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ISBN : 2264047992
Éditeur : 10-18 (22/05/2008)

Note moyenne : 3.85/5 (sur 208 notes)
Résumé :
Chaque nuit, Pecola priait pour avoir des yeux bleus. Elle avait onze ans et personne ne l'avait jamais remarquée. Mais elle se disait qu'avec des yeux bleus tout serait différent. Elle serait si jolie que ses parents arrêteraient de se battre, que son père ne boirait plus, que son frère ne ferait plus de fugues. Si seulement elle était belle, si seulement les gens la regardaient.
Quand quelqu'un entra, la regarda enfin, c'était son père et il était ivre. Ell... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
bilodoh
  10 mars 2014
Un roman aux couleurs intenses, dans une ville industrielle des États-Unis des années 40 où dans une petite maison verte, vivent deux enfants noires durant quatre saisons.

Pas de rose ou de dentelle pour ces fillettes qui n'aiment pas les poupées, ces bébés blonds qui ne leur ressemblent pas. Pas beaucoup d'amour parental non plus, une vie aux teintes sombres, avec du rouge, rouge comme les blessures et comme le sang qui s'écoule du corps des petites filles devenues femmes.

On y voit du gris. Gris sont les hommes abrutis par l'alcool, des hommes qui ont été des garçons abandonnés, humiliés, dont l'âme est devenue grise, grise de la violence qui se tourne vers le plus faible plutôt que vers l'oppresseur.

On y trouve du blanc, blanc de la maison des riches, blanc immaculé de la cuisine où Pauline travaille, loin de la noirceur de sa race, une jolie maison entourée de vert, vert comme l'espoir inaccessible, comme les jardins interdits aux gens dont la peau est trop foncée.

Ici, les couleurs de l'arc-en-ciel sont éphémères, le plaisir de la sexualité, qui fait place au devoir pour certaines, à la violence pour d'autres, ou qui devient même un métier pour celles qu'on dit perdues.

On découvre aussi le brun de la peau métisse, source de prestige, comme le bleu des yeux des poupées qu'on admire et qu'on hait, bleu comme le ciel où s'envolent les rêves brisés des petites filles.

