les contrats les plus susceptibles de ne pas être honorés et très vite. Sauf qu'en fait, la majorité des paquets créés étaient composés d'un savant mélange intraçable de tous les types de prêts aux notations variées, floutant ainsi complètement leur valeur, sans même que les banques, traders et compagnie ne sachent ce qu'il y avait réellement dans ces paquets. Et tant qu'à faire, les agences de notation comme Moody's et S&P, censées évaluer et noter ces paquets, ont toujours accordé de bonnes notes croyant soi-disant qu'ils étaient à 80% composés de triple A, sauf qu'en réalité ils étaient souvent à 95% composés de "merde" (le terme vient de l'auteur). Ces agences de notation, censées réguler un marché, le vérifier et être fiables, ont été en fait complices d'une fraude massive.
Mais les banques s'en fichaient n'est-ce pas ? Après tout, elles se faisaient des milliards avec ces produits qu'elles vendaient et se refilaient en masse. Et surtout, aucune ne croyait que le marché immobilier américain pouvait s'effondrer. Pourquoi ? Parce que ça n'était tout simplement jamais arrivé, vous voyez ? du coup, comme l'impossible ne pouvait se produire, des paris gigantesques se sont constitués au fil des années (c'est en partie là qu'il est très dur de comprendre pourquoi les banques vendaient et achetaient tous ces types de paquet), les responsables étant persuadés que jamais d'un seul coup partout en Amérique il y ait plus de 8% de défauts de paiement.
Sauf que ces paquets créés de tout et n'importe quoi étaient formés de telle manière que si une catégorie de notation faisait défaut, elle impactait directement la catégorie du dessus, et ainsi de suite... Une vraie tour jenga dans l'hypothèse d'une crise.
Personne ne comprenait ces paquets, de quoi ils étaient composés, quelle était vraiment leur valeur, ce qu'ils pouvaient provoquer, et tout le monde s'en foutait parce qu'ils donnaient à quiconque en possédait des couilles en or et que de toute façon le marché ne POUVAIT pas s'effondrer car c'était du jamais vu. Une confiance aveugle, une foi aveugle dans le fric, le dédain flagrant pour la vie des contribuables à l'autre bout de ces prêts.
Parallèlement, une petite poignée de traders a commencé à analyser ces produits, comprenant à la fin qu'ils étaient des bombes à retardement avant de se mettre à parier contre eux, ce qui s'appelle "shorter". Ils ont ainsi créé un nouveau type de pari très noir, car ils pariaient sur la faillite de l'économie américaine. Les banques ont ri, se frottant les mains d'avoir bien pu pigeonner des gens qui leur filaient du blé en attendant un improbable cataclysme. "Vraiment trop cons ces mecs, mais bon on s'en fout, ils nous paient des sommes astronomiques, nos profits montent en flèche, j'ai hâte d'avoir mes millions de bonus à la fin de l'année."
Ces "mecs trop cons" avaient pourtant vu juste, interprétant correctement des chiffres que la majorité refusait catégoriquement de voir, même preuve à l'appui.
On suit donc le parcours de ces types qui ont gagné des sommes monstrueuses en pariant contre le système en place qui baisait ouvertement le peuple et qu'aucun organisme ne s'est amusé à contrôler, pas même le gouvernement. La Bourse a fraudé en échouant à appliquer les règles de notation, s'ingéniant à inventer tout et n'importe quoi comme prétexte pour ne pas voir ce qui leur arrivait pourtant dans la tronche, et pas même le Trésor américain ne s'est posé de question.
Tous ces petits paquets bidons se sont promenés partout sur la planète, voilà en partie pourquoi cela n'a pas impacté uniquement les États-Unis. Car quand le taux de défaut de paiement a atteint des chiffres jamais vus auparavant, toutes les banques qui avaient vendu des paris contre leurs petits paquets chéris ont dû payer les parieurs. Sauf que l'appât du gain les a laissées parier bien plus que leurs avoirs n'étaient capables de couvrir. Et pour ne pas laisser tout son système bancaire et financier couler, le gouvernement est intervenu et qui a donc payé pour renflouer les banques qui avaient fait n'importe quoi ? le contribuable américain, encore, le seul qui se soit fait entuber doublement dans l'histoire. L'effet boule de neige couplé à l'effet boomerang. du pur dégueulasse, encore plus quand on précise que tous les acteurs qui ont mené à la faillite de leur boîte ou ont contribué à faire perdre des milliards à l'économie américaine et mondiale sont presque tous sortis indemnes avec leurs tout à fait légitimes millions d'indemnité. Rares sont ceux qui ont été interpellés pour faute grave, fraude et autres.
