AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
Critiques sur L'oeil le plus bleu (36)
Classer par :   Date   Les plus appréciées  



Ajouter une critique
bilodoh
  10 mars 2014
Un roman aux couleurs intenses, dans une ville industrielle des États-Unis des années 40 où dans une petite maison verte, vivent deux enfants noires durant quatre saisons.

Pas de rose ou de dentelle pour ces fillettes qui n'aiment pas les poupées, ces bébés blonds qui ne leur ressemblent pas. Pas beaucoup d'amour parental non plus, une vie aux teintes sombres, avec du rouge, rouge comme les blessures et comme le sang qui s'écoule du corps des petites filles devenues femmes.

On y voit du gris. Gris sont les hommes abrutis par l'alcool, des hommes qui ont été des garçons abandonnés, humiliés, dont l'âme est devenue grise, grise de la violence qui se tourne vers le plus faible plutôt que vers l'oppresseur.

On y trouve du blanc, blanc de la maison des riches, blanc immaculé de la cuisine où Pauline travaille, loin de la noirceur de sa race, une jolie maison entourée de vert, vert comme l'espoir inaccessible, comme les jardins interdits aux gens dont la peau est trop foncée.

Ici, les couleurs de l'arc-en-ciel sont éphémères, le plaisir de la sexualité, qui fait place au devoir pour certaines, à la violence pour d'autres, ou qui devient même un métier pour celles qu'on dit perdues.

On découvre aussi le brun de la peau métisse, source de prestige, comme le bleu des yeux des poupées qu'on admire et qu'on hait, bleu comme le ciel où s'envolent les rêves brisés des petites filles.

Les couleurs de Toni Morrison, prix Nobel de littérature 1993, brossent un tableau réaliste et dense, grâce à une écriture percutante, parfois imagée, mais tout à fait accessible, jamais lourde et grandiloquente…
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          562
sabine59
  05 juin 2018
C'est une histoire poignante, marquante: celle d'une fillette noire de douze ans, laide et pauvre, qui rêve d'avoir les yeux bleus, pour qu'enfin on la regarde...

Elle va subir des drames horribles et on a le coeur serré tout au long de ce parcours de vie. Cela ne peut qu'aboutir à une issue fatale. Cette transparence vécue comme une souffrance, cette absence d'existence aux yeux des autres est terrible.

Le récit prend une forme originale, car il est ponctué de phrases leitmotiv qui débutent chaque chapitre, les lettres étant imbriquées les unes dans les autres, à tel point qu'on ne sait plus le sens de la phrase complète. Cela mime la folie progressive du personnage, de même que le dialogue final où Pecola converse avec son double.

D'autre part, le roman présente un deuxième point de vue, celui d'une autre fillette noire, qui a eu plus de chance qu'elle, témoin indirect de ses drames, mais témoin indifférent parfois...

Un livre violent, touchant.Cette fois encore, l'auteure percute nos coeurs.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          435
nadiouchka
  13 septembre 2019

Premier roman d'une future Prix Nobel de Littérature, Toni Morrison, avec « L'oeil le plus bleu », écrit assez tardivement, et premier succès.

Avoir des yeux bleus, et encore plus bleus que Shirley Temple, c'est le rêve de Pecola, une petite fille noire, laide, qui vit à Lorain (Ohio – États-Unis), rejetée par la société et à l'école. de plus, malgré son jeune âge (douze ans), Pecola va avoir un enfant mais le drame est qu'il serait de son père.
On voit deux familles avec deux soeurs, Frieda et Claudia MacTeer et celle de Pecola Breedlove dont le rêve va se transformer en cauchemar, un cauchemar auquel assisteront les soeurs MacTeer.

Le livre est composé de quatre chapitres dont les titres portent, chacun, le nom d'une saison de l'année et l'histoire débute à l'automne 1941.
Pecola est : « une petite fille noire qui voulait sortir de la fosse de sa négritude pour voir le monde avec ses yeux bleus. » (p. 185)
Dans ce roman poignant, c'est noir, c'est gris – s'il y a des couleurs, c'est le blanc chez les riches – il y a aussi du vert avec une maison aux portes rouges – mais aussi le rouge du sang.
Quant à Pecola : « Elle lui avait expliqué la différence entre les métis et les Noirs. Ils étaient facilement identifiables. Les métis étaient propres et calmes ; les nègres étaient sales et bruyants. »

Dans cette Amérique ségrégationniste, le Prologue nous en dit un peu sur sur l'histoire. Toni Morrison laisse parler les personnages, ce qui est fait à profusion.
On trouve une violence quotidienne avec le racisme – l'auteure effectue des sauts dans le temps – on y voit toutes les cruautés avec le traitement du viol, de l'inceste, de la pédophilie.
L'insoutenable vient du père pour sa fille : il l'aime – il la hait – il commet l'irréparable, la souillure.

