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ISBN : 2260029396
Éditeur : Julliard (17/08/2017)

Note moyenne : 3.65/5 (sur 165 notes)
Résumé :
Un matin d’octobre 1941, dans un château sinistre au fin fond du Périgord, Henri Girard appelle au secours : dans la nuit, son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes étaient fermées, aucune effraction n’est constatée. Dépensier, arrogant, violent, le jeune homme est l’unique héritier des victimes. Deux jours plus tôt, il a emprunté l’arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d’un procès retentis... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (85) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  22 septembre 2017
Et si Hercule Poirot, petit détective belge tiré à quatre épingles et vaguement ridicule, devenait un gentil colosse, porté sur le whisky?
Si au lieu de vous tenir à l'écart de ses fameuses déductions de logique pure, au lieu de vous convoquer dans le lounge avec le colonel mustard et miss scarlet pour vous les aligner toutes, ses déductions, sans pitié, et dans les dernières pages du bouquin- histoire de vous montrer à quel point vous êtes: une brêle naïve, une tarte sentimentale, un faible d'esprit au Q.I. de protozoaire (rayez la mention inutile)- si, au lieu de tout cela, il vous confiait ses doutes, ses affres de conscience, s'il vous impliquait dans ses recherches, partageait ses conclusions au fur et à mesure de son enquête ?
Même plus: s'il vous faisait marrer avec quelques apartés rigolos, histoire de détendre l'atmosphère, bien poisseuse, pourtant, avec ces trois horribles meurtres à la serpe?
Tout le plaisir de la lecture du dernier Jaenada est là, dans cette présence chaleureuse, dans ce regard fraternel, dans ce cheminement patient, infatigable, et partagé, vers une vérité qui se dérobe, dans le temps -les faits datent de 1941- et dans la paperasse judiciaire et journalistique.
Avec lui nous faisons connaissance d' Henri Girard alias Georges Arnaud, écrivain célèbre - le Salaire de la Peur- , et auteur présumé d'un triple meurtre atroce, dont il fut acquitté, sinon blanchi, par un as du barreau, Maurice Garçon.
Pas sympa, et même pas sympa du tout, le jeune Henri Girard , mais sa vie semble coupée en deux: le sale gosse de riche profiteur et capricieux se mue, après son acquittement et la dilapidation de son patrimoine, en un justicier inlassable, un défenseur infatigable de la veuve et de l'orphelin...
Comment expliquer cette mutation? le choc, la prison, le frisson d'avoir tutoyé de si près la guillotine? Pas suffisant, comme explication.
Jaenada avec sa flasque d'Oban et le foulard de sa femme en guise de doudou, va exhumer les pièces de l'enquête et celle du procès, fouiller la correspondance familiale, recouper et comparer les témoignages.
Et, comme lui, nous allons pourfendre quelques clichés, débusquer quelques invraisemblances et décaper quelques vérités premières bien cachées...jusqu'à modifier notre jugement.
Et même plus... mais chuut!
Je vous laisse avec Jaenada, sa Mereva un peu nulle, son pneu sous-gonflé, son humour hilarant, sa patience de fourmi, son opiniâtreté de teckel.
La Serpe est une double rencontre: celle du narrateur - un type adorable qu'on aimerait embrasser sur les deux joues- et celle de son sujet , Georges Arnaud-Henri Girard, un écorché vif plein de cynisme et de douleur, qui en avait gros sur la patate, et qui a su trouver, malgré les préjudices et sa sulfureuse réputation, une parade pleine de grandeur et de panache à ses souffrances et aux soupçons ineffaçables qui pesaient sur lui.
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Tostaky61
  20 octobre 2017
Cher Père Noël,
Oui, je sais, c'est tôt,  mais quand on a une commande particulière,  il vaut mieux s'y prendre de bonne heure...
