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ISBN : 2809703205
Éditeur : Editions Philippe Picquier (24/02/2012)

Note moyenne : 3.7/5 (sur 5 notes)
Résumé :
Romanciers, poètes, essayistes et artistes japonais, livrent leurs témoignages, réactions à vif, méditations et visions sur la triple catastrophe - séisme, tsunami, accident nucléaire - qui a frappé la région du nord-est du Japon le 11 mars 2011.
Ces textes déclinent le courage, le deuil et la révolte, mais aussi l'ironie, voire l'humour noir - signes d'une force et d'une lucidité critique largement partagées. C'est en ce sens un document essentiel pour compr... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (2) Ajouter une critique
kuroineko
  17 avril 2019
Paru quasiment un an après la terrible succession de drames - séismes, tsunami, accident nucléaire de Fukushima - qui frappa la région du Tôhoku, le Nord-est de la principale île du Japon, le recueil L'archipel des séismes rassemble divers écrits post 11 mars 2011. Contributeurs et traducteurs travaillèrent bénévolement et les bénéfices de la vente du livre furent destinés aux sinistrés.
Écrivains, poètes, journalistes, universitaires, photographe, psychologues, ethnologues et autres chercheurs en sciences humaines, poètes, etc, livrent des textes racontant le 11 mars et leur 11 mars, analysant la catastrophe à l'aune du passé ou constatant les manquements gouvernementaux et de l'entreprise Tepco. Certains condamnent le nucléaire et surtout les autorités qui arguèrent de sa parfaite sécurité. D'autres recourrent à la fiction ou à la poésie pour narrer l'inimaginable.
La plupart, pourtant gens de mots et de langage, font part de la perte des mots, d'un mutisme né dans les premiers temps du drame. Lorsque les mots reviennent, c'est pour marquer qu'il y a désormais un "avant" et un "après" 11 mars dans leurs sens profonds. Face aux dizaines de milliers de morts et de disparus, face aux sinistrés survivant dans des conditions extrêmement difficiles, face à ces villes et villages ravagés par la vague infernale jaillie du séisme et face aux dangers latents d'une possible explosion de la centrale Daiichi et aux irradiations, comment la parole pourrait-elle demeurer identique à celle du 10 mars?
Marqués par l'émotion ou par les analyses savantes, par la contestation ou par l'imagination, les textes du recueil frappent tous au coeur. Certains auteurs m'étaient connus, parfois seulement de nom, mais ce fut l'occasion aussi de découvrir d'autres voix japonaises dont les oeuvres ou les travaux ne sont pas traduits en français hélas.
Au-delà de l'évènementiel, il y a une recherche de compréhension, de mise en parallèle - notamment avec la défaite d'août 1945, d'inscription dans un passé nippon rythmé de tout temps par les fortes activités sismiques et les risques inhérents de tsunami. Certains évoquent qu'en plus de la disparition physique des villes et édifices, c'est toute une géographie et un espace mental qui s'évanouissent. D'autres rappellent les travaux antérieurs de physiciens spécialisés dans le nucléaire qui tentèrent d'attirer l'attention des autorités à construire des centrales sur des sites à risque. le capitalisme et les appétits énergivores repoussèrent voire dénigrèrent ces alertes.
L'archipel des séismes est un recueil très instructif et riche d'enseignements variés sur la catastrophe et la gestion de la crise conséquente, sur la réaction des personnalités intellectuelles face aux événements et le rapport quant à leur profession qui les laisse si démunis devant la mort et la dévastation. Un ouvrage fondamental sur le sujet, à mes yeux.
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Seijoliver
  01 mars 2019
Dans quelques jours, il y aura huit ans qu'au Japon un tremblement de terre, un tsunami et un accident nucléaire frappaient le nord-est du pays (région du Tôhoku). La plus grande catastrophe qu'a connu ce pays depuis 1945. On peut se rappeler que l'empereur actuel – il va céder sa place en avril prochain – s'est adressé – fait rarissime au Japon - directement à la population, comme son prédécesseur en août 1945, soixante-six ans auparavant.
A noter que sortira en mars prochain, Fukushima, le couvercle du soleil, un film japonais réalisé en 2016.
Les textes rassemblés par Corinne Quentin et Cécile Sakai ont été écrits « à chaud » quelques jours ou semaines après le 11 mars 2011. Ils sont écrits par des romancier-cières, des poètes ou des essayistes qui ont tenté d'écrire, d'expliquer ou simplement de rendre compte de leur émotion ou de leur colère.
Les contributions sont rassemblées en quatre parties (les faits ; les analyses ; les réactions d'écrivains ; enfin, des nouvelles et des poèmes), et sont d'une grande diversité (artiste, universitaire, auteur-e).
