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ISBN : 2260029396
Éditeur : Editions Julliard (17/08/2017)

Note moyenne : 3.55/5 (sur 524 notes)
Résumé :
Un matin d’octobre 1941, dans un château sinistre au fin fond du Périgord, Henri Girard appelle au secours : dans la nuit, son père, sa tante et la bonne ont été massacrés à coups de serpe. Il est le seul survivant. Toutes les portes étaient fermées, aucune effraction n’est constatée. Dépensier, arrogant, violent, le jeune homme est l’unique héritier des victimes. Deux jours plus tôt, il a emprunté l’arme du crime aux voisins. Pourtant, au terme d’un procès retentis... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (196) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  22 septembre 2017
Et si Hercule Poirot, petit détective belge tiré à quatre épingles et vaguement ridicule, devenait un gentil colosse, porté sur le whisky?
Si au lieu de vous tenir à l'écart de ses fameuses déductions de logique pure, au lieu de vous convoquer dans le lounge avec le colonel mustard et miss scarlet pour vous les aligner toutes, ses déductions, sans pitié, et dans les dernières pages du bouquin- histoire de vous montrer à quel point vous êtes: une brêle naïve, une tarte sentimentale, un faible d'esprit au Q.I. de protozoaire (rayez la mention inutile)- si, au lieu de tout cela, il vous confiait ses doutes, ses affres de conscience, s'il vous impliquait dans ses recherches, partageait ses conclusions au fur et à mesure de son enquête ?
Même plus: s'il vous faisait marrer avec quelques apartés rigolos, histoire de détendre l'atmosphère, bien poisseuse, pourtant, avec ces trois horribles meurtres à la serpe?
Tout le plaisir de la lecture du dernier Jaenada est là, dans cette présence chaleureuse, dans ce regard fraternel, dans ce cheminement patient, infatigable, et partagé, vers une vérité qui se dérobe, dans le temps -les faits datent de 1941- et dans la paperasse judiciaire et journalistique.
Avec lui nous faisons connaissance d' Henri Girard alias Georges Arnaud, écrivain célèbre - le Salaire de la Peur- , et auteur présumé d'un triple meurtre atroce, dont il fut acquitté, sinon blanchi, par un as du barreau, Maurice Garçon.
Pas sympa, et même pas sympa du tout, le jeune Henri Girard , mais sa vie semble coupée en deux: le sale gosse de riche profiteur et capricieux se mue, après son acquittement et la dilapidation de son patrimoine, en un justicier inlassable, un défenseur infatigable de la veuve et de l'orphelin...
Comment expliquer cette mutation? le choc, la prison, le frisson d'avoir tutoyé de si près la guillotine? Pas suffisant, comme explication.
Jaenada avec sa flasque d'Oban et le foulard de sa femme en guise de doudou, va exhumer les pièces de l'enquête et celle du procès, fouiller la correspondance familiale, recouper et comparer les témoignages.
Et, comme lui, nous allons pourfendre quelques clichés, débusquer quelques invraisemblances et décaper quelques vérités premières bien cachées...jusqu'à modifier notre jugement.
Et même plus... mais chuut!
Je vous laisse avec Jaenada, sa Mereva un peu nulle, son pneu sous-gonflé, son humour hilarant, sa patience de fourmi, son opiniâtreté de teckel.
La Serpe est une double rencontre: celle du narrateur - un type adorable qu'on aimerait embrasser sur les deux joues- et celle de son sujet , Georges Arnaud-Henri Girard, un écorché vif plein de cynisme et de douleur, qui en avait gros sur la patate, et qui a su trouver, malgré les préjudices et sa sulfureuse réputation, une parade pleine de grandeur et de panache à ses souffrances et aux soupçons ineffaçables qui pesaient sur lui.
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Tostaky61
  20 octobre 2017
Cher Père Noël,
Oui, je sais, c'est tôt,  mais quand on a une commande particulière,  il vaut mieux s'y prendre de bonne heure...
Cher Père Noël,  donc, comme j'ai été un lecteur très sage cette année,  j'aimerais trouver au pied du sapin, dans ces merveilleux chaussons offerts avec amour par mes proches, une panoplie de Philippe Jaenada. La plus belle, la complète,  celle avec le talent, le style, l'humour,  celle avec tous ses codes. Un truc que j'enfile et qui me permet de rédiger mes chroniques le coeur léger.  (Si un jour, je le rencontre,  je demanderai à Philippe Jaenada si j'ai raison de penser qu'il a l'écriture facile).
