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EAN : 9782264021052
192 pages
10-18 (19/02/1993)
3.77/5   318 notes
Résumé :
Au cœur de l'Amérique profonde, deux petites filles noires s'inventent une autre vie, plus riche, plus drôle, plus libre surtout que la dure réalité qui les entoure.
L'âge venant, Sula la rebelle part rouler sa bosse dans les grandes villes alors que Nel, la sage, accomplit sa vocation de mère et d'épouse.
Quarante ans après, elles font leurs comptes, s'opposent et incarnent chacune à sa manière la farouche énergie de la femme noire face aux hommes si... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (47) Voir plus Ajouter une critique
3,77

sur 318 notes

gavarneur
  13 février 2018
Dans l'Ohio dans les années 1920, les noirs ne sont plus esclaves, mais leur sort est-il meilleur ? Les femmes noires ne sont pas des objets, mais sont-elles mieux traitées ? Face à cela, l'indifférence des blancs, un peu de charité, mais aucun sentiment d'injustice.
C'est un roman très dur qui décrit la survie des noirs dans le chômage, la faim, le froid, la détresse des mères noires presque toujours abandonnées sans ressources quand viennent les enfants. Et pourtant, des amours naissent, et une très profonde amitié entre deux fillettes. Cette amitié durera-t-elle, résistera-t-elle au passage de nombreuses années, aux événements les plus durs, aux remords et à la liberté qu'une seule acquerra ?
Toni Morrison raconte des drames atroces et m'a bouleversé sans avoir l'air d'y toucher ; les faits sont narrés sans commentaire, comme si tout était naturel. Cette communauté survit de justesse, presque sans se plaindre, l'amélioration n'interviendra qu'après 1960.
La première partie m'a paru difficile, je m'embrouillais dans les noms de tous ces personnages, avant que les deux familles ne se rencontrent. Mais j'avais enregistré malgré moi ces histoires familiales lourdes et complexes, assez pour être frappé par leurs suites. La construction est implacable (mais invisible : quel art), l'auteure nous tient jusqu'à la fin dans un récit qui semble logique, bien que rempli de surprises jusqu'à une conclusion bouleversante d'amitié et de douleur qui donne envie de reprendre aussitôt le début du récit.
C'est ma troisième lecture de Toni Morrison, ma troisième admiration, mais que ce monde est dur. Et comment les américains peuvent-ils supporter qu'on leur montre ainsi ce qu'ont fait leurs pères ?
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OverTheMoonWithBooks
  27 janvier 2013
Sula est le deuxième roman qu'a écrit Toni Morrison. C'est le plus court, mais aussi le plus dense ! (et pour lequel il ne va pas être facile de rédiger une critique...)
Complexe et très représentatif de l'oeuvre de Toni Morrison, dans la mesure où tous les thèmes qu'elle développera dans ces romans à venir sont dans Sula. Bien sûr, il y a aussi l'aspect "oral" de son écriture - qui peut aussi compliquer la lecture de Sula.
En ce qui me concerne, cette histoire m'a passionnée, mais je dois avouer que c'est parce que j'en avais lu d'autres avant. Et, au moment où je l'ai lu, j'avais toutes les clés nécessaires en main pour comprendre et apprécier Sula. En effet, pour ceux qui ne sont pas familiers de la Bible, la littérature afro-américaine, des "mythes" sur les noirs véhiculés par les blancs, l'histoire américaine, et plus particulièrement de l'histoire de la communauté afro-américaine.... Passez à un autre roman !
Une fois qu'on a le "bagage requis" et qu'on se met à l'esprit qu'il faut à tout prix éviter les points de vue trop manichéen : on est prêt !
Contrairement à ce que laisse penser le titre, Sula n'est pas le personnage principal - pour preuve, elle n'apparaît ni dans le premier ni dans le dernier chapitre. C'est la communauté - the Bottom - qui est au coeur du roman, le point duquel tout part et où tout s'achève.
Si l'on se tourne vers les êtres humains, Toni Morrison met une fois de plus en avant les Afro-Américains et plus particulièrement les femmes. Tous luttent pour exister. Exister au sein de la communauté, malgré les Bancs qui les rejettent mais aussi pour eux-mêmes. Tous les personnages sont traumatisés, que ce soit par leur héritage d'esclaves, la guerre ou les normes "des blancs" dans lesquels ils ne se reconnaissent pas. L'auteur dénonce de façon très vigoureuse l'idéal de l'amour romantique (un dogme de la classe moyenne blanche) et la politique américaine.
Les relations entre les personnages ne sont que passionnées. Il n'y a pas de relation "normale" si on peut dire. L'amour et le sens du sacrifice des femmes amènent certaines à tuer leurs enfants, par exemple. Et beaucoup de femmes se perdent dans leurs relations avec les hommes - la sexualité tient une part très importante dans le récit. La relation la plus équilibrée reste celle entre Sula et Nel, qui illustrent la définition qu'a donné Lord Byron de l'amitié - " two souls dwelling in two bodies".
Un roman d'une grande richesse qui ne peut pas être abordé comme un roman de gare !
