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ISBN : 2716902623
Éditeur : Publications orientalistes de France (16/07/2001)

Note moyenne : 4.21/5 (sur 49 notes)
Résumé :
Le Dit du Genji, texte fondateur de l’imaginaire japonais, relate la vie du prince Genji le « Radieux », dans l’ambiance de la cour impériale de Heian, l’actuelle Kyôto. Au fil de ces amours, le Genji explore l’univers féminin afin et en apprécie les qualités tant morales qu’esthétiques. Le Genji façonnera ainsi la « femme idéale » en élevant une jeune fille avec laquelle il formera un couple que seule la mort séparera. Composé au début du XIe siècle dans l’atmosphè... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
l-ourse-bibliophile
  30 mai 2018
Voilà une chronique difficile à écrire. Parce que j'ai énormément de choses à vous dire et que je ne sais pas où commencer (d'ailleurs, je vais rapidement vous perdre vu la longueur de l'article), parce que j'ai peur de ne pas rendre hommage à ce livre, parce que c'est un roman atypique qui détonne complètement parmi mes lectures habituelles (non, je ne suis pas familière des récits japonais du XIe siècle).
Le Dit du Genji est une oeuvre millénaire. Ecrit au XIe siècle, il raconte la vie politique mais surtout amoureuse du Prince Genji. Considéré comme le premier roman psychologique, il est attribué à une femme dont le vrai nom nous est resté inconnu. En effet, Murasaki est le nom du personnage féminin principal tandis que Shikibu se rapporte à la fonction de son père (de l'autrice donc) qui était un lettré à la cour.
• Les us et coutumes d'une époque
Présenté comme une histoire vraie, le Dit du Genji nous offre une plongée dans le Japon de l'époque de Heian (794-1185) dans la cour impériale sise dans la ville du même nom (l'actuelle Kyôto). le Genji étant un Prince de sang, nous nous familiarisons peu à peu avec les usages de la cour et les protocoles.
Riche en détails, le récit donne une bonne place aux us et coutumes de l'époque : les fêtes religieuses, les conjurations lors de maladies, les mariages, les entrées en religion, les abdications (j'ai d'ailleurs été surprise par le fait que les empereurs laissent volontiers la place à leur successeur, il n'y a pas du tout de lutte pour le pouvoir dans le roman, ce qui change des histoires de dirigeants avides et accrochés à leur trône) et même une célébration de l'entrée dans la vieillesse… à quarante ans (eh oui, il n'est pas surprenant de trouver, dans une oeuvre aussi vieille, quelques éléments qui détonnent avec notre quotidien).
En revanche, nous restons dans un milieu de nobles et la peinture du Japon du XIe siècle n'est nullement complète. Les paysans et autres gens du commun sont présentés soit avec condescendance, soit comme un tableau bucolique (ce qui n'en est souvent pas moins condescendant d'ailleurs…).
• La place des femmes
Je parlais des éléments qui surprendront, voire choqueront, un lecteur ou une lectrice du XXIe siècle. En voici un autre : le traitement des femmes. « Ça y est, elle commence son laïus féministe. » Eh bien oui, mais je précise dès à présent que je ne condamne pas catégoriquement le roman pour une simple raison : il a été écrit il y a mille ans.
Le Genji, homme d'une beauté presque surnaturelle, grand séducteur, a, au fil du récit, de multiples maîtresses, dont certaines deviendront des épouses officielles. Il n'hésite pas à les harceler pour obtenir ce qu'il veut : une tentative de viol initie ainsi sa première histoire d'amour, il presse tant une autre qu'elle tombe malade, l'esprit jaloux d'une amante délaissée vient torturer son épouse…
De mon point de vue de femme du XXIe siècle, ce n'est donc pas toujours un personnage recommandable (son petit-fils, le Prince Parfumé, sera de ce point de vue là encore plus insupportable) mais ce n'est absolument pas présenté ainsi. Sa beauté est si éclatante que le monde est sans cesse en admiration devant lui, chacun – hommes et femmes – lui passera (presque) tout, chacun le trouvera touchant dans sa détresse (comprendre « quand une femme lui résiste un peu ») et tant pis pour la femme concernée qui se retrouve seule contre le monde entier (par exemple, lorsqu'il force la porte de la chambre de la demoiselle d'Akashi, cette dernière est seule pour s'opposer à lui car il a l'accord du père de la jeune fille qui souhaite pour elle un mariage grandiose). Mais ça, c'est seulement la façon dont j'ai vu les choses en lisant entre les lignes car le Genji, surnommé le Prince Radieux, n'est jamais vraiment déprécié dans le récit.
