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Bernard Turle (Traducteur)
ISBN : 2848930837
Éditeur : Les Deux Terres (25/08/2010)

Note moyenne : 3.4/5 (sur 41 notes)
Résumé :
Dans les marais, les flamants roses sont les symboles tenaces d’un Bombay qui est devenu Mumbai. C’est dans les quartiers huppés que Karan Seth, venu saisir avec son appareil l’esprit de la mégapole, va croiser ses modèles : Samar, pianiste, excentrique, homosexuel ; la star de Bollywood, Zaira, et Rhea, dont les frustrations d’épouse l’entraînent dans une relation avec le jeune photographe.

L’assassinat de Zaira va bouleverser ce microcosme mondain ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (24) Voir plus Ajouter une critique
chocobogirl
  26 août 2010
Karan Seth est un jeune photographe d'avenir qui débarque de province pour rejoindre la foisonnante Bombay. Travaillant pour le journal India Chronicle, il ambitionne de constituer une banque d'archives photographiques sur Bombay, des photos en apparence insignifiantes sur les petites choses du quotidien mais formant une vision originale de la ville.
En attendant, Karan se voit confier une mission pour le journal : ramener une photo de Samar Arora, un célèbre pianiste qui s'est retiré de la vie publique. Difficile d'accès, ce dernier refuse ses demandes d'entretien. Pourtant le photographe réussit à obtenir une rencontre gràce à son culot. Leur entrevue se déroule paisiblement jusqu'à l'arrivée subite de Zaïra, célèbre actrice de Bollywood et meilleure amie de Samar. Complètement bouleversée, cette dernière vient de subir un énième harcèlement de la part de Malik, fils du ministre Prasad qui se croit à l'abri de toutes représailles.
Karan, qui fera preuve de discrétion et de tact, vis à vis de cette histoire sulfureuse qui pourrait faire les unes des journaux ignore encore qu'il vient de s'allier une amie de coeur. Zaïra qui, comme les autres, pressent un talent caché chez notre photographe débutant, lui suggère d'aller se promener au milieu de Choor bazar et de chercher un "fornicateur de Bombay". Au gré de ses recherches, Karan fait la connaissance de Rhéa, une belle femme séduisante qui l'entraine à la découverte des coins cachés de Bombay. Une tension sexuelle nait entre eux mais la jeune femme est mariée...
Un nouveau monde s'ouvre à Karan : celui des stars de cinéma, celui de l'amitié et de la passion mais aussi celui des drames...
le roman se découpe en 3 parties.
La première met en place le récit, présente les personnages et dresse leur portrait psychologique ainsi que les nouvelles relations qui naissent entre eux. Elle s'achèvera sur un drame : le meurtre de l'un des personnages.
La deuxième partie va être entièrement centrée sur cet assassinat et surtout sur ses répercutions dans la vie de ses proches. Un vaste procès, qui va déchainer les médias, va être instruit et bouleverser profondément les amis de la victime.
Enfin la dernière partie du roman nous fera retrouver tous les personnages du récit après une ellipse de plusieurs années. Chacun a mûri, suivi sa voie ou non, fait des choix. Tous ont été marqués par cette mort, tous ont changés mais tels les derniers flamants roses de Bombay, ils sont toujours là.
Il m'est très difficile de vous donner un avis tranché sur ce roman qui m'a donné des sentiments très contrastés.
L'histoire de ce provincial qui arrive dans la ville la plus peuplée d'Inde est assez touchante. Enthousiaste, naïf et rêveur, Karan semble promis à un bel avenir qui défie l'ordre social. Pourtant, il se verra écrasé par cette grosse machine qui fera s'envoler toutes ses illusions.
Samar offre un profil atypique. Pianiste réputé, il s'est retiré pour des raisons inconnues et défie la moralité encore traditionnelle de l'Inde en affichant son homosexualité avec Léo, un jeune occidental.
Zaïra, l'actrice adulée, cache beaucoup de souffrance, conséquence de son succès. Amoureuse de Samar, elle doit se contenter de n'être qu'une amie pour lui.
Rhéa qui a abandonné ses ambitions artistiques pour vivre avec l'homme qu'elle aime, s'interroge malgré tout sur la pertinence de ce choix alors qu'elle n'est pas insensible au charme de Karan.
Des personnages variés donc qui possède chacun leurs forces et leurs faiblesses.