Les couleurs de Toni Morrison, prix Nobel de littérature 1993, brossent un tableau réaliste et dense, grâce à une écriture percutante, parfois imagée, mais tout à fait accessible, jamais lourde et grandiloquente…
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sabine59
  05 juin 2018
C'est une histoire poignante, marquante: celle d'une fillette noire de douze ans, laide et pauvre, qui rêve d'avoir les yeux bleus, pour qu'enfin on la regarde...
Elle va subir des drames horribles et on a le coeur serré tout au long de ce parcours de vie. Cela ne peut qu'aboutir à une issue fatale. Cette transparence vécue comme une souffrance, cette absence d'existence aux yeux des autres est terrible.
Le récit prend une forme originale, car il est ponctué de phrases leitmotiv qui débutent chaque chapitre, les lettres étant imbriquées les unes dans les autres, à tel point qu'on ne sait plus le sens de la phrase complète. Cela mime la folie progressive du personnage, de même que le dialogue final où Pecola converse avec son double.
D'autre part, le roman présente un deuxième point de vue, celui d'une autre fillette noire, qui a eu plus de chance qu'elle, témoin indirect de ses drames, mais témoin indifférent parfois...
Un livre violent, touchant.Cette fois encore, l'auteure percute nos coeurs.
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myrtille81
  15 septembre 2012
Claudia et Frieda ont la chance d'être soudées, et d'être nées dans une famille qui leur a donné de la force même si la tendresse maternelle venait à manquer. Pecola, elle est née dans la violence et est rejetée par tous pour sa laideur. Alors que Claudia reste fière de qui elle est et méprise les poupées blondes qu'on lui offre, Pecola ne rêve que d'avoir les yeux bleus et de ressembler à Shirley Temple.
Cette année là, les marguerites n'ont pas germées à Lorain, Ohio. Claudia et sa soeur Frieda se demandent si c'est parce que Pecola allait avoir son bébé, le bébé de son père...
Dès les premières pages, le récit regorge de malheur et de violence. Ce roman, le premier écrit par Toni Morrison, aborde déjà les thèmes qui vont articuler son oeuvre. Il dénonce la société américaine ségrégationniste, une société qui décide de la supériorité des Blancs, qui détermine à quoi il faut ressembler pour avoir de la valeur. Et qui pousse les Noirs à la violence et à la folie, folie de ne pas être accepté tout simplement comme un Etre humain.
Tout dans la société tant à montrer à quoi il faut ressembler, comme par exemple le cinéma et ses modèles de stars blanches et blondes. Pour la mère de Pecola qui aimait se coiffer comme Jean Harlow,
"C'était un plaisir simple, mais elle a appris tout ce qu'il fallait aimer et tout ce qu'il fallait haïr" p.130
Les blessures et les vexations sont quotidiennes et entraînent une violence qui doit rester contenue. Comment alors ne pas la déverser sur ses enfants ? Peut-on aimer et faire preuve de tendresse dans l'adversité quotidienne ?
"Les insultes faisaient partie des ennuis de l'existence, comme les poux." p.163
Dans ce contexte où les hommes sont victimes d'insultes et de coups, les femmes sont en plus victimes des hommes.
"Elles étaient entrées dans la vie par la porte de service. Convenables. Tout le monde était en position de leur donner des ordres. Les femmes blanches leur disaient : "Fais ça." Les enfants blancs leur disaient : "viens ici." Les hommes noirs leur disaient : "Allonge-toi." Les seuls dont elles n'avaient pas besoin de recevoir des insultes étaient les enfants noirs et les autres femmes noires." p147
Ainsi que les enfants.