Je continue d'ailleurs ma parenthèse féministe.
Le mot « viol » ne sera jamais prononcé – nonobstant la notion de consentement, on parlera plutôt de « liaison » –, l'acte n'est même jamais présenté comme tel (et la langue est telle que ce n'est parfois pas évident de ne pas passer à côté), mais en ce qui me concerne, aussi implicite que ce soit, c'est bel et bien ce dont il s'agit.
Je ne nierai pas que la façon dont les femmes sont regardées, étudiées, évaluées et en même temps surprotégées est parfois agaçante. Par exemple, elles ne doivent pas être vues des autres (même le fils du Genji ne découvrira le visage de Murasaki, sa belle-mère, qu'en l'épiant en secret) mais si l'une d'elles se laisse apercevoir, c'est elle qui en sera blâmée même si l'homme a forcé sa porte ou ne cesse de la poursuivre de ses assiduités comme on dit.
Elles sont soumises à une pression perpétuelle. Sans protecteur masculin, elles risquent une vie peu reluisante, mais elles doivent faire très attention à leur mariage sans qu'elles aient vraiment leur mot à dire dans le choix de leur époux. le mot d'ordre : ne surtout pas déchoir, ne pas céder à un homme, etc. Ainsi le Prince Huitième conseillera à ses filles de vivre recluses dans la montagne lorsqu'il ne sera plus et de « s'épargner ainsi les fâcheux éclats de la médisance. »
De même – et je terminerai là-dessus –, la grossesse à onze ans pour la fille du Genji choque un peu.
Attention, je ne veux pas donner l'impression d'écrire un réquisitoire. Non seulement, ce n'est pas une succession de viols, mais surtout il faut vraiment effectuer une remise en contexte. D'ailleurs, même si l'on exigeait beaucoup des femmes – ce qui n'a pas vraiment changé –, elles sont tout de même globalement respectées. Il est d'ailleurs surprenant, en lisant ce livre si raffiné, si avisé sur ce qui agite les coeurs et les esprits des hommes et des femmes, de mettre en parallèle l'histoire de l'Europe alors en plein Moyen-âge.
Je me dois tout de même de réhabiliter un peu le personnage du Genji. Ce dernier est tendrement épris de Murasaki : tous deux ont une relation complice et émouvante. (C'était pourtant mal parti : il en a fait sa protégée toute jeune et celle-ci, devenue grande, est quelque peu tombée des nues en apprenant qu'il voulait l'épouser.) Il la placera toujours au-dessus des autres, inquiétera de ses sentiments (notamment lorsque l'Empereur l'obligera à épouser l'une de ses filles) et lui demandera souvent son avis. En outre, passées les erreurs orgueilleuses de la jeunesse, il est, étonnamment peut-être, d'une grande fidélité envers les femmes qu'il a aimées. Il ne les abandonne pas et fait construire une grande demeure pour leur offrir à toutes confort et sécurité. Il accepte les défauts de chacune et leur rend régulièrement visite même si certaines relations amoureuses se transforment en amitié respectueuse. de même le Commandant Suave sera par la suite plein de respect pour les femmes et se révélera incapable de mal agir.
• Des thèmes universels…
En dépit des siècles qui nous séparent de l'écriture du roman, celui-ci aborde des thèmes universels et immortels tels que l'amour – le Genji recherche durant de nombreuses années l'amour absolu et la femme parfaite –, mais aussi, via le fils du Genji, l'adolescence, la relation avec un père strict qui exige de lui qu'il étudie avec sérieux et régularité. En effet, par la voix du Genji, Murasaki-shikibu évoque l'importance des études, délaissées par les nobles de l'époque. En cela, son personnage n'est pas du tout représentatif des moeurs de l'époque.
