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EAN : 9782491521745
224 pages
Les Avrils (14/04/2021)
3.46/5   159 notes
Résumé :
Le monde change, pas leur secret.
Dans l'est parisien, on les remarque sans les connaître. Ils portent les mêmes noms, ne se mêlent pas aux autres. Au café, à l'école, Suzanne entend des rumeurs sur ces troublants « cousins ». Alors elle creuse. Et les pièces du puzzle s'ajustent pour former un tableau sidérant. Depuis 1892, huit familles ont uni leur destin pour n'en former qu'une, soudée par la religion, le secret et des règles de vie strictes. Ils se nomme... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (36) Voir plus Ajouter une critique
3,46

sur 159 notes
Cet été , je suis passée devant un poste de télévision, pour ranger quelque chose. BFM diffusait un reportage, j'en ai entendu quelques bribes et je me suis assise sur le canapé : j'étais littéralement fascinée...
Impression de découvrir un univers secret et parallèle, qui aurait cohabité avec nous, pendant des années sans que l'on s'en rende compte.

Ça parlait d'une communauté appelée "La Famille", composée de 5000 personnes, vivant sur deux arrondissements de Paris ( le XI et XX ième , avec une branche dissidente en province), vieille de deux cents ans, dont les membres se marient exclusivement entre eux, entre cousins... Au départ , il y avait deux familles puis ils sont arrivés à huit et ils ont bloqué tout apport de sang neuf extérieur.
Dans le reportage, c'est un généalogiste qui s'en est rendu compte, il faisait des recherches pour prouver que les parisiens ont tous un ancêtre qui vient de province , et il est tombé sur des familles purement parisiennes sur deux cent ans... Forcément, il y avait un loup !
Et c'est comme ça que le reportage débute...
C'était fascinant, et j'ai eu envie d'en savoir plus , c'est là que j'ai trouvé ce livre...

Suzanne Privat est journaliste scientifique , mais c'est par le biais de ses enfants qu'elle a découvert La Famille... Sa fille lui montre une photo de classe, et lui parle d'une copine qui a pleins de cousins dans l'école, dont un Mathieu et un autre Mathieu avec deux T.
L'année suivante, elle remarque un sweat orange qui a changé de propriétaire mais qui est sur la nouvelle photo de classe ( encore un cousin...) . Elle en parle aux mamans d'élèves, et son cerveau s'emballe, on lui parle de grandes fratries ( huit enfants et plus ) , de noms de famille qui reviennent tout le temps, de gamins un peu particuliers, qui ne se mélangent pas..
Grâce aux réseaux sociaux, à ses ballades dans Paris et ses plaques commémoratives, elle va peu à peu tomber sur un truc édifiant . ,

De croiser les deux enquêtes , celle de Suzanne Privat et celle de BFMTV , fut très intéressant, l'une complétant l'autre. Avec le reportage, on a le choc des images, on est davantage concentré sur le sujet, avec le livre, on est un peu dans la tête de l'auteure, ses tribulations, doutes, hésitations, trouvailles . On sent mieux le travail d'enquêteur, les avancées au millimètre.. Et cela peut-être une excellente lecture pour qui veut devenir journaliste, on visualise bien la "petite cuisine", le côté laborieux et la vie quotidienne qui s'invite par dessus tout ça...

Je conseille les deux !