Et puis, il y a l'Inde et Bombay surtout, foisonnante et surpeuplée. Lieu de tous les contrastes, oscillant entre le luxe de la jet set et la misère des marchands du bazar. Bombay et son industrie cinématographique et ses stars adulés . Bombay et sa classe moyenne, ses artistes, sa puissance sensuelle. Bombay enfin et son gouvernement corrompu, ses simulacres de procès où chacun vend son rôle pour mieux sortir de la masse grouillante de la ville.
Shanghvi dresse ici un portrait pas toujours flatteur de cette ville où la solitude n'existe pas. Une ville pleine de contradictions, oscillant entre modernité et tradition, à l'image du pays même.
Bref un portrait qui sort des clichés habituels de l'Inde et de ses bidonvilles.
Pourtant si la trame de l'histoire est intéressante, les personnages bien marqués, et l'ambiance indienne fort bien rendue, mon début de lecture m'a laissé fort dubitative quant à l'écriture. Ponctué de formules maladroites qui frisent parfois le cliché, le texte semble pencher du côté harlequinesque de la Force !
De nombreux exemples relevés ici ou là :
" Elle est tellement canon qu'à elle seule elle fait grimper l'indice national de masturbation."
" La jubilation suinta de Natasha comme une goutte de sperme précoce."
" L'expression acérée du jeune homme, son regard franc, ses yeux auburn enfoncés dans leurs orbites, sa crinière noire de jais et sa machoire prononcée continuèrent à exciter Natasha bien après qu'il eut disparu de sa ligne de mire. "
" Lorsqu'il était nerveux, le ministre Chander Prasad avait l'habitude de se gratter si sauvagement les bourses que ses morpions en avaient des orgasmes à répétition. "
" Elle agita le quiqui de son mari, si désobligeamment flasque qu'elle lui trouva un air d'algue échouée sur la grève. "
Outre ses nombreuses fulgurances langagières qui me paraissent fort déplacées dans ce roman qui me semble assez loin de cette sorte de vulgarité de dessous de la ceinture, je dois dire aussi que la construction du roman m'a aussi un peu gênée.
Malgré un découpage marqué en 3 parties, j'ai ressenti une certaine manque de cohérence dans l'ensemble. Chaque partie semble s'attacher à un sujet marqué, quitte à zapper celui qui prenait toute la partie précédente. Par exemple, alors que la 2ème partie est entièrement centrée sur un procès qui traine en longueur et qu'on aspire à voir enfin se terminer, la dernière partie l'occulte presque pour mieux nous expliquer ce que sont devenus les personnages, se concentrant plus particulièrement sur la maladie de l'un d'eux. L'ellipse temporelle est vite résumée et l'auteur se concentre sur leur ressenti présent.
Du coup, j'ai trouvé ce roman un peu déséquilibré dans la répartition de l'intrigue.
Malgré ces défauts pourtant, il y a de bonnes choses dans ce roman. Outre la richesse des personnages et de la description de Bombay déjà évoqués précédemment, le roman s'ouvre sur quelque chose qui va plus loin.
La très belle fin, qui ne tombe heureusement pas dans le cliché du happy end, est là pour nous rappeler qu'on ne gagne pas toujours au jeu de la vie et qu'il faut savoir en prendre son partie, une réflexion ma foi bien indienne, qu'on pourrait retrouver dans la religion hindouiste.
" A son corps défendant, avec une infinie tristesse, Karan en était venu à accepter qu'un être humain fût constitué non seulement de tout ce qu'il avait acquis au fil du temps, mais aussi de tout ce qu'il avait perdu. "
" - Je n'ai jamais souhaité que quiconque reste près de moi une seconde de plus qu'il n'en a envie. Mais j'aurais voulu savoir alors ce que je n'ai découvert que récemment : il ne faut jamais aimer quelqu'un au point de mettre son propre bonheur en péril. "
" Il y a des jours... la plupart, en réalité... où la douleur semble faire le vide dans ma tête... C'est peut-être d'ailleurs la raison pour laquelle nous tombons malade : pour pouvoir détester la vie à laquelle nous aspirons tant. "
Tels des flamants, malgré la puanteur de la ville et ses marécages, malgré une ville nouvelle en pleine transformation, les hommes sont toujours là, présents dans une ville qui le leur rend si mal.
" Je suppose que nous sous-estimons toujours le pouvoir de l'endurance. "
"Les derniers flamants de Bombay" fut donc une lecture étrange qui a réussit tout de même à m' emporter aux frontières indiennes mais qui reste entacher par des défauts majeurs (réelle volonté de l'auteur ou problème de traduction ?) qui m'empêche de vous conseiller sans réserve cette histoire, loin d'être inintéressante.