Ainsi que le fera Toni Morrison par la suite, elle n'a de cesse de dénoncer la société américaine où être Blanc est une grande chance et où être Noir n'encourt que du tragique pouvant aussi mener à la folie. Les blessures de l'âme et du corps sont irréparables. Comment Pecola peut elle supporter de vivre ainsi ? Tout simplement parce qu'elle ne peut changer la couleur de sa peau. Elle ne peut que souhaiter de changer celle de ses yeux. Quant à la tendresse, elle en est bien loin.

Avec son écriture et ses mots, Toni Morrison nous touche au plus profond de nous-mêmes.
« L'oeil le plus bleu », empreint d'une profonde vérité humaine, avait fait une entrée fracassante dans la littérature.
C'est une oeuvre qui démontre déjà ce que seront les autres livres de Toni Morrison, cette grande Dame qu'elle a été et qui n'a jamais craint de crier pour la vie et le respect de ceux que l'on appelle « des Noirs » car ils sont aussi méritants que « les Blancs » - ce sont des êtres humains.

Certains jugent l'oeuvre de Toni Morrison comme « inclassable » ou « incontournable ». Ce qu'il en ressort, c'est un style « incisif et sensible. »

Au final, un ouvrage à découvrir (si ce n'est déjà fait) et continuer avec les suivants. Tous sont aussi passionnants les uns que les autres et avec « L'oeil le plus bleu », nous sommes entraînés dans une lecture choc avec des propos très durs et une grande beauté.

De cette grande Dame qui nous a quittés récemment, il nous reste ses récits pour que l'on puisse continuer à penser à elle puisque les écrits, eux, restent.
⭐️❤💘
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          4110
myrtille81
  15 septembre 2012
Claudia et Frieda ont la chance d'être soudées, et d'être nées dans une famille qui leur a donné de la force même si la tendresse maternelle venait à manquer. Pecola, elle est née dans la violence et est rejetée par tous pour sa laideur. Alors que Claudia reste fière de qui elle est et méprise les poupées blondes qu'on lui offre, Pecola ne rêve que d'avoir les yeux bleus et de ressembler à Shirley Temple.
Cette année là, les marguerites n'ont pas germées à Lorain, Ohio. Claudia et sa soeur Frieda se demandent si c'est parce que Pecola allait avoir son bébé, le bébé de son père...

Dès les premières pages, le récit regorge de malheur et de violence. Ce roman, le premier écrit par Toni Morrison, aborde déjà les thèmes qui vont articuler son oeuvre. Il dénonce la société américaine ségrégationniste, une société qui décide de la supériorité des Blancs, qui détermine à quoi il faut ressembler pour avoir de la valeur. Et qui pousse les Noirs à la violence et à la folie, folie de ne pas être accepté tout simplement comme un Etre humain.
Tout dans la société tant à montrer à quoi il faut ressembler, comme par exemple le cinéma et ses modèles de stars blanches et blondes. Pour la mère de Pecola qui aimait se coiffer comme Jean Harlow,
"C'était un plaisir simple, mais elle a appris tout ce qu'il fallait aimer et tout ce qu'il fallait haïr" p.130
Les blessures et les vexations sont quotidiennes et entraînent une violence qui doit rester contenue. Comment alors ne pas la déverser sur ses enfants ? Peut-on aimer et faire preuve de tendresse dans l'adversité quotidienne ?
"Les insultes faisaient partie des ennuis de l'existence, comme les poux." p.163