En outre, présentant les arts et loisirs qui occupaient les loisirs des membres de la cour impériale, l'autrice offre également quelques leçons pour les lecteurs et lectrices de l'époque : parfums, accords de couleurs pour vêtements, littérature de fiction et dits historiques, calligraphie…
Murasaki-shikibu n'hésite pas à bousculer un peu son époque en parlant de choses qui choquaient la distinction et la retenue polie de l'aristocratie de l'époque. Elle parle d'accouchement, de la laideur d'une femme de haut rang ou du corps pourrissant d'une autre (ne vous attendez pas à entendre parler d'asticots ou de fluides s'échappant de la dépouille, tout reste toujours très subtil et est davantage affaire de couleurs et de rigidité). L'humour n'est d'ailleurs pas absent. Par exemple, le jeu de séduction dans lequel s'embourbe le Genji avec une femme de cour âgée qui ne recule devant rien est (tendrement) moqueur.
• … dans un écrin de sensibilité et de raffinement
L'intériorité des personnages tient une place cruciale dans ce roman qui n'est aucunement une histoire d'action. Murasaki-shikibu offre à ses personnages, principaux ou secondaires, de multiples facettes. Elle dissèque les relations amoureuses, celles qui embellissent ou qui s'essoufflent avec le temps, la jalousie, le désir et les frustrations, les doutes et les lassitudes.
Le récit, lent et méditatif, illustre parfaitement l'expression « mono no aware », que j'avais déjà rencontrée dans les livres de Minh Tran Huy, et qui désigne, pour reprendre les termes de l'avant-propos du Dit du Genji, « la tristesse inhérente à la beauté du monde » ou « la beauté poignante des choses fragiles ». de nombreux protagonistes sont sujets à la mélancolie et conscients de la nature éphémère de toutes choses du monde, que ce soit leur propre existence, la vie des plantes et autres êtres vivants, les sentiments ou encore les positions sociales. « L'impermanence de toutes choses en ce monde » se révélera, avec le désir de « se retirer de ce siècle dégénéré », être le leitmotiv du Genji (et du Commandant Suave par la suite). Son exil, bien que temporaire, le confrontera à l'expérience de la solitude est renforcera cette certitude que rien n'est assuré.
C'est un roman empli de douceur, d'élégance et de raffinement. Les saisons et la nature y tiennent un rôle très important, ce qui confère au roman une tonalité très contemplative et reposante. Elles ne sont d'ailleurs pas invoquées en vain ou simplement pour « faire joli », mais, subtiles métaphores, sont souvent porteuses de sens. (Mais j'y reviendrai (non, je n'ai pas du tout fini...).)
Les titres de chapitres, et les surnoms de femmes, donnent le ton : « La belle-du-soir », « Jeune grémil », « La fête aux feuilles d'automne », « Ce mince nuage… », « Jeunes herbes », « Sarments de vigne vierge », etc. Les protagonistes vont d'ailleurs régulièrement admirer les fleurs omniprésentes qui poussent ici et là. La résidence de la Sixième Avenue où le Genji installe ses femmes est divisée en quatre demeures. Celles de l'été et de l'hiver sont pour les femmes de rang de moindre importance tandis que le printemps et l'automne, considérés comme les plus belles saisons, sont réservées à celles possédant le rang le plus élevé, dont Murasaki. Son inauguration, donne lieu à de splendides descriptions de ce qui m'est apparu comme un lieu enchanteur avec ses cours d'eau, ses plantes et ses arbres qui se pareront de leurs plus belles couleurs à telle ou telle saison. La description des saisons, des fleurs et des cérémonies mois après mois trouve son paroxysme dans le livre-chapitre 41, « Illusions », très lent et poétique puisqu'il s'agit du dernier dans lequel apparaît le Genji.