https://www.youtube.com/watch?v=-fxIarWDeqY
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N'ayant pas lu les articles ayant révélé l'histoire De La Famille, je n'ai découvert son existence que récemment avec une émission de radio sur France Inter à laquelle Suzanne Privat était invitée. L'écoute et surtout la délectation avec laquelle l'animateur insistait sur l'alcoolisme et les violences qui ont existé sur les enfants dans la branche de la Haute-Loire avaient suscité en moi un certain malaise mais aussi de la curiosité: je n'avais alors entendu parlé de jansénisme qu'en cours de lettres avec Pascal et la fermeture de l'abbaye de Port-Royal, en pensant qu'il s'agissait d'une sorte de catholicisme à la sauce protestante aujourd'hui disparu. Je n'aurais jamais imaginé ses ramifications contemporaines.
Si le ton de l'émission m'avait mise mal à l'aise, j'avais par contre apprécié les interventions de l'auteure qui rendait leur humanité à ces personnes. A l'affirmation du présentateur "on se marie entre cousins", elle avait rétorqué "on se marie entre copains". Certes, il se trouve que les copains sont forcément des cousins, mais la part faite à l'humain m'avait donné envie de lire ce livre. Désir renforcé à la suite d'un reportage télé diffusé cette semaine.
Suzanne Privat aborde ce thème en tant que voisine et ne traite donc que de la branche parisienne. Ses enfants ont été scolarisés avec ceux De La Famille et ce sont les photos de classe de sa fille qui ont attiré son attention dessus. Elle s'intéresse d'abord à la partie publique : généalogies, profils Facebook publics - ils ne le sont plus depuis les révélations des journaux-, lui permettent de reconstituer l'histoire et la géographie de ces descendants de jansénistes. Sa fille l'accuse de vouloir juger ses amies: qui es-tu pour juger leur mode de vie? Effectivement, en France, chacun est libre de ses croyances. Ce qui pose problème est peu à peu évoqué avec beaucoup de pincettes : la peur du Monde et le dédain des Gentils d'une part, qui conduisent à l'autre problème, l'endogamie d'autre part.
La Famille veut protéger ses enfants du Monde extérieur, quitte à se couper de ceux qui le rejoignent... L'endogamie est la condition sine qua none pour rester dans la Famille. Si nous remontons nos arbres généalogiques, nous pouvons nous-mêmes constater quelques mariages entre cousins parmi nos ascendants : dans les vallées et les villages, on se mariait souvent entre soi. Dans la Famille, à Paris, c'est une anomalie car cette consanguinité est recherchée: on épouse son cousin/ sa cousine car c'est rassurant, on connaît les parents, les grands-parents etc. Une manière de se protéger de ce Monde si terrifiant. Autre fait gênant, on se marie jeune, souvent avant 20 ans, et on fait de suite beaucoup d'enfants: le destin est tout tracé depuis la naissance; en suivant un profil Facebook d'une adolescente De La Famille, Suzanne Privat retrace - et ça fait froid dans le dos- la vie de ces jeunes : un mariage précoce avec un copain/cousin qu'on aura réussi à souffler à une cousine (la concurrence est rude), un logement dans un des nombreux immeubles où vivent les autres membres, l'école où iront leurs enfants, etc. jusqu'à l'entreprise de Pompes funèbres qui s'occupera de leur corps à la fin de leur vie - 20 ans avant les autres, eh oui, la consanguinité n'a pas que des avantages : des maladies non répertoriées, des handicaps lourds, parfaitement assumés par les tenants de cette vie - certains sont très heureux dans ce cadre-là - .
Une enquête que j'ai trouvée intéressante car très humaine. Pour une autre approche, je vais lire maintenant l'ouvrage de Nicolas Jacquard, Les Inspirés, puis je refermerai la page sur cette histoire singulière.
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Un livre original par sa forme. il s'agit au premier chef d'une enquête journalistique, mais aussi d'un journal d'enquête, qui déborde sur la vie privée de l'auteur. le tout forme un mélange très agréable à lire, qui m'a fait penser à l'excellent "La Serpe" de Philippe Jaenada.
Le sujet en lui-même est intéressant: il s'agit d'une...d'une quoi d'ailleurs?
Malgré les réticences de l'auteur à employer de ce mot, je n'hésiterai pas à dire qu'il s'agit d'une secte, secte imparfaite selon les critères légaux, mais secte néanmoins. Cette communauté nommée la famille rassemble en effet un certain nombre de personnes dans le cadre d'un projet religieux séparatiste, tendant à couper ses membres de la société civile, et à les tenir au maximum à distance de l'instruction; elle se base sur des croyances archaïques et intégristes, à forte composante eschatologique. Il est vrai qu'elle ne dispose que d'institutions embryonnaires, qu'elle ne semble pas exercer de coercition sur ses membres et que les membres les plus jeunes semblent en voie de laïcisation sur certains points. de ce point de plus, elle semble plus libérale que beaucoup de groupes catholiques traditionnalistes, évangéliques, juifs orthodoxes ou musulmans intégristes. On peut cependant s'inquiéter de la forte endogamie et du refus de l'éducation.
Sur ce point, on ne peut que se féliciter des propositions d'interdiction ou de limitation de "l'éducation à la maison" contenus dans le projet de loi sur les séparatismes.
Le livre est extrêmement intéressant, et on ne peut que féliciter l'auteur d'avoir attiré l'attention sur cette organisation pratiquement inconnue, ile au milieu de notre culture, mais aussi partie prenante de l'archipel d'innombrables sectes et micro-églises qui noyautent notre société, et restent souvent pratiquement invisibles (voir par exemple la Petite Eglise dans l'Ouest de la France)