Cher Père Noël,  donc, comme j'ai été un lecteur très sage cette année,  j'aimerais trouver au pied du sapin, dans ces merveilleux chaussons offerts avec amour par mes proches, une panoplie de Philippe Jaenada. La plus belle, la complète,  celle avec le talent, le style, l'humour,  celle avec tous ses codes. Un truc que j'enfile et qui me permet de rédiger mes chroniques le coeur léger.  (Si un jour, je le rencontre,  je demanderai à Philippe Jaenada si j'ai raison de penser qu'il a l'écriture facile).
Deuxième roman de cet auteur que je découvre,  après son "Sulak", à la lecture duquel je m'étais déjà régalé.
La serpe, est l'outil qui a servi en octobre 41 à massacrer trois personnes dans un château en Dordogne. C'est le petit-fils d'Henry Girard, principal accusé de ce triple homicide, qui à raconté à son ami Jaenada cet épisode dramatique de la vie de son grand-père.
L'auteur s'est donc rendu sur les lieux mêmes de la tragédie afin de relire les minutes du procès, d'éplucher les témoignages et d'essayer d'imaginer l'atmosphère de l'époque.
Ce roman c'est son enquête. Mais une enquête façon  Philippe Jaenada, c'est Columbo, le chien en moins (la femme y est, elle, et il y a même un fils adoré, absent lui, chez le célèbre lieutenant ).
Pour avoir une idée de l'écriture de cet auteur, si vous n'avez pas la chance de la connaître,  c'est simple, Philippe Jaenada il va de Marseille à  Lyon mais en passant par.....Lille.
Alors certes,  La serpe est un pavé,  mais la raison en est très simple, si l'écrivain s'était focalisé sur son seul sujet, je pense qu'il aurait perdu des lecteurs en route. Parce que même moi, à un moment, je me suis égaré,  faut dire qu'il y a du détail,  rien ne lui échappe,  il y a de la répétition aussi et ça, il vous prévient à l'avance,  c'est pas qu'il vous prenne pour des imbéciles,  mais c'est qu'il veut être sûr que vous ne loupez rien, parce que le récit et riche et surtout, il a quelque chose à vous raconter, lui, il a résolu l'énigme. Bon sang mais c'est bien sûr ! Alors, pour alléger son récit,  il rajoute des pages, des petites anecdotes, des trucs dont on n'a rien à faire... mais c'est drôle, ça égaye un roman qui pourrait être très noir. C'est son style, et surtout, qu'il ne change rien, c'est trop bon. En tout cas, moi, j'en redemande. D'ailleurs tout au long de son livre, il m'a conseillé de lire La petite femelle , son précédent opus et je vais écouter son conseil. (Ah oui, parce qu'il faut que je vous dise, vous pouvez compter sur lui pour faire la promo de ses ouvrages, il a les mots et les clins d'oeil faciles, il sait les glisser dans le fil de sa narration).
Merci à Babelio et aux Editions Julliard pour cet excellent moment de lecture.
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Franckync
  14 octobre 2017
Titre : La serpe
Auteur : Philippe Jaenada
Editeur : Julliard
Année : 2017
Résumé : Octobre 1941 trois corps sont retrouvés atrocement mutilés dans un château du Périgord. Seul rescapé de la tuerie, le jeune Henri Girard fait figure de coupable idéal. Alors que son père, sa tante et sa domestique baignent encore dans leur sang, Henri fait preuve d'un détachement paraissant coupable aux yeux des premiers arrivés sur le lieu du crime. Contre toute attente, à la suite d'un procès retentissant, Girard sera pourtant innocenté alors que l'opinion publique reste persuadée de sa culpabilité.. Enfin libre, il s'exilera en Amérique du sud qui lui inspirera le salaire de la peur, roman dont l'adaptation cinématographique fera bientôt sa renommée. Méthodiquement, à l'aide des minutes du procès et d'une multitudes de documents, Jeanada mène l'enquête.