Deuxième roman de cet auteur que je découvre,  après son "Sulak", à la lecture duquel je m'étais déjà régalé.
La serpe, est l'outil qui a servi en octobre 41 à massacrer trois personnes dans un château en Dordogne. C'est le petit-fils d'Henry Girard, principal accusé de ce triple homicide, qui à raconté à son ami Jaenada cet épisode dramatique de la vie de son grand-père.
L'auteur s'est donc rendu sur les lieux mêmes de la tragédie afin de relire les minutes du procès, d'éplucher les témoignages et d'essayer d'imaginer l'atmosphère de l'époque.
Ce roman c'est son enquête. Mais une enquête façon  Philippe Jaenada, c'est Columbo, le chien en moins (la femme y est, elle, et il y a même un fils adoré, absent lui, chez le célèbre lieutenant ).
Pour avoir une idée de l'écriture de cet auteur, si vous n'avez pas la chance de la connaître,  c'est simple, Philippe Jaenada il va de Marseille à  Lyon mais en passant par.....Lille.
Alors certes,  La serpe est un pavé,  mais la raison en est très simple, si l'écrivain s'était focalisé sur son seul sujet, je pense qu'il aurait perdu des lecteurs en route. Parce que même moi, à un moment, je me suis égaré,  faut dire qu'il y a du détail,  rien ne lui échappe,  il y a de la répétition aussi et ça, il vous prévient à l'avance,  c'est pas qu'il vous prenne pour des imbéciles,  mais c'est qu'il veut être sûr que vous ne loupez rien, parce que le récit et riche et surtout, il a quelque chose à vous raconter, lui, il a résolu l'énigme. Bon sang mais c'est bien sûr ! Alors, pour alléger son récit,  il rajoute des pages, des petites anecdotes, des trucs dont on n'a rien à faire... mais c'est drôle, ça égaye un roman qui pourrait être très noir. C'est son style, et surtout, qu'il ne change rien, c'est trop bon. En tout cas, moi, j'en redemande. D'ailleurs tout au long de son livre, il m'a conseillé de lire La petite femelle , son précédent opus et je vais écouter son conseil. (Ah oui, parce qu'il faut que je vous dise, vous pouvez compter sur lui pour faire la promo de ses ouvrages, il a les mots et les clins d'oeil faciles, il sait les glisser dans le fil de sa narration).
Merci à Babelio et aux Editions Julliard pour cet excellent moment de lecture.
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Franckync
  14 octobre 2017
Titre : La serpe
Auteur : Philippe Jaenada
Editeur : Julliard
Année : 2017
Résumé : Octobre 1941 trois corps sont retrouvés atrocement mutilés dans un château du Périgord. Seul rescapé de la tuerie, le jeune Henri Girard fait figure de coupable idéal. Alors que son père, sa tante et sa domestique baignent encore dans leur sang, Henri fait preuve d'un détachement paraissant coupable aux yeux des premiers arrivés sur le lieu du crime. Contre toute attente, à la suite d'un procès retentissant, Girard sera pourtant innocenté alors que l'opinion publique reste persuadée de sa culpabilité.. Enfin libre, il s'exilera en Amérique du sud qui lui inspirera le salaire de la peur, roman dont l'adaptation cinématographique fera bientôt sa renommée. Méthodiquement, à l'aide des minutes du procès et d'une multitudes de documents, Jeanada mène l'enquête.
