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Critiques sur Underground railroad (208)
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democratz
  06 octobre 2017
La majorité des critiques littéraires sont unanimes sur le dernier roman de Colson Whitehead, Underground Railroad : un chef-d'oeuvre ! Rien que cela... C'est vrai que le livre a fait grand bruit outre-Atlantique et a obtenu deux prestigieux prix (National Book Award 2016, prix Pulitzer 2017) mais la raison de ce succès vient-elle de l'histoire ou bien d'un contexte ?

Retour au XIXème siècle aux Etats-Unis. L'auteur nous raconte l'histoire de Cora, une jeune esclave qui décidera de s'enfuir de la plantation de coton où elle trime depuis sa naissance afin d'échapper à la violence d'un propriétaire sans scrupules et d'espérer une vie meilleure.

Mais la liberté a un prix. Elle n'est jamais gratuite surtout dans les états du sud. Cora l'apprendra tout le long de sa cavale en évoluant dans un environnement hostile et raciste. Sauver sa vie sera sa principale préoccupation, aidée par plusieurs abolitionnistes blancs qui risqueront la leur et celle de leur famille pour faciliter la fuite de la jeune fille via un réseau souterrain de chemin de fer, l'Underground Railroad.

L'auteur n'hésite pas à décrire la haine qu'ont subit les esclaves noirs via des actes de violence d'une cruauté sans nom des propriétaires blancs. En parallèle, il met en valeur les rares américains qui se battent dans l'ombre pour aider à leur échelle, les fugitifs noirs traqués par une populace collaborationniste et des chasseurs d'esclaves avides de sang et d'argent.

Pour ma part, ce livre n'est pas un coup de coeur mais au delà de ce récit, l'auteur nous pousse à avoir une réflexion sur l'état de l'Amérique d'aujourd'hui.

La ségrégation raciale n'a jamais vraiment disparu aux Etats-Unis surtout dans les états du Sud comme en témoignent il y a encore peu, les nombreux faits divers racistes.

Pour en revenir au livre et conclure, il faut prendre ce récit comme un témoignage même si le découpage des chapitres est parfois déconcertant, que certains (longs) paragraphes n'apportent rien à l'intrigue principale, l'auteur nous adresse un message : n'oublions pas le passé afin d'éviter que L Histoire ne soit qu'un éternel recommencement.
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joedi
  27 mai 2018
L' Underground Railroad est une voie ferrée souterraine, un réseau clandestin qui permit la fuite de nombreux esclaves noirs.
Cora est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d'avant la guerre de Sécession. Dès le plus jeune âge, pour survivre, elle doit se débrouiller seule, abandonnée par Mabel, sa mère, qui a pris la fuite et n'a jamais été retrouvée. Sa grand-mère cultivait un petit carré potager qui revint à sa mère ; Cora défend son lopin de terre contre toutes les convoitises.
À seize ans, après avoir refusé dans un premier temps, elle s'enfuit avec Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie.
Colson Whitehead, d'une belle écriture, décrit admirablement l'ambiance de l'époque, la haine des Blancs pour les Noirs et les lieux traversés par les fugitifs.
Un roman magnifique, un coup de coeur ! Assurément, je lirai d'autres romans de Colson Whitehead.
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tynn
  28 septembre 2017
Les premières questions, en refermant ce livre:
Est-ce que tout cela est exact?
Montage romanesque ou roman historique ?

Et quelques recherches sur Internet confirment que l'imagination de l'auteur s'est nourrie d'une solide documentation, et renouvelle de belle façon la thématique, déjà beaucoup racontée, de l'esclavage américain dans les États du Sud.

Ici, il faut oublier les belles maisons de planteurs et les crinolines. Les esclaves en revanche sont toujours là, et le calvaire de vie de la jeune Cora est un voyage dans l'énumération quasi exhaustive des diverses formes de violences envers la communauté noire.

