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Nicholas Wood (Traducteur)
ISBN : 2702493513
Éditeur : Le Masque (30/04/2002)

Note moyenne : 5/5 (sur 1 notes)
Résumé :
Bienvenue chez les Quill, famille américaine modèle...
Du moins est-ce l'avis de la plupart de leurs visiteurs, qui ne savent guère à quelle sauce ils seront accommodés. Non que cette famille déteste recevoir. Les Quill consomment même leurs invités jusqu'au dernier cartilage... Heureusement, l'insoutenable légèreté de cette fable gore et fantastique a sa morale : croyez en un avenir végétarien ! Peter Milligan, scénariste anglais, signe là une histoire total... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
Presence
  30 décembre 2016
Cette histoire de 56 pages en couleurs est initialement parue en 1995, directement sous la forme d'un récit complet. Elle est écrite par Peter Milligan, dessinée et encrée par Dean Ormston, avec une mise en couleurs de Nathan Eyring. Elle faisait partie d'un trio d'histoires courtes réalisés cette année-là et écrites par Milligan, avec Faces dessinée par Duncan Fegredo, et Bizarre Boys, coécrite avec Grant Morrison, dessinée par Jamie Hewlett (mais jamais parue).
Dans la demeure familiale, à l'écart de la ville de Churchill dans l'état de New York, Cassy (pour Cassandra) Quill s'apprête à s'envoyer en l'air avec Duane, un beau jeune homme bien bâti. Ils ont l'assurance d'être tranquilles pour un petit moment, puisque madame & monsieur (Helen & Adam) Quill sont partis faire les courses, avec son jeune frère Adam, fan de boxe. Bien sûr, ils rentrent en avance, et sans rien à manger. Cassy et Duane doivent rapidement inventer un vague prétexte de révision des leçons d'espagnol pour ne pas perdre la face. Les parents ne sont pas dupes, mais ils se montrent étrangement accueillants, ce qui inquiète particulièrement Cassy. Elle prend sa mère à part pour lui indiquer qu'elle souhaite qu'il n'arrive rien à Duane. À peine a-t-elle le dos tourné que monsieur Quill emmène Duane voir une de ses inventions au sous-sol.
Le soir même, la famille Quill reçoit la visite de Marrion McCoy, un représentant vendeur de tarte aux pommes (apple pie) qui vient leur remettre le trophée de la meilleure famille, et le cadeau qui va avec, à savoir un superbe mobil home. Les Quill l'invite à rester manger. le lendemain, Ham Blind vient s'enquérir de son partenaire Marrion McCoy qui ne lui a pas donné signe de vie. Après l'avoir rassuré et éconduit, la famille Quill décide de mettre à profit le mobil home, pour se rendre à San Diego, retrouver une vieille connaissance Shay Chesterton qui en est maintenant maire de la ville. Il apparaît rapidement que tous les membres de la famille Quill sont cannibales, avec un bel appétit, et un vrai talent de cuisinière pour madame.
Peter Milligan s'est fait connaitre aux États-Unis avec la série Shade the changing man, à commencer par The American Scream. C'est un auteur iconoclaste dont une partie des récits met en évidence un individu n'ayant aucune hésitation à aller fouailler les pires comportements humains. Il part donc d'un postulat tout naturel : des survivants d'une course en montgolfière ayant mal tourné ont été obligés de manger de la chair humaine pour survivre dans des montagnes inhospitalières (dans les Rocheuses) et ils y ont pris goût. Peter Milligan n'essaye pas de donner le change avec une philosophie new age, ou de rendre cette famille plausible. le jeune frère n'a le droit qu'à quelques répliques, juste pour rappeler au lecteur qu'il est toujours là. Les copains successifs de Cassy (Duane, puis Jud) n'ont pas de personnalité à proprement parler. Les parents Quill ont un embryon d'histoire personnelle pour pouvoir justifier de leur goût pour la chair humaine, et de leur voyage vers San Diego. C'est encore Cassy qui montre le plus de caractère, exposant sans complexe qu'elle préfère ses copains bien bâtis, plutôt qu'intellos.
Ce voyage et ce récit sont donc l'occasion pour l'auteur d'aligner plusieurs séquences qui jouent sur l'humour macabre d'une famille de cannibales. L'objectif n'est pas de donner dans l'horreur graphique. Mis à part la dernière mise à mort, les autres ne sont pas montrées, et les plats sont gentiment provocateurs, avec un oeil qui flotte dans un brouet. L'intérêt du récit ne réside donc pas dans le gore ou dans l'horreur visuelle. Dans un premier temps, le lecteur apprécie plutôt la culture de Peter Milligan qui évoque un individu peut-être en provenance de Lituanie, ou alors d'Herzégovine, des pays rarement évoqués dans les comics américains. Puis il liste quelques plats qui sortent de l'ordinaire du hamburger : la bouillabaisse, le boeuf Stroganoff, la terrine aux épices, l'huître de prairie surprise à la menthe (un peu louche ce dernier plat). S'il n'a pas forcément l'eau à la bouche (car ces plats sont tous cuisinés à partir d'ingrédients prélevés sur leur dernier visiteur), le lecteur constate que Peter Milligan écrit pour des adultes capables d'apprécier l'humour noir sans qu'il soit forcément graphique et en pleine face.