Mon humble avis : Dans les 15 derniers sélectionnés du prix Goncourt, une presse quasi unanime, des avis dithyrambiques, La serpe par ci, la serpe par là…. Dur d'échapper à ce roman en cette rentrée littéraire 2017. Je ne connaissais pas Jaenada avant de m'attaquer à ce pavé de plus de 600 pages mais les échos parvenus de métropole m'indiquaient sans aucun doute possible que je tenais là l'un des livres qui allait marquer ma vie de lecteur d'une trace indélébile. Restait à découvrir ce texte mais je dois avouer que je démarrais cette lecture plutôt confiant et avide de découvrir ce roman qu'on disait original et passionnant. Les premières pages me confortaient dans cette opinion : de l'humour, des digressions plus ou moins heureuses mais un vrai ton et des va-et-vient brillants entre l'époque du crime et celle de l'enquête menée par Jaenada. A la manière de Truman Capote et de son fameux in cold blood (de sang froid pour la VF 1966) l'auteur relance une affaire aujourd'hui enterrée pour tenter d'en tirer la substance et pourquoi pas innocenter Henri Girard d'un crime qu'il avouera pourtant face caméra sur ses vieux jours ( du reste Jaenada ne donne aucune explication quant à ces aveux me semble-t-il) Bon autant vous le dire tout de suite cette recherche de vérité me passionna sur les cent premières pages puis m'ennuya allègrement le reste du roman. Et pourtant… Pourtant certains passages sont brillantissimes (surtout ceux concernant la personnalité troublée d'Henri Girard et ses pérégrinations américaines). Trop de détails tue le détail aurais-je envie de dire : plusieurs dizaines de pages sur une fenêtre qui ferme mal, des tunnels interminables sur des horaires contradictoires d'extinction d'une lumière, une vague histoire de résistance… Si l'on peut reconnaître à Jaenada un travail de recherche impressionnant, une aptitude assez exceptionnelle à rechercher la vérité derrière les apparences, on peut également regretter sa trop grande méticulosité qui à tendance à lasser le lecteur ( moi en tout cas ). A mon humble avis Jaenada n'est jamais aussi bon qu'au contact de son personnage principal, ce fameux Henri Girard tour à tour sale gosse, cruel et inconstant puis plus tard idéaliste et engagé. Un vrai personnage de roman, un homme complexe dont le destin fut durement marqué par cette accusation et les mois d'internement qui s'ensuivirent. Au-delà de ce personnage haut en couleur et des multiples digressions (parfois hilarantes) distillées dans le texte, je dois avouer avoir ressenti un certain agacement face à ce roman qui m'a paru interminable et dont j'ai survolé les dernières pages, bien incapable d'accrocher au récit. A mon grand regret je l'avoue.
J'achète ? : J'ai bien peur de devoir dire non. L'auteur semble sympathique, la vie d'Henri Girard méritait bien un roman mais pourtant je me suis ennuyé comme jamais. Evidemment ce n'est que mon humble avis…

Lien : http://francksbooks.wordpres..
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Bazart
  05 octobre 2017
Un écrivain parisien rôde autour d'un château par une sombre soirée d'automne. Attention pas n'importe quel château, le château qui domine le village d'Escoire, un château où a eu lieu, il y a plus de soixante-dix ans un crime atroce. Un homme et deux femmes ont été sauvagement massacrés à coup de serpe, le seul rescapé de la demeure fut pendant près de deux années le coupable idéal. Acquitté au cours d'un procès retentissant, il reste pourtant aux yeux de beaucoup de gens un effroyable assassin qui a eu beaucoup de chance.
Un fait-divers comme un autre ? Pas pour Philippe Jaenada, c'est lui l'écrivain rodeur, il connait très bien le petit-fils du prétendu meurtrier et ce prétendu meurtrier est devenu George Arnaud, le célèbre auteur du « Salaire de la peur » formidable roman qui a donné un formidable film de Clouzot ( mais un moins formidable remake de Friedkin) et que Georges Arnaud, dans la France un peu moisie de l'après-guerre, fut un trublion XXL.
Très sensible aux malheurs des autres, il dilapide sa fortune, intellectuel, incontournable fouteur de merde, il sera de tous les combats politiques, sociaux et philosophiques de cette époque. Viscéralement contre la colonisation, il participera à la création de la première école de journalisme d'Alger.
Bref, un jeune homme de vingt-quatre ans accusé d'avoir tué son père, sa tante et la bonne de la maison, qui une fois acquitté devient aventurier en Amérique du Sud, puis romancier et intellectuel respecté à son retour en France, en voilà une sacrée vie qui ne demandait qu'à être racontée par un écrivain de talent.