• Une lecture parfois difficile
Je ne vais pas vous mentir, ma lecture a tout d'abord été assez laborieuse et très lente. Il m'a fallu un mois pour arriver à bout du premier livre, mais beaucoup moins pour les deux suivants. En effet, l'écriture est extrêmement poétique et précieuse, ce qui la rend très exigeante. Elle demande de la concentration, non seulement à cause de la minutie et de l'élégance avec lesquelles les phrases sont construites, mais aussi pour comprendre pleinement l'histoire.
Tout n'est pas explicite (en tout cas pas pour une lectrice du XXIe siècle) : par exemple, il n'est pas dit « ils se marièrent », non, on te parle de nuits passées ensemble et de petits gâteaux et, trois pages plus loin ou dans une légende d'illustrations, on parlera de la femme comme d'une épouse. La première fois, je suis revenue en arrière pour voir ce que j'avais raté. En fait, je n'avais rien raté sauf le fait qu'un mariage est officialisé lorsque l'homme passe trois nuits auprès de sa promise, s'en va avant l'aube les deux premières et partage avec elles des gâteaux le troisième matin. Ce n'est pas évident (la première fois parce qu'une fois au courant, ça va mieux) lorsqu'on ne sait pas que cette succession d'événements est synonyme de mariage.
De même, les personnages s'expriment souvent en courts poèmes, des wakas, pour exprimer leurs sentiments, leur tristesse, leur amour… Et comme je le disais plus haut, ils le font souvent avec des métaphores puisées dans la nature (les arbres et les fleurs, les nuages…). Au bout d'un moment, on sait que tel élément est une image pour tel autre, mais n'étant familière de la poésie (et encore moins japonaise), il m'a fallu un petit temps d'adaptation. Signe de leur culture, ils font également régulièrement appel à des poèmes célèbres à l'époque, références qui m'étaient bien entendu totalement inconnues.
Enfin, il n'y a pas ou peu de prénoms et de noms. A l'exception d'un ou deux subalternes, les hommes sont uniquement désignés par leurs titre (des titres qui évoluent et passent de l'un à l'autre en fonction des promotions, des titres qu'ils sont plusieurs à avoir comme les Princes par exemple…) tandis que les femmes – Murasaki exceptée – sont généralement identifiées par des surnoms (Belle-du-jour, Parure Précieuse, Oie-sauvage-au-séjour-des-nues, dame du « séjour où fleurs au vent se dispersent »). Les surnoms rendent tout de même les femmes bien plus faciles à reconnaître, sauf pour ce qui est des princesses et anciennes princesses d'Isé et de Kano et des Dames de la Chambre ou du Clos aux Glycines/au Paulownia/etc., ce qui a été un casse-tête du début à la fin pour moi.
Heureusement, ma lecture s'est fluidifiée progressivement pour mon plus grand plaisir et j'ai profité de ce texte ensuite avec beaucoup de confort, mais il est vrai que la langue et le style tranchent vigoureusement avec mes lectures habituelles. J'ai également fortement apprécié la présence des annexes réunies dans un petit livret. Les résumés de chaque chapitre, les arbres généalogiques (avec les noms japonais, points de repère fixes pour suivre les changements de grades et de titres) et les petites biographies de chaque personnage m'ont été d'une aide précieuse.
• La découverte d'illustrations absolument fascinantes : les Genji-e
Cette superbe édition, fruit du travail des éditions Diane de Selliers, est également fascinante pour ses illustrations. Je m'attendais à des parallèles avec des oeuvres diverses de peintres japonais puisque le coffret porte la mention « illustré par la peinture traditionnelle japonaise », mais il s'agit en réalité – et ce n'est pas un reproche, cela s'est au contraire révélé être une totale découverte absolument passionnante – des Genji-e, des peintures illustrant des passages du roman.