Le mouvement anti esclavagiste prend forme en 1820 dans les États du Nord et l'organisation d'entraide aux fuyards dit "Chemin de fer clandestin" est une terminologie sans rails ni tunnels. Mais l'image proposée par l'auteur est particulièrement forte et lui permet une exploration large de la société du 19e, aux relents nauséabonds de fascisme et d'eugénisme, terreau du racisme contemporain.

Colson Whitehead ressuscite en conte cruel les démons de l'Amérique esclavagiste d'avant la guerre civile. Son récit est prenant, sans perte de rythme, explore la psychologie des individus, et la prise de conscience d'un pays qui cherche déjà les moyens dits progressistes pour sortir de l'impasse.

Un livre qui va beaucoup plus loin que la simple fuite d'une petite esclave de Géorgie.

Rentrée littéraire 2017
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TheWind
  19 décembre 2017
A l'horizon, très loin, où ne portent nos yeux,
La liberté.

Ils ont vendu nos frères, battu nos mères, violé nos soeurs,
Ils ont volé la terre, soumis les peuples, meurtri nos coeurs.

A l'horizon, loin, où s'envolent les corbeaux,
La liberté.

Ils ont foulé nos vies, ravagé nos familles, détruit nos corps,
Ils ont cru que nous n'étions que du bois mort.

A l'horizon, là, où le train s'enfonce dans la terre,
La liberté.

Ils nous ont enchaîné …
Mais, l'espoir était là, sous nos pieds.

A l'horizon, à l'autre bout du marais, tu trouveras,
La liberté.

Ils ont continué à nous chasser, à nous traquer,
Ils ont fini par nous rattraper.

Mais, de toute éternité,
Jamais personne ne pourra se glorifier,
De posséder nos âmes, de posséder nos peines,
De dominer nos coeurs, de dominer nos joies,
de nous priver à tout jamais,
De notre liberté.

A l'horizon, sous une grange,
L'Underground Railroad chemine,
Et emporte avec lui,
Le souffle de la liberté.
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Merik
  08 juillet 2018
Cora, esclave délaissée par sa mère fugitive, perdue parmi tant d'autres dans une plantation de coton en Géorgie. C'est plus ou moins sur un simple regard qu'elle sera l'élue de Caesar dans l'entreprise de ce pour quoi ils continuent à respirer malgré tout, malgré leur quotidien à la cruauté vacharde, malgré une vie déjà accablée à seize ans : « Le matin, l'après-midi, la nuit. Tout esclave en rêve. Chaque rêve est un rêve d'évasion quand bien même ça ne se voit pas. ».
Underground railroad est le réseau clandestin d'évasion, magistralement revisité dans ce roman par un train allégorique caracolant dans des tunnels obscurs, reliant des bouts de gares à des humains, des planques à des horreurs, des villes à des espoirs. L'occasion de visiter différents États, aux orientations différentes voire opposées en ce qui concerne l'esclavagisme : Géorgie, Indiana, Tennessee. Caroline du Sud ou Caroline du Nord, l'une s'annonce abolitionniste quand l'autre s'accroche à la répression de peur d'une rébellion massive, l'une révèle de faux accents de liberté quand l'autre s'enfonce dans la terreur.
Mais « aux champs, sous terre ou dans un grenier, l'Amérique restait sa geôlière. ». C'est le pays en entier qui endosse la figure d'un mal gangréné de racisme, d'avidité ou de croyance, même si des personnages spectaculaires comme Ridgeway l'incarne en précision dans le roman, sous la forme d'un pourchasseur de rêves et d'évasion, avide de primes et de rectitude, à la poursuite de Cora dont la mère lui avait déjà échappée naguère. de quoi rendre le périple de Cora haletant pour le lecteur, s'il n'a pas trouvé de quoi se satisfaire par ailleurs. Dans l'écriture par exemple, absorbante et précise de réflexion, ou bien la construction narrative. Ou encore l'atmosphère de cette Amérique d'avant la guerre de Sécession, où il y fait froid dans le dos. Comme souvent d'ailleurs. Ce qui fournit largement de quoi alimenter la réflexion sur celle d'aujourd'hui.
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fanfanouche24
  07 novembre 2017
Une découverte inopinée, entre divers articles éloquents, et coups de coeur pour le sujet, ainsi que pour une jaquette particulièrement réussie: une voie ferrée semblant partir ver le ciel, des rails se disloquant en mille morceaux, au fur et à mesure de sa course; ces mêmes morceaux, se transforment en oiseaux....Une couverture esthétiquement magnifique, onirique, des plus suggestives !!

