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ISBN : 2264021055
Éditeur : 10-18 (19/02/1993)

Note moyenne : 3.65/5 (sur 176 notes)
Résumé :
Au cœur de l'Amérique profonde, deux petites filles noires s'inventent une autre vie, plus riche, plus drôle, plus libre surtout que la dure réalité qui les entoure.

L'âge venant, Sula la rebelle part rouler sa bosse dans les grandes villes alors que Nel, la sage, accomplit sa vocation de mère et d'épouse.

Quarante ans après, elles font leurs comptes, s'opposent et incarnent chacune à sa manière la farouche énergie de la femme noire fa... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (22) Voir plus Ajouter une critique
gavarneur
  13 février 2018
Dans l'Ohio dans les années 1920, les noirs ne sont plus esclaves, mais leur sort est-il meilleur ? Les femmes noires ne sont pas des objets, mais sont-elles mieux traitées ? Face à cela, l'indifférence des blancs, un peu de charité, mais aucun sentiment d'injustice.
C'est un roman très dur qui décrit la survie des noirs dans le chômage, la faim, le froid, la détresse des mères noires presque toujours abandonnées sans ressources quand viennent les enfants. Et pourtant, des amours naissent, et une très profonde amitié entre deux fillettes. Cette amitié durera-t-elle, résistera-t-elle au passage de nombreuses années, aux événements les plus durs, aux remords et à la liberté qu'une seule acquerra ?
Toni Morrison raconte des drames atroces et m'a bouleversé sans avoir l'air d'y toucher ; les faits sont narrés sans commentaire, comme si tout était naturel. Cette communauté survit de justesse, presque sans se plaindre, l'amélioration n'interviendra qu'après 1960.
La première partie m'a paru difficile, je m'embrouillais dans les noms de tous ces personnages, avant que les deux familles ne se rencontrent. Mais j'avais enregistré malgré moi ces histoires familiales lourdes et complexes, assez pour être frappé par leurs suites. La construction est implacable (mais invisible : quel art), l'auteure nous tient jusqu'à la fin dans un récit qui semble logique, bien que rempli de surprises jusqu'à une conclusion bouleversante d'amitié et de douleur qui donne envie de reprendre aussitôt le début du récit.
C'est ma troisième lecture de Toni Morrison, ma troisième admiration, mais que ce monde est dur. Et comment les américains peuvent-ils supporter qu'on leur montre ainsi ce qu'ont fait leurs pères ?
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Under_The_Moon
  27 janvier 2013
Sula est le deuxième roman qu'a écrit Toni Morrison. C'est le plus court, mais aussi le plus dense ! (et pour lequel il ne va pas être facile de rédiger une critique...)
Complexe et très représentatif de l'oeuvre de Toni Morrison, dans la mesure où tous les thèmes qu'elle développera dans ces romans à venir sont dans Sula. Bien sûr, il y a aussi l'aspect "oral" de son écriture - qui peut aussi compliquer la lecture de Sula.
En ce qui me concerne, cette histoire m'a passionnée, mais je dois avouer que c'est parce que j'en avais lu d'autres avant. Et, au moment où je l'ai lu, j'avais toutes les clés nécessaires en main pour comprendre et apprécier Sula. En effet, pour ceux qui ne sont pas familiers de la Bible, la littérature afro-américaine, des "mythes" sur les noirs véhiculés par les blancs, l'histoire américaine, et plus particulièrement de l'histoire de la communauté afro-américaine.... Passez à un autre roman !
Une fois qu'on a le "bagage requis" et qu'on se met à l'esprit qu'il faut à tout prix éviter les points de vue trop manichéen : on est prêt !
Contrairement à ce que laisse penser le titre, Sula n'est pas le personnage principal - pour preuve, elle n'apparaît ni dans le premier ni dans le dernier chapitre. C'est la communauté - the Bottom - qui est au coeur du roman, le point duquel tout part et où tout s'achève.
Si l'on se tourne vers les êtres humains, Toni Morrison met une fois de plus en avant les Afro-Américains et plus particulièrement les femmes. Tous luttent pour exister. Exister au sein de la communauté, malgré les Bancs qui les rejettent mais aussi pour eux-mêmes. Tous les personnages sont traumatisés, que ce soit par leur héritage d'esclaves, la guerre ou les normes "des blancs" dans lesquels ils ne se reconnaissent pas. L'auteur dénonce de façon très vigoureuse l'idéal de l'amour romantique (un dogme de la classe moyenne blanche) et la politique américaine.