Lien : http://legrenierdechoco.over..
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Woland
  18 septembre 2010
The Lost Flamingoes of Bombay
Traduction : Bernard Turle
Merci aux Editions des Deux-Terres qui, en partenariat avec Blog-O-Book, nous ont gracieusement permis de découvrir ce roman. ;o)
La traduction française du titre de ce roman ne rend pas justice à la notion d'errance et de désespoir contenue dans l'original. En effet, aussi perdus et aussi abandonnés à eux-mêmes que les flamants roses ayant élu pour domicile les vasières de Sewri, à la périphérie de Bombay, les principaux protagonistes de cette histoire - Karan, le photographe qui renoncera à son génie, Samar, le pianiste virtuose rattrapé par le Sida, Zaira, la star bollywoodienne assassinée et Rhéa, qui sacrifiera son art à une vie de couple vouée à la tragédie - ne sauront ni vivre, ni mourir en dehors de la capitale du Maharashtra, dont le nom originel signifie "la Déesse-Mère." Mais entretemps, ils se seront trouvés eux-mêmes.
Point de départ et point de retour de leur destinée commune, Bombay hante les pages du livre même lorsque les personnages s'exilent pour un temps à Londres ou à San Francisco. Gigantesque, protéiforme, tour à tour sale et éclatante, prestigieuse et pourtant débordée par les bidonvilles, lourde des vapeurs d'encens aussi bien que des pestilences des usines, grouillante de très riches et de très pauvres, elle est le prisme par lequel le lecteur voit palpiter l'Inde moderne. Une Inde dont les instances, corrompues jusqu'à la moëlle, n'ont pas, dit-on, réservé un accueil des plus joyeux au dernier bébé de Siddarht Dhanvant Shanghvi.
Il faut dire que, par-delà les destins entremêlés des quatre protagonistes cités plus haut, ce sont la corruption et le malaise de l'Inde actuelle que vise droit au coeur le jeune auteur. Avec une ironie qui rappelle parfois Salman Rushdie, Shanghvi raille la lâcheté avec laquelle les gouvernants et bien-pensants indiens, toutes tendances politiques confondues, se réfugient derrière le passé colonisé de leur pays pour expliquer et justifier leurs propres défaillances. Ce qui ne les empêche pas de faire appel quand il le faut - entendez lorsque cela sert leurs intérêts et leur confort moral - à tel ou tel vestige de la colonisation anglaise, laquelle, alors, n'est plus considérée comme une plaie mais comme un bienfait.
La récupération de l'article 377 du Code pénal indien instauré par les Britanniques au temps de leur puissance et toujours en vigueur de nos jours, constitue exemple, aussi parfait que répugnant, du procédé. Cet article, qui punit gravement la pratique de l'homosexualité, servira à l'avocat véreux d'un assassin à démolir le témoignage de Samar et transformer ce dernier, de témoin-clef, en véritable accusé. A cela, il faut ajouter que le juge n'aurait peut-être pas pris fait et cause pour ledit avocat si l'assassin en question n'avait pas été le fils d'un ministre aussi puissant que corrompu et membre du Parti hindou.
Le tragique destin de Zaïra, tuée en public, d'une balle dans la tête, par Malik, fils bon-à-rien de Chander Presad, politicien nouveau riche qui n'a pu commencer à s'élever dans la société qu'à partir du moment où lui-même a accepté de corrompre et de faire tuer, va révéler à ses amis non pas les traits ambigus d'une Inde qui, bien qu'indépendante et en plein développement économique, ne fait pas mieux que ses anciens colonisateurs - cela, ils le savent plus ou moins dès le départ - mais leur implication personnelle dans le combat qui doit mettre fin à tout ce royal gâchis. Aucun n'en ressortira intact. Mais s'ils n'ont pas remporté la victoire, au moins auront-ils tous compris, à la fin du roman, la véritable nature des sentiments qu'ils éprouvaient les uns envers les autres.
Dans une culture pour qui la chaîne des réincarnations est le palier obligé avant le bienfaisant nirvâna, tout le courage, tout l'amour dont ils auront su faire preuve durant la crise la plus importante de leur existence, prennent une ampleur que l'Occidental aura peut-être quelque difficulté à saisir. Parce qu'ils auront modifié ceux en qui ils se seront révélés, ils modifient également, de façon très subtile, la sensation de défaite qui plane sur la fin de l'histoire : certes, aucun de ces personnages que nous avons appris à aimer et à estimer n'est parvenu à changer le monde - leur monde - mais ils se sont changés, eux, et puisque ce changement a été possible, tôt ou tard, les autres changements suivront.