On peut ainsi lire la contribution de Jinno Toshifumi qui travaille sur les traces des catastrophes dans la littérature (roman de guerre, de la bombe) ; ou l'anthropologue Akasaka Norio qui, à travers la culture populaire des récits et de la mythologie, montre la persistance des catastrophes et s'insurge d'une stupide amnésie ou de l'inconséquence. Il cite la coutume de Churakasa, sorte de technique d'autodéfense basée sur la grande patience et qui permet de renvoyer bien poliment le mal d'où il provient. Sagesse enfouie qui permettrait de ne pas s'opposer bêtement : « Pas de lutte inutile. Fuir. Esquiver ». le journaliste Shioya Yoshio revient lui sur le « renoncement à la sécurité » nucléaire pointant la gestion privée de l'industrie nucléaire (réglementation trop assouplie) et l'insuffisance de l'Agence pour la sûreté nucléaire japonaise. le philosophe Ishida Hidetaka revient lui sur l'impermanence qui constitue « la condition fondamentale de l'homme… il faut donc vivre la vie de ce monde avec le maximum de détermination éthique envers soi et envers autrui. »
Plusieurs des auteurs de ces textes dénoncent un système économique, technologique et industriel « exclusivement défini par la productivité » (Kang Sang Jung), une société donnant priorité à la commodité : « Dans un objectif de croissance économique, toujours plus de commodité nous est imposé… […] Voilà qui fait grossir la production et la consommation. Ce que nous pensons devoir aux bienfaits de la technologie, n'est qu'un faux désir qui nous est imposé » (Hosaka Kazushi) ; mais aussi l'« inadéquation inouïe, abyssale, entre les intérêts des citoyens et ceux de l'État » (Ikeda Yûichi).
Par réaction ils-elles s'interrogent, espérant un sursaut moral et citoyen (retrouver l'esprit d'initiative), appelant à une forme d'impudence (refusant le sacrifice et la contrainte de ce monde déshumanisé pour assumer de vouloir vivre sainement), se demandant comment refaire nation quand depuis des année la société s'est atomisée (Tawada Yôko). L'écrivain Ikezawa Natsuki en appelle à « une nouvelle équation, un nouveau modèle social. Jusqu'à présent, nous avons trop produit, nous nous sommes lassés trop vite, avons trop détruit. Nous nous sommes agités pour mener une vie consommatrice. Si nous arrivions à changer d'orientation, le Japon pourrait peut-être proposer au monde un modèle nouveau pour les générations futures. »
Huit ans après, où en sont-ils ?
Pas sûr du tout que la débauche de travaux pour les JO de Tokyo-2020, et dont les coûts ne font qu'augmenter, soit la bonne réponse. Ils incarnent la société de croissance et l'économie productiviste que dénonçaient certains des contributeurs. Pas sûr donc, que ce soit la bonne voie, la bonne équation souhaitée par Ikezawa… Parenthèse : bien que les médias dominants n'en parlent évidemment pas, il existe au Japon – et ailleurs - des opposants à ces grandes messes sportives mondialisées !
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critiques presse (2)
LeMonde   16 mars 2012
Voici un livre qu'il faut acheter.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   07 mars 2012
Sinueux et dégagé, un beau chemin se trace dans ces écrits, cherchant une place pour la parole, entre le silence des sinistrés traumatisés et celui d'un pouvoir qui préfère taire certaines vérités.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (4) Ajouter une citation
kuroinekokuroineko   10 avril 2019
Quand on se retrouve dans une ville dont les constructions ont disparu, on a l'impression étrange que les distances ont changé : les choses《avant》semblaient plus lointaines. Plus rien ne vient s'interposer dans votre champ de vision, la vue est dégagée, et c'est sans doute ce qui donne l'impression que l'espace s'est réduit. Il me semble qu'il y a encore une autre raison à ce sentiment. Avant, on marchait le long des alignements de maisons, on tournait aux angles des rues ou on les traversait, mais nos déplacements n'étaient pas seulement physiques. Telle ou telle maison, tél magasin ou scierie, telle ou telle personne habitant là et qui faisait signe quand on passait devant chez elle, les murs, les pavés, les arbres, tous ces détails que nos yeux perçoivent formaient un ensemble de signes, de sens ou de souvenirs qui constituaient un espace mental. Quand tous ces détails disparaissent, que la ville est aplatie comme une carte sur laquelle seules les rues seraient dessinées, cet espace mental se disloque : il ne reste que les distances physiques. Une ville réduite à ses simples dimensions apparaît étonnamment petite et cette impression vient encore renforcer, inutilement, notre tristesse et notre désarroi.