Mais la plus grande violence que j'ai ressentie en lisant ce livre ne vient pas des coups reçus ou portés, elle vient de la négation de l'identité des Noirs. Comment se construire quand tout nous porte à croire que nous ne valons rien ? Comment vivre en rêvant d'être quelqu'un d'autre ? Même si ce roman parle de la situation aux Etats-Unis dans les années 1940, ces questionnements sont universels et peuvent concerner tous les laissés pour compte encore aujourd'hui.
Enfin, l'écriture de Toni Morrison est très belle et poétique. Ce qui rends le roman encore plus fort car ses mots nous touchent et nous font ressentir, percevoir toute la violence dépeinte.
Lien : http://mumuzbooks.blogspot.f..
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ATOS
  01 septembre 2014
Non... toutes les choses ne sont pas réglées, et pas seulement au pays de l'oncle Sam.
L'esclavage, au delà de l'horreur qu'il a fait vivre aux chairs, imposant la dépossession des corps, à créer un traumatisme extrêmement profond dans les âmes, et cela durant des générations.
Il ne suffit pas que cela cesse pour que tout soit réglé.
Il en est pour l'esclavage et il en est de même pour le colonialisme.
Pour toute forme de société instaurant la suprématie d'une race, d'une ethnie, d'une religion sur d' autres.
Déculturer totalement des peuples, imposer l'amnésie de plusieurs cultures, de civilisations, anéantir tout repère. Quelles en furent les conséquences? Quelles en sont également leur survivance ?
Comment vivre lorsqu'on se voit imposer comme mètre étalon la race, la culture ou la religion qui vous oppresse, vous possède, vous décervelle ? Comment y survivre ?
De ces états de faits surgissent de multiples syndromes traumatiques et post traumatiques qui s'inscrivent profondément et pour très longtemps dans toute la société.
Mais de cette mémoire peu de choses nous parviennent pour finir aujourd'hui.
La culture américaine montre en ce 21e siècle un visage multi racial. Mais l'Amérique tellement friande de revivre et de faire revivre au monde entier ses guerres, ne parle étrangement presque jamais de l'esclavage. du moins très peu d'écho nous parviennent. Quoique les productions cinématographiques américaines sur le sujet soit bien plus nombreuses que celles des français. Ainsi, le tout premier film français sur l'esclavage est il "La montagne est verte" documentaire de Jean Lehérissey tourné en 1950 à Paris et en Martinique sur le rôle de Victor Schoelcher et des esclaves à la libération.Voilà qui est bien tardif pour le pays de l'Abbé Grégoire et pour la patrie de la déclaration universelle des droits de l'homme et du citoyen...
Un fait acquis, peut être, mais non réglé.
Et les derniers évènements qui ont eu lieu en cet été 2014 au USA nous le montre bien. Il y a toujours un problème racial aux USA. Comme il existe encore et toujours un problème racial dans tous les pays qui furent colonialistes ou esclavagistes. Il en va des USA comme de l'Europe et dans bien d'autres pays du globe. Afrique, Australie, Asie, aucun continent n'y échappe.
Pour comprendre l'échelle du tsunami que provoquèrent ces crimes, car l'esclavage mais également le colonialisme furent des crimes contre l'humanité, il faut des mots comme ceux de Toni Morrison.
Pour comprendre ce que le fait d'oppresser, à ce point, un groupe d'hommes sans jamais lui laisser d'échappatoire, aucun moyen de contestation, de rébellion, sans jamais lui permettre de se « décharger » de l'oppression, peut provoquer à l'intérieur du groupe opprimé, il faut que les histoires soient exprimées comme ici avec le talent, la délicatesse, l'honnêteté que montre Toni Morrison. Pour comprendre la survivance des spectres et fantômes qui hantent encore de nos jours les esprits il faut ces mots là.
La pression, la tension ne pouvant être émise vers l'extérieure, c'est à l'intérieur que se retourne la décharge. Que ce soit en soi ou à l'encontre des membres du groupe. La couleur même de sa propre peau peut devenir insupportable, comme une tache indélébile que le mauvais sort s'acharne à vous donner. On en vient parfois à se haïr soi même, à mépriser même son propre frère, et même jusqu'à maltraiter ses propres enfants.