Pour ceux qui redouteraient une avalanche de bons sentiments bien dégoulinants, je précise que Shanghvi renvoie dos-à-dos les extrémistes religieux qui sévissent dans son pays, qu'il fait de même avec les partis politiques et enfin que son héros, Karan Seth, n'apprécie guère tout ce qui a trait à la spiritualité. Ils peuvent donc lire en confiance ce roman à la construction un peu inégale - la romance agitée entre Rhéa et Karan prend, à mon sens, trop de place - mais au dessein humaniste et généreux. ;o)
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Nanne
  07 septembre 2010
Karan Seth, jeune photographe au talent incontestable à « l'India Chronicle », se voit dans l'obligation de réaliser un reportage sur Samar Arora, pianiste surdoué et concertiste virtuose, qui avait subitement stoppé sa carrière internationale à vingt-cinq ans sur un coup de tête.Depuis, plus personne n'avait d'informations crédibles le concernant. Il avait été jusqu'à virer son agent pour ne plus être dérangé. Il se murmurait qu'il vivait en ermite au bord de la mer, et lorsqu'il sortait, la jet set de Bombay se réjouissait de ses frasques et en parlait des semaines durant.
C'est au « Gatsby », lieu branché de la mégapole indienne où il fait bon se montrer pour qui veut jouir d'une bonne cote de popularité auprès les médias qui comptent, que Karan seth captera les premiers clichés de son modèle improvisant une partie endiablée de claquettes sur le comptoir du bar. C'est grâce à la beauté de ces photos que Samar sera séduit par la qualité du travail d'artiste de Karan Seth. En l'invitant chez lui pour réaliser une série de portraits personnels, le jeune photographe fera la connaissance de Leo, écrivain américain - amant de Samar -, et de Zaira, actrice sulfureuse et célèbre de Bollywood. Par-delà ces personnages fantasques – enfants gâtés de l'Inde moderne – ce qui attire particulièrement le photographe, c'est la ville elle-même. Bombay l'électrise, l'enfièvre, le happe, l'enthousiasme, l'ébloui. Il veut à tout prix collationner un maximum d'images, de couleurs, d'ambiances, de paysages, d'impressions de cette ville tentaculaire, démesurée, monstrueuse et vorace avant que le Bombay de l'ancien temps ne disparaisse sous le béton des agents immobiliers qui veulent la transformer en cité occidentalisée et kitsch à la manière de Bollywood.
Pour mieux comprendre l'atmosphère singulière de cette ville composite et bigarrée, Kaira incitera Karan à visiter Chor Bazaar, vaste marché aux puces où tout se vend et où tout s'achète, pour y dénicher un fornicateur de Bombay. Armé de son Leica, Karan découvrira un monde et un environnement uniques propres à l'idée qu'il se fait de cette ville indienne. Au cours de ses déambulations parmi le peuple de Bombay, Karan fera la connaissance de Rhea – artiste ayant interrompu une brillante et prometteuse carrière pour se consacrer à son couple – qui fréquente ce quartier pittoresque et coloré à la recherche de son inspiration. En voyant ses superbes instantanés dans « India Chronicle », Rhea lui propose d'immortaliser les flamants de Sewri condamnés à disparaître, comme le Bombay actuel, ou à s'adapter à leur biotope.
« Les derniers flamants de Bombay » ou la description d'un Inde quelque peu éloignée des clichés que l'on nous vend sur papier glacé. Dans son deuxième roman, Siddharth Dhanvant Shanghvi nous raconte la vie, le quotidien, d'une cité gigantesque aux allures de pachyderme passif et atone qu'est Bombay. Mais cette inertie, cette paresse n'est qu'apparente, de surface. En réalité, cette mégapole aux 16 millions d'habitants est prête à imploser, à éclater sous la pression de sa population venue de tous les états indiens. Elle cache en son sein, dans ses entrailles, tout un peuple qui grouille, se bat et se débat pour survivre, telle une fourmilière. A travers Karan Seth, son personnage principal, par la grâce de son Leica – oeil à la sensibilité exacerbée, au regard aiguisé, affûté, à la vision macroscopique, miroir grossissant les qualités et les défauts, les bonheurs et les malheurs, les joies et les tristesses -, l'auteur relate l'Inde actuelle et celle de demain. Tous les personnages représentent une part de ce pays si mal connu des occidentaux.