En effet, le Dit du Genji a immédiatement remporté un franc succès et était admiré avant même son achèvement. Il a inspiré lecteurs et artistes au fil des siècles. Une suite a été écrite au XIIe siècle, des critiques et commentateurs y ont trouvé un inépuisable sujet, tandis qu'en 1277, des nobles ont tenté de reproduire le concert féminin offert par le Genji dans le roman. Mais surtout, de nombreux peintres l'ont illustré. Les plus vieilles peintures retrouvées et présentées dans l'ouvrage datent de 1130-1140. La préface sur les Genji-e, très intéressante, présente l'histoire du genre et quelques artistes tout en donnant quelques précieuses explications sur la manière de « lire » les images.
Les Genji-e est un genre très codifié. Il était interdit de montrer directement une statue religieuse (ainsi, un Bouddha est signifié par des pétales de lotus) tandis que les visages des nobles sont représentés de manière très lisse, sans défaut ni relief. de même, les peintres se montraient réticents à montrer une demeure délabrée, des vêtements modestes ou un faciès laid si tout cela appartient à un noble… se heurtant ainsi au texte beaucoup moins farouche de Murasaki-shikibu. Toutefois, les peintures laissent une place non négligeable à l'expression personnelle de chaque artiste et c'est un aspect fascinant à observer : voir comment différents artistes ont illustré une même scène. Certains sont plus ou moins fidèles au texte, d'autres montrent un intérêt qui pour les scènes intimes et familiales, qui pour les grandes démonstrations d'apparat… le récit est véritablement embelli par ses images d'un grand raffinement.
Je ne vais pas nier que les légendes des Genji-e se sont avérées cruciales pour percevoir toute la symbolique qui irrigue ces oeuvres. Elles sont très enrichissantes et permettent d'appréhender correctement les peintures et de ne pas passer à côté de l'essentiel (ce qui aurait été le cas pour moi, avec mon regard d'Occidentale, sans ses précisions). En outre, elles aident parfois à comprendre certains événements décrits avec tant de subtilité (entre les codes et l'étiquette) que j'ai parfois manqué de passer à côté (l'histoire du mariage par exemple).
• Les dix livres d'Uji
J'ai été surprise de découvrir que le roman ne s'arrêtait pas avec la mort du Genji. Celui-ci étant entré en religion, il disparaît du récit car son statut de religieux est incompatible avec celui de personnage de récit romanesque selon les codes de l'époque. Les derniers chapitres laissent la place à la nouvelle génération avec le petit-fils du Genji, le Prince Parfumé, et son presque-fils, le Commandant Suave. Les dix derniers sont appelés « les dix livres d'Uji » et racontent leur rivalité amoureuse. J'ai cru ne pas pourvoir me faire à ce changement – je venais tout de même de passer deux mois avec le Genji – mais finalement les deux protagonistes ont su éveiller des sentiments tels que je me suis vraiment immergée dans leur histoire. D'un côté, on a donc le Prince Parfumé qui m'a sans cesse exaspérée. Ce personnage, insupportable de sans gêne et d'égoïsme, m'a souvent fait râler à haute voix, malheureusement, il n'a pas réagi à mes injonctions le priant de ne pas se comporter comme un idiot. de l'autre, le Commandant Suave, sensible à l'extrême, tellement réservé et malchanceux en amour que je n'ai pu qu'éprouver de la compassion pour lui. Définitivement, j'ai été de son côté et, la fin étant ouverte, j'espère vraiment que les choses se sont, par la suite, améliorées pour lui (oui, les personnages sont vivants pour moi).
• Une lecture atypique et inoubliable
Tournant la dernière page, j'ai été prise par des émotions parfois contradictoires. La joie et la fierté d'être arrivée jusqu'au bout, la tristesse de dire adieu à ce livre – je n'avais jamais mis autant de temps à lire un seul livre en continu – ou encore le désir de m'y replonger (pour mieux profiter de la première partie dont la lecture avait été laborieuse). Pendant quelques jours, je me suis sentie désoeuvrée, abandonnée sans ce roman-fleuve pour me tenir compagnie. le livre lu ensuite – La Cité exsangue – en a d'ailleurs pâti et je lui ai reproché sa brièveté. En effet, qu'est-ce que
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nadiouchka
  30 juillet 2018
C'est une ancienne édition que je possède pour « Le Dit du Genji » (源氏物語) de Murasaki Shikibu (Éditions Verdier – publication en 2011 et initialement en 1988 aux Publications Orientales de France). Une édition complète et traduite par René Sieffert – 1455 pages sur du papier parchemin (d'où une oeuvre rare) et dont la couverture n'est pas la même que celle de Babelio. Je préfère le préciser car pour mes citations, les numéros de pages peuvent ne pas correspondre.