J'ai "dévoré" ce roman...captivée, bouleversée, tremblant , me réjouissant, selon... les différents épisodes éprouvants de la protagoniste centrale, Cora, jeune esclave, qui tente de se sauver de la plantation, où le maître se distingue par une cruauté et une débauche de méchanceté, difficilement égalables !

Un récit qui alterne entre les différents personnages, et les régions plus ou moins dangereuses que Cora traverse, ou se pause plus longuement, lorsque les circonstances le permettent !

De fort nombreuses critiques ont déjà été rédigées avec sûrement moult talent, et enthousiasme... Chroniques que je ne lirai qu'après avoir rédigé et déposé mes propres impressions [ pour ne pas être influencée d'une quelconque manière !!]


"Elle n'avait jamais obtenu de Royal qu'il lui parle des hommes et des femmes qui avaient construit le chemin de fer clandestin. Ceux qui avaient déblayé un million de tonnes de roche, qui avaient trimé dans le ventre de la terre pour la délivrance d'esclaves comme elles. (...)
Qui est-on quand on a achevé quelque chose d'aussi magnifique- et quand on l'a par ailleurs traversé en le construisant, jusqu'à atteindre l'autre côté ? A un bout il y avait qui on était avant la clandestinité, avant de descendre sous terre, et à l'autre c'est une personne nouvelle qui émerge à la lumière. le monde du dessus doit être tellement ordinaire comparé au miracle
en dessous, le miracle qu'on a créé avec sa sueur, avec son sang. le triomphe secret qu'on garde en secret. "(p. 395)

On y croit... à ce chemin de fer clandestin, souterrain... tant qu'à la fin de ma lecture, j'ai été faire des recherches complémentaires. Incroyablement ingénieuse, et très frappante symboliquement .... cette métaphore de
cette voie ferrée, souterraine, mystérieuse, cachée...qui ne peut que frapper l'imagination du lecteur !!

Restent les codes, le vocabulaire réels [ liés au chemin de fer] pour nommer ce vrai réseau d'aide aux esclaves fugitifs.Terminologie et des symboles pour masquer les activités clandestines du réseau et éviter d'alerter
le public et les propriétaires d'esclaves....

Réseau de résistance et d'entraide, qui a été des plus actifs, plusieurs décennies , du début du XIXe aux années 1860... ! [ ****voir détails dans le lien ci-dessous]

Une lecture des plus marquantes, qui a grandement mérité ses récompenses, dont le Prix Pulitzer ...Une curiosité vivement activée pour cet écrivain, dont je lirai rapidement et avec intérêt ses précédents textes, pour
approfondir la connaissance de cet auteur, qui semble appréhender, et traiter sous différentes perspectives, l'histoire du mythe américain, ainsi qu'une réflexion très engagée sur les questions raciales....

Un ouvrage salutaire, foisonnant, au récit hardiment mené.... !

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voir lien très intéressant , pour en savoir plus ! :
http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/chemin-de-fer-clandestin/
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horline
  12 novembre 2017
Peu de choses ont défini l'Amérique autant que l'esclavage et l'idée de conquête de Nouveau Monde. Il ne faut pas compter sur Colson Whitehead pour démystifier la première de ces fondations.

D'abord parce qu'en s'intéressant aux réseaux de résistance qui permettaient aux fugitifs du Sud esclavagiste d'atteindre les États libres du Nord et du Canada, l'auteur appuie avant tout sur cette violence raciale systémique qui a frappé des générations d'Afro-américains. Au XIXe, «Échapper aux limites de la plantation, c'est échapper aux principes fondamentaux de son existence» pour la plupart des Noirs alors réduits à des biens acquis par des propriétaires de champs de coton. Et se soustraire du joug de la servitude n'est pas pour autant la fin des violences, la liberté demeurant bien fragile face à «l'impératif américain».