Dans ce contexte où les hommes sont victimes d'insultes et de coups, les femmes sont en plus victimes des hommes.
"Elles étaient entrées dans la vie par la porte de service. Convenables. Tout le monde était en position de leur donner des ordres. Les femmes blanches leur disaient : "Fais ça." Les enfants blancs leur disaient : "viens ici." Les hommes noirs leur disaient : "Allonge-toi." Les seuls dont elles n'avaient pas besoin de recevoir des insultes étaient les enfants noirs et les autres femmes noires." p147
Ainsi que les enfants.
Mais la plus grande violence que j'ai ressentie en lisant ce livre ne vient pas des coups reçus ou portés, elle vient de la négation de l'identité des Noirs. Comment se construire quand tout nous porte à croire que nous ne valons rien ? Comment vivre en rêvant d'être quelqu'un d'autre ? Même si ce roman parle de la situation aux Etats-Unis dans les années 1940, ces questionnements sont universels et peuvent concerner tous les laissés pour compte encore aujourd'hui.
Enfin, l'écriture de Toni Morrison est très belle et poétique. Ce qui rends le roman encore plus fort car ses mots nous touchent et nous font ressentir, percevoir toute la violence dépeinte.
Lien : http://mumuzbooks.blogspot.f..
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          320
zabeth55
  16 mars 2014
Encore une belle histoire de Toni Morrison.
Et cette fois-ci elle ne nous égare pas trop dans les méandres des personnages, même si, comme dans ses romans suivants, on ne sait jamais qui parle en commençant un chapitre.
J'ai trouvé que c'était plus fluide et moins alambiqué que dans les autres.
On retrouve le thème de la condition des noirs dans la société américaine.
Cette fois-ci c'est à travers deux familles, celle de deux jeunes soeurs, Frieda et Claudia, et celle de Pecola et de son père alcoolique.
Les petites ritournelles en tête de plusieurs chapitres sont assez lancinantes. Les mots sont liés, sans espaces entre eux.
Quel talent elle a pour nous plonger dans des destins incertains et chaotiques !
C'est très réaliste et lucide, poignant et désespérant.
Commenter  J’apprécie          264
Didili
  06 octobre 2018
Cette lecture fût un peu déconcertante dans sa composition. On passe de personnage en personnage de façon pas très linéaire ... le fils conducteur reste cette jeune enfant Pecola. Cette enfant qui n'a rien pour elle, la pauvre, et qui pense qu'avoir les yeux bleus changerait sa vie.

J'ai retrouvé l'écriture âpre de Toni Morisson, cette écriture qui colle si bien à la dure réalité de bien des hommes et des femmes de ce roman.

J'ai lu en novembre 2012 Home


Le malaise est bien là, le malaise de ces vies malmenées par cette misère poisseuse et obsédante.

Et l'écriture de Toni Morisson sur la vie la mort, si juste !
Et ce drame, cet inceste si dérangeant, mis en mots de façon exceptionnelle. On est là, on assiste impuissant à l'ignominie...


Dérangeant, heurtant,
un livre choc qui cogne là où sa fait mal !
Une lecture coup de poing !
A lire avec des yeux bleus, gris, verts, marrons !

Lien : https://imagimots.blogspot.c..
Commenter  J’apprécie          220
Nuageuse
  28 avril 2018
Ce premier roman de Toni Morrison montre déjà son talent : parler du racisme des Noirs.
Certes, nous sommes en 1940 et pourtant il reste tristement d'actualité. Il n'y a pas que du racisme anti noir chez les Blancs, chez les métis aussi : ils ne veulent pas être associés à ces Afro-américains.
Ce qui rend les choses plus cruelles, c'est la poésie qu'elle utilise. Une poésie sombre.
Un roman qui nous emmène au plus profond de la folie, surtout si elle est liée au désespoir.
Un roman poignant où je me suis identifiée à Pecola.
Commenter  J’apprécie          170
PrettyYoungCat
  09 octobre 2019
D'une écriture rugueuse, sinueuse et allégorique, Toni Morrison nous conte l'histoire de cette petite fille noire que la vie malmène et qui rêve d'avoir les yeux bleus.

Car les yeux bleus appartiennent aux petites filles blanches, celles qui sont dorlotées comme des poupées et aimées.

Mais la laideur est bien souvent dans l'oeil de celui qui regarde et c'est de cela que nous parle Toni Morrison.

Les Noirs subissent tant les humiliations des Blancs qu'ils croient à leur propre laideur. Les Blancs méprisent tout ce qui n'est pas Blanc. Les Métis méprisent les Noirs. Les Noirs propriétaires, mieux nantis, méprisent les Noirs pauvres. Et le mépris devient misère, violence, haine de soi et haine de l'autre.