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MELANYA
  19 juin 2022
Un petit tour du côté de la grande Toni Morrison ? Alors c'est avec « Sula » cette fois. Un autre de ses livres lus depuis longtemps.
« Deux destins » : Nel Wright et Sula Peace (douze ans en 1922) - jeunes filles filiformes - Nel était plutôt claire -couleur de papier de verre mouillé- échappant aux quolibets les plus acerbes et au mépris des vieilles femmes championnes des histoires de métissage de leur communauté. Sula était plus sombre, d'un marron brun avec de grands yeux paisibles, des yeux purs pailletés d'or.
Deux filles liées par l'amitié et des secrets parfois terribles - deux destins dans ce quartier déshérité du « Bottom ». Deux familles et deux éducations bien différentes vont les conduire sur deux voies séparées - deux façons de vivre dans cet univers rendu dur et cruel par un système politique et un système de croyances, mais en même temps un univers où l'humanité et la solidarité ne sont pas absentes.
Dans cette petite communauté afro-américaine (essentiellement féminine, les hommes sont absents ou démissionnaires), les relations entre les personnages sont toujours passionnées voire violentes.
C'est particulièrement le cas de Sula – Noire américaine - indépendante, audacieuse, qui fait vite scandale dans le village jusqu'à incarner le Mal (pas de façon injustifiée, mais pas forcément pour les bonnes raisons car les morts qu'elle a sur la conscience sont méconnus).
L'histoire se déroule dans un quartier réservé aux noirs dans l'Ohio, de 1919 à 1965. L'histoire a lieu dans un village appelé le Fond, qui est un quartier de Medallion dans l'Ohio. Un jour, Sula décide de quitter son village pour découvrir d'autres villes américaines. À son retour dans l'Ohio, Sula se rend compte que tout a changé, y compris son amie Nel, qui est maintenant mariée et a des enfants...
À travers l'histoire de Sula Peace, l'auteure aborde différents thèmes qui permettent de mieux cerner la vie d'une communauté noire mise à l'index par la société blanche et profondément raciste de cette époque.
Toni Morrison a donc fait un portrait à multiples facettes : celui de Sula - fille puis femme noire libre et donc scandaleuse - celui de Nel, son double qui choisit de se conformer aux règles de sa communauté en se mariant - celui de la vie des femmes noires, rendue extrêmement difficile à cause de la double contrainte d'être le "sexe faible" et la "race inférieure".
Ce livre dévoile également une analyse très fine du racisme dans ses multiples formes (de la plus frappante à la plus insidieuse) sous l'histoire d'une femme qui cherche à être libre dans un monde où elle a tout d'une prisonnière. Son combat est donc loin d'être facile et s'oppose à tout ce qu'elle rencontre : les Blancs, bien sûr, mais aussi la pression de sa propre communauté et même Nel, sa meilleure amie.
Ce livre est donc à la fois l'histoire de la révolte d'une femme et une tranche de l'Histoire des États-Unis.
Toujours la langue incisive de Toni Morrison et ses ambiances étranges, avec des personnages forts et hors du commun.
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cecilestmartin
  21 septembre 2019
Un roman difficile à raconter tant il est flamboyant. Nel et Sula sont amies depuis l'enfance dans une Amérique profonde des années 20. Elles vivent dans un quartier de relégation où la boue et le froid rendent le quotidien difficile.
Nel est issue d'une famille traditionnelle, ordre et propreté sont la règle, la mère faisant régner la terreur sur la maisonnée. La maison de Sula est ouverte aux quatre vents, accueille les pauvres et les orphelins sous la direction d'une grand-mère unijambiste, figure excentrique du Fond.
Liées par une relation fusionnelle, elles partagent des expériences – pas toutes plaisantes – des rires, des glaces et des désirs :
« Comme chacune avait compris depuis longtemps qu'elle n'était ni blanche ni mâle, que toute liberté et tout triomphe leur étaient interdits, elles avaient entrepris de créer autre chose qu'elles puissent devenir. ».
Toni Morrison fait s'étendre l'histoire des fillettes de 1920 à 1965. On assiste ainsi à leur entrée dans l'âge adulte et à l'évolution de leur relation, bien loin des rêves qu'elles pouvaient nourrir. On aime Sula pour sa liberté, sa candeur et sa profondeur, son goût pour le plaisir. On a de la tendresse pour Nel qui s'échine à mener une vie conforme aux enseignements de sa mère.
C'est aussi l'occasion pour l'auteur d'évoquer la condition des afro-américains et la place qui leur est faite dans une société où la ségrégation fait loi. Un roman comme une fable cruelle, c'est poétique, tragique, violent. Que dire du style de Toni Morrison sinon qu'il est coloré, qu'il crée un univers particulier dans lequel les dialogues permettent aux personnages de s'incarner et les descriptions de nous faire voyager, éprouver la chaleur ou sentir les odeurs ?
Un très beau roman dont j'ai relu plusieurs fois les dernières pages pour ne pas perdre de la subtilité du message délivré.