Mon humble avis : Dans les 15 derniers sélectionnés du prix Goncourt, une presse quasi unanime, des avis dithyrambiques, La serpe par ci, la serpe par là…. Dur d'échapper à ce roman en cette rentrée littéraire 2017. Je ne connaissais pas Jaenada avant de m'attaquer à ce pavé de plus de 600 pages mais les échos parvenus de métropole m'indiquaient sans aucun doute possible que je tenais là l'un des livres qui allait marquer ma vie de lecteur d'une trace indélébile. Restait à découvrir ce texte mais je dois avouer que je démarrais cette lecture plutôt confiant et avide de découvrir ce roman qu'on disait original et passionnant. Les premières pages me confortaient dans cette opinion : de l'humour, des digressions plus ou moins heureuses mais un vrai ton et des va-et-vient brillants entre l'époque du crime et celle de l'enquête menée par Jaenada. A la manière de Truman Capote et de son fameux in cold blood (de sang froid pour la VF 1966) l'auteur relance une affaire aujourd'hui enterrée pour tenter d'en tirer la substance et pourquoi pas innocenter Henri Girard d'un crime qu'il avouera pourtant face caméra sur ses vieux jours ( du reste Jaenada ne donne aucune explication quant à ces aveux me semble-t-il) Bon autant vous le dire tout de suite cette recherche de vérité me passionna sur les cent premières pages puis m'ennuya allègrement le reste du roman. Et pourtant… Pourtant certains passages sont brillantissimes (surtout ceux concernant la personnalité troublée d'Henri Girard et ses pérégrinations américaines). Trop de détails tue le détail aurais-je envie de dire : plusieurs dizaines de pages sur une fenêtre qui ferme mal, des tunnels interminables sur des horaires contradictoires d'extinction d'une lumière, une vague histoire de résistance… Si l'on peut reconnaître à Jaenada un travail de recherche impressionnant, une aptitude assez exceptionnelle à rechercher la vérité derrière les apparences, on peut également regretter sa trop grande méticulosité qui à tendance à lasser le lecteur ( moi en tout cas ). A mon humble avis Jaenada n'est jamais aussi bon qu'au contact de son personnage principal, ce fameux Henri Girard tour à tour sale gosse, cruel et inconstant puis plus tard idéaliste et engagé. Un vrai personnage de roman, un homme complexe dont le destin fut durement marqué par cette accusation et les mois d'internement qui s'ensuivirent. Au-delà de ce personnage haut en couleur et des multiples digressions (parfois hilarantes) distillées dans le texte, je dois avouer avoir ressenti un certain agacement face à ce roman qui m'a paru interminable et dont j'ai survolé les dernières pages, bien incapable d'accrocher au récit. A mon grand regret je l'avoue.
J'achète ? : J'ai bien peur de devoir dire non. L'auteur semble sympathique, la vie d'Henri Girard méritait bien un roman mais pourtant je me suis ennuyé comme jamais. Evidemment ce n'est que mon humble avis…

Lien : http://francksbooks.wordpres..
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Bazart
  05 octobre 2017
Un écrivain parisien rôde autour d'un château par une sombre soirée d'automne. Attention pas n'importe quel château, le château qui domine le village d'Escoire, un château où a eu lieu, il y a plus de soixante-dix ans un crime atroce. Un homme et deux femmes ont été sauvagement massacrés à coup de serpe, le seul rescapé de la demeure fut pendant près de deux années le coupable idéal. Acquitté au cours d'un procès retentissant, il reste pourtant aux yeux de beaucoup de gens un effroyable assassin qui a eu beaucoup de chance.
Un fait-divers comme un autre ? Pas pour Philippe Jaenada, c'est lui l'écrivain rodeur, il connait très bien le petit-fils du prétendu meurtrier et ce prétendu meurtrier est devenu George Arnaud, le célèbre auteur du « Salaire de la peur » formidable roman qui a donné un formidable film de Clouzot ( mais un moins formidable remake de Friedkin) et que Georges Arnaud, dans la France un peu moisie de l'après-guerre, fut un trublion XXL.