Ensuite, et de manière quelque peu perturbante, l'auteur américain organise les faits de son roman en un système narratif fantaisiste. Colson Whitehead n'hésite pas à troubler son travail documentaire avec un récit surréaliste, un train fantôme auréolé de fantastique pour matérialiser le réseau d'entraide clandestin et qui apparaît aussi mystérieusement qu'il côtoie une réflexion transversale et accomplie sur la continuité de l'oppression subie par les Noirs américains. Cette alternance des genres est par moments un peu nébuleuse, le passage d'un style à un autre ne se faisant pas toujours sans tamponnage. Certainement l'effet d'une impulsion politique forte (tel que le souligne Godefroid dans sa critique pertinente), mais je regrette que l'auteur américain, tout dévoué à sa démonstration, ait quelque peu délaissé le talent romanesque découvert avec Sag Harbor. L'écriture est bien trop hâtive à mon goût.

Malgré ces imperfections, j'ai aimé suivre la jeune Cora se laisser emporter vers des mondes prometteurs ou menaçants avec un courage archaïque. Même si dans sa fuite constante, j'avais l'impression qu'elle me fuyait tout autant que les mercenaires qui la traquaient comme une proie. C'est un roman sans cesse en mouvement qui s'attarde peu sur les personnages préférant mettre en lumière les différents visages du racisme et de l'esclavage durant le long périple. Que ce soit au coeur des plantations ou, chose que j'ignorais, au sein même des États libres, la violence qui imprègne le roman laisse le sentiment qu'il n'y avait «pas de lieux où s'enfuir, seulement des lieux à fuir».
Riche d'enseignement, ce roman est tout aussi bancal que réjouissant.
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Dixie39
  15 décembre 2017
On a beaucoup parlé et entendu parlé de ce livre : Underground Railroad. Il s'inscrit dans une actualité qui a sans doute contribué à son succès : l'Amérique de Trump divise, attise et réveille les anciens démons. Ils n'étaient pourtant pas bien loin, mais ce nouveau président semble leur ouvrir grandes les portes d'une réalité qui fait froid dans le dos.

"Si les nègres étaient censés jouir de leur liberté, ils ne seraient pas enchaînés. Si le Peau-Rouge était censé conserver sa terre, elle serait encore à lui. Et si le Blanc n'avait pas été destiné à s'emparer de ce nouveau monde, il ne le possèderait pas.
Tel est l'authentique Grand Esprit, le fil divin qui reliait toute entreprise humaine : si vous arrivez à garder quelque chose, c'est que cette chose vous appartient. C'est votre bien : votre esclave, votre continent. L'impératif américain."

Ce qui se murmurait tout bas, se revendique haut et fort… La littérature essaie de réveiller les consciences et n'y arrive pas si mal, je trouve : La servante écarlate de Margaret Atwood a généré un élan sans commune mesure et Underground Railroad rappelle les ravages de l'esclavage et ce qu'il fallait de force, de volonté, de courage et autant de chance pour s'en échapper. Et s'en libérait-on vraiment ? Une fois les chaînes à terre, ce sont d'autres entraves qui prenaient le relais. Pour beaucoup, elles sont encore là aujourd'hui…

l'Underground Railroad, c'est ce réseau qui aida les esclaves à recouvrer leur liberté, c'est une réalité, mais aussi un mythe, une de ces belles choses qui aide à survivre quand l'espoir n'a plus sa place. Cora, une jeune esclave de 16 ans, propriété d'un blanc sadique et tortionnaire, va accepter de partir avec Caesar, une nuit, pour atteindre ce chemin de fer souterrain, promesse de vie et de liberté ! On va la suivre de la Georgie en Caroline du Sud et du Nord, passant par bon nombre d'États, fuyant toujours et encore, un chasseur d'esclave lancé à ses trousses.