Dans l'Introduction, on peut lire : « De tous les trésors du Japon, le Genji monogattari est de loin, le plus précieux, écrivait en 1473 Ichijô Kanéyoshi (1402 – 1481). » (page 7).
« Le titre général sous lequel est connue l'oeuvre de dame Murasaki, Genji monogattari fait allusion au personnage central des 41 premiers des 454 « livres » qui la composent. Je préfère traduire par « livre » plutôt que par « chapitre » le japonais maki (littéralement « rouleau », autrement dit volumen. » (page 20).
Quelques mots d'abord sur Murasaki Shikibu : elle est née en 973 mais on ignore son véritable nom. Sa réputation vient surtout de son livre « Le Dit du Genji ». On sait d'elle qu'elle était dame d'honneur de l'impératrice Akiko – qu'elle a été une grande femme de lettres ayant bien su décrire l'aristocratie japonaise. On trouve dans son récit quelques allusions au bouddhisme mais aussi au néo-taoïsme chinois. Elle a dénoncé la polygamie japonaise qui régnait à cette époque, au onzième siècle.
Ce roman a été considéré comme le premier roman psychologique de la littérature japonaise et certainement mondiale. C'est une oeuvre monumentale de la part d'une femme et on peut même dire : un roman-fleuve.
Quant au Genji ( げんじ), il s'agit de celui qui était surnommé « Le Prince Radieux ». Il vivait (pour l'histoire) au milieu de la cour impériale de Heian (à présent Kyôto). C'est de sa vie amoureuse qu'il est surtout question. Il voulait façonner « la femme idéale ». Si Genji était un prince (fils d'un empereur), il ne pouvait pas accéder au trône.
Plus que difficile de parler de cet ouvrage car il me faudrait vous en dire un peu sur ces milliers de pages, or ce n'est pas le but d'une critique.
Je tente seulement de parler de cette histoire surprenante et dépaysante dans laquelle on trouve aussi une certaine poésie avec des petits poèmes qui parsèment le texte très dense.
J'arrive à la fin de ma chronique mais en faisant un petit retour à l'Introduction (c'est bien la première fois mais elle est très explicative) :
« Une oeuvre littéraire, oeuvre de pure fiction qui suscite pareils débats et pareilles légendes, devait être d'une vigueur peu commune pour survivre ainsi au temps et à la société qui l'avaient inspirée. » (…) « L'office pour le salut du Genji « mis en scène par dame Murasaki à qui ce prince sorti de son imagination fait, dans un songe, le reproche de l'avoir voué aux supplices de l'enfer pour les fautes qu'elle lui a prêtées. » (page 8).
Et ultime conclusion : « J'ai le sentiment que, dans ma version, il y a en définitive moins encore de grec qu'il n'y a de chinois dans l'original ! (René Sieffert – Cergy, 6 janvier 1988) (page 44).
Pour ma part, je recommande de lire cet ouvrage, chapitre par chapitre afin de pouvoir tout assimiler afin de l'apprécier à sa juste valeur et chacun y verra sa propre version.
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steka
  18 octobre 2012
Le dit du Genji est un livre stupéfiant, écrit il y a 1000 ans et donc comme sorti de la nuit des temps. Or, l'on y trouve le descriptif détaillé d'une culture d'un raffinement extrême, vivant dans un monde "à part", sur un mode qui nous est presque totalement étranger (au point où la plupart des livres de Fantasy Fiction semblent bien rustiques et peu imaginatifs en comparaison).
Dame Shikibu Murasaki, membre de la cour impériale de Kyoto nous sidère par la maitrise de la narration dont elle fait preuve, mêlant poésie, réflexion philosophique, analyse sociologique et psychologie des personnages. Un livre incontournable pour tous ceux qui s'intéressent à la culture japonaise.