Très sensible aux malheurs des autres, il dilapide sa fortune, intellectuel, incontournable fouteur de merde, il sera de tous les combats politiques, sociaux et philosophiques de cette époque. Viscéralement contre la colonisation, il participera à la création de la première école de journalisme d'Alger.
Bref, un jeune homme de vingt-quatre ans accusé d'avoir tué son père, sa tante et la bonne de la maison, qui une fois acquitté devient aventurier en Amérique du Sud, puis romancier et intellectuel respecté à son retour en France, en voilà une sacrée vie qui ne demandait qu'à être racontée par un écrivain de talent.
Philippe Jaenada, car c'est bien lui l'écrivain de talent, devient Philippe Rouletabille, Sherlock Jaenada, Philippe Poirot et Monsieur Marple pour se plonger dans les dossiers de l'enquête et du procès du triple crime d'Escoire. le plus objectivement possible l'écrivain enquêteur, fouille, traque et recoupe le moindre indice dans les compte-rendus d'époque et, après dix jours de recherche aux Archives départementales de la Dordogne, ce qu'il découvre laisse le lecteur sans voix.
Six cents pages serrées pour raconter une partie de Cluedo, ce pourrait être long, mais Philippe Jaenada a, comme d'habitude, le bon gout d'être drôle et tendre dans ses digressions qui sont devenues sa marque de fabrique.
Les réflexions et la plongée d'un écrivain (très parigot tête de veau pour notre plus grand plaisir) dans les nuits périgourdines (je ne sais pas pourquoi, mais je trouve que les mots périgourdin et périgourdine ont un petit côté égrillards) sont hilarantes.
Ce romancier méticuleux,sérieux et désopilant à la fois, devrait avoir un prix littéraire à chaque saison. Avec « la Serpe » il vient d'écrire le Club des Cinq (à lui tout seul) en Périgord (rouge sang évidemment).

Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Merik
  16 janvier 2018
Il doit falloir un sacré talent pour se permettre de saouler de digressions le lecteur sur 600 pages, sans qu'il lâche l'affaire. Sans parler du culot.
Mais quelle affaire tout de même, celle d'un homme à la vie hors du commun, orphelin de mère très tôt, fils de châtelain et flambeur d'héritage dans sa prime jeunesse... jusqu'à cette sordide nuit d'octobre 1941, et l'assassinat au château d'Escoire de son père, sa tante et la bonne, à coups de serpe. Accusé par la société mais acquitté au tribunal, il s'en remettra Henri Girard, une survie à base de péripéties incessantes, de changement de nom et de territoire, en dilapidant la fortune héritée ou en écrivant « Le salaire de la peur » (notamment).
L'auteur mêne l'enquête avec une verve inépuisable, dans un flux de pensées et de réflexions incessantes, en parsemant son récit d'humour (irrésistible humour, issu souvent de situations le concernant lui et ses proches), dans un semblant de bordel (plutôt bien organisé en réalité), s'appuyant sur une recherche tatillonne et des citations entre guillemets (sans oublier les parenthèses (souvent imbriquées les parenthèses), ni la difficulté qu'il a du avoir à les refermer toutes (j'en ai pas croisé une seule orpheline, et j'ai vérifié croyez moi (ou pas))).
Un boulot de fou ou de fourmi, celui de l'écrivain doublé de l'enquêteur, qui s'amusent et s'accordent, jouant de digressions comme de potentiels bols d'air dans cette enquête prolifère, par moments limite indigeste. Je me suis même surpris à souhaiter les voir débarquer.
J'ai l'impression d'avoir pris une cuite à la digression, ma première. Même pas mal à la tête. En plus j'ai bien rigolé. Je recommencerai du coup (peut-être avec « la petite femelle » (c'est la seconde affaire du bouquin, dont il nous parle en filigrane publicitaire... et digressive bien sûr)).