Peut-être fallait-il être seule au monde comme Cora pour y arriver ? Ne pas regarder en arrière pour ne pas flancher ? Car l'échec, c'était la mort assurée !

Colson Whitehead va nous faire vivre sa fuite, sa traque, mais aussi nous donner à voir la réalité de ce qu'était la vie d'un esclave à cette époque, les dissensions entre esclavagistes et abolitionnistes qui mèneront à la guerre, l'apprentissage de la liberté qui ne passe pas seulement par l'absence de chaînes, mais aussi par l'émancipation, grâce à l'apprentissage de la lecture et de l'écriture, la rémunération du travail, la revendication de l'égalité des droits pour tous les Hommes, peu importe leur couleur, … En lisant Underground Railroal, on s'aperçoit que la lutte sera longue, si tant est qu'elle soit terminée, ce dont je doute !

Ce qui fait la force de ce livre, je pense, c'est son approche « pédagogique ». L'auteur fait vivre ses personnages, moins pour nous faire compatir à leur destin, que pour nous les donner en exemple, pour nous montrer que malgré toute cette horreur, ces femmes et ces hommes de l'Underground Railroad, que l'on croyait sans destinée, sans avenir, et sans aucune chance de réussite, ont résisté, sans jamais baissé les bras et y sont allés…

"Le monde du dessus doit être tellement ordinaire comparé au miracle en dessous, le miracle qu'on a créé avec sa sueur, avec son sang. Le triomphe secret qu'on garde dans son cœur."

Une belle lecture partagée pour cette dernière pioche de l'année !
Lien : https://page39web.wordpress...
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berni_29
  05 août 2018
L'Underground Railroad désigne un réseau clandestin organisé par des abolitionnistes et des esclaves affranchis, qui permit au XIXème siècle, avant la guerre de Sécession, la fuite de nombreux esclaves noirs aux États-Unis. Malgré son nom, il n'était pas du tout une véritable voie ferrée souterraine, il en était l'image, même si le chemin de fer a joué un rôle fondamental dans ce réseau d'aide aux esclaves fugitifs.
La particularité du roman de Colson Whitehead est d'introduire dans le récit un véritable réseau ferroviaire souterrain. C'est une manière romanesque voire fantastique d'aborder un sujet éminemment politique qui ne questionne d'ailleurs pas que le passé. C'est donc l'idée d'une métaphore qui prend totalement vision et corps dans le récit.
Ce n'est pas tout à fait un coup de cœur, mais presque... Il a manqué selon moi parfois des émotions chez les personnages ; cependant j'ai envie d'en dire un grand bien parce que ce livre doit être lu, doit vivre, doit vibrer dans les mains de ceux qui le liront. Il est beau.
Avant d'entrer dans ce roman, je vous invite à regarder le magnifique dessin de la jaquette : nous voyons les rails et les traverses d'un chemin de fer quitter le sol, prendre la tangente, s'éparpiller dans le ciel en un nuage d'oiseaux. Se perdre dans la contemplation de cette jaquette est déjà une manière d'entrer dans ce livre...
L'histoire commence en Géorgie, dans une plantation de coton quelques années avant la guerre de Sécession. Cora est une jeune esclave, abandonnée par sa mère, qui s'est enfuie quelques années plus tôt. Quelques pages auparavant, nous avons pu apercevoir d'où venait Cora, du moins d'où venaient les siens, sa grand-mère par exemple. J'ai trouvé particulièrement émouvant ce premier passage où nous découvrons la manière dont celle-ci est arrachée de sa terre africaine, puis son arrivée sur le sol américain, cette violence immédiate...
En général, les esclaves ne peuvent s'enfuir et lorsqu'ils tentent de le faire, ils sont aussitôt pourchassés, une énergie diabolique et de manière savamment organisée, avec la complicité des populations collaboratrices, permet en général de retrouver les fugitifs qui sont aussitôt pendus dans des conditions atroces.
Cora est une jeune fille qui est confrontée quotidiennement à la cruauté et à la brutalité de ses « maîtres ». Elle voudrait fuir, sachant le sort qui risque de lui être réservée. Elle fuit avec Caesar qui la désire, lui a fait des avances quelques jours auparavant ; il s'est proposé de l'aider à accomplir ce rêve presque impossible. C'est dès lors une longue fuite, dans les campagnes, dans les marécages, dans les granges et ils savent qu'ils seront traqués très rapidement comme des gibiers.
Leur errance, leur cavale est éprouvante. À la faveur d'un récit haletant, j'ai été happé dans le sillage de ces amants en fuite.
Et ma crainte était que cela allait bien vite mal tourner à un moment ou un autre.
Alors j'ai décidé de fuir avec eux, je ne sais pas ce que vous auriez fait à ma place.
Nous avons couru dans ces marais, nous étions libres, formidablement libres, je me rappelle que nous avons ri, éclaté de rire parmi les ajoncs et les eaux stagnantes, même si nous savions que notre fuite serait repérée, peut-être seulement dès le lendemain, nous avions encore une bonne longueur d'avance.
Plus tard, tout ne s'est pas passé comme prévu. Nous nous sommes cachés dans le grenier d'une famille d’abolitionnistes blancs. Je pensais que ce fameux train souterrain était un mythe. Il a fallu que je le vois de mes propres yeux. Un train, des rails, des chefs de gare, Incroyable !
Nous pensions qu'il était facile de passer d'un État à l'autre, quitter les États du sud comme un saut de puce, rejoindre la Caroline du Nord. Mais nous étions traqués par Ridgeway, ce chasseur d'esclaves. Un type cruel, vénal, impitoyable, qui ne lâche jamais sa proie, mais vraiment jamais.
Plus tard je me suis réveillé, pas facile de revenir de cette gare souterraine. J'espère que les passagers clandestins sont arrivés à bon port. Je pense que oui, du moins pour certains.
Je suis encore sur le quai de cette gare souterraine, sans doute invisible de tout le monde. Je referme ce livre et j'entends revenir dans le froissement des pages les cris lointains de ces hommes, ces femmes, ces enfants, traqués comme des bêtes dans leur fuite éperdue, tendant leurs mains meurtries à travers la nuit que viennent déchirer d'autres mains là-bas pour les agripper au balastre du jour.
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Kirzy
  30 septembre 2017
Quels sont les ingrédients qui font d'un roman publié parmi tant d'autres un grand livre ?