Philippe Jaenada, car c'est bien lui l'écrivain de talent, devient Philippe Rouletabille, Sherlock Jaenada, Philippe Poirot et Monsieur Marple pour se plonger dans les dossiers de l'enquête et du procès du triple crime d'Escoire. le plus objectivement possible l'écrivain enquêteur, fouille, traque et recoupe le moindre indice dans les compte-rendus d'époque et, après dix jours de recherche aux Archives départementales de la Dordogne, ce qu'il découvre laisse le lecteur sans voix.
Six cents pages serrées pour raconter une partie de Cluedo, ce pourrait être long, mais Philippe Jaenada a, comme d'habitude, le bon gout d'être drôle et tendre dans ses digressions qui sont devenues sa marque de fabrique.
Les réflexions et la plongée d'un écrivain (très parigot tête de veau pour notre plus grand plaisir) dans les nuits périgourdines (je ne sais pas pourquoi, mais je trouve que les mots périgourdin et périgourdine ont un petit côté égrillards) sont hilarantes.
Ce romancier méticuleux,sérieux et désopilant à la fois, devrait avoir un prix littéraire à chaque saison. Avec « la Serpe » il vient d'écrire le Club des Cinq (à lui tout seul) en Périgord (rouge sang évidemment).

Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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nameless
  27 avril 2018
Dans la Serpe, comme dans La petite femelle, le travail de recherche documentaire effectué par Philippe Jaenada est titanesque et mérite d'être salué, comme son souci évident de traquer la vérité. Il décortique ici un fait divers survenu en 1941, l'assassinat de 2 membres de la famille Girard et de leur bonne dans leur château périgourdin. Henri Girard, devenu plus tard Georges-Jean Arnaud, ou Georges Arnaud est présent, suspecté puis arrêté et jugé pour ces meurtres. Seul le talent de Maître Maurice Garçon dont la réputation est d'effrayer rien qu'en se taisant, le sauve de la guillotine. Le verdict d'acquittement a été largement considéré, au moment où il a été rendu comme un bienveillant jugement de classe.

Durant 643 pages, sur la base d'archives et témoignages innombrables, l'auteur retrace la vie tumultueuse et rocambolesque, passionnante, de Georges-Jean Arnaud, une vie de millionnaire et de clochard, pleine de rage, de haine, de gloire et de grands combats. Sale gosse, sale type, insupportable, celui qui s'est trouvé comme vocation de « fomenter le désarroi chez les connards », mari de plusieurs femmes qu'il abandonne comme il se désintéresse de ses enfants, mue après avoir anéanti la fortune familiale, et se transforme en nomade combatif qui ne possède rien et vient en aide à ceux qui en ont besoin. Mais entre ces deux vies bien distinctes et diamétralement opposées, empestent pour toujours les quelques heures de barbarie au cours desquelles trois personnes ont été exterminées, sans que le coupable soit jamais arrêté.

Comme dans La petite femelle, selon son habitude puisqu'il s'agit de sa marque de fabrique, Philippe Jaenada ensevelit le lecteur jusqu'à l'étouffer, sous des tombereaux de digressions, distrait son attention entre des parenthèses doubles, triples, des réflexions perso-conjugo-politicos qui le mettent complaisamment en scène en chouchoutant son ego. Personnellement, son road-trip à bord de sa Meriva aux pneus sous-gonflés m'a sur-gonflée. Bien sûr, il appartient à chaque lecteur de vérifier s'il est apte à supporter cette exaspérante logorrhée.

Mais comme cette biographie romancée possède de nombreuses qualités, je m'empresse d'ajouter que ce qui m'a le plus intéressée, c'est la génèse du Salaire de la peur, le roman puis son adaptation cinématographique par
Henri-Georges Clouzot, dont Georges Arnaud considère qu'il a dénaturé ses intentions en rabaissant le rôle des femmes au sous-sol et en inventant un lien sexuellement douteux entre Montand et Vanel.

Au-delà de toutes ces considérations, c'est vrai que lorsque je vais me promener à la Bambouseraie de Prafrance où a été tournée la mythique scène au cours de laquelle Yves Montand roule sur Charles Vanel, je retrouve bien l'ambiance sud-américaine, camion de nitroglycérine en moins. Depuis le
film, les bambous ont poussé et sont encore plus beaux.