Des petites filles rêvent de cheveux blonds et de regard bleu, la seule image de princesse qu'une société autorise à vénérer. D'autres brisent les poupées qui leur renvoient la négation de ce qu'elles sont.
Il faut le langage de Toni Morrison pour entrer dans l'esprit traumatisé.
Lorsque l'enfant noir se regarde à travers le prisme du miroir des blancs sa vision est difforme, déformée. Comment construire et se reconstruire lorsque la réalité vous échappe, vous qui ne pouvez de nul part vous échapper ? Comment retrouver son image, comment apprendre à l'aimer?
Pour comprendre un peu mieux ce que l'Amérique ne montre pas, ne dit pas, ce à quoi elle n'a pas totalement fait face, il y a les livres de Toni Morrison. Paroles toujours justes, sans aucun manichéisme, et pleines d'une terrible et profonde humaine vérité.
Astrid Shriqui Garain
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zabeth55
  16 mars 2014
Encore une belle histoire de Toni Morrison.
Et cette fois-ci elle ne nous égare pas trop dans les méandres des personnages, même si, comme dans ses romans suivants, on ne sait jamais qui parle en commençant un chapitre.
J'ai trouvé que c'était plus fluide et moins alambiqué que dans les autres.
On retrouve le thème de la condition des noirs dans la société américaine.
Cette fois-ci c'est à travers deux familles, celle de deux jeunes soeurs, Frieda et Claudia, et celle de Pecola et de son père alcoolique.
Les petites ritournelles en tête de plusieurs chapitres sont assez lancinantes. Les mots sont liés, sans espaces entre eux.
Quel talent elle a pour nous plonger dans des destins incertains et chaotiques !
C'est très réaliste et lucide, poignant et désespérant.
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Citations et extraits (49) Voir plus Ajouter une citation
CelkanaCelkana   31 mai 2013
Puis elles avaient vieilli. Leur corps s'était usé, leur odeur était devenu aigre. A s'accroupir dans les champs de canne, à se baisser dans les champs de coton, à s'agenouiller sur les berges de la rivière, elles avaient transporté un monde sur leur tête. Elles avaient abandonné leurs enfants à eux-mêmes et elles avaient élevé leurs petits-enfants. Soulagées, elles s'enveloppaient la tête dans des chiffons, et la poitrine dans de la flanelle; elles abandonnaient leurs pieds dans des chaussons de feutre. Elles en avaient fini avec le désir et l’allaitement, elles étaient au-delà des larmes et de la terreur. Elles étaient les seules à parcourir les routes du Mississippi, les chemins de Géorgie et les champs de l'Alabama sans être agressées. Elles étaient assez âgées pour se montrer irritables quand et où elles le voulaient, assez fatiguées pour désirer la mort, assez désintéressées pour accepter l'idée de la douleur tout en ignorant sa présence. Elles étaient en réalité et enfin libres. Et la vie de ces vieilles femmes noires était synthétisée dans leurs yeux - un mélange de tragédie et d'humour, de malice et de sérénité, de vérité et d'imagination.
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MegGomarMegGomar   28 décembre 2014
Depuis quelque temps, Pecola se disait que si ses yeux –ses yeux qui retenaient les images, et savaient ce qu’on peut voir-, si ses yeux avaient été différents, c’est-à-dire beaux, elle-même aurait été différente. Elle avait de belles dents, et un nez moins gros et moins épaté que celui de certaines filles qu’on disait mignonnes. Si elle avait été différente, belle peut-être, Cholly aurait peut-être été différent aussi, et Mrs Breedlove. On aurait peut-être dit : « Regarde, cette Pecola aux beaux yeux. Nous ne devons pas faire de vilaines choses devant ces jolis yeux. »