Peu nombreux furent ceux qui virent le coup venir, il n'y a d'ailleurs qu'eux qui s'en sont bien sorti. Peu nombreux furent ceux qui comprirent ce qui se passait, face à la majorité qui ignorait complètement ce qu'elle manipulait comme produits.
Voilà la réalité qui a foutu la vie en l'air de millions de gens : un système bancaire et financier qui n'en avait strictement rien à carrer de la populace sans laquelle pourtant il n'existerait pas.
Ce livre, qui a déjà dix ans, a de quoi faire réfléchir sur l'actualité de ces systèmes. Car même si après la crise certains types de régulation se sont mis en place, rien ne permet d'affirmer qu'un évènement similaire ne peut se reproduire. D'autant plus que la Bourse américaine a montré récemment que son évolution n'était pas toujours adéquatement corrélée aux évènements en cours. Peut-on encore lui faire confiance ? Les garde-fous instaurés sont-ils réellement efficaces pour protéger la population américaine d'un nouveau crash dû à la finance ? Jules et moi sommes passés par la case prêt immobilier aux US il y a trois ans. Je confirme que nos finances et profils d'emprunteurs ont été étudiés à la loupe, à tel point que certaines exigences étaient à nos yeux ridicules. Protection de la banque ou protection de l'emprunteur ? Une réponse à 50-50 paraît compliquée à émettre. Enfin, même si les banques ne mettent désormais plus en avant sur leurs sites des prêts à taux variable et privilégient grandement ceux à taux fixe, cela ne veut pas dire que de tels produits n'existent plus. On trouve sans problème et partout des produits avec les 5 ou 7 premières années à taux fixe avant de passer à un taux variable. Ce n'est plus les 2 ans d'il y a quinze ans mais sur de très grosses sommes cela constitue quand même un pari dangereux quand on sait à quel point le marché peut être volatile, gagnant ou perdant parfois pour un oui ou pour un non.
Ma critique est ouvertement familière, premièrement parce que ni l'auteur ni ses invités ne s'embarrassent de jolis mots et deuxièmement parce que tout ce qui s'est passé est tellement hallucinant et infect qu'il est difficile de s'empêcher d'utiliser des mots aussi moches que les actions commises par tous les pourris qui ne comprenaient rien à leur job mais qui étaient quand même payés des millions pour faire n'importe quoi.
Ce livre permet d'appréhender un moment grave de ce début de 21ème siècle ainsi que d'ouvrir les yeux sur un monde fermé qui continue d'attirer les foules qui aiment se faire du fric sur le dos des autres en manipulant leur argent.
Lien : http://livriotheque.free.fr/..
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Giraud_mm
  05 mai 2020
Les banques consentent des prêts immobiliers à des acheteurs qui ne pourront certainement jamais les rembourser, comme ce cueilleur de fraises mexicain payé quelques centaines de dollars par mois à qui on permettra d'achèter une maison pour 750 000 $. Pour couvrir les risques de non remboursement, elles assemblent ces prêts dans des obligations qu'elles font évaluer par des agences de notation. Évaluations faussées : le risque de défaut est estimé à moins de 5% des emprunteurs, alors qu'il s'avérera beaucoup plus élevé ! Mais les montages sont volontairement complexifiés par les banques, et les agences font preuve de naïveté. Alors les obligations sont évaluées quasiment sans risque (notre Triple A) ! Les assurances pour couvrir ces risques sont donc d'un taux très faibles. Un marché peut alors se mettre en place : acheter des assurances en espérant que les obligations s'effondrent. Ils seront quelques uns à jouer ce jeu, pariant contre les banques. Ils empocheront des milliards de dollars quand le marché s'effondrera...
Ayant lui-même travaillé dans le monde de la finance, et ayant déjà dénoncé ses dysfonctionnements dans un précédent ouvrage, Michael Lewis tente de démonter les rouages de la crise des subprimes de 2008. Il s'appuie pour se faire, notamment, sur les analyses des quelques financiers qui avaient pressenti, intuitivement plus qu'analytiquement, l'arrivée de la crise. Il y réussit plutôt bien, même s'il n'échappe pas à un discours parfois trop technique.
Le sujet est présenté un peu comme un thriller dont on connait la fin, mais pas le déroulement. C'est cet engrenage d'inconséquences et de prises de risques inconsidérées qui est décortiqué. Et cela paraît tellement énorme qu'on se demande comment les grands patrons de banques, les analystes financiers, les traders, bref, tous les professionnels du domaine, ont pu à ce point se laisser aveugler...