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critiques presse (6)
Telerama   31 août 2018
Il aime, avec une conviction assumée, la puissance de la réalité et la liberté romanesque, la recherche d’indices et la fantaisie digressive. Mais depuis quelques années Philippe Jaenada a muté en explorateur de la vérité historique, recoupant les faits (divers) tel un justicier au grand cœur, assoiffé d’humanité.
Lire la critique sur le site : Telerama
LeJournaldeQuebec   04 juin 2018
Récipiendaire du Prix Femina pour La Serpe, l’écrivain français Philippe Jaenada entraîne les lecteurs dans une formidable enquête en reconstituant, avec une patience infinie, le puzzle d’un triple assassinat commis en 1941.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LeFigaro   20 octobre 2017
Philippe Jaenada rouvre l'enquête sur le triple homicide dont fut accusé Henri Girard, qui deviendra, dix ans plus tard, Georges Arnaud et publiera Le Salaire de la peur.
Lire la critique sur le site : LeFigaro
LeMonde   09 octobre 2017
C’est dans un bistrot parisien que le romancier s’est laissé convaincre d’écrire l’histoire de Georges Arnaud, auteur du « Salaire de la peur » et héros de son dernier roman, « La Serpe », en lice pour le prix Goncourt.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeMonde   14 septembre 2017
Le romancier rouvre l’affaire Henri Girard, un triple meurtre, en 1941, dont le futur auteur du « Salaire de la peur » fut suspecté. Bouleversant et délicat.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaCroix   01 septembre 2017
Retraçant à sa manière désopilante l’histoire d’Henri Girard, alias l’écrivain Georges Arnaud, Philippe Jaenada rebat les cartes d’un fait divers, l’assassinat d’une famille, en 1941.
Lire la critique sur le site : LaCroix
Citations et extraits (82) Voir plus Ajouter une citation
PatsalesPatsales   26 septembre 2017
(L'auteur, solitaire, dans un restaurant chinois à Périgueux)
Je regarde à peine les huit pages de menu, c'est partout pareil (sauf en Chine, je suppose), je prends des nems, du bœuf aux oignons, du riz gluant et une demi-bouteille de bordeaux supérieur. Ce repas s'annonçait normal, bien, mais soudain, c'est le couac. La patronne ne bouge pas (alors qu'elle devrait, je ne vais pas commander seize plats), glaciale, petite, pose sur moi ses yeux noirs et me dit, avec un accent de Pékin à couper au couteau : « Et mes moutons ? » Quoi, ses moutons ? Quels moutons ? Elle s'est bien intégrée, elle élève des moutons dans le coin, elle se vexe parce que je n'ai pas choisi son gigot ? Je parcours rapidement la carte, ce qui n'est pas facile (et puis je rêve ou elle me fusille du regard ?), pas un seul plat à base de mouton – agneau, oui, sur plaque chauffante, aux herbes, mais elle aurait dit : « Et mes agneaux ? », non ? S'ensuit le dialogue le plus absurde qu'on ait jamais entendu dans un restaurant chinois de Périgueux (malheureusement, personne n'est là pour l'entendre) :
— Vos... ?
— Mes moutons ?
— C'est-à-dire ? 
— Et mes moutons ?
— Oui, j'ai bien compris, mais je... Pardon, quels moutons ?
— Nems, bœuf oignons, riz gluant... Et mes moutons ?
— Écoutez, vos moutons, je ne sais pas, mais c'est tout ce que je veux, oui, des nems, du bœuf aux oignons et du riz gluant.
— Et mes moutons ?
Elle me fait peur. Lui mettre des bâtons dans les roues ne servirait à rien, la seule solution serait de lui sauter à la gorge (car elle ne bouge toujours pas et me dévisage toujours durement) ou bien de céder sur cette histoire de moutons, tant pis, je prends des moutons, je ne vais pas en mourir. Je ne parle plus, la situation est extrêmement tendue et déroutante. Me lever et partir comme un voleur ? Aussi atroce que cela paraisse, après quelques secondes de silence insupportable, elle me dit d'une voix plus doucereuse :
— Monsieur... Mes moutons ?