Ainsi Samar Arora, excentrique, extravagant, homosexuel en rupture de ban avec sa famille qui n'accepte pas son orientation sexuelle, se noie dans le léger, le futile, l'éphémère, disparaissant pour mieux réapparaître et être admiré, adulé. Samar Arora qui craint l'oubli, dernier vrai dandy de cette Inde décadente. Et Kaira, incarnation, personnification de la star bollywoodienne qui – sous ses apparences de poupée Barbie indienne superficielle – cache une générosité, une humanité profonde et réelle. Kaira, amoureuse éperdue de Samar, devant se contenter de son amitié sincère, vraie, totale, disparaîtra tragiquement.
Car dans l'Inde de Siddharth Dhanvant Shanghvi la violence est partout présente, physique, verbale, psychique. Tout comme la corruption politique qui ronge la société. Malheur à qui tente de refuser une faveur à ses nouveaux Maharadjahs dont l'empire est construit sur le mensonge, la dépravation, le détournement, le chantage, la cupidité, la soif de pouvoir. Tous les moyens sont bons pour atteindre leurs objectifs, même tuer.
L'auteur n'élude pas les problèmes de politique intérieure qui minent l'Inde, avec la présence de partis politiques populistes et nationalistes qui veulent régenter la société en s'appuyant sur des valeurs racistes, xénophobes, sectaires où tout ce qui n'entre pas dans leur dogme est rejeté, banni, stigmatisé. Dans cette Inde émergente, la futilité, l'apparence, l'emphatique tient lieu de passe-droit. Ici comme ailleurs, on veut gagner de l'argent, beaucoup et vite. Peu importe les moyens, puisque tout n'est qu'illusion. Ne reste que la spiritualité, qui soude encore la population.
Cependant, « Les derniers flamants de Bombay » hésite sans cesse entre grandeur et insouciance. Il tangue et flotte entre deux eaux, celle de l'immersion totale dans une société âpre, dure, moderne où seuls règnent les plus forts et celle plus légère du roman à l'eau de rose bollywoodienne. C'est un peu dommage, surtout qu'en éliminant ces puérilités, « Les derniers flamants de Bombay » aurait gagné en densité, en clairvoyance, en gravité, en puissance. Ce qui aurait rendu ce roman réellement fascinant.
Lien : http://dunlivrelautredenanne..
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traversay
  29 août 2012
Un des grands défauts de bon nombre de romans contemporains est de ne pas savoir tenir la distance. Une bonne idée de départ, un début prometteur et puis ..., tout s'effiloche. Les derniers flamants de Bombay, de l'indien Siddharth Dhanvant Shanghvi, est à l'opposé : une mauvaise entame, superficielle et vulgaire, une lente amélioration et deux cents dernières pages nostalgiques et profondes qui laissent une impression positive. Inspiré par le meurtre de Jessica Lall, mannequin célèbre, le livre utilise des éléments du fait divers qui donnent à la fiction un parfum réaliste de l'Inde d'aujourd'hui, tout en s'en échappant par la vertu du romanesque.
Acte 1 : un jeune provincial débarqué à Bombay découvre la vie trépidante et délurée de la communauté des People. Superficialité et vanité dominent cette première partie du livre accentuées par le style très relâché de Shanghvi qui se fait à l'occasion trivial, agrémenté de scènes à la imite de la pornographie. Sans doute une volonté de provocation de l'auteur, mais d'un intérêt littéraire restreint. Un vrai supplice.
Acte 2 : après l'assassinat de Zaira, star de Bollywood, commence le procès de son assassin présumé, le fils d'un politicien en vue. Changement de ton : le roman se fait pamphlet, dénonçant la corruption généralisée de la société indienne et la façon dont le pouvoir et l'argent peuvent faire dévier le cours de la justice. Outre l'aspect documentaire, puisque la plupart des faits relatés sont réels, les personnages principaux s'étoffent et ne sont plus réduits à l'état de pantins dont les seules préoccupations ne sont pas que de faire la fête et de parader. L'intérêt renaît et s'aiguise.
Acte 3 : le temps a passé. Les héros ont vieilli de quelques années, ont connu la maladie, la mort de proches, l'exil ... L'heure est au désenchantement et le livre décolle enfin, révèle sa vraie nature, pessimiste et mélancolique, sur un mode bien plus ambitieux. le ton se fait grave et, malgré quelques facilités dans les dialogues, s'épanouit dans une vision plus large et pertinente des contradictions sociales d'un pays en pleine mutation.