L'appât de gains très élevés ou la volonté de cacher à tout prix les erreurs et de ne pas être le premier à se faire emporter par le tsunami final ?
Lien : http://michelgiraud.fr/2020/..
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LiliGalipette
  16 janvier 2016
Wall Street, univers étrange, mystérieux, un peu magique pour les non-initiés. C'est avant tout une place dangereuse où se brassent des millions, voire des milliards de dollars chaque jour, chaque heure. Les traders spéculent et enregistrent des gains ou des pertes considérables, des sommes qu'il est presque impossible d'imaginer tant leurs montants sont extravagants. Ces hommes ne sont pas corrompus, mais incapables de bien gérer les capitaux qui leur sont confiés. Et ces capitaux, ce sont des maisons, des crédits contractés par les classes moyennes. Entre montages financiers, mécanismes illusoires et cercles vicieux, le marché se tend jusqu'à l'explosion. Rares sont ceux qui ont anticipé le désastre, mais ils ont su, pour certains, en profiter. « Un petit nombre de personnes – plus de dix, moins de vingt – paria directement contre le marché des subprimes, qui valait des milliers de milliards de dollars, et, par extension, contre le système financier dans son ensemble. Ce qui était en soi un fait remarquable : la catastrophe était prévisible, et pourtant seule une poignée de gens s'en rendait compte. » (p. 162) Tout paraît trop gros, trop invraisemblable. Comment tous les spécialistes ont pu passer à côté de ça ? La question reste encore en suspens. Steve Eisman, Michael Burry, Greg Lippmann et Ben Hockett sont les héros de ce récit, mais des héros sans armure et dont la victoire est contestable si on se place du côté de la morale, mais écrasante si on se place du côté de la finance.
J'ai bien compris toute cette mécanique en lisant, mais je serai bien en peine de l'expliquer. Tout le monde a entendu les noms suivants : Goldman Sachs, J. P. Morgan, Salomon Brothers, Moody's. Savoir précisément ce qu'ils représentent et ce qu'ils dissimulent est une autre affaire. Dans son analyse, Michael Lewis est précis. Il n'accuse pas, mais il rend à chacun ses responsabilités dans l'explosion de la bulle financière américaine et la crise qui a secoué les classes les moins aisées de l'Amérique. Il y a également un certain cynisme dans ce texte. « La jeunesse américaine ne s'est jamais rebellée contre la culture de l'argent. Pourquoi prendre la peine de renverser le monde de ses parents quand on peut l'acheter puis le revendre morceau par morceau ? » (p. 18) Passionnant, effrayant et même épique, ce récit ne laisse pas indifférent !
Le film d'Adam McKay avec Christian Bale, Steve Carell, Ryan Gosling et Brad Pitt cartonne actuellement en salles, mais je ne pense pas aller le voir. J'ai eu ma dose de haute finance et de drames socio-économiques !
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thomassandorf
  09 mars 2020
La crise financière de 2007 porte un nom. Celle des subprime. Elle provoque la secousse économique la plus importante depuis la crise de 1930. Comment tout un système financier peut-il s'effondrer aussi brutalement ? Et surtout pouvait-on ignorer la faille dans le système ? Les réponses se trouvent dans ce livre passionnant écrit en 2010 par Michael Lewis, lui-même ancien financier.
Suivant quatre angles différents, Lewis décrypte la machine infernale du point de vue de ceux qui avaient anticipé le risque insensé pris par tous les acteurs de la chaine depuis des années aux États-Unis. Seuls des personnages atypiques et quasi marginaux ou profondément cyniques pouvaient (voulaient) parier contre le marché et anticiper qu'il y avait quelque chose de pourri dans ce marché immobilier mirobolant.
La critique est plus forte qu'elle provient de l'intérieur du système. Les portraits savoureux de ces outsiders sont à eux seuls de bonnes raisons de lire cet ouvrage. À travers leur doutes, leurs propres tribulations et enquêtes pour percer le mystère – ou plutôt l'aberration – de ce système, se déploie une fresque étourdissante où les concepts financiers s'enchaînent et sont expliqués en un langage qui se veut compréhensible.
Arnaque collective, où le voleur et le volé sont difficiles à distinguer l'un de l'autre, cela s'apparente à ce tableau de Pieter Brueghel l'Ancien où des aveugles avancent en se tenant en file indienne mais qui chutent fatalement sur le bas côté d'une route sinueuse, l'un après l'autre. Une bonne parabole pour décrire au fond le mécanisme des CDO, machines financières infernales.