À l'aide. Mais cette fois, elle a accompagné ses mots d'un geste rond des deux mains. Elle mime une sorte de boule, je crois d'abord qu'elle veut dessiner dans l'air la forme d'un mouton dodu, pour que je saisisse bien (mais je sais quand même ce qu'est un mouton, ça va mal finir), puis tout s'éclaire «  En même temps. » En quatre syllabes, quatre pieds, avec le e de « même », ou en trois, juste « Même temps ? », à la chinoise. « Les nems, le bœuf aux oignons et le riz gluant, en même temps ? » Je me confonds en excuses. Oui, bien sûr, désolé, mes moutons si vous voulez.
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tamara29tamara29   24 février 2019
Je pense à un plaisir honteux, à une méthode policière aussi vile que drôle (et frôlant le génie) dont m’a parlé mon pote flic Pupuce, promu récemment commandant, à la grande fierté des bistrots du quartier. (Le problème c’est qu’il ne veut plus que je l’appelle Pupuce dans mes livres, mais « monsieur le divisionnaire »). Il y a quelques années encore (aujourd’hui, tout est devenu si strict dans la police que ce n’est plus possible), quand un gardé à vue particulièrement revêche refusait de parler, le commissariat avait mis au point une technique remarquable, dite du « bonhomme vert ».
Les enquêteurs qui interrogeaient le suspect entrouvraient la fenêtre l’air de rien puis quittaient la pièce, le laissant seul, menotté à la chaise. Un membre de l’équipe enfilait une combinaison verte d’éboueur, des gants et une cagoule assortie, passait par le bureau voisin, au troisième étage, où une issue de secours intérieure permettait d’accéder facilement et sans risque à la salle d’interrogatoire, entrait par la fenêtre, lui balançait deux ou trois bonnes baffes, lui disait simplement qu’il reviendrait dans un quart d’heure, plus énervé, et repartait par où il était arrivé. Si le pauvre gars se plaignait ensuite à un avocat ou à un juge, m’a raconté monsieur le divisionnaire, quand on lui demandait dans quelles circonstances il avait été maltraité, il ne pouvait que répondre, s’il était honnête : « c’est un bonhomme vert qui est entré par la fenêtre, il m’a frappé et il est ressorti, par la fenêtre aussi. Au troisième étage, oui, je crois. Tout vert. » Qui pouvait le croire ? Urgences psychiatriques, hop. C’est très mal, je sais.
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RenodRenod   20 octobre 2018
Après une nuit particulièrement arrosée (à l'œil) dans les boîtes de Pigalle, un collègue {policier} avait fini chez une fille qui travaillait dans l'un de ces établissements (...), rond comme une queue de pelle. Il avait réussi par miracle à se relever au milieu de la nuit, était rentré chez lui en titubant dangereusement et s'était couché près de sa femme, en la réveillant sûrement mais il faut être indulgente, c'est la vie de policier – ça pue l'alcool, le mauvais champagne éventé, mais en immersion dans le milieu, comment faire autrement ? Une heure plus tard, une entité démoniaque lui avait fait ouvrir les yeux. En voyant les chiffres lumineux de son réveil (il était 6 heures), il s'était levé d'un bond, comme électrocuté, et avait enfilé son caleçon et son pantalon en s'effondrant à moitié sur la chaise où il les avait posés. « Mais qu'est-ce qui te prend, qu'est-ce que tu fais ? » avait demandé l'épouse ensommeillée. « Ben je rentre chez ma femme ! » Irrattrapable, pas moyen.
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PiatkaPiatka   30 janvier 2018
Pour eux, l'une des premières preuves de la culpabilité d'Henri, c'est qu'il soit le seul survivant, le seul dans le château au matin ; pour moi, c'est au contraire l'une des premières preuves de son innocence : de tous les suspects qu'on pourrait envisager, il serait le seul à avoir disposé de douze heures pour maquiller ses crimes en vol ou en n'importe quoi d'autre, il n'est pas pensable qu'il en ait si médiocrement profité, qu'il se soit montré aussi nul durant toute la nuit – vous êtes le dernier des ânes, Girard.
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PiatkaPiatka   02 février 2018
Je n'ai jamais vraiment compris comment les vestiges s'enterraient. À Rome, à Paris, à Athènes, des archéologues creusent et découvrent des temples, des maisons, des salles de bains, dans des lieux qui n'ont jamais cessé d'être habités. À quel moment le temps recouvre tout ? À quel moment la terre monte sans que personne s'en aperçoive ?
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