De jolis yeux. De jolis yeux bleus. De jolis yeux bleus et grands. Cours, Jip, cours. Jip court, Alice court. Alice a des yeux bleus. Jerry a deux yeux bleus. Jerry court. Alice court. Ils courent avec leurs yeux bleus. Deux paires d’yeux bleus. De paires de jolis yeux bleus. Des yeux bleu ciel. Des yeux du même bleu que le corsage de Mrs Forrest. Des yeux bleus comme les volubilis. Des yeux bleus comme Alice et Jerry dans le livre de contes.

Chaque soir, sans faute, elle priait pour avoir des yeux bleus. Elle avait prié avec ferveur pendant un an. Si elle était un peu découragée, elle gardait encore de l’espoir. Pour qu’une chose aussi merveilleuse se produise, cela prendrait beaucoup de temps.
Enfermée ainsi dans cette conviction étroite que seul un miracle pourrait soulager ses souffrances, elle ne connaîtrait jamais sa beauté. Elle ne pourrait voir que ce qu’il y avait à voir : les yeux des autres.
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VanessaVVanessaV   15 janvier 2016
Leur indignation était à son comble. Leurs larmes menaçaient de détruire la distance que créait leur autorité. L'émotion accumulée pendant des années de désirs insatisfaits pointait dans leur voix. Je ne savais pas pourquoi je cassais ces poupées. Mais je savais que personne ne m'avait jamais demandé ce que je voulais pour Noël. Si un adulte, ayant le pouvoir de combler mes désirs, m'avait pris au sérieux et m'avait demandé ce que je voulais, il aurait su que je ne voulais rien à moi, que je ne voulais posséder aucun objet. Je voulais plutôt ressentir quelque chose le jour de Noël. La vraie question aurait dû être: "Ma chère Claudia, qu'aimerais-tu connaître à Noël?" J'aurais répondu: "Je veux m'asseoir sur le petit tabouret dans la cuisine de maman, les genoux couverts de lilas et écouter papa jouer du violon pour moi toute seule." La taille du tabouret fait pour moi, le sentiment de sécurité et la chaleur de la cuisine de maman, l'odeur des lilas, la musique et pour que tous mes sens soient de la fête, peut-être, après, le goût d'une pêche.
Au lieu de ça je sentais l'odeur et le goût des assiettes et des tasses en fer-blanc pour organiser des goûters qui m'ennuyaient. Au lieu de ça, je regardais avec répugnance les nouvelles robes qui exigeaient avant de les porter qu'on prenne un bain dans une baignoire de zinc galvanisé. On glissait sur le zinc, pas le temps de jouer ni de se laisser tremper, parce que l'eau refroidissait trop vite, pas le temps de goûter sa nudité, le temps seulement de faire couler de l'eau savonneuse entre ses jambes. Puis la serviette qui gratte et l'absence terrible et humiliante de crasse. La propreté irritable et sans imagination. Finies les taches d'encre sur les jambes et le visage, toutes mes créations accumulées pendant la journée précédente, et remplacées par la chair de poule.
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MegGomarMegGomar   28 décembre 2014
« Je suis allée à l’hôpital quand le moment est venu. Aussi je pouvais être tranquille. Je ne voulais pas accoucher à la maison comme j’avais fait pour le garçon. Ils m’ont mise dans une grande pièce avec plein d’autres femmes. Les douleurs sont arrivées mais pas trop dures. Un docteur un peu âgé est venu m’examiner. Il avait toutes sortes de trucs. Il a mis des gants sur une main et une espèce de gelée dessus et il me l’a fourrée entre les jambes. Quand il est parti, il y a encore d’autres docteurs qui sont venus. Un vieux et des jeunes. Le vieux, il enseignait les bébés aux jeunes. Il leur montrait comment faire. Quand il est arrivé à moi, il a dit : « Avec ces femmes-là, on n’a aucun problème avec elles. Elles accouchent tout de suite sans douleur. Comme les juments. » Les jeunes ont eu un petit sourire. Ils ont regardé mon ventre et entre mes jambes. Ils m’ont rien dit. Il y en a un qui m’a regardée. Il a regardé mon visage, je veux dire. Je l’ai regardé moi aussi. Il a baissée les yeux et il est devenu rouge. Il savait, je pense, que je n’étais pas en train de pouliner. Mais eux, les autres, ils savaient pas. Ils ont continué. Je les ai vus qui parlaient à des femmes blanches : « Comment vous sentez-vous ? Vous allez avoir des jumeaux ? » Des banalités bien sûr, mais gentilles. Des choses gentilles et amicales. Je me suis énervée, et quand les douleurs sont devenues plus fortes, j’ai été contente. Contente d’avoir quelque chose d’autre à penser. J’ai poussé des cris affreux. Les douleurs n’étaient pas aussi fortes que je le laissais croire, mais il fallait que, ces gens-là, ils savent qu’avoir un bébé c’était pas seulement des coliques. J’avais mal exactement comme les femmes blanches. Simplement pass’que je criais pas et que je hurlais pas avant, ça voulait pas dire que je sentais pas de douleur. Qu’est-c’qui croyaient ? Quhe simplement pass’que je savais comment avoir un bébé sans faire de chichis, que mon derrière me tirait pas et me faisait pas mal comme à elles ? En plus, ce docteur ne savait pas de quoi il parlait. Il avait sûrement jamais vu une jument pouliner. Qui est-ce qui a dit qu’elles ne souffrent pas ? Simplement pass’qu’elles poussent pas de cris ? Pass’qu’elles peuvent pas le dire, ils pensent qu’elles sentent rien ? S’ils regardaient dans leurs yeux et voyaient les globes se retourner et leur regard triste, ils sauraient. Enfin, le bébé est venu. [...] »
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DidiliDidili   06 octobre 2018
Le repas a été joyeux après la beauté grandiose de l'enterrement . C'était comme une tragédie de la rue, avec la spontanéité cachée dans les coins d'une histoire tout à fait formelle. La défunte était l'héroïne tragique, les survivants les victimes innocentes ; il y avait l'omniprésence de la déité, les strophes et les antistrophes du chœur des pleureuses conduites pas le pasteur. Il y avait la douleur à propos de la perte de cette vie, de l'étonnement devant les voies insondables de Dieu, et, au cimetière, la restauration de l'ordre et de la nature.
Aussi le repas d'enterrement a été l'exultation, l'harmonie, l'acceptation de la fragilité de la vie, la joie de voir s'achever une souffrance. Le rire, le soulagement, et une grande faim.
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INTEGRALE - T. Morrison, C. Taubira, B. de Caunes, M. Brunet, J-M. Delacomptée, G. Faye.
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