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critiques presse (4)
LeFigaro   20 octobre 2017
Philippe Jaenada rouvre l'enquête sur le triple homicide dont fut accusé Henri Girard, qui deviendra, dix ans plus tard, Georges Arnaud et publiera Le Salaire de la peur.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeMonde   09 octobre 2017
C’est dans un bistrot parisien que le romancier s’est laissé convaincre d’écrire l’histoire de Georges Arnaud, auteur du « Salaire de la peur » et héros de son dernier roman, « La Serpe », en lice pour le prix Goncourt.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeMonde   14 septembre 2017
Le romancier rouvre l’affaire Henri Girard, un triple meurtre, en 1941, dont le futur auteur du « Salaire de la peur » fut suspecté. Bouleversant et délicat.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaCroix   01 septembre 2017
Retraçant à sa manière désopilante l’histoire d’Henri Girard, alias l’écrivain Georges Arnaud, Philippe Jaenada rebat les cartes d’un fait divers, l’assassinat d’une famille, en 1941.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (42) Voir plus Ajouter une citation
PatsalesPatsales   26 septembre 2017
(L'auteur, solitaire, dans un restaurant chinois à Périgueux)
Je regarde à peine les huit pages de menu, c'est partout pareil (sauf en Chine, je suppose), je prends des nems, du bœuf aux oignons, du riz gluant et une demi-bouteille de bordeaux supérieur. Ce repas s'annonçait normal, bien, mais soudain, c'est le couac. La patronne ne bouge pas (alors qu'elle devrait, je ne vais pas commander seize plats), glaciale, petite, pose sur moi ses yeux noirs et me dit, avec un accent de Pékin à couper au couteau : « Et mes moutons ? » Quoi, ses moutons ? Quels moutons ? Elle s'est bien intégrée, elle élève des moutons dans le coin, elle se vexe parce que je n'ai pas choisi son gigot ? Je parcours rapidement la carte, ce qui n'est pas facile (et puis je rêve ou elle me fusille du regard ?), pas un seul plat à base de mouton – agneau, oui, sur plaque chauffante, aux herbes, mais elle aurait dit : « Et mes agneaux ? », non ? S'ensuit le dialogue le plus absurde qu'on ait jamais entendu dans un restaurant chinois de Périgueux (malheureusement, personne n'est là pour l'entendre) :
— Vos... ?
— Mes moutons ?
— C'est-à-dire ? 
— Et mes moutons ?
— Oui, j'ai bien compris, mais je... Pardon, quels moutons ?
— Nems, bœuf oignons, riz gluant... Et mes moutons ?
— Écoutez, vos moutons, je ne sais pas, mais c'est tout ce que je veux, oui, des nems, du bœuf aux oignons et du riz gluant.
— Et mes moutons ?
Elle me fait peur. Lui mettre des bâtons dans les roues ne servirait à rien, la seule solution serait de lui sauter à la gorge (car elle ne bouge toujours pas et me dévisage toujours durement) ou bien de céder sur cette histoire de moutons, tant pis, je prends des moutons, je ne vais pas en mourir. Je ne parle plus, la situation est extrêmement tendue et déroutante. Me lever et partir comme un voleur ? Aussi atroce que cela paraisse, après quelques secondes de silence insupportable, elle me dit d'une voix plus doucereuse :
— Monsieur... Mes moutons ?
À l'aide. Mais cette fois, elle a accompagné ses mots d'un geste rond des deux mains. Elle mime une sorte de boule, je crois d'abord qu'elle veut dessiner dans l'air la forme d'un mouton dodu, pour que je saisisse bien (mais je sais quand même ce qu'est un mouton, ça va mal finir), puis tout s'éclaire «  En même temps. » En quatre syllabes, quatre pieds, avec le e de « même », ou en trois, juste « Même temps ? », à la chinoise. « Les nems, le bœuf aux oignons et le riz gluant, en même temps ? » Je me confonds en excuses. Oui, bien sûr, désolé, mes moutons si vous voulez.