Hatakeyama Naoya, "Photographier le vide"
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kuroinekokuroineko   16 avril 2019
Fermez les yeux,
Faites le calme en vous,
Imaginez :
Si tous les cerisiers en fleurs étaient couleur de cendre.
Un poète, autrefois, a dit :
Le printemps qui suit la disparition d'un être cher,
Les cerisiers fleurissent quand même magnifiquement.
Pourtant, il n'y a personne avec qui les admirer.
Alors, vous, fleurs dans la montagne,
Recouvrez-vous des vêtements du deuil!

Cerisiers, comprenez ma peine, cette année au moins,
Donnez à vos fleurs la couleur de la cendre!

Ikezawa Natsuki, "Cette année au moins..."
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kuroinekokuroineko   14 avril 2019
《En fait, la situation est très grave》: cette information ne nous trouble plus, curieusement. Une telle absence de réaction était-elle prevue par Tepco, ou par le gouvernement? Je pense plutôt qu'ils ne maîtrisent pas vraiment les effets des《confessions après-coup》. Un passé ainsi révisé n'est plus qu'une histoire fictionnelle.
On nous bande les yeux sur《ce qui se passe maintenant》, et nous ne pouvons plus croire non plus aux informations sur《ce qui s'est passé avant》. C'est ce contexte de grande confusion qui me fait réfléchir à la question du《désordre des temporalités》.

Saitô Tamaki, "Le temps sinistré : un seul traitement, sortir du nucléaire"
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SeijoliverSeijoliver   01 mars 2019
Depuis ce 11 mars, tandis que les médias continuent à parler du puissant séisme, du tsunami géant, de l'inquiétude liée aux réacteurs nucléaires, des tremblements de terre qui se produisent encore souvent, ainsi que des fortes répliques et des mesures à adopter, dont l'orientation reste bien floue, il s'est écoulé pas mal de temps. Et finalement, ce que je ressens maintenant très fortement, c'est que l'être humain lui-même est bien l'ultime forteresse.

D'abord, le visage et les paroles des sinistrés les plus durement touchés répondant aux interviews des médias m'ont donné à méditer sur la profondeur des gens du Tôhoku et, plusieurs fois, m'ont amené à me remettre moi-même en question. Car dans l'expression des sinistrés on pouvait très bien lire un sentiment complexe qui, par considération pour leurs voisins se trouvant aussi dans une situation tragique, leur interdisait de trop insister sur leur propre malheur. Ce qu'il y a de plus beau au fond du coeur des Japonais, mais qu'aujourd'hui on rencontre de plus ne plus rarement, je l'ai retrouvé dans les réserves d'énergie des gens du Tôhoku, pourtant plongés dans de terribles sacrifices, et j'en ai été profondément remué. (Muramatsu Tomomi)
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