En début de circuit, le système repose sur des crédits immobiliers risqués (en fait : totalement pourris) aux Etats-Unis. Ces crédits sont revendus au plus vite par les banques à des investisseurs financiers sous forme de portefeuille titrisés, puis sous forme de CDO.
Pour que cela marche, il faut la bénédiction des agences de notation et dans ce cas l'investisseur financier peut se dire : hum ! en fait, ce crédit pourri l'est beaucoup moins qu'on le pense car il est mélangé à un tas d'autres tout aussi foireux, seulement tous ne vont pas se trouver en défaut de paiement au même moment, pas vrai ? Comme si ces risques n'étaient pas corrélés…
Étape ultime, proposer à l'investisseur une couverture. Non contentes de gagner de l'argent en fabriquant ces produits délétères, reposant sur les actifs tout aussi nauséabonds, ces banques d'investissements sont prêtes à assurer le risque des investisseurs pour une somme dérisoire mais qui rajoute une jolie cerise sur le gâteau des trading desks. En se faisant payer 28 centimes, les grands banques US comme Morgan Stanley, Goldman Sachs, Bear Sterns couvrent le risque d'un CDO représentant une valeur de 100 dollars.
À Wall Street, avant la crise, une banque comme Morgan Stanley générait 20% de ses profits avec les traders obligataires qui jouaient sur les dérivés de crédit.
Donc le régulateur n'a rien trouvé à redire, les agences de notation attribuent les meilleurs notations à des structures supra risquées, et les banques sont persuadées que jamais le marché résidentiel ne pourra faillir. Quel juteux business monté sur le dos des propriétaires les moins solvables des États-Unis ! Dès lors, qui est prêt à acheter ces couvertures ?
Il y a eu ces fous qui ont parié sur la baisse en achetant cette assurance sans même avoir investi dans les actifs concernés. Cela parait aussi insensé que de vouloir assurer une Ferrari dont on ne dispose même pas. Et pourtant…
Parmi ces fous, il y avait Michael J. Burry, un borgne, ancien interne, à la tête de son fonds Scion Capital. Steve Eisman, investisseur à la parole incontrôlable au sein d'un autre hedge fund. Un trader de Deutsche Bank absolument cynique et purement commandé par ses bonus, Greg Lippmann. Un trio improbable composé de Jamie Mai, Charlie Ledley et Ben Hockett, considérés par Wall Street comme de purs pieds nickelés.
Bien sûr, ils n'étaient sans doute pas les seuls (en fait, il fallait accepter de lire les contrats de crédit faits aux particuliers, étudier les taux de défaut, faire preuve de bon sens et avoir l'esprit de contradiction, bref être rasoir, analytique et… aimer l'argent !). Mais ce sont les quelques personnes insensées que Michael Lewis a choisi de raconter pour décrire la crise.
Chacun suivant son propre chemin va arriver à la certitude d'une part que ce système financier est corrompu et d'autre part qu'il serait stupide en conséquence de ne pas parier sur sa faillite.
Et c'est ce qui arrive en 2007.
Les aveugles en tête de file glissent dans l'ornière : les particuliers n'honorent plus leurs crédits. Alors les caissons étanches du Titanic financier ne fonctionnent pas comme attendu : les crédit faisant défaut, les ABS, les CDO, les CDS sont impactés en suivant. Il faut passer à la caisse et verser à ceux qui ont « shorté » le marché l'argent qui leur est dû…
Quand la sanction arrive, les banques renâclent. Elles ne veulent pas valoriser leurs pertes. Mais à la fin, elles payent, ou elles tombent. L'une après l'autre. Lehman Brothers disparait pour toujours. D'autres, plus chanceuses, seront rachetées.
Après avoir mené une véritable croisade contre le système, Burry, Eisman, Mai et ses comparses vont se retrouver pantois en voyant ces grands fauves de la finance balayés subitement, tels les dinosaures après le Grand Impact.
La vraie cause de tout ça ? Une responsabilité individuelle et collective : l'argent, motif suffisant pour ne pas ouvrir les yeux et chaque étage de la fusée profitait d'un gain appréciable qui entretenait l'illusion. La bêtise de tous les maillons de la chaine, incapables de comprendre ce qu'ils faisaient et notamment l'usage de dérivés de crédit. Pour finir, le cloisonnement mortel des produits financiers qui empêche d'avoir une vision globale et synchronisée.
Il y a dans le livre, à la fin, ce moment étonnant, où assis sur les marches de Saint Patrick à New York, Eisman et son équipe observent la foule des passants, encore inconscients du cataclysme qui va inévitablement les toucher : des personnes ruinées et qui ne le savent pas encore.