Les relations entre les personnages ne sont que passionnées. Il n'y a pas de relation "normale" si on peut dire. L'amour et le sens du sacrifice des femmes amènent certaines à tuer leurs enfants, par exemple. Et beaucoup de femmes se perdent dans leurs relations avec les hommes - la sexualité tient une part très importante dans le récit. La relation la plus équilibrée reste celle entre Sula et Nel, qui illustrent la définition qu'a donné Lord Byron de l'amitié - " two souls dwelling in two bodies".
Un roman d'une grande richesse qui ne peut pas être abordé comme un roman de gare !
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ATOS
  27 mai 2018
Fille de. Femme de personne. Filiation. Héritage, mémoire, transmission. Amitié, solidarité, communauté. Amérique : 1919. 1965. Ohio. Midwest des États-Unis. Racisme, ségrégation, ostracisme, traumatisme. Toni Morisson tisse. Tisse des liens. Tout s'enchaîne, se tient. Tout se déchaîne, se relie. Toni Morrison tisse, peint, sculpte. Matière brute. de l'humain. Elle donne vie, et donne parole. Aux femmes, à la communauté des femmes du Fond, cette communauté vivant sur les collines, au dessus du monde des blancs, au dessus de la communauté de ceux de la vallée. Aux femmes, aux enfants , aux hommes. A une communauté, mais surtout à des individualités. Des parties devant intégrer bon gré et le plus souvent malgré cette communauté. Amour, sexualité, éducation, famille, abandon. Communauté complexe, qui tente de garder l'équilibre entre les forces de son mal et la sauvegarde de son bien.
Mensonge, secret, courage, trahison, humiliation. Tenir, garder l'équilibre, et coûte que coûte survivre. Survivre aux traumatismes, à la violence, au chômage, aux maladies, à la famine, inventer ses propres superstitions, ses propres démons, quitte à désigner à son tour ses boucs émissaires pour tenter de se construire une utopique hiérarchie morale, sociale. Construire un ordre à travers le chaos d'une Amérique dichotomique et névrotique. Toni Morisson désosse, démonte la grande mécanique sociale américaine en remontant le temps subi. Elle s'approche au plus près de l'origine du mal en scrutant le Fond. le fond des coeurs, des âmes, des ventres, des têtes, des fantômes, des silences, et des cris.
Avec Beloved, Sula est encore un très grand roman de Toni Morrison.
« Pourquoi il y a eu tant d'esclaves emmenés de force en Amérique ? Simplement parce qu'il fallait remplacer ceux qui mouraient sous les coups, voilà pourquoi il en fallait toujours plus. Bien sûr ce n'est que par la violence et par la force qu'on peut mettre en place un tel système et je crois qu'il est inscrit dans l'ADN de ce pays et de ses habitants. » Toni Morrison, émission « à Voie Nue », 11/2006.
Astrid Shriqui Garain
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LiliGalipette
  14 mars 2015
Dans les années 1910, dans le Fond, le quartier noir de Medaillion, Ohio, Nel et Sula partagent une amitié solide et intense. « C'était des petites filles solitaires dont l'isolement était si profond qu'il les enivrait et les précipitait dans des visions en technicolor incluant toujours une présence, quelqu'un qui, à l'égal de celle qui rêvait, partageait les délices de ce rêve. » (p. 60) Hélas, la vie va éloigner les deux inséparables : Nel choisit le mariage et la vie de famille, Sula veut le plaisir et la liberté, jamais les attaches. « Sula apprenait que le sexe était quelque chose d'agréable et de fréquent, mais sans rien d'extraordinaire. » (p. 52) Quand elle revient à Medaillion, des années trop tard, tout a changé et personne ne veut d'une négresse indépendante et fière, même pas Nel. « Je ne veux avoir personne d'autre. Je veux m'avoir, moi. » (p. 102) C'est alors toute une ville qui fait front contre un individu, toute une ville qui se fond dans une haine aigre et hypocrite. Les revendications de Sula étaient vouées à l'échec, elles étaient trop belles pour ne pas être lancées à la face du monde.