Il faut un certain temps pour s'apercevoir que le vrai sujet du roman est Bombay, devenue Mumbai au cours des dernières années. Ville de tous les excès et de tous les extrêmes. Les pages qui décrivent sa beauté funeste et souvent mortifère sont les plus remarquables du livre. Les derniers flamants de Bombay n'est pas un roman tranquille. Construit sur trois étages, il agace souverainement avant de séduire. Les sentiments assez partagés que l'on éprouve à sa lecture ressemblent à ceux que l'on a en visitant l'Inde. Ce mélange de pourriture et de splendeur qui désoriente nos sens d'occidentaux. En cela, le livre est sans l'ombre d'un doute un ouvrage 100% indien. Irritant et passionnant dans la richesse de sa palette.
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5emedecouverture
  06 septembre 2010
Karan Seth est photographe. Il a un talent énorme et en attendant de réaliser le projet qui lui tient à coeur, il travaille pour le magazine India Chronicle. Son chef, Iqbal Syed, lui demande de prendre des photos de Samar Arora, un jeune pianiste très prometteur qui a tout plaqué un jour, en plein concert aux États-Unis. Il est difficile de l'approcher, mais Karan y arrive et découvre alors le monde de la jet-set de Bombay. Grâce à Samar, il fait la connaissance de Zaira, une magnifique actrice indienne, la meilleure amie de Samara, avec qui il devient très ami. Il rencontre aussi Rhea, une femme mariée, avec qui il a une affaire. L'existence de Karan et de son entourage est bouleversée le jour où Zaira est assassinée.
Le roman est découpé en trois parties. Dans la première, nous faisons la connaissance de Karan et des différentes personnes qu'il rencontre. Nous découvrons la jet-set et ses people. La partie suivante débute après le meurtre de Zaira et tout au long de cette deuxième partie, nous suivons le procès. On découvre une Inde plus que corrompue, où les personnes ayant le pouvoir et l'argent peuvent rendre des gens innocents. « en Inde, la corruption ne polluait pas l'atmosphère, elle était l'atmosphère. » On assiste à la déchéance de Karan et de Samar. Enfin, la troisième partie est une sorte d'épilogue nous montrant comment les différents personnages arrivent à être enfin en paix (enfin, tout étant relatif !)
Je dois avouer que j'ai trouvé la première partie affligeante. L'auteur s'évertue à agrémenter son écriture de métaphores que j'ai trouvé la majorité du temps trop lyriques, trop empruntées, à la limite du ridicule. « Approchant, il pénétra dans la cosmologie privée de sa curiosité éhontée. » le point d'orgue, page 100 : (yeux chastes s'abstenir !) « Saisissant ses hanches, elle l'attira à lui, puis le repoussa, arrêtant son gland à l'orée de sa chose cachée. » Et le bouquet final (c'est le cas de le dire) à la page suivante : « il était sur le point de jouir. Elle la reçut en experte, son épaisse pluie d'un orage furibond. » Je dois avouer que là, j'étais à l'orée d'abandonner ce roman. :)
Mais finalement, j'ai persévéré, poussée par la curiosité de voir jusqu'où l'auteur souhaitait emmener son lecteur (car Zaira n'était toujours pas morte comme c'était annoncé en quatrième de couverture). Les deuxième et troisième parties sont moins mauvaises que la première, le style devient moins métaphorique, mais on a quand même droit à de merveilleuses petites perles comme « Elle agita le quiqui de son mari » ou « de joyeux drilles installés à une table circulaire, sans doute défoncés, dégageant une énergie charmeuse, pulsant avec toute l'assurance obscène d'une érection. »
Le style de Siddharth Dhanvant Shanghvi m'a tellement exaspéré dans la première partie qu'il m'était impossible de prendre ce roman au sérieux, malgré son sujet et sa dénonciation de la corruption indienne. Et donc, il m'a été impossible de m'attacher aux différents personnages, je n'ai éprouvé aucune empathie pour eux. Rien dans ce roman n'a suscité mon intérêt finalement…
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Citations et extraits (15) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   18 septembre 2010
[...] ... - "Pourquoi [Zaïra] n'a-t-elle pas engagé un garde du corps ?