La morale de l'histoire ? Eh bien, c'est qu'il n'y en a pas vraiment. Même les perdants vont y trouver leur compte. Quant aux gagnants, leur fortune faite, la victoire morale est paradoxalement amère. Car en jouant contre le marché, ils avaient aussi contribué à « nourrir le monstre ».
Un excellent livre. Une bible pour tous les financiers et pour ceux qui veulent comprendre le monde de la finance américaine.

T. Sandorf
Lien : https://thomassandorf.wordpr..
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Ndiwwa
  11 janvier 2019
EXCELLENT ! rien à dire de plus, ce livre est passionnant, édifiant et un point de vue sur la crise unique. Pour quelles raisons ce point de vue est unique ?
- Ce livre n'est pas un ouvrage économique. On ne nous prend pas par la main pour nous dire voici ce qu'est un subprime un CDS un prêt hypothécaire pourri. Nous suivons le parcours de manière surprenante de quelques personnages dont pour certains rien ne prédisposait à mettre les pieds dans le monde de la finance. Ce livre est le récit de ce qu'ils ont vécu, découvert, et le récit de leur plongée partie prenante dans le monde de la finance folle des deux dernières décennies. Et ils n'en sont pas sortis indemnes.
- Ce qui rend son point de vue unique aussi est qu'on se place du côté des "shorters" c'est à dire ces quelques investisseurs visionnaires qui ont vu la folie qui s'était emparée des marchés financiers et qui ont "misé" sur l'effondrement de ce château de cartes et sont repartis les poches pleines mais la conscience entachée...En effet, ces témoignages sont précieux dans la mesure ou ceux qui ont misé sur l'effondrement de ce marché et se sont donc enrichis n'ont pas forcement gardé la conscience tranquille d'avoir fait fortune sur le dos de la plus grosse crise financière de ce début de millénaire. Leur point commun: ils ont tous commencé humblement par croire qu'ils ne comprenaient pas tout et que quelque chose devait leur échapper, alors ils ont étudié, lu analysé et cherché dans le détail le fondement du marché des subprimes, c'est à dire ce pari fou de prêter de l'argent à des emprunteurs non solvables, hérésie non seulement pour un banquier mais également pour n'importe quel quidam censé. Ensuite ils ont pendant des années interrogé, rencontré les acteurs de cette folie en se disant qu'ils avaient du louper quelque chose, que derrière les sigles barbares CDS, CDO, Mezzanine slice, se cachait quelque chose de plus complexe et de plus sioux expliquant ce qui pouvait de prime abord apparaître comme une arnaque monumentale, bancale vouée à exploser dans les mains de tout ceux qui les posséderaient.
Qui sont ils ? Une poignée de visionnaires, atypiques, moqués même par le monde financier des dernières décennies, moqués par ceux même qui ont crée la folie qui a faillit tout emporter avec elle. Ce n'a été qu'au prix d'une aide massive et inégalée des états (avec les répercussions dramatiques que l'on connait) que l'économie et les banques ont pu être sauvées, pour le meilleur et peut être plus malheureusement pour le pire...
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Citations et extraits (8) Voir plus Ajouter une citation
LiliGalipetteLiliGalipette   16 janvier 2016
« Un petit nombre de personnes – plus de dix, moins de vingt – paria directement contre le marché des subprimes, qui valait des milliers de milliards de dollars, et, par extension, contre le système financier dans son ensemble. Ce qui était en soi un fait remarquable : la catastrophe était prévisible, et pourtant seule une poignée de gens s’en rendait compte. » (p. 162)
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MalivriothequeMalivriotheque   13 juin 2020
Pourquoi prendre des décisions intelligentes quand on peut s'enrichir en prenant des décisions idiotes ?
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LiliGalipetteLiliGalipette   16 janvier 2016
« Eisman n’était pas seulement un cynique. Il avait dans sa tête une vision du monde de la finance qui n’avait rien à voir avec, et était moins flatteuse que, l’autoportrait dressé par le monde de la finance lui-même. » (p. 43)
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LiliGalipetteLiliGalipette   16 janvier 2016
« La jeunesse américaine ne s’est jamais rebellée contre la culture de l’argent. Pourquoi prendre la peine de renverser le monde de ses parents quand on peut l’acheter puis le revendre morceau par morceau ? » (p. 18)
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LiliGalipetteLiliGalipette   16 janvier 2016
« Ils tendaient […] à croire que les gens, et, par extension, les marchés, avaient trop de certitudes sur des choses par nature incertaines. » (p. 175)
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