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michfredmichfred   22 septembre 2017
Voilà, j'aime bien les faits divers, le sordide ne me dérange pas a priori, mais en réalité, honnêtement, ça dépend : quand on a le sentiment de connaître quelqu'un, même si ce n'est pas vrai, quand on s'est attaché d'une façon ou d'une autre, ce n'est plus la même histoire. Ça désole, ça blesse, le sordide dégoûte.
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BazartBazart   05 octobre 2017
Une drôle de vie avec le recul. Ce que j’en sais, je l’ai appris dans les livres. Sale gosse, sale type, des claques, insupportable, il ne mue, instantanément, qu’en anéantissant la fortune familiale, et se transforme en nomade combattif qui ne possède rien et vient en aide à ceux qui en ont besoin. Un bon gars finalement.
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tynntynn   11 octobre 2017
Julliard ne craignait que Georges Arnaud, et il y avait de quoi. Georges inquiétait tout le monde. Il vous plantait son regard de ciel noyé en plein dans les yeux, et ne lâchait prise qu'après avoir obtenu satisfaction. C'était un dur à cuire, qui mangeait tout cru ses adversaires. » (La prochaine fois que je demande une avance chez Julliard, je tente le coup. Je leur plante mon regard d'épagneul dans les yeux et je ne lâche pas prise.
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JavascriptJavascript   19 novembre 2017
[ Elle recule, qu’est-ce qui se passe, son cerveau bloque, on a renversé une statue, et de la peinture – le couloir, la salle à manger dans l’autre sens, elle pose ses poulets vivants sur la petite table ronde de la cuisine et sort précipitamment sans comprendre.
En redescendant vers chez elle, le cerveau (de la petite Jeanne Valade, seize ans), se remet à fonctionner, une statue par terre – quelle statue ? – et toute cette peinture rouge, elle court et arrive hors d’haleine devant son père :
Il s’est passé quelque chose au château ! Ils sont morts !
Ne dis pas de bêtise.
J’ai vu du sang ! Des jambes !
Ne fais pas l’idiote, il y a les noix à ramasser.
(Il semble qu’en ce temps là les mômes, ce qu’ils disaient, ça entrait par une oreille et ça sortait par l’autre).
Dix minutes plus tard, un cri déchirant, déchiré, retentit dans la vallée :
Au secours ! Au secours !
Alphonse Palem, le maire du bourg depuis 16 ans, travaille dans son potager (sa maison est la plus proche du mur d’enceinte du parc, à une trentaine de mètres à peine du grand portail). Il lui semble avoir reconnu la voix du fils Girard, mais il ne sait pas s’il a entendu « Au feu! » » ou si le barjot est encore en train de pousser l’une de ses chansons de sauvage.
Il sort, fait quelques pas sur la route de Petit-Rognac, lève les yeux vers le château, ne voir rien, ni flammes ni fumée, retourne à ses courgettes et à ses carottes.
Pierre Meaud entend lui aussi des appels mais n’y prête pas grande attention, il se contente de sortir dans son jardin : rien d’anormal, ça va.
(Il semble qu’en ce temps-là, où on n’était pas des femmelettes, les cris déchirants aussi, ça entrait par une oreille et sortait par l’autre).
La seule à réagir, peut-être parce qu’elle est la plus proche de la voix (et que c’est une femmelette), c’est Yvonne Douglet, la gardienne (…) » ]
+ Lire la suite
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Videos de Philippe Jaenada (41) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Philippe Jaenada
http://festivaldulivre.colmar.fr/
28e Festival du livre Colmar 2017 On lirait le Sud.
Ma Tasse de thé : Interview de Philippe Jaenada pour son livre La serpe, édité chez Julliard, prix Fémina 2017.
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