L'oeil le plus bleu est une fable cruelle qui dépeint l'Amérique raciste dans les années 40. Écrit en 1971, il est son premier roman qui, comme le dit la quatrième de couverture, préfigure ce que sera toute son oeuvre.

Cette auteure me touche et me déstabilise.
Toni Morrison a indéniablement sa patte bien à elle. Une écriture non linéaire, qui réclame de vous toute votre attention. Elle donne à voir des pièces, des angles qui s'assemblent en tableaux qui nous racontent une histoire et qui délivrent un message.

Incontestablement, ce n'est pas une auteure comme les autres et son talent ne se dément pas.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160
ATOS
  01 septembre 2014
Non... toutes les choses ne sont pas réglées, et pas seulement au pays de l'oncle Sam.
L'esclavage, au delà de l'horreur qu'il a fait vivre aux chairs, imposant la dépossession des corps, à créer un traumatisme extrêmement profond dans les âmes, et cela durant des générations.
Il ne suffit pas que cela cesse pour que tout soit réglé.
Il en est pour l'esclavage et il en est de même pour le colonialisme.
Pour toute forme de société instaurant la suprématie d'une race, d'une ethnie, d'une religion sur d' autres.
Déculturer totalement des peuples, imposer l'amnésie de plusieurs cultures, de civilisations, anéantir tout repère. Quelles en furent les conséquences? Quelles en sont également leur survivance ?
Comment vivre lorsqu'on se voit imposer comme mètre étalon la race, la culture ou la religion qui vous oppresse, vous possède, vous décervelle ? Comment y survivre ?
De ces états de faits surgissent de multiples syndromes traumatiques et post traumatiques qui s'inscrivent profondément et pour très longtemps dans toute la société.
Mais de cette mémoire peu de choses nous parviennent pour finir aujourd'hui.
La culture américaine montre en ce 21e siècle un visage multi racial. Mais l'Amérique tellement friande de revivre et de faire revivre au monde entier ses guerres, ne parle étrangement presque jamais de l'esclavage. du moins très peu d'écho nous parviennent. Quoique les productions cinématographiques américaines sur le sujet soit bien plus nombreuses que celles des français. Ainsi, le tout premier film français sur l'esclavage est il "La montagne est verte" documentaire de Jean Lehérissey tourné en 1950 à Paris et en Martinique sur le rôle de Victor Schoelcher et des esclaves à la libération.Voilà qui est bien tardif pour le pays de l'Abbé Grégoire et pour la patrie de la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen...
Un fait acquis, peut être, mais non réglé.
Et les derniers évènements qui ont eu lieu en cet été 2014 au USA nous le montre bien. Il y a toujours un problème racial aux USA. Comme il existe encore et toujours un problème racial dans tous les pays qui furent colonialistes ou esclavagistes. Il en va des USA comme de l'Europe et dans bien d'autres pays du globe. Afrique, Australie, Asie, aucun continent n'y échappe.
Pour comprendre l'échelle du tsunami que provoquèrent ces crimes, car l'esclavage mais également le colonialisme furent des crimes contre l'humanité, il faut des mots comme ceux de Toni Morrison.
Pour comprendre ce que le fait d'oppresser, à ce point, un groupe d'hommes sans jamais lui laisser d'échappatoire, aucun moyen de contestation, de rébellion, sans jamais lui permettre de se « décharger » de l'oppression, peut provoquer à l'intérieur du groupe opprimé, il faut que les histoires soient exprimées comme ici avec le talent, la délicatesse, l'honnêteté que montre Toni Morrison. Pour comprendre la survivance des spectres et fantômes qui hantent encore de nos jours les esprits il faut ces mots là.
La pression, la tension ne pouvant être émise vers l'extérieure, c'est à l'intérieur que se retourne la décharge. Que ce soit en soi ou à l'encontre des membres du groupe. La couleur même de sa propre peau peut devenir insupportable, comme une tache indélébile que le mauvais sort s'acharne à vous donner. On en vient parfois à se haïr soi même, à mépriser même son propre frère, et même jusqu'à maltraiter ses propres enfants.
Des petites filles rêvent de cheveux blonds et de regard bleu, la seule image de princesse qu'une société autorise à vénérer. D'autres brisent les poupées qui leur renvoient la négation de ce qu'elles sont.
Il faut le langage de Toni Morrison pour entrer dans l'esprit traumatisé.
Lorsque l'enfant noir se regarde à travers le prisme du miroir des blancs sa vision est difforme, déformée. Comment construire et se reconstruire lorsque la réalité vous échappe, vous qui ne pouvez de nul part vous échapper ? Comment retrouver son image, comment apprendre à l'aimer?
Pour comprendre un peu mieux ce que l'Amérique ne montre pas, ne dit pas, ce à quoi elle n'a pas totalement fait face, il y a les livres de Toni Morrison. Paroles toujours justes, sans aucun manichéisme, et pleines d'une terrible et profonde humaine vérité.

Astrid Shriqui Garain

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          160
LaGeekosophe
  02 juin 2019
Le bruit et la fureur... Nous sommes dans les années 40, dans les Etats-Unis ségrégationnistes. le destin d'une petite fille noire nous confronte aux horreurs de la pauvreté, des ravages de l'alcoolisme et de la violence. L'oeil le plus bleu est paru en 1970. Il s'agit du premier roman de Toni Morrison, qui recevra le Prix Nobel de Littérature en 1993 pour l'ensemble de son oeuvre.

L'oeil le plus bleu est un roman d'autant plus frappant qu'il est court. Cela rend chaque mot précieux, chaque action marquante, chaque personnage important. Toni Morrison assène à son écriture un phrasé précis et minutieux, insufflant à son oeuvre une forme de cruauté ordinaire dans ces mots qui exposent les maux d'une société gangrenée par la pauvreté. le texte ne nous épargne pas les détails sordides ou choquants, sans pourtant jamais tomber dans la vulgarité mais restant dans un réalisme froid et révoltant.

Pour soutenir son propos, Toni Morrison construit une galerie de personnages qui évoque chacun à leur manière la douleur de la discrimination et les ravages de la pauvreté. Alcoolisme, violence, mais aussi invisibilisation des noirs dans une société où l'idéal de la beauté est, dans les premières pages c'est remarquablement décrit, blanche, blonde et aux yeux bleus.

Au centre de l'histoire, nous avons Pecola. Pecola est laide. Née dans une famille en décomposition, elle n'a connu que la violence. Insignifiante et méprisée de tous, son rêve est d'avoir les yeux bleus. Afin qu'elle soit belle. Mieux que cela. Afin qu'elle soit vue, qu'elle soit regardée. Son histoire est tragique et poignante, le dénouement, sordide et cruel.

De plus, l'autrice choisit de placer son récit d'après plusieurs points de vue. le procédé offre donc une vision très vastes de ce que la communauté noire a pu subir. J'ai cependant trouvé que le défaut du récit s'y cachait. Il y a des passages d'un point de vue à l'autre qui ne se font pas de manière naturelle. On perd un peu le point central du roman, et c'est dommage.

Toni Morrison aborde la question de l'identité noire avec intelligence. Elle montre avec efficacité la façon dont les Noirs assimilaient les violences assénées par la société blanche. La famille de Pecola, par exemple, s'estimait laide non pas car ce fut vrai, mais car on lui laissait le penser. Elle portait alors sa laideur comme un costume. de la même façon, Pecola elle-même idéalise la jeune actrice Shirley Temple, souhaitant lui ressembler (Shirley Temple était une actrice aux boucles très blondes). Enfin, les métis sont mieux vus que les noirs, étant constamment affirmés comme moins intelligents. L'internalisation des violences et des valeurs de la classe dominante est un procédé remarquablement retranscrit par l'autrice.

Le cas des femmes est particulièrement symptomatique. Toni Morrison construit une hiérarchie violente du mépris. Les femmes noires sont en bas, avec les enfants noirs. Victimes à la fois de leur sexe, mais aussi de leur couleur de peau.

L'oeil le plus bleu est donc un roman court mais remarquable et viscéral. Profond et bien mené, il laisse un goût âcre dans la gorge une fois fini. Si le récit dévie un peu par moment, la plume de Toni Morrison possède la profondeur et la richesse pour faire passer des messages puissants et nous marquer au fer rouge. le tout en abordant un nombre de problématiques tout à fait étonnante pour un récit si court.

Lien : https://lageekosophe.com/
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          140


Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox





Quiz Voir plus

Beloved de Toni Morrison

De quoi s'inspire ce roman ?

D'un fait divers
De rien
De la vie de l'auteur

7 questions
51 lecteurs ont répondu
Thème : Beloved de Toni MorrisonCréer un quiz sur ce livre
.. ..