De fait, en plus de la farce macabre, Peter Miligan marie l'humour noir avec d'autres ingrédients. Ça commence avec le prix improbable remis à la famille Quill, par Marrion McCoy. Ce dernier leur explique qu'il travaille pour une société spécialisée dans l'Apple Pie, et qu'à force de travail et d'abnégation lui et son partenaire Ham Blind sont à deux doigts de devenir les meilleurs vendeurs d'apple pie de l'entreprise. La fierté qu'il met dans cet accomplissement professionnel en est comique. Un peu plus tard, Ham Blind explique qu'ils ont réussi à force d'entraînement, d'autodiscipline et de sacrifices. Cet accomplissement en devient pathétique dans sa dimension dérisoire, rappelant au lecteur qu'il ne fait pas mieux dans sa propre activité professionnelle, voire peut-être même moins bien. Cette déclaration est rendue encore plus difficile à soutenir par le fait qu'au cours du récit Hal Blind a fait preuve d'une étrange déviance le poussant à se baigner dans la sauce à la pomme des apple pies, dans une forme de fétichisme répugnant. Pire encore, au fur et à mesure qu'il prend conscience de ce qui est réellement arrivé à son collègue, il sent qu'il est sur un gros coup, et il saborde sa relation avec sa femme, imbu de l'importance que lui donne son enquête. le lecteur ne peut que le trouver pathétique, avec une petite angoisse quant à sa propre échelle de valeur et la manière dont il la met en oeuvre.
Milligan ne s'arrête pas en si bon chemin puisqu'il met également en scène un politicien bien hypocrite, plein de suffisance vis-à-vis de ses crétins d'administrés, avec un racisme bon teint totalement assumé. le politicien véreux est un rôle assez classique, mais l'auteur aménage un autre arrêt sur la route de la famille Quill, avec une soupe populaire dans un quartier défavorisé, et un autre avec une prise d'otages dans une supérette. La pagination relativement faible ne lui permet pas de développer ces 2 situations pour filer la métaphore de la nourriture, mais elles relèvent de choix narratifs assez particuliers, avec une dimension sociale qui ne se limite pas à fournir un support pour la farce macabre. Il pousse le bouchon jusqu'à évoquer l'eucharistie, sous l'angle du cannibalisme, lorsque l'on considère ce rituel uniquement du point de vue des mots, une fois enlevé la dimension spirituelle et religieuse.
Dean Ormston est un dessinateur qui a régulièrement travaillé avec le scénariste Mike Carey, par exemple sur la série Lucifer. Il réalise des dessins avec un bon niveau descriptif. Par exemple dans la cuisine des Quill, le lecteur peut apercevoir la carrelage en damier, les chaises, le réfrigérateur, les meubles de rangement, et les étagères chargées de pots et de conserve, tout ça en 1 seule case. Un peu plus loin, il laisse son regard errer sur la table mise sur laquelle se trouvent 14 plats différents dessinés avec assez de précision pour que le lecteur puisse reconnaître des côtes et des doigts, mais sans que cela ne verse dans le gore photographique. Les lieux sont tous distincts, qu'il s'agisse des rues d'une métropole, de la chambre d'hôtel pas très propre d'Hal Blind, de la supérette, ou du bâtiment monumental correspondant à l'hôtel de ville de San Diego.
Dean Ormston utilise un trait un peu rugueux pour le détourage des formes. Cela donne une apparence plus spontanée aux personnages, sans être lisse pour autant. Il découpe ses planches sur la base d'une moyenne de 6 cases par page, ce qui donne une densité narrative substantielle. Il ne recherche pas l'exactitude photographique, se limitant parfois à l'impression donnée, en particulier pour les taches de sauce à la pomme sur le corps nu et flasque d'Hal Blind. Cette approche graphique plonge le lecteur dans un monde consistant et détaillé, présentant également une légère touche d'ironie du fait d'image parfois un peu trop sages par rapport à la nature de la séquence, ou jouant sur les conventions graphiques du genre, en reprenant une image devenu un cliché visuel, mais marquée de ces traits de contours qui disent que cette réalité n'est ni pimpante, ni lisse.
Au vu du titre, le lecteur peut s'attendre à une histoire dans un registre horrifique, avec des pratiques immondes, et des séquences gore. Il n'en est rien : la famille Quill est bien une famille de cannibales, mais ses membres ne mangent pas les humains à même l'os. Ils savourent une cuisine de type européenne, sans faire souffrir leur victime. du coup, il découvre un récit à l'humour noir pince-sans-rire, avec des dessins en phase. Milligan & Ormston titillent la condition humaine, appuyant là où ça fait mal, mais avec le sourire.
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