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stendhalsyndrome
  30 septembre 2013
J'avoue avoir avancé très laborieusement dans cette oeuvre fondatrice de la littérature japonaise. J'étais pourtant déterminée à m'en imprégner, tant j'avais lu de références et d'hommages à la poétesse qui en est l'auteure. Je commets probablement un blasphème, mais quel ennui ! Tant pis, j'assume ma condition de jeune fille moderne qu'on n'enferme plus derrière des paravents et qui s'émeut difficilement des déshonneurs infinis et des romances coupables dès lors qu'un échange de poèmes a été commis.
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kathy
  19 octobre 2011
Murasaki Shikibu : Une féministe esthète, XIe siècle après J.C, Japon
La force de son oeuvre : Dame d'honneur de l'impératrice Akiko, Murasaki Shikibu est une femme de lettres qui décrit l'aristocratie japonaise. Son oeuvre conte l'histoire du Prince Genji dont l'attitude se matérialise en un mauvais karma qui sera finalement résorbé.
La structure du texte, son écriture délicate provoque un ravissement esthétique immédiat.
Son influence sur le monde : Très imprégné de bouddhisme et de néo-taoïsme chinois, le texte est aussi une critique de la polygamie japonaise de l'époque et, dans une autre mesure, une contestation politique de la domination masculine mêlée d'une fascinante beauté littéraire qui éveille les consciences. (source l'Internaute Livres)


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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
nadiouchkanadiouchka   30 juillet 2018
Ah quel bonheur rare
d’arbre en arbre voletant
de l’abri des fleurs
jusqu’à l’ancien nid du val
(…)
Car de la colline en fleur
j’ai fait ma demeure
P.559
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HannoaGHannoaG   10 août 2011
En Mai 2002, les Cercles Norvégiens du Livre ont fait appel à cent écrivains provenant de 54 pays différents pour leur confier une délicate mission et le résultat est plutôt concluant ! Chacun des écrivains devait sélectionner dix oeuvres littéraires qu'il jugeait incontournables. De ce classement découle un top unique : " les 100 meilleurs livres de tous les temps ". Le mélange des cultures, des styles et des genres est de mise ! La preuve en images : découvrez le palmarès des 100 livres primés et leur auteur respectif : Marguerite Yourcenar, Samuel Beckett, Goethe, Valmiki, José Saramago, Fiodor Dostoïevski, Henrik Ibsen… et bien sûr ce cher Miguel de Cervantès qui voit son roman qualifié de "meilleure oeuvre littéraire jamais écrite". Comme le précisent les organisateurs, il n'y a cependant pas de classement précis donné à ces 100 ouvrages, du premier au centième, pas de premier ni de dernier, ils sont tous sur un pied d'égalité.
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BernachoBernacho   24 avril 2017
Par une brèche de la clôture, l'on voyait les reflets de l'étang ; bien entendu je descendis à mon tour : peut-on passer sans s'arrêter devant une demeure où la lune se mire dans l'eau ?
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pachipachipachipachi   14 septembre 2012
Quand on lui présenta les parfums offerts par le Gouverneur Délégué de Dazaï, il se demanda s'ils valaient ceux d'autrefois ; aussi fit-il ouvrir les magasins de la Deuxième Avenue et s'en fit-il porter les produits de Kara, pour les comparer avec ceux-là :
« Il en va comme pour les brocarts et les damas, dit-il, les anciens ont plus d'attrait et de finesse ! »
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frmwafrmwa   13 mars 2018
"Pas un instant je n’ai eu le sentiment d’un véritable dépaysement, ni dans le temps ni dans l’espace, mais au contraire me hantait l’impression constante d’être engagé dans une aventure mentale étonnamment moderne. Il m’a semblé découvrir des situations, des analyses, des dialogues qui pouvaient avoir été imaginés hier, si ce n’est demain." [écrit René Sieffert qui a travaillé à sa traduction près de vingt ans]
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