1) une héroïne exceptionnelle, Cora, une esclave en fuite dans le Sud raciste pré-guerre de Sécession, qui a la rage de vivre chevillée au coeur; elle survit et rebondit à de terribles épreuves avec un sens de la résilience époustouflant ! On l'aime, on tremble avec elle.

2) un art du récit emballé par une plume incisive qui vous cueille dès le premier chapitre . Une fois commencé, on ne peut plus quitter ce livre, il faut qu'on sache quel destin attend Cora. C'est ultra dynamique et sans temps mort, comme si nous accompagnions l'héroïne dans son odyssée de quête de liberté et de survie.

3) une idée géniale : l'auteur a pris à la lettre le nom métaphorique du réseau clandestin abolitionniste qui aidait les esclaves à fuir le Sud dans la première moitié du XIXème siècle. Il y a bien eu un " underground railroad " , un chemin de fer clandestin, mais c'était juste un réseau de passeurs jalonné d'étapes. Dans le roman, il s'agit d'un vrai chemin de fer abrité dans un tunnel construit par des idéalistes abolitionnistes. C'est brillant d'avoir ainsi rendu concrète et matérielle cette aide apportée aux esclaves.

4) une ampleur historique : l'auteur nous plonge dans un Sud raciste, c'est brutal, sombre, réaliste. Et surtout cela résonne fortement avec la triste actualité des Etats-Unis. Avec ce roman sur l'esclavage, le mal initial, on est en fait aux racines du mal américain. On comprend mieux la fragile résilience des Afro-Américains d'aujourd'hui.

Bravo Monsieur Whitehead, quel livre !!!
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