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ATOS
  27 mai 2018
Fille de. Femme de personne. Filiation. Héritage, mémoire, transmission. Amitié, solidarité, communauté. Amérique : 1919. 1965. Ohio. Midwest des États-Unis. Racisme, ségrégation, ostracisme, traumatisme. Toni Morisson tisse. Tisse des liens. Tout s'enchaîne, se tient. Tout se déchaîne, se relie. Toni Morrison tisse, peint, sculpte. Matière brute. de l'humain. Elle donne vie, et donne parole. Aux femmes, à la communauté des femmes du Fond, cette communauté vivant sur les collines, au dessus du monde des blancs, au dessus de la communauté de ceux de la vallée. Aux femmes, aux enfants , aux hommes. A une communauté, mais surtout à des individualités. Des parties devant intégrer bon gré et le plus souvent malgré cette communauté. Amour, sexualité, éducation, famille, abandon. Communauté complexe, qui tente de garder l'équilibre entre les forces de son mal et la sauvegarde de son bien.
Mensonge, secret, courage, trahison, humiliation. Tenir, garder l'équilibre, et coûte que coûte survivre. Survivre aux traumatismes, à la violence, au chômage, aux maladies, à la famine, inventer ses propres superstitions, ses propres démons, quitte à désigner à son tour ses boucs émissaires pour tenter de se construire une utopique hiérarchie morale, sociale. Construire un ordre à travers le chaos d'une Amérique dichotomique et névrotique. Toni Morisson désosse, démonte la grande mécanique sociale américaine en remontant le temps subi. Elle s'approche au plus près de l'origine du mal en scrutant le Fond. le fond des coeurs, des âmes, des ventres, des têtes, des fantômes, des silences, et des cris.
Avec Beloved, Sula est encore un très grand roman de Toni Morrison.
« Pourquoi il y a eu tant d'esclaves emmenés de force en Amérique ? Simplement parce qu'il fallait remplacer ceux qui mouraient sous les coups, voilà pourquoi il en fallait toujours plus. Bien sûr ce n'est que par la violence et par la force qu'on peut mettre en place un tel système et je crois qu'il est inscrit dans l'ADN de ce pays et de ses habitants. » Toni Morrison, émission « à Voie Nue », 11/2006.
Astrid Shriqui Garain
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Citations et extraits (54) Voir plus Ajouter une citation
Eric_GEric_G   13 août 2022
Après cinq ans d'un mariage triste et décevant, Boyboy avait pris le large. Pendant leur vie commune il s'était énormément préoccupé des autres femmes et n'était que rarement rentré chez lui. Il ne faisait que ce dont il avait envie, d'abord courir les filles, puis boire, et enfin maltraiter Eva. En novembre, à son départ, il restait à Éva cinq oeufs, 1,65$, trois betteraves et aucune idée de ce qu'elle aurait dû ressentir.
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gavarneurgavarneur   18 février 2018
Tenant le couteau de la main droite, elle tira l'ardoise vers elle et appuya violemment son index gauche sur le tranchant, d'un geste résolu mais maladroit. Elle ne réussit qu'à trancher le bout du doigt. Les quatre garçons restèrent bouche bée devant la blessure et le bout de chair recroquevillé comme un bébé champignon dans le sang écarlate qui coulait sur le bord de l'ardoise.
Sula leva les yeux. « Si je suis capable de me faire ça, qu'est-ce que vous croyez que je vais vous faire ? » dit-elle d'une voix calme.
Page 64
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gavarneurgavarneur   21 février 2018
Aucune créature n'était assez impie pour qu'ils veuillent l'anéantir. Tuer leur était facile, sous le coup de la colère, mais pas de façon délibérée, ce qui expliquait pourquoi ils ne pouvaient lyncher qui que ce soit. Agir ainsi eût été non seulement contre nature, mais indigne. La présence du mal était d'abord quelque chose qu'il fallait reconnaître avant de s'en occuper, de lui survivre, de ruser et enfin d'en triompher.
Page 129
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gavarneurgavarneur   14 février 2018
Comme chacune avait compris depuis longtemps qu'elle n'était ni blanche ni mâle, que toute liberté et tout triomphe leur était interdits, elles avaient entrepris de créer autre chose qu'elles puissent devenir.
Page 61
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gavarneurgavarneur   24 février 2018
Sula avait probablement été pétrifiée, comme n'importe qui voyant sa mère brûler vive. Eva acquiesça, mais resta convaincue, au fond d'elle-même, que Sula avait regardé sa mère brûler non parce qu'elle était paralysée, mais parce qu'elle trouvait ça intéressant.
Page 89
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Videos de Toni Morrison (38) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Toni Morrison
Vendredi 18 septembre 2020 / 9 h 45
Jean Guiloineau part sur les traces des petits cailloux semés par Geneviève Brisac et qui font écho ou référence à l'oeuvre de Virginia Woolf. Lectures par Anne Mulpas, poète, performeuse et artiste multimédia.
Directeur de la revue Siècle 21, Littérature & société. Jean Guiloineau est aussi traducteur : Nelson Mandela, Toni Morrison, Nadine Gordimer, André Brink, etc.
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