je terminerai en revenant sur l'étonnant culte de l'ivresse, littéralement inculque aux jeunes dès la première adolescence. Un certain philosophe allemand parlait d'opium du peuple; avec l'alcool, ça fonctionne aussi...
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Avec La Famille, Suzanne Privat, journaliste, signe une enquête fascinante et inédite sur une famille vivant au coeur de Paris dans le plus grand secret. Une communauté singulière assimilée à une secte janséniste - attendant son prophète - qui regroupe au moins quatre mille personnes depuis plus de deux siècles dans le même quartier du XXème arrondissement de Paris.
“On naît dans la Famille, on n'y rentre pas.” Telle est leur devise et pour la respecter, les membres se marient entre eux à vingt ans et entretiennent la consanguinité, donnant naissance à des enfants dont les malformations et les retards de croissance sont nombreux. Leur mode de vie est totalement archaïque et ils doivent à tout prix éviter de fréquenter la “Gentilité”, - comprendre les personnes extérieures. Contraception, divorce ou encore solitude sont interdits. L'alcool coule à flot dès l'âge de quatorze ans tandis que maltraitance et abus sexuels sont monnaie courante. Des tas d'autres exemples absolument ahurissants jonchent le récit.

Suzanne Privat a mené d'une main de maître une enquête chronophage de longue haleine pour dévoiler les secrets d'une étrange Famille. Voici donc un livre sur l'emprise de masse, l'absence de liberté, les contraintes et le devoir du secret.

Lien : https://laparenthesedeceline..
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J'ai ouvert ce livre parce qu'une partie de ma vie, de celle de ma mère et de son père, se sont déroulées et se déroulent encore dans cet est parisien... sans jamais me douter que La Famille était là ! Peut être parce que ma famille était trop perchée sur les hauts du 20eme!!!
Suzanne Privât nous emporte dans un récit mêlant La Famille, sa famille, le confinement.
Au delà De La Famille, dont il est est question sans voyeurisme, ce récit interroge sur les frontières de la famille et sur la tentation du repli sur soi pour être l'élu, pour être protégé.
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critiques presse (1)
Lexpress
29 avril 2021
Enquête sur une incroyable tribu consanguine parisienne.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Je lui demande si c'est si difficile de partir.
" Pour certains , c'est même impossible d'avoir envie de le faire, parce que c'est très confortable une famille, particulièrement celle-ci, où tu as plein de copains de ton âge qui sont exactement sur la même longueur d'onde que toi, où on te répéte H24 combien c'est cool d'être les élus de Dieu. Où les valeurs sont belles : solidarité, amitié, partage. Le problème, c'est que tu es dans une sorte de placard capitonné, bien douillet. Et on te fait comprendre toute ton enfance que tu n'as pas le droit d'en sortir. T'as beau crier dans ton placard, on ne t'entend pas. A l'extérieur, personne ne sait même que tu es là".
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Tu prends le premier verre, le lèves en direction de la lumière et tu scrutes le fond. C'est un 24. Le suivant est un 53. Il te faut quelques minutes avant de trouver ton 18. Celui que tu te gardais précieusement à chaque fois que tu mettais la table et qui t'a valu ta première bagarre avec une cousine, tu ne sais plus laquelle, qui avait repéré ton manége et se foutait de ta gueule. Comment aurais-tu pu lui expliquer que ces deux chiffres gravés au fond du verre étaient ton seul horizon depuis qu'à l'école on t'avait parlé de majorité légale et de capacité à disposer de toi-même ? Il ne faudra pas que tu oublies d'aller voir le réduit où tu avais fini ce soir-là.
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Elu meilleur récit 2023 par les éditions Le Point, "la famille" m'a surtout tapé dans l'œil par sa 4ème de couv' très alléchante. Et puis cette histoire dingue, tout le monde semblait la connaitre sauf moi.
Suzanne Privat, n'avait aucune idée de l'enquête dans laquelle elle allait se plonger lorsqu'elle demande à l'un de ses enfants qui sont les camarades sur sa photo de classe. Comment ça ils sont tous cousins ? Ces enfants qui fréquentent son fils et qui semblent en marge de la vie du quartier font partie de "La Famille", cette communauté de Jansénistes soudée par le secret, la religion et des règles de vie ultra stricte.