- Samar et moi avons essayé de la convaincre de le faire, mais elle considérait ça comme une intrusion dans son espace privé. Elle détestait la proximité sous toutes ses formes ; je ne crois pas non plus qu'elle ait pris la juste mesure de sa popularité.

- Mais elle était immensément célèbre en Inde !

- Ils lui ont même construit des temples.

- Non ! C'est ouf !

- En parlant d'ouf ... A la télé, hier soir, un homme politique a avancé une explication inédite du drame. Il a prétendu que Zaïra avait poussé son assassin au meurtre en se montrant dans un bar vêtue d'"une robe indécente, le dos nu."

- Tu plaisantes !"

Léo poussa un soupir. La naïveté de Sally le hérissait mais elle aiguisait aussi son appétit : c'était précisément le genre d'ignorance qu'il avait espéré combattre dans son livre. L'homme politique en question, dit Léo, était membre du Parti du peuple hindou. "On l'a sans doute envoyé au front pour sauver la peau du ministre Prasad [père de l'assassin de Zaïra]. La théorie selon laquelle la "robe indécente" de Zaïra aurait causé sa mort cadre parfaitement avec le point de vue moralisateur du parti.

- C'est l'idée la plus saugrenue que j'aie jamais entendue ! Même nos Républicains grand teint [aux USA] ne vont pas jusque là !

- Oui, mais nous sommes en Inde, chérie. Cet homme politique ne croit sans doute pas un instant à ce qu'il raconte. En douce, il dirige probablement un empire du porno, mais pour la galerie, rien de tel que de jouer les vierges effarouchées. ... [...]
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WolandWoland   18 septembre 2010
[...] ... Le petit ami de Samar, Léo Mac Cormick, venait de demander à la jeune auteur [Mantra] son opinion sur les récentes manoeuvres du gouvernement réactionnaire de l'état du Maharashtra [dont Bombay est la capitale] visant à rebaptiser Bombay en "Mumbaï", sa façon de donner à la mégapole un coup de badigeon.

- "Dans le genre nom de villes, "Mumbaï" a tout le charme de "Gonorrhée", déclara Mantra. Sans compter que le changement polluera la mémoire collective de Bombay."