L'Amérique profonde, le début du 20e siècle et son racisme : cet univers n'était déjà pas fait pas pour les femmes, encore moins pour les femmes noires. le passage de l'amitié d'enfance à l'affrontement de femmes est explosif : au détour d'une phrase, la rupture est consommée et les deux amies de jadis sont désormais rivales. Je suis sous le charme de la beauté des dialogues, riche d'une oralité musicale et rythmée comme un vieux gospel. Toni Morrison peint un superbe portrait de femme, mais elle crée également des personnages secondaires qui mériteraient qu'on leur consacre des romans. Je ne cite que Shadrack, inventeur de la journée internationale du suicide, et Eva Peace, unijambiste pour qui la fin justifie les moyens. Sula confirme mon admiration pour Toni Morrison et sa plume belle et exigeante.
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Sophonisba
  12 avril 2013
Comme toujours, la langue exubérante, crue, violente, douce-amère de l'auteur nous plonge directement dans l'expérience noire aux Etat-Unis.
Cette violence perpétrée sur des générations par un système, une croyance, une pensée est ici décrite à travers le destin de deux femmes différentes et pourtant identiques, comme les deux faces d'une même médaille, la soumission et la révolte. Mais chaque personnage secondaire apporte sa pierre à l'édifice comme une épice nécessaire à un plat réussit.
L'auteure nous explique sans même qu'on s'en rende compte, complètements pris par le récit, comment une violence subie engendre la violence et comment l'être humain exorcise le mal par le mal.
Elle nous décrit aussi de manière cocasse comment un mal identifié, peut créer de la cohésion entre les gens qui vont par réaction, être solidaires pour lutter contre "le mal" extérieur et même meilleurs pour se distinguer de lui.
C'est original, finement pensé et extrêmement bien écrit.
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Citations et extraits (22) Voir plus Ajouter une citation
gavarneurgavarneur   18 février 2018
Tenant le couteau de la main droite, elle tira l'ardoise vers elle et appuya violemment son index gauche sur le tranchant, d'un geste résolu mais maladroit. Elle ne réussit qu'à trancher le bout du doigt. Les quatre garçons restèrent bouche bée devant la blessure et le bout de chair recroquevillé comme un bébé champignon dans le sang écarlate qui coulait sur le bord de l'ardoise.
Sula leva les yeux. « Si je suis capable de me faire ça, qu'est-ce que vous croyez que je vais vous faire ? » dit-elle d'une voix calme.
Page 64
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gavarneurgavarneur   21 février 2018
Aucune créature n'était assez impie pour qu'ils veuillent l'anéantir. Tuer leur était facile, sous le coup de la colère, mais pas de façon délibérée, ce qui expliquait pourquoi ils ne pouvaient lyncher qui que ce soit. Agir ainsi eût été non seulement contre nature, mais indigne. La présence du mal était d'abord quelque chose qu'il fallait reconnaître avant de s'en occuper, de lui survivre, de ruser et enfin d'en triompher.
Page 129
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gavarneurgavarneur   24 février 2018
Sula avait probablement été pétrifiée, comme n'importe qui voyant sa mère brûler vive. Eva acquiesça, mais resta convaincue, au fond d'elle-même, que Sula avait regardé sa mère brûler non parce qu'elle était paralysée, mais parce qu'elle trouvait ça intéressant.
Page 89
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gavarneurgavarneur   14 février 2018
Comme chacune avait compris depuis longtemps qu'elle n'était ni blanche ni mâle, que toute liberté et tout triomphe leur était interdits, elles avaient entrepris de créer autre chose qu'elles puissent devenir.
Page 61
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BouteyalamerBouteyalamer   01 octobre 2018
Dans leur monde, les aberrations étaient aussi naturelles que la grâce (…). Ils n’allaient pas plus chasser Sula de la ville qu’ils n’avaient tué les rouges-gorges qui l’avaient ramenée, car dans le secret de leur conscience, leur Dieu n’était pas le Dieu aux trois visages dont ils chantaient les louanges. Ils savaient fort bien qu’Il y en avait quatre, et que le quatrième expliquait Sula. Toute leur vie, ils avaient dû cohabiter avec diverses formes du mal sans espoir que Dieu leur vienne en aide, puisqu’ils savaient que Dieu avait un frère et que ce frère n’avait pas épargné le fils de Dieu. Alors pourquoi les épargnerait-il ? (p 129)
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INTEGRALE - T. Morrison, C. Taubira, B. de Caunes, M. Brunet, J-M. Delacomptée, G. Faye.
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