Jusqu'à la création de cette communauté, Privat va remonter deux cent ans en arrière pour nous détailler au mieux la culture, le quotidien et les croyances de ces personnes qui vivent à deux pas de chez elle.
Avec une moyenne de huit enfants par famille, huit patronymes composent le groupe où l'endogamie est imposée amenant bien souvent des malformations ou des maladies chez les nouveaux nés/membres.

A la base, Privat est journaliste scientifique. Elle laissera longtemps de côté la science pour transmettre au plus grand nombre ce travail journalistique faramineux. Avec cet ouvrage, Privat devient autrice et c'est en tentant de se mettre dans la peau des personnes sur lesquelles elle enquête qu'elle nous prouve qu'elle a toute sa place dans les rayons d'une librairie. Le récit est vivant, l'apparence et la psychologie des personnages sont creusés. Elle met beaucoup d'elle même et imagine les questions, les peurs et surtout l'avenir de ces enfants que l'on fait grandir dans une structure où le concept de liberté est absent.
Elle rencontre d'anciens membres qui acceptent de raconter leur vécu. Les traumatismes qu'il se trainent, les addictions qu'ils ont connues, les repères qu'ils ont perdus et les codes qu'ils ont du apprivoiser.

L'histoire est incroyable et si prenante car elle est vraie. Néanmoins, les révélations ont été minimes comparées à ce que je m'étais imaginé en lisant le dos du livre. Le style de Privat et sa passion pour cette communauté sont à retenir. Pour le reste j'y ai remarqué beaucoup de longueurs comme pour retenir le lecteur. On monte en tension, on attend, mais rien ne se passe vraiment. Le fait est que nous ne sommes pas dans un polar, mais dans un récit.
Finalement, n'est-il pas préférable qu'il ne se passe pas quelque chose de bien plus grave ?
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Les accidents génétiques sont-ils vraiment si nombreux que l'équation " cousin + cousin = cousin + cousin, etc." répétée de génération en génération le laisse supposer ? J'aurais voulu pouvoir garantir à Mathieu Pincemin que les bébés qu'il aura un jour avec Cla ne seront jamais trahis par leur patrimoine génétique. Mais je sais aujourd'hui que ce serait trop m'avancer. Au cours des vingt dernières années, une centaine de Pincemin de Paris et de ses environs sont morts. L'âge moyen au décés est de 58,8 ans. C'est vingt ans de moins que la population nationale.
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Ils parlent d'endogamie extrême dans un cercle de quelques familles, citent des noms que je connais maintenant par coeur (...).
Ils parlent d'un Dieu impitoyable, qui peut frapper cruellement les moins méritants.
Ils parlent de traditions séculaires qui perdurent, de cheveux que les filles et les femmes ne doivent pas couper.
Ils parlent d'enfants dont les joues trop rouges sont comme le sceau d'une union entre trop proches.
Ils parlent de violences.
Ils parlent de deux mondes qui ne s'interpénétrent pas. Un monde du dehors, qu'ils appelent le Monde, ou la Gentilité, et leur monde à eux, qu'ils nomment la Famille.
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