Il ne fallut que quelques minutes au trio pour s'exciter sur cette profanation programmée, mais un autre point de vue fit irruption dans le débat lorsque Priya Das, nouvellement élue députée de la majorité incriminée, se joignit à la conversation.

- "Mumbaï" était l'ancien nom de Bombay", fit-elle remarquer d'un air pincé, faisant allusion au fait que les Kolis, l'une des premières communautés à avoir habité le chapelet d'îlots, l'avaient baptisé en l'honneur de la déesse Mumbadevi. "Et il s'agit de reprendre notre passé aux colonialistes."

Mantra poussa un soupir retentissant. "Voyons, Priya, il y a un viol par heure à Bombay. Plus de la moitié de la population vit dans des bidonvilles. Des gamines de douze ans se prostituent. Les trains ne sont jamais à l'heure. Mon lait est coupé avec une eau douteuse.

- Et alors ? ...

- Et alors, les Rosbifs ont plié bagage il y a quarante ans. Le passé est important mais le présent est crucial. Rebaptiser Bombay, ça ne va pas rendre la ville plus sûre ni plus propre.

- Tu n'as aucun sens de l'authenticité !" hurla Priya.

Mantra songea que Priya avait l'aménité des bibliothécaires bourrues dont le seul salut était le gode. "Quelle authenticité ? Les Kolis l'ont appelée "Mumbadevi" vers 1800. Si c'est de l'authentique que tu cherches, il te faudra remonter beaucoup plus loin que ça. Bombay a été fondé au XIIème siècle !" ... [...]
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TamaraTamara   02 septembre 2010
Lorsqu’il était nerveux, le ministre Chander Prasad avait l’habitude de se gratter si sauvagement les bourses que ses morpions en avaient des orgasmes à répétition. (p. 240)

Le ministre Prasad était peut-être une vieille mauviette velue, mais, s’il était allé loin dans la vie, ce n’était pas pour rien. (p. 259)

A propos de la littérature indienne (p. 381) : Leo déplorait que la prose fût à la fois tapageuse et empruntée. « C’est du style atelier d’écriture en surrégime. » Zaira déclara que l’auteur ne faisait qu’exploiter un filon, que cette femme avait réappris l’alphabet dans un cours intensif chez Exotica 101 : A pour « mariage arrangé », B pour « femme battue », C pour « colonisation ». S’excitant tout à coup, Samar fit une grande déclaration à l’emporte-pièce : les romans indiens ne valaient rien. « On les dirait sortis de la quasi-foufoune d’une drag queen autobaptisée Lady Epique.
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MarcBibliothecaMarcBibliotheca   24 août 2010
Leur rapprochement suite au procès pour meurtre avait amené le ministre à mieux apprendre à connaître son fils. Il s’étonnait de voir tout ce qu’ils avaient en commun : même forme d’yeux, estomac fragile, allergies cutanées. Il reconnut chez Malik l’imperfection de sa propre mortalité, une propension à aimer contrecarrée par certains égarements et une tendresse outrée. Peu à peu, la volonté d’épargner la prison à son garçon devint une obsession, non seulement parce que son avenir politique dépendait du fait de ne pas être éclaboussé par le scandale, mais aussi parce qu’il se doutait que, si Malik allait en prison, alors un ressort en lui-même serait brisé à jamais…
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Zazette97Zazette97   25 août 2010
(...) même si tous les pays du monde étaient confrontés à la corruption au sein de leurs systèmes, l'Inde avait une bonne longueur d'avance en la matière : elle avait tout simplement pris acte qu'il existait un système au sein de la corruption. Une fois la fraude confortablement installée dans la conscience nationale, la machinerie politique s'était dispensée de chercher à rectifier le tir et avait embrassé ses idéaux. Au fil des ans, le ministre Prasad avait perfectionné cet art. Il savait obtenir les services de juges qui attendaient désespérément d'être promus d'un tribunal de seconde zone à la Haute Cour. Il savait intimider les témoins. Il savait soudoyer les inspecteurs. C'était cruel, certes, mais ces agissements étaient nimbés d'une lumineuse logique cosmique : une fois les morts disparus, la vie continuait, comme elle